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La face cachée du Libéria ou message pour notre temps

Tout le monde ou presque connaît la belle histoire pérorée au sujet de la naissance de ce pays. Dans un élan profondément humaniste et sans arrières pensées mercantiles ou politiques, « La société nationale d'Amérique de colonisation » (1) fonda en 1822 le Libéria, pour y implanter des esclaves noirs américains libérés. En effet, la NCSA avait acheté en 1821 des terres à l'embouchure du fleuve Saint-Paul pour y fonder cette colonie d’un nouveau genre (2). Les responsables de la NCSA ne pouvaient-ils pas prévoir que leur projet se transformerait en véritable catastrophe humanitaire dont les tristes résultats sont encore visibles aujourd’hui ?

De prime abord, beaucoup seraient tentés de considérer cette idée comme noble. Qui pourrait remettre en cause l’idée d’une remigration vers l’Afrique des descendants africains, vivants alors aux USA et arrachés à leurs terres ancestrales ? La remigration peut, selon nous, être une bonne idée à condition de respecter au minimum deux principes de bon sens : le premier, il s’agit de réintégrer les individus dans leurs pays d’origine, le second il convient de respecter les populations autochtones déjà présentes. A ce titre nous insistons sur un des aspects essentiels à notre cœur : le caractère néfaste des projets droits de l’hommiste, sous couvert de démocratie et de « Liberté  ». Peu le disent, peu le savent, mais avoir voulu enraciner des populations noires américaines de manière arbitraire et de surcroît dans un espace géographique occupé, ne relevait guère d’une idée brillante. En effet, dès le départ de vives tensions éclatèrent entre les nouveaux venus afro-américains et la population indigène. Le contraire eut été étonnant, car les sociétés multiethniques et multiculturelles sont productrices de violences et de désordres (3). Le plus surprenant reste à venir. Les autochtones furent considérés comme des citoyens de seconde zone dans cette nouvelle entité politique. Effectivement seuls les afro-américains - que nous considérerons comme des colons - et leurs descendants pouvaient jouir du statut de citoyen et donc du pouvoir de mettre un bulletin dans l’urne. Ce droit de vote fondé sur les ethnies, non sur le patrimoine ou l’âge comme le suffrage censitaire par exemple, dura jusqu’en 1945…

Bien avant la dictature des Soviets qui commença en 1917, le Libéria offrit avec le True Whig Party (4) l’un des premiers exemples du Parti Unique. Effectivement il fut le seul autorisé de 1878 jusqu’au coup d’Etat du sergent Samuel Kanyon Doe qui se déroula le 12 avril 1980. Nous étions loin de cette liberté et de cet esprit démocratique tant vantés par les Pères Fondateurs des Etats-Unis d’Amérique. Malheureusement, durant cette dictature du True Whig Party les indigènes souffrirent la domination des colons noirs américains. Effectivement, ils furent réduits en esclavage et contraints de travailler dans les grandes plantations. C’est une bien triste révolution de voir des descendants d’esclaves appliquer le même sort à des « compatriotes ». Cette politique ségrégationniste appliquée par des noirs à l’endroit d’autres noirs provoqua tellement de remous au niveau international que la Société Des Nations, ancêtre de l’ONU, protesta dans les années trente avec la vigueur que nous connaissons... Devant l’ampleur du bouleversement social et humain provoqué par la mise en réduction d’une grande partie de la population libérienne, les Américains et les Anglais rompirent leurs relations commerciales et diplomatiques pendant cinq années. Ces rodomontades n’empêchèrent pas les dirigeants du Libéria, dont les ancêtres avaient vécu le drame de l’esclavage, de vendre des autochtones aux colonies portugaises (Angola, Mozambique, Sao Tomé, Cap-Vert) pour la plus grande joie des premières multinationales… L’argent est un outil qui parvient, très souvent, à faire tomber la morale, les idéaux et les principes.

Revenons au coup d’Etat du sergent Doe. Depuis 1847, date officielle de l’indépendance du Libéria, les colons noirs américains dominaient le pays au détriment des « vrais africains  ». Comme toute dictature qui se respecte, elle finit par tomber non sans éviter un bain de sang, quand ce soldat prit le pouvoir en 1980. Doe, parvenu au sommet, loin de mettre en place un système politique et économique favorisant l’harmonie sociale et le bien commun, se glissa dans le lit de la dictature mis en place par ses prédécesseurs. Ainsi Doe, membre de l’ethnie des Krahns, appliqua l’adage « les nôtres avant les autres  » en ne favorisant que les siens. Incapable de combattre la crise économique qui frappa le Libéria durant cette décennie, Doe sut au contraire garder le pouvoir par la force en écrasant les oppositions et les différents coups d’Etat fomentés contre lui. Cependant, tout finit par s’effondrer dix ans après sa prise de pouvoir, quand Doe fut capturé par ses adversaires et mis à mort. Effectivement, en 1990, le Liberia était tombée dans la guerre civile dans laquelle les opposants à Doe, Prince Johnson et Charles Taylor à la tête de deux groupes présentés comme rebelles, agitèrent la population en mettant en avant les difficultés économiques et les rivalités ethniques… Cette première guerre civile libérienne dura de 1990 jusque 1997, la deuxième de 1999 à 2003. De plus, le premier conflit libérien donna naissance, par extension des revendications sociales, politiques et ethniques, à la guerre civile du Sierra Leone (5) qui commença en 1991 pour se terminer en 2002...

Nous ne rentrons pas dans le détail de ces conflits meurtriers, car les faits historiques présentés - en toute impartialité - et les dégâts causés suffisent amplement à appuyer notre démonstration. Nous rappelons avec force et conviction que les projets prétendument humanistes niant les spécificités ethniques, culturelles et traditionnelles se concluent toujours dans des bains de sang. Les hommes incarnent des réalités charnelles, des histoires et des traditions qu’il faut impérativement prendre en compte pour toutes actions politiques, économiques et sociales. Certes, l’esclavage fut un drame. Aucune personne sensée ne dira le contraire. Toutefois, vouloir réparer les iniquités du passé par le biais d’autres injustices, reposant qui plus est sur une vision faussée de l’histoire humaine, nous paraît une monstrueuse dangerosité. A l’heure où la France et l’Europe traversent une profonde crise spirituelle et d’identité, l’histoire désastreuse du Libéra doit inspirer, ceux qui nous dirigent et les dirigés, à plus de sagesse dans la conduite de nos affaires intérieures et dans le domaine des relations extérieures. Dans le cas contraire, nous risquons de vivre des heures tragiques, mais dans certains quartiers de notre douce France n’est-ce point déjà le cas ?

 

Franck ABED

 

 

(1) The National Colonization Society of America (NCSA)

(2) Le Liberia par Louis Dollot

(3) Relire l’article intitulé : Etats multiethniques et multiculturels : quels constats ?

(4) Ses idées se retrouvaient en parfaite adéquation avec celles développées par le Parti Whig, parti libéral américain.

(5) La Sierra Leone par Patrick Puy-Denis, 

 


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