La faille de Maurras
Un problème quasi insurmontable de l’état psychique de la « droite » française réside dans l’appréhension de l’image de « résistant » d’un courant de la pensée monarchiste appelé « orléanisme ». C’est cette branche cadette des Bourbons qu’avait naguère choisie Maurras, tel un combattant au milieu d’une bataille qui se saisirait d’un glaive et d’un bouclier sans se préoccuper davantage du blason que portent ces armes. Là est la faute principale de Maurras ! Car dans le choix du futur lieutenant de Dieu sur terre, il est nécessaire de prendre certaines précautions, à savoir examiner l’ascendance de celui que l’on a choisi.
L’orléanisme puise ses origines dans la Terreur et dans la traîtrise, cette trahison qui fut celle non seulement d’un Philippe trop égalitaire à l’égard d’un Louis XVI qu’il avait poussé sur l’échafaud, mais également de la branche cadette envers le principe même de la monarchie, lequel consiste en la transmission du bien commun que nos ancêtres ont légué à nos descendants. Obéir à la nécessité du moment pour combler sa soif de pouvoir, de vengeance et d’argent, tel est le signe extrême de la dégénérescence. Or, c’est dans cette union charnelle avec les régicides et les anciens esclaves que naît l’orléanisme. Dès lors, le destin de cette idéologie, des décennies suivant le putsch de 1789 jusqu’à nos jours, est indissociable de l’esprit républicain de nivellement par le bas et peu importe que le régime se nomme « empire », « royauté » ou « république ». L’esprit de l’orléanisme a, si l’on applique une analyse culturologique, suivi la dégradation spirituelle des Français. Il a perdu son panache, s’attaquant exclusivement à des plus faibles que lui, se pliant devant le puissant, quel qu’il soit, et calomniant par derrière le sauveur. Un orléaniste est par conséquent étroitement lié à la République française dans toute sa mesquinerie et son ridicule lorsqu’on l’examine de l’extérieur. La posture de « résistant au système » n’est que la façon d’un bourgeois boutiquier privé de sa caisse de la retrouver au plus vite. Notre bourgeois immonde ne néglige pas pour autant les petits gains « qui font les grands fleuves », comme l’avait, à juste titre, signalé Léon Bloy dans son Exégèse des lieux communs qui pourrait également être celle d’un orléaniste contemporain.
Il faut donc impérativement dépouiller l’orléanisme et ses représentants de la posture d’ « opposant au régime » qu’ils aimeraient vendre aux niais. Bien plus, par une étrange dérive sur laquelle pourraient se pencher des psychiatres, ils ont fini par croire eux-mêmes à leur « courage ». Ce ne sont même pas ces émigrés de Rivarol qui prenaient leur mémoire pour des privilèges. Ce ne sont que des boutiquiers mesquins, faisant une quête, tout à fait républicaine, à la fin d’une réunion de quartier et ce, bien qu’ils se comportent avec une arrogance risible, se prenant pour des Guise ou des Richelieu !
Or, que ceux que l’on appelle la « droite » française ne se fourvoient pas quant au soutien des orléanistes dans la lutte contre les lois les plus désastreuses de la Ve République ! Ce qui intéresse ces petits bourgeois orgueilleux, c’est la caisse, le pognon – et pas autre chose ! Les orléanistes ont trouvé une niche commerciale pour mettre sur le marché leur position affichée. Ne les croyez pas ! Car s’ils réussissaient à prendre le pouvoir, ils feraient tout pour le conserver dans notre monde de mélange des cultures et des nations. Ils oppresseraient donc les vrais résistants à cet ordre, tout comme les républicains, leurs frères de sang versé, l’ont fait. La Gueuse le sait et récompense ses semblables en leur offrant les biens du système : médias, postes, honneurs. Dans chacun de leurs actes, les orléanistes ne font que reproduire, à l’infini et avec une obstination ridicule, le vote régicide du camarade Philippe Egalité, désirant à tout prix conserver l’espoir de prendre le pouvoir, sans se préoccuper ni de l’avenir, ni des Français, ni de la France : « Après moi, le déluge ! » – dit l’orléanisme avec le dernier dirigeant de la RDA.
Source de l'article :Enquête&Débat
Anatoly Livry, enseignant de l’Université de Nice – Sophia Antipolis, docteur ès lettres de la même université et lauréat du prix littéraire Marc Aldanov (New York, 2010).
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