VIVE ÉMOTION APRÈS LE SUICIDE D'UN CHÔMEUR À NANTES...
Voilà ce qu'on lit aujourd'hui dans les journaux et ce sont les commentaires à cet article qui me font écrire aujourd'hui, sur ce que je nommerais :
LA MARGINALITÉ
Je ne suis pas d'accord avec ceux qui disent que c'était un escroc et qu'il faut rembourser. On est dans un système qui fait que dès que quelque chose déraille, on est vite marginalisé.
Voici un résumé de mon cas et je pense que tout le monde n'est pas malhonnête, heureusement, mais le système est mal fait.
Je travaillais comme secrétaire. Pour compléter mes ressources et payer un crédit , je faisais des ménages le soir et le week-end, le tout déclaré bien sûr. En 2009, je commence à avoir des problèmes de santé et je réduis les ménages. Ma propriétaire me signifie que la CAF ne verse plus rien, je demande pourquoi et comme c'est basé sur les ressources de l'année précédente, ils estiment que je gagne trop et donc les malheureux 300 euros environ que je gagnais en moyenne en m'usant la santé, font que je n'ai plus d'allocation logement. Je n'arrive plus à payer mon credit, je m'endette et je me vois obligée de quitter le logement.
Peu de temps après, je perds mon emploi, je m'inscris au chômage et j'attends six mois pour percevoir quelque chose ! Il a fallu écrire aux médiateurs national et régional pour que d'un seul coup, je sois enfin payée ! Pendant ce temps, la CAF, à qui j'avais exposé le problème, me verse un RSA d'environ 87 euros par mois, si ma mémoire est bonne, pour me réclamer un indus trois mois après et me faire subir un contrôle carabiné. J'ai eu des recommandés, l'assistante sociale à demandé une dérogation qui a été refusée, vu que je suis en surendettement... La CAF a refusé et je dois toujours cet argent.
Pôle Emploi, c'est plus que déprimant et froid, cela fait presque trois ans que je demande une formation. On m'a dit : " je ne comprends pas que l'on dirige les gens vers des formations sans débouchés", et au bout de deux ans : " Vous êtes au chômage depuis quand ? Vous cherchez quoi, je n'ai rien sur vous dans l'ordinateur ?","Personne ne vous embauchera, madame", "Avez vous réellement cherché un emploi ?", "Et quelles connaissances avez vous pour demander une telle formation ?". Mes réponses (il faut savoir que j'aurais 56 ans cette année) : " Je ne veux pas être embauchée, je veux travailler à mon compte", "J'apprends seule, j'ai fait un book et des blogs, voulez vous que je vous montre je l'ai ici"..... Ce à quoi après un haussement d'épaule dédaigneux et une moue, on m'a dit, sans rien regarder : " Bon, bon, je vous fais votre fiche de liaison..." Quand vous en sortez, vous avez presque les larmes aux yeux.
IL FAUT SAVOIR :
Que Pôle Emploi ne fait rien d'autre que remplir des dossiers, que le personnel est débordé et que c'est complètement inhumain. Moi j'ai attendu deux ans une formation qui n'est jamais venue... L'AFPA m'expliquant qu'il y a une longue liste d'attente et qu'il faut donc recommencer l'année suivante, sans aucun espoir, en fait. J'avais pas compris de suite.
Que j'ai découvert le CFC (Conseil Formation Carrière), au bout de ces deux ans de perte de temps, comme je me fâchais à Pôle Emploi, on m'a enfin proposé un suivi avec cet organisme dont j'ignorais l'existence et là, on cherche des solutions avec vous au moins. Pourtant cela devrait être systématique un VRAI suivi. Ça aide un peu.
Que quand lors d'un rendez vous avec Pôle Emploi, je me suis permis de dire, que c'était grâce au CFC que ça avançait enfin un peu, que j'avais perdu deux ans auparavant en croyant que Pôle Emploi m'aiderait..... La personne s'est écriée : " Mais ils sont là pour ça !!! C'est Pôle Emploi qui les paye !!! ". Évidement, je ne dis plus rien, j'ai remarqué que dès que l'on critique leur système, les employés sautent au plafond !!! À se demander s'ils ont des actions....Ou des micros au dessus de la tête.... Ou un stress tel, qu'ils racontent n'importe quoi. Si Pôle Emploi paye quelque chose, c'est donc l'état qui paye et donc nos impôts, dans ma tête.
Que c'est arrivé que, par erreur, on veuille me radier, c'est l'arme fatale... Au bout de six mois de changement d'adresse on me dit que ce n'est pas fait et que je n'ai pas répondu à une convocation.... J'avais été appelée en numéro caché et ordinairement je ne réponds jamais et là je l'ai fait et la personne au bout du fil m'a confié au bout d'un moment qu'elle radiait tous ceux qui ne répondent pas à l'appel et que je serais convoquée pour m'expliquer. Il a fallu encore passer par le médiateur, car comment peuvent ils justifier que comme je pointe toujours sur internet, je dois obligatoirement mettre le code postal pour accéder à la page, alors il est donc impossible que je n'ai pas fait mon changement d'adresse ! Mais avec eux vous avez toujours tort, je le sais par expérience.
Que de peur de perdre un mois d'allocation, et être virée de mon logement de fortune, je me suis mise en "vacances" pour pouvoir m'opérer deux fois cette année, crevant d'angoisse de devoir faire un tas de papiers avec la sécurité sociale et que tout soit encore bloqué !
Que lorsque vous dites que vous avez des problème de santé, soit ils vous disent de vous mettre en arrêt maladie, soit ils vous adressent à l'organisme qui s'occupe des handicapés, qui lui a bien rigolé de l'erreur... Alors que vous leur expliquez, par exemple, qu'une hernie cervicale vous handicape depuis des années, mais ne fait pas de vous un handicapé, ni un malade et que vous allez aux convocations quand même, même en béquilles !
Que j'ai passé entre autres, des mois dans un petit fourgon, puis deux ans dans un local sans eau, ni sanitaires, que là je suis dans un mobil home en dépannage, sans pouvoir toucher l'APL, l'endroit étant illégal.
Que dans quelques mois, enfin de droit, je me retrouve à nouveau à la rue, car au RSA, plus moyen de payer le terrain.
Que lorsque j'ai tout payé, enfin... Ce que je peux, je ne peux presque plus m'acheter de pétrole pour me chauffer de temps en temps en hiver ou de gaz pour une douche chaude.
Qu'évidemment pour manger, c'est dur.
Que j'ai fait une demande de logement qui n'aboutira jamais, j'ai appelé hier pour leur expliquer que je suis à la rue et on m'a dit :"Que voulez vous qu'on vous dise, madame, nous avons 5000 demandes". Je cherche les colocations et autres, mais ça va être limité au RSA et il faut des garants que je n'ai pas, même avec un boulot. On est combien en France RÉELLEMENT sans logement, car dans les chiffres, il n'y a pas inclus tous ceux qui sont comme moi dans des trucs temporaires.
Que j'ai stupidement pris rendez vous avec l'assistante sociale, qui me dit ne rien pouvoir faire, sauf me mettre dans un foyer d'urgence et je préfère rester dehors avec mes trois petits chiens.
Que le comble du comble, c'est que je dépasse le barème pour la CMU et donc je paye aussi une mutuelle chaque mois (qui m'a permis de m'opérer et faire de la rééducation, mais que lorsque j'ai besoin de me soigner, je ne vais pas voir le médecin, car je ne peux pas avancer l'argent, alors que j'ai besoin de soins ou médicaments.
Je dépasse aussi le barème pour une aide alimentaire, car je ne peux justifier d'un loyer sans mettre dans l'embarras mon propriétaire.
Que je dois refaire pour la troisième fois un dossier de surendettement (à chaque changement de ressources) et que je n'en peux plus de ça.
Qu'en plus on a honte, alors on ne dit rien, on ne montre rien. Pour les vrais marginaux, je n'en suis pas une... Je ne suis pas punk, je ne fais pas la manche.... Que pour les autres, vous êtes "bizarre".
Voilà ce que je tenais à dire
À Pôle Emploi on m'a reproché de pas me laisser faire : " Vous êtes madame courrier"... Oui, si en plus on est ignorant, on se fait bouffer, on ne peut pas se défendre.
J'ai rendez vous en fin de mois pour encore un éventuel stage en PAO, grâce aux nouvelles dispositions du gouvernement, il semblerait que des formations en continu s'organisent, pour éviter de perdre un an sans rien.... Je verrais, je n'ose plus espérer et même si cela se fait, je ne sais plus à quoi m'attendre... Une vrai formation ou un semblant de formation ? Et du répit pour combien de temps ? Alors je me prépare au pire, pour ne pas être trop déçue. Personne ne connait ce dispositif, ma conseillère m'a dit : "Vous serez ma première expérience, c'est nouveau depuis novembre 2012."
Je comprends que certains deviennent alcooliques, que certains soient en dépression, que certains se suicident.... Il faut énormément de force et on est si seul. Et il n'y a pas un jour où je me pose la question : " Jusqu'où vais-je tenir ? " et il m'arrive parfois aussi de penser : "C'est la fin de ma vie", car à mon âge, recommencer sans cesse, c'est plus qu'éprouvant...
Mon but c'est juste de rester au RSA, et travailler un peu en complément pour vivre juste décemment, je sais bien qu'à mon âge, du boulot... Les jeunes ont déjà du mal. J'aimerais être utile, je sais faire plein de choses, mais bon...
Je préfère mes petits chiens aux humains, à part quelques uns. Nous vivons dans un monde où de grandes frontières se creusent entre les personnes... Un jour quelqu'un m'a dit : " Mais à notre époque, tout le monde a l'électricité !".
Je sais que j'ai quand même de la chance, par rapport à d'autres. Ma vie a été tellement dure que je suis devenue un roc. Il y a des années de cela, on m'aurait emmenée aux urgences ou pire. Mais ce n'est pas le cas pour tout le monde. Et parfois, je me demande aussi ce que je fais dans ce monde de fous.
Joule Garel