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Accueil du site > Tribune Libre > La mort fatale

La mort fatale

 

Des millions et des millions d’hommes meurent tous les jours dans une ignorance et une indifférence totale. Seuls les morts que nous aimons ont le pouvoir de nous arracher aux petites certitudes de nos vies en labourant nos cœurs. 

Mais pas seulement. 

Les catastrophes, comme celle, hier, du pont de Gênes, savent aussi nous ronger.

Quelle fatalité !

Il y a ceux, qu’il s’agisse des tours du 11 septembre, du tsunami de Thaïlande, de tous les tremblements de terre, des horribles attentats de Nice ou de Paris, qui étaient là un jour avant, une heure avant et qui ressentent leur survie non comme une joie mais comme une angoisse. (À ce sujet notons que l’étymologie d’ « angoisse » est le latin « angustia » qui signifie « défilé dans la montagne ». Et tout à coup, en effet, notre cœur est comme serré entre des montagnes de pierre où se cache l’invisible ennemi. 

Il y a dans ces terribles accidents une réflexion sur ce que nous appelons : « la fatalité ».

On croit bien faire. On prend la mauvaise décision. Et ce qui est tapi au bout du chemin, c’est la mort. Ainsi, tu décides de prendre la route plus tôt pour éviter des encombrements. Tu es mort. Au moment de sortir de chez toi, tes clefs de voiture t’échappent, tu te baisses pour les ramasser, elles glissent encore de tes doigts, tu as perdu quelques secondes, rien que quelques secondes, quelqu’un loin de chez toi se prépare aussi. Tu es mort. Tous tes amours, tous tes projets, toute ton histoire sont au néant.

Ce sont ces pensées qui nous rongent quand nous apprenons une catastrophe qui a foudroyé tant de personnes en même temps et dans une conscience de leur fin qui est le poison de l’idée. Car la voiture qui glisse vers l’abîme, la main qui se tend vers les enfants ou les amis qui crient, combien d’éternités durent ces secondes-là ?

Sommes-nous voyeurs cherchant à descendre au fond des enfers des victimes comme si cela pouvait nous sauver ? Comme si épouser leur deuil était une façon d’échapper au nôtre ? Toujours rôde au-dessus de la tête d’Eschyle l’aigle qui, un jour, lâchera la tortue qui le tuera.

 Et nous lisons et relisons ces témoignages qui, tout à coup, révèlent des noms, des visages, des histoires terribles. Telle famille qui allait à la plage, telle autre qui partait en vacances, comme si l’injustice était encore plus criante. La joie décapitée. L’amour enterré sous des tonnes de gravats. 

Lors des évènements du tsunami de Thaïlande, que d’heures passées à regarder ces terribles vidéos, une histoire m’avait particulièrement frappée. Celle d’un grand-père offrant ce voyage à toute sa famille. J’imaginais la joie que cette décision avait fait naître, les hésitations au moment de choisir l’hôtel et soudain la décision pour celui-là justement, si beau, en bordure de plage, si exotique. Tous morts dans cette terrible conscience de la mort qui est peut-être ce qui nous étouffe le plus car nous la vivons un peu pour nous et pour les nôtres. 

 

Depuis des années, une pièce a beaucoup de succès à Paris et dans le monde entier. C’est « Le porteur d’Histoire » d’Alexis Michalik. La première phrase de la pièce est :

 « Qu’est-ce qu’une histoire ? ».

 Et voilà tous les spectateurs qui sont happés par ce mot « histoire » et ne vont rien lâcher de leur intérêt car ils sont, comme les enfants qu’ils étaient , comme les rêveurs que nous sommes chaque nuit, plongés dans ces histoires qui ont un début et une fin, ce qui nous sauve de la nôtre.

Car, quand nous sommes dans l’ombre d’une salle de spectacle, face à la lumière d’une scène où des histoires nous sont contées, nous sommes comme ces esprits, penchés sur nos vies dans l’ombre du néant, et se repaissant de nos émotions comme nous de mets délicieux. Il y a les esprits qui aiment les larmes, il y a ceux qui aiment le rire. Du moins sont-ils éternels, mais privés d’espace, de temps, de circonstances dont ils ne peuvent plus être acteurs mais seulement spectateurs.

C’est sans doute un grand privilège d’être acteur de cette vie. 

Voilà pourquoi ces tristes fins, qui n’ont rien à voir avec les fins merveilleuses des pièces de théâtre où les morts se relèvent et saluent, bercés d’amour et d’applaudissements, nous ravagent silencieusement.

Car à qui en parler sans déroger à la pudeur et au courage du silence ? 

Voilà, je l’ai fait. 

Bien à vous.


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134 réactions à cet article    


  • Henry Canant Henry Canant 15 août 16:22

    Ariane Walter,Ton dernier avatar nous montrait une de tes aisselles. On le comprenait tous car tu étais sponsorisée par Rexona. On remarquait que ton chemisier n’avait aucune auréole et nous prouvez à tous que c’était un produit.



    Que c’est il passé pour que cette marque de déodorant te laisse tomber ?

    • phan 15 août 16:59

      @Henry Canant
      Il faut offrir des fleurs à Ariane : Tout à coup, Henry vous offre des fleurs. Ça, c’est l’effet magique d’Impulse comme l’effondrement magique de la tour WTC n°7 !


      « Le 11 Septembre 2001, 7 heures après les tours jumelles, une troisième tour haute de 47 étages, le WTC 7, s’est effondrée sur elle-même en à peine 7 secondes. Sans raison apparente puis-qu’aucun avion ne l’avait percutée. Chose étrange, la BBC et CNN annonçaient son effondrement ... avant même qu’il ne survienne ! »

    • Matlemat Matlemat 15 août 23:04

      @phan

      Et la tour à Londres qui brûle entièrement sans s’effondrer : « La tour était presque complètement calcinée mercredi matin après avoir brûlé une bonne partie de la nuit » https://www.google.com/amp/s/www.lindependant.fr/amp/2017/06/14/incendie-mortel-d-une-tour-hlm-a-londres-les-faits-les-victimes-l-etat-du-batiment-ce-que-l-on-sait-et-ce-que-l-on-savait,3024817.php


    • phan 16 août 06:35

      @Matlemat

      L’immeuble Trump Tower était en feu le 08/01/18 : Poutine est probablement derrière le non-effondrement de cette tour de 58 étages de la 5e Avenue, à New York.


    • CN46400 CN46400 16 août 10:12
      @phan
      Arrêtez, vous allez bientôt nous dire que le jeune Bush était derrière, pour préparer l’opinion afin d’intervenir en Irak contre Satan Hussein.... Que pèse ces deux, ou trois, tours à coté de la « démocratie » au Moyen Orient ?

    • Matlemat Matlemat 16 août 12:44

      @phan
       Entre les complices et les trouillards, ce qui peut se comprendre pour ces derniers, il ne reste pas grand monde...


    • pipiou 16 août 14:14

      @phan
      Et Supertramp annonçait les attentats du 11 septembre dès 1979 ... MDR, sacré complot de l’industrie du disque.



    • Ariane Walter Ariane Walter 16 août 15:08

      Bonjour à tous !


      Un petit mot pour vous expliquer dans quel sens j’ai utilisé « Fatale ».
      Il est bien évident, comme certains l’ont fait remarquer qu’il n’y a rien de « fatal »dans cet accident mais une issue tragique inévitable liée au manque d’entretien et à la volonté des grands organismes privés de gagner de l’argent sans en dépenser pour le bien commun. 
      D’autres ont parlé de la différence entre « hasard » et « fatalité ». Disons que le second est plus romanesque, plus religieux.
      Mais il est évident que je l’ai employé en pensant simplement à ces rendez-vous que nous ignorons liés à quelques secondes de plus ou de moins, à telle décision d’aller ce soir-là à tel concert ou sur telle place et qui finissent là notre histoire. Ces récits nous fascinent.
      La mort est ce qui donne le plus de prix à la vie. Je plains ceux qui cherchent des solutions pour être éternels. 
      Bien à vous.

    • phan 16 août 15:23

      @pipiou

      ... MDR, sacré complot de l’industrie du film.
      Pipi où ? Allez une petite histoire drôle, un petit pissou dans le lavabo et au lit !
      Pendant ce temps, des nations entières se sont effondrées (Afghanistan, Irak, Syrie, Libye, Yémen ...)

    • Passante Passante 16 août 15:56

      @phan


      non, le premier à plancher sur la question fut Stendhal :

      « HISTOIRE VÉRITABLE

      De la mort de Jacques et Béatrix Cenci, et de Lucrèce Petroni Cenci, leur belle-mère, exécutés pour crime de parricide, samedi dernier 11 septembre 1599, sous le règne de notre saint père le pape, Clément VIII, Aldobrandini. »


    • phan 16 août 17:43

      @Passante


      « Le 11 septembre 1185, alors que Thessalonique est attaquée par les Siciliens, une voyante aurait affirmé à son cousin Andronic Ier Comnène, alors empereur, qu’Isaac devait lui succéder au trône. Isaac tue Étienne Hagiochristophoritès chargé de l’arrêter, court à Sainte-Sophie puis harangue la population. Mécontente de l’empereur, la population proclame Isaac Basileus et marche sur le palais impérial. Andronic s’enfuit, mais rattrapé, il est emprisonné puis exécuté. »

    • phan 17 août 07:13

      @Ariane Walter

      Un ange s’est éteint, une petite prière pour tous ces morts !

    • scorpion scorpion 19 août 12:05

      @pipiou
      Toujours aussi con mon pauvre ami...


    • Cateaufoncel2 15 août 17:02

      « Des millions et des millions d’hommes meurent tous les jours... »


      Environ 160’000...

      • Ariane Walter Ariane Walter 15 août 17:18

        @Cateaufoncel2


        Merci de la correction. 158 625 hier, pour être précis....(Je badine.) 
        Des millions , c’est tous les ans...
        On va mettre cette erreur sur le compte de l’émotion...

      • Cateaufoncel2 15 août 18:24
        @Ariane Walter

        « On va mettre cette erreur sur le compte de l’émotion... »

        Ou d’une impression. Si je n’avais pas eu à connaître ce nombre, il y a quelque temps, je n’aurais certainement rien remarqué d’incongru.

      • Fergus Fergus 15 août 17:37

        Bonjour, Ariane

        « Nous ravagent ». Ou pas.

        Les médias ont en effet banalisé ce genre d’informations, et force est de reconnaître que seuls les morts proches nous touchent. Ou les morts lointains, à condition qu’ils aient perdu la vie dans le cadre d’une catastrophe spectaculaire et monstrueuse (tsunami ou accident nucléaire).

        C’est humain : l’homme est plus compassionnel avec sa famille et ses amis qu’avec ses compatriotes inconnus ; de même l’est-il plus avec les victimes de pays voisins qu’avec les étrangers extracontinentaux.


        • Abou Antoun Abou Antoun 15 août 22:15
          @Fergus
          Bonjour,
          Les médias ont en effet banalisé ce genre d’informations, et force est de reconnaître que seuls les morts proches nous touchent.
          A y regarder de plus près on ne pleure jamais que sur soi-même. La mort du proche est (en général) une frustration (parfois une libération...). On pleure sur ce qui disparaît avec le mort et qu’il nous apportait, et puis on pense, à l’occasion, à sa propre mort (frustration suprême).
          J’aime l’Italie et particulièrement la Ligurie où je me rends souvent, je suis ému par ce drame plus particulièrement dans la mesure où je me sens concerné, j’emprunte le pont au moins deux fois par an. Comment ne pas se dire « J’aurais pu être dessus » ?
          Je crois qu’on peut dire de la même façon que les catastrophes aériennes n’affectent particulièrement que les gens utilisant régulièrement l’avion, pour les autres il s’agit d’une compassion ’polie’ vite oubliée.
          On ne s’apitoie que sur son sort et on verse beaucoup de larmes de crocodile.


        • Le mieux est encore de mourir vivant. Cela évite de vivre mort.


          • velosolex velosolex 16 août 10:53

            @Mélusine ou la Robe de Saphir.
            On remarque que certains n’ont jamais été vivants. 

            Que d’autres sont morts et que personne ne leur a dit, qu’ils continuent à ouvrir chaque jour leur boite aux lettres dans l’espoir d’avoir au moins un petit mot du percepteur. 
            Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables. L’ankou y fait la dame pipi. Certains y venaient avec leurs valises. J’ai vu dans la creuse dernièrement des tombes ressemblant à des malles de voyages et des armoires de noces.. Des lanternes des morts dans la limousin. Des espèces de phare au milieu des cimetières pour retrouver votre chemin quand l’âme se ballade. N’est pas merveilleux ?...
            J’espère qu’ils ne vont pas les automatiser comme en bretagne. Sinon ça sera la mort....

          • @velosolex

            Merci de voyager presque chaque jour en votre présence. Vous comblez chez moi un certain manque. Celui de mon ex avec lequel nous avons beaucoup voyagé. Cette époque là pour moi est terminée, vivant avec un sédentaire. Comme quoi, oui, certains morts sont bien plus vivants que d’autres qui se l’imaginent devant le résultat de leur « chèque up ». 

          • keiser keiser 16 août 11:33
            @Mélusine ou la Robe de Saphir.

            Il est encore mieux de mourir en bonne santé.
            Cela évite de frais.

          • @keiser

            Mon contrat avec mon médecin qui est très intelligent est clair : quand c’est l’heure (surtout la perte de mes facultés mentales ou la dépendance dégradante), abrégeons s’il vous plaît. Il a parfaitement saisi. Mais mon rêve est malgré tout de mourir dans un beau rêve. 

          • keiser keiser 16 août 14:03

            @Mélusine ou la Robe de Saphir.


            Alors cette conception de votre propre mort est totalement subjective.
            Et quand je dis « votre mort » , je ne m’adresse pas particulièrement à vous.
            Et de tout ceux que j’ai vu vu affronter l’ultime instant.
            Il y en a peu qui choisissaient d’abréger, parce que la nature humaine est ainsi faite.
            A moins que vous ne soyez plus forte que les autres.
            Je pense que vous essaierez de repousser la fin.


          • velosolex velosolex 16 août 14:17

            @Mélusine ou la Robe de Saphir.
            Je regrette les compartiments où l’on pouvait s’installer en face de belles voyageuses, quand on avait de la chance. Un jour, comme cela, je me suis trouvé seule avec l’une d’entre elle, entourée de ces petits cadres où l’on voyait au dessus des banquettes : Des vues en noir et blanc de nos sous préfectures, avec des viaducs, des ponts..... Elle allait faire les vendanges, rejoindre son ami à Beaune, et comme nous discutions elle s’est aperçue avec angoisse qu’elle s’était trompée de train...

            Je la rassurais comme je pus, dédramatisant., et du paraître à mon avantage. 
            Voilà chose étonnante qu’elle me dit : « C’est un homme comme toi que j’aurais du rencontrer ! »
            J’en restais effrayé, autant qu’étonné. Je ne me savais pas en si bonne compagnie avec moi même. 
            C’est à ces moments précis que je mesure que mon discours a souvent une mesure d’avance sur moi, qui doute beaucoup....Que faire ? Comment me montrer à la hauteur de cette légende nouvelle ?...Devait elle continuer continuer à s’éloigner de sa ville d’arrivée ?...Le train s’arrêta, et dans la nuit, je crus voir dans les bâtiments blancs, la silhouette d’une gare . Aussi je lui conseillais de descendre au plus vite, afin de chopper une correspondance. Ce qu’elle fit, suivant mes conseils...Comme le train repartait, je vis que cette gare n’était qu’une succession de silos à grains, perdus en pleine campagne.....J’aurais voulu être mort. 
            Il ne faut vraiment pas faire confiance aux étrangers, pussent ils paraître à leur avantage à un moment où l’on est sur la mauvaise ligne, à cette heure bleue, entre chien et loup. 
            Qu’est elle devenue ?..A t’elle enfin rejoint Beaune. Je ne suis pas sûr que des trains s’y arrêtent encore. A un certain moment votre ticket de train n’est plus valable,disait Gary....

          • Extrait de La Modification, de Michel Butor, p.12 à 15

            [éd. de Minuit, 1957]

             

            « Assis, vous étendez vos jambes de part et d’autre de celles de cet intellectuel qui a pris un air soulagé et qui arrête enfin le mouvement de ses doigts, vous déboutonnez votre épais manteau poilu à doublure de soie changeante, vous en écartez les pans, découvrant vos deux genoux dans leurs fourreaux de drap bleu marine, dont le pli, repassé d’hier pourtant, est déjà cassé, vous décroisez et déroulez avec votre main droite votre écharpe de laine grumeleuse, au tissage lâche, dont les nodosités jaune paille et nacre vous font penser à des œufs brouillés, vous la pliez négligemment en trois et vous la fourrez dans cette ample poche où se trouvent déjà un paquet de gauloises bleues, une boîte d’allumettes et naturellement des brins de tabac mêlés de poussière accumulés dans la couture.

            Puis, saisissant avec violence la poignée chromée dont le noyau de fer plus sombre apparaît déjà dans une mince déchirure de son placage, vous vous efforcez de fermer la porte coulissante, qui, après quelques soubresauts, refuse d’avancer plus loin, au moment même où apparaît dans le carreau à votre droite un petit homme au teint très rose, couvert d’un imperméable noir et coiffé d’un chapeau melon, qui se glisse dans l’embrasure comme vous tout à l’heure, sans chercher le moins du monde à l’élargir, comme s’il n’était que trop certain que cette serrure, que cette glissière ne fonctionneraient pas convenablement, s’excusant silencieusement, avec un mouvement de lèvres et de paupières à peine perceptible, de vous déranger tandis que vous repliez vos jambes, un Anglais vraisemblablement, le propriétaire sûrement de ce parapluie noir et soyeux qui raie la moleskine verte, qu’il prend en effet, qu’il dépose, non point sur le filet mais au-dessous, sur la mince étagère faite de tringles, ainsi que son couvre-chef, le seul dans ce compartiment pour l’instant, un peu plus âgé que vous sans doute, son crâne bien plus dégarni que le vôtre.




          • La Modification de Michel butor : http://dirlici.over-blog.fr/article-33040244.html. dans le livre, il s’agit d’un voyage en train qui imprime dans le temps, un changement de vie. ICI, il s’agit d’une brisure, pas d’un changement d’aiguillage.


          • velosolex velosolex 16 août 15:45

            @Mélusine ou la Robe de Saphir.

            Ces auteurs locomotives ont sombré on ne sait comment comme des transatlantiques, emportant avec eux leurs lecteurs silencieux. Parfois, en plongée autonome, au milieu des bulles d’oxygène, leur figures se dégagent, et remontent à la surface ! C’est comme ça, sans brassières, qu’on triomphe de la mort. 
            La statue blanche d’Alexandre Vialatte au clair de lune, dans son monde du silencen aime bien aussi les pigeons du square ! 
            -Vingt fois j’ai voulu dire adieu à ma jeunesse. Vingt fois j’ai craint de me montrer ridicule. C’était trop tôt. La fois suivante, elle était partie. On ne saurait dire adieu trop vite à sa jeunesse. Elle s’en va sur la pointe des pieds.
            L’homme entre dans le soir de sa vie comme dans un pays étranger. Les gares sont plus petites et plus rares. Les voyageurs deviennent moins nombreux. Ils ont changé de costume. On ne voit plus de bérets basques. Les quais sont de plus en plus déserts. Les affiches, dans les salles d‘attente, ne parlent plus des mêmes montagnes. Et sou­dain, au bout d’un tunnel, l’horizon lui-même a changé. Quels sont ces longs pays bleuâtres ? Des plaines s’éten­dent, qu‘on n‘avait jamais vues ; transfigurées par on ne sait quel reflet. Plus loin, au loin (mais à quelle distance exactement ? les distances trompent), plus loin, c‘est la terre de la mort.
            Si l’on descend dans quelque ville, elle est paisible, provinciale, et pour ainsi dire tourangelle. On en aime la lenteur et la sérénité, le ciel vert (je ne sais comment dire), les parterres du jardin public. On ne savait pas qu‘on n’aimait plus que les fleurs.

            La nuit tombe et, sur les étoiles, on voit se détacher un bicorne. Il coiffe quelque amiral de marbre ou quelque académicien de bronze. On cherche le nom : c’est le petit D., qui ne savait pas la géographie, ou le petit L…, qu‘on battait en grammaire. L‘amiral avait peur de l’eau, l’académicien solennel était sergent au 3° zoua­ves. Le premier de la classe est devenu comptable, le timide fut martyr dans l’Oubangui, le dernier a son por­trait dans tous les magazines : on cite ses traits, on admire ses pièces. Le sportif s’est fait pharmacien, l’Au­vergnat dirige trois brasseries. Les autres sont morts. Une large rue mal éclairée, où l’on distingue dans une vitrine des hommes blafards habillés en chasseurs, porte le nom d’un grand graveur dont on fréquentait la maison ; on garde encore dans un tiroir sa pipe, sa rosette, son monocle. On se rappelle des fêtes sur la Marne, des charmilles, des drapeaux, des barques, des enfants. C’est à pleurer. Plus loin, une inscription gravée rappelle le nom d’un écolier qui se fit tuer dans la Résistance. On le revoit, à l’étude du soir, par une fenêtre du collège, devant un gros dictionnaire latin.

            D’où sortent toutes ces choses ? D’un film ? De la mémoire ? On erre dans son présent comme dans un vieux musée. On s‘égare. Sur une petite place où clignote la lumière d’un restaurant jaunâtre, une statue (encore !) s’élève sous les tilleuls, qu’on discerne mal dans cette ombre. On l’éclaire avec une lampe torche. On retrouve le visage de son meilleur ami. Déjà…

            Ils sont tous descendus pendant que le train était en marche. D’autres peuplent de longs cimetières. Un chat y passe, dans une allée, l‘après-midi.

            Il faut reprendre le train du soir. Le pays est de plus en plus désert, les gares de plus en plus distantes. Et, un matin, les rails ayant changé de versant, on revoit, mais de si haut et de si loin, un bref instant, le pays de la vie, comme autrefois."

          • velosolex velosolex 16 août 16:05

            @Mélusine ou la Robe de Saphir.

            Souvent je me suis trouvé être là au réveil. Rapport à tous ceux qui avaient raté la marche. Ce moment imprécis où l’œil ébloui cligne, parvient enfin à faire la mise au point, trouve le plafond, les murs. « Est ce un rêve le ciel ou un cauchemar, et où est mon pantalon. Et qui m’a mis cette chemise et cette perfusion au bras ? ». 

            Rien demander ,rien dire, c’est de nouveau le premier matin du monde... « Ah oui, j’avais voulu descendre en marche ! ».... C’est un curieux accouchement, celui de la lumière toujours présente, de découvrir un titre de transport encore dans sa poche, avec aucune destination encore c’est vrai dessus.....
            « . Vous voulez de l’eau ?...il y a même un wagon restaurant ! »



          • @velosolex


            je vous conseille. La double vie de Véronique. https://www.youtube.com/watch?v=qSufvDLXCyA&list=RDqSufvDLXCyA&t=28. L’acteur principal : Philippe volter a passé son dernier noël avant son suicide chez la tante de mon proche. Qui est aussi s’appelle : Véronique. Selon leurs souvenirs, il riait et semblait parfaitement heureux. Il avait raté la marche, alors que la vie s’offrait à lui comme un cadeau. Le bonheur est refusé à ceux qui n’ont pas le compartiment pour l’accueillir....

          • qui elle aussi s’appelle Véronique


          • @velosolex

            et certains même de recevoir un avis de leur propres décès alors qu’il n’avaient rien demandé. S’inquiétant juste de savoir exactement l’heure pour remonter le temps de leur Rendez-vous. Il s’agit d’être correct avec la faucheuse. Dès fois qu’elle se présente sous forme de pointeuse ou composteur. Mot approprié car ils finiront tous au compost. 

          • velosolex velosolex 16 août 18:43

            @Mélusine ou la Robe de Saphir.
            J’ai connu un type qui a découvert un jour son avis de décès dans le journal...

            En fait un bon parano qui avait lui même adressé l’avis au canard.....Pour tous ceux que j’ai vu revenir, il faut noter que finalement pour l’immense majorité,ils étaient très contents d’être sur le pont, avec un œil neuf souvent sur l’existence. 
            Que le corps soit malheureusement un peu cassé, ne change rien à la réinitialisation, bien au contraire. 

          • @velosolex


            Je vois le style : vous êtes mort et ne le savez pas encore,...

          • velosolex velosolex 16 août 22:37

            @Mélusine ou la Robe de Saphir.
            L’important est de rester vivant sans avoir besoin de marteau réflexe pour le vérifier. 

            En fait il n’y a rien de différent, par un 16 aout au soleil, que l’on ait 16 ans ou 64..
            Enfin si !
            La différence dans le premier cas c’est qu’on attend avec hâte d’avoir 16 ans et demi....
             
            Pour le « when I am sixty four, le pauvre John avait anticipé ».
            Sa revanche, c’est qu’il continue à avoir tous les âges de la vie en chacun de nous 

          • velosolex velosolex 16 août 23:01

            @Mélusine ou la Robe de Saphir.
            Il y a une dizaine d’années, j’ai perdu en une année mes deux meilleurs amis. Un anglais qui avait élu domicile sur le canal du midi, et qui avait oublié qu’il avait récrée ainsi en hiver les conditions du thick fog anglais qui lui avait fait quitter le pays. 

            La vie ne tient qu’à un doseur de ventoline, à un pharynx qui se referme, ou à un caillot qui remonte de la jambe au coeur, suite à une TS.... Cela ’c’’était pour le deuxième, un garçon avec qui j’avais passé un été mémorable en 77..On se voyait tous les cinq ans...Je le gardais pour ma retraite ; On aurait parlé de veilles choses, de peintures et de poésie, à l’ombre d’une tonnelle, dans un petit café de la creuse. Car le bougre était peintre, fut enluminé à Aubusson....Nos blouses blanches ne portaient pas les mêmes matières les mêmes couleurs. .Et dire que je l’enviais..... Me vient un gout de regret. Mais je ne vais pas jouer à Férré...J’ai appris qu’il était mort trois mois après. Plus tard allez savoir pourquoi j’ai cherché sa tombe ! On m’avait menti sur la localisation. J’ai, fait tous les cimetières, remontant toutes les allées,, cherchant sa signature une dernière fois dans un coin...Tous mes trucs de pro me semblaient vains.. A combien de gens pense t’ on chaque jour ?....
            « All the lonely people ,where do they all come from ?
            All the lonely people where do they all belong ? »

          • baldis30 15 août 19:21

            Bonsoir, notamment à l’auteur

            Il est bon de prendre l’information du moment, et de rappeler des moments vécus dans la douleur par des populations très vastes : à cet égard les citations de l’article sont excellentes, tant sur l’origine naturelle que sur l’origine anthropique .

            Avant de développer je voudrais rappeler UNE FOIS DE PLUS, ce qu’écrivait en 1860 Monsieur de Mardigny, ingénieur en chef des ponts et Chaussées dans son « Mémoire sur les inondations de l’Ardèche », et qu’on peut remplacer le terme « inondations » par n’importe quel événement dangereux :

            “Autrefois les intérêts engagés étaient beaucoup moins importants qu’aujourd’hui ; les inondations étaient acceptées comme des fléaux envoyés par la Providence et passaient à peu près inaperçues au milieu de guerres, de pestes et de famines incessantes. Les populations d’ailleurs se plaignaient moins, parce qu’on eût pas écouté leurs plaintes, ni surtout songé à les indemniser ; enfin la presse n’existait pas, et personne dans le nord, ne s’inquiétait des inondations qui pouvaient se produire dans le midi”.

            Enfin, dédié à tous les thuriféraires d’un catastrophisme actuel, fût-il climatique  :

            En résumé, nous sommes persuadés et en cela encore nous sommes en opposition avec l’opinion publique, que les inondations ont été de tout temps dans le département de l’Ardèche ce qu’elles sont aujourd’hui, c’est-à-dire aussi considérables et aussi fréquentes”

            En peu de jours l’événement survenu dans un camping au bord d’un affluent de l’Ardèche et celui de Gênes auraient pu constituer des piqures de rappel à une grande partie de la population !

            Mais par rapport à 1860 et diantre de plus à l’écrit d’un ingénieur dont beaucoup ici n’ont nul besoin comme ils le déclarent il y a l’intervention médiatique ... Et c’est le délire le plus absolu !

            Ainsi l’événement pluvieux du camping de Saint Julien de Peyrolas est devenu un incident cévenol ... alors que banalement il s’agit d’un orage méditerranéen n’ayant pas la caractéristique « cévenole » ...

             Là où le délire journalistique dépasse l’infâme c’est dans les commentaires techniques sur le béton du pont ... en oubliant l’un des témoignages les plus importants venant d’une avocate française mentionnant qu’elle a vu le pylône pencher vers la droite avant sa chute ( rapporté par France-Inter) ... Si le tablier s’est effondré c’est bien parce qu’il n’y avait plus rien pour le supporter... Mais si le pylône s’est effondré sur quoi était-il ancré ? La question à poser est celle de savoir si le sol est en cause - par exemple en raison d’affouillements à proximité d’un cours d’eau - s’il existait des mesures permanentes d’inclinométrie courantes pour des ouvrages importants et élevés.

            Quant aux effondrements de ponts en France on a rappelé celui de Tours , mais on a oublié de citer l’effondrement du pont de Saumur il y a un siècle et demi avec la noyade de tout un régiment ...Et simplement je rappellerais aux plus curieux de reprendre ce qui s’est passé lors des événements hydrauliques gravissimes de l’Aude et des P.O. en novembre 1999, ou encore dans le Gard en 1958 et 2003 lors des crues avec par exemple la rupture des ponts de chemin de fer sur la voie Alès - Nîmes, ou encore en 2003 des événements semblables .


            • CN46400 CN46400 16 août 09:44
              @baldis30

              Et l’effondrement (1978) du pont Wilson multiséculaire (1778) de Tours par une nuit sans lune, et sans trafic, et, bien sûr, l’effondrement du barrage de Malpasset lors de sa mise en eau (400 morts)

            • baldis30 16 août 10:06

              @CN46400
              bonjour,

              désolé ... « l’effondrement du barrage de Malpasset lors de sa mise en eau (400 morts) » faux

               désolé ... ce n’est pas lors de sa mise en eau ! Il n’y a pas eu de première mise en eau au sens PRECIS où celle-ci doit être faite : les règles de l’art PRECISES en la matière n’ont pas été respectées !

               N’a pas été respectée également une autre procédure antérieure bien précise ! ...

              Lorsque je parle de procédure il s’agit bien sûr de procédures techniques...

               Et croyez-vous que les procédures précises de première mise en eau sont respectées par de petits mecs qui imposent leurs incompétence à des collectivités ? LE CROYEZ-VOUS ?

               Au fait combien de barrages rompus lors de certains événements hydrauliques que j’évoque sur dans cette discussion et dans un autre cas précis que je connais bien ... Au fait aucun de ces ouvrages n’appartient à EDF .... et cela en fait ch.... pas mal ici ....

              Par exemple dans un rapport officiel paru à la D.F. on lit cette phrase GRAMMATICALEMENT impayable :

               « Il sembleRAIT que certains petits barrages se SONT rompus »

              Au fait il y eut des morts et de gros dégâts, y compris bien des ponts ou ouvrages emportés ...

              ah c’est la fatalité mais surtout pas l’incompétence voire (horresco referens) le copinage ...mais sur ce dernier point je n’en crois rien ... rien ... rien ... !

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