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Accueil du site > Tribune Libre > La pensée hamédienne dans la compréhension des crises depuis 1994 (...)

La pensée hamédienne dans la compréhension des crises depuis 1994 jusqu’au Covid-19 et la guerre en Ukraine. La FED piégée par sa stratégie

1ère Partie

 Qu’en est-il du sens historique de la pandémie Covid-19 qui s’est abattue sur l’humanité depuis fin 2019 et est en train vraisemblablement de se terminer. Qu’en est-il de la guerre en Ukraine survenue le 24 février 2022, elle a pratiquement pris le relais de la pandémie Covid-19.

La première question qu’elle pose et à laquelle on doit répondre sans hésiter est que pourquoi ces événements doivent se poser à notre conscience, pour cela nous devons partir d’un seul principe : « l’humanité est une seule conscience certes constituée de plus de 7,5 milliards d’êtres humains mais reste une seule conscience sauf qu’elle est distribuée différemment. »

Un est aveugle ou sourd mais a une conscience et une intelligence ; un autre qui voit et entend bien mais n’entend pas tout à fait le sens de ce qu’on veut lui dire, et cela est en rapport avec sa conscience ; un autre est intelligent mais au fond n’est pas très intelligent et c’est en rapport de sa conscience ; un autre est riche ou très riche mais au fond il est pauvre et c’est en rapport avec sa conscience ; un autre est intelligent et il est intelligent parce que c’est en lien avec ce qui lui est donné par sa conscience ; et ainsi de suite pour chaque être humain.

Le banquier britannique Rothschild qui dit : « Permettez-moi d'émettre et de contrôler les ressources monétaires d'un pays et je me moque de celui qui écrit ses lois. » Là encore c’est sa conscience qui lui fait croire ce qu’il doit croire. Toute chose dans la nature a sa place par Celui qui l’a créé. Nous sommes tous humains œuvre de Dieu, que l’on croit ou non et cela relève encore de la conscience. La conscience fait des êtres humains ce qu’elle veut. Qu’il soit un croyant, un athée, un déiste, ou n’importe quel humain sur la hiérarchie sociale.

Une star par exemple, avec ses fans, en football, en tennis, en jeu d’échec, en musique ou autre chose, elle est par ce qu’elle a fait de lui la conscience. Son corps sans la conscience n’est pas corps, l’être humain est avant tout conscience. De même, les fans sont les fans ce que la conscience fait d’eux. Le sage dirait : « Ainsi va le monde. Quel monde ? Le monde humain. »

C’est sur ces mots que l’analyse des crises passées jusqu’à aujourd’hui, ma pensée qui relève de ma conscience va s’efforcer de donner sa vision, son point de vue, un point de vue qui fait apparaître beaucoup de bon sens, de vérité dans ce qui se passe dans le monde. Du moins c’est ma conscience qui me le fait dire. Reste bien sûr aux autres consciences de prendre ce qui va suivre argent comptant ou au contraire le critiquer voire même le démonter.

Après ce bref préambule, qu’en est-il des événements relativement lointains, qui sont survenus dans les années 1990. Interrogeons-nous sur la crise mexicaine en 1994, la crise asiatique en 1997 et les crises brésilienne et russe qui ont suivi en 1998. Pourquoi ces crises ont fait irruption à ces dates ? Quel sens donner aux crises qui ont surgi en 2007, 2008, 2009, 2014 à aujourd’hui avec la pandémie mondiale qui a fait irruption fin 2019, puis début 2022 la guerre en Ukraine ? 

En remontant dans le temps, on constaterait que tous les événements passés, bien qu’ils soient éloignés, sont rattachés historiquement aux événements qui viennent. En clair, il y a un processus logique dans la marche du monde. Aussi partons des années 1990, qu’en est-il de cet « âge d’or » pour les États-Unis, que les économistes n’ont cessé de clamer, à l’époque ? Et qui préparait un monde unipolaire dirigée par l’Amérique, à l’époque sous l’administration Bush (père).

Après la guerre en Irak et la libération du Koweït, en 1991 par une coalition internationale dirigée par la première puissance du monde, tout laissait apparaître que les États-Unis, restés seule superpuissance, pouvaient construire un monde unipolaire ; que les États-Unis avaient la lourde tâche de le construire. Quant à l’Union soviétique, deuxième puissance du monde, elle a cessé d’exister la même année, le 26 décembre 1991 ; elle est remplacée par la Fédération de la Russie. Tout souriait pour l’Amérique en ce début de cette décennie.

Cependant, l’histoire n’attend pas, la première puissance mondiale est déjà touchée par une récession économique en 1991-1992. Une récession en fait relevant de la « stratégie américaine » durant les années 1980, qui a permis précisément de mettre en difficulté l’Union soviétique jusqu’à la faire disparaître. Ce point est dans un certain sens « herméneutique » pour la simple raison que les États-Unis, malgré leur stratégie « asphyxiante » sur le plan financier et monétaire dans les années 1980, et l’Union soviétique en a payé un prix lourd, et ce en rapport avec la forte hausse du taux d’intérêt directeur de la Banque centrale américaine ou Federal Reserv (Fed) et la politique monétaire fortement restrictive, étaient loin de se douter qu’à la fin, l’Union soviétique allait « clasher » et disparaître de la scène du monde.

Nous n’allons pas nous attarder sur ce point bien qu’il paraît obscur et passer directement aux mesures prises par la Réserve fédérale des États-Unis pour lutter contre la récession et relancer l’économie américaine. Le taux d’intérêt directeur de la Fed, qui était de 8% en 1990, a été abaissé, à plusieurs reprises, pour atteindre 3% en 1992. La croissance économique revient effectivement en 1993, l’économie européenne entre en récession à son tour. S’il y a eu relance aux États-Unis, en 1994, la Fed brusquement change de cap.

Elle remonte le taux d’intérêt directeur, et le fait passer de 3% à 5,5%, en 1994. Conséquence ; une crise financière mexicaine éclate. Comme l’écrit en grand le Journal français Le Monde, le 22 août 2013 : « En 1994, le changement de cap de la Fed avait enclenché l'« effet Tequila » au Mexique

Le 4 février 1994, la Fed mettait fin à l'ère du crédit bon marché par une légère remontée des taux américains, prélude d'un krach obligataire et, par contagion, d'une crise dans les pays émergents. 

« Bizarrement, Wall Street n'y croyait pas vraiment » Ainsi débutait l'article du Monde en date du 7 février 1994. Il décrivait la surprise des investisseurs à l'annonce, le 4 février, d'une remontée des taux américains, prélude d'un krach obligataire et, par contagion, d'une crise dans les pays émergents, principalement en Amérique latine et surtout au Mexique.

« Pourtant, poursuivait l'article, quelques jours auparavant, à l'occasion d'une audition au Congrès, Alan Greenspan, le président de la Réserve fédérale [Fed, banque centrale américaine], avait bien indiqué qu'à son avis les taux d'intérêt [aux Etats-Unis] étaient anormalement bas... et qu'à un moment ou un autre il serait nécessaire de les ajuster. »

Ce relèvement était le premier depuis février 1989, époque à laquelle, pour lutter contre une renaissance de l'inflation, la Réserve fédérale fit monter son taux directeur à près de 10 %. Par la suite, l'entrée en récession de l'économie américaine l'incita à assouplir très fortement sa politique, ramenant son taux directeur à 3 % en juillet 1992, au plus bas depuis 1964. Cet assouplissement fut efficace, puisqu'il contribua à diminuer l'endettement des particuliers et des entreprises et à relancer la machine économique.

Mais, aux premiers jours de 1994, alors que l'économie américaine accélérait son redressement, les autorités monétaires redoutaient qu'elle s'accompagne d'une reprise de l'inflation. M. Greenspan prônait alors une petite augmentation des taux d'intérêt pour ralentir la hausse des prix et faire baisser les taux à long terme, contre l'avis de la Maison Blanche. Le vice-président, Al Gore, rappelait qu'une hausse des taux était rarement « anodine » pour les marchés et augurait un resserrement plus long. « Si nous attendons que l'inflation devienne manifeste, ce sera trop tard », prévenait le patron de la Fed.

KRACH OBLIGATAIRE

Le 4 février 1994, la Fed mettait donc fin à l'ère du crédit bon marché par un léger relèvement... qui sera suivi par d'autres. En l'espace d'un an, le taux au jour le jour (Fed Funds) doublait, passant de 3 % à 6 % en sept étapes.

L'effet fut inverse de celui attendu et provoqua un krach obligataire : en agitant le spectre de l'inflation sans la combattre immédiatement, la Fed déclenchait une remontée des taux à long terme des deux côtés de l'Atlantique.

Aux États-Unis, ce retournement prenait à contre-pied les intervenants sur le marché obligataire, causant parfois des pertes à l'image de celles du comté d'Orange en Californie, l'un des plus riches du pays, qui fit faillite.

L'onde de choc toucha l'Europe où les pays les moins « vertueux » ayant des déficits publics ou une dette trop élevés, comme l'Espagne, l'Italie ou la Suède ont payé un lourd tribut. La France a aussi été pénalisée et l'écart s'est creusé avec l'Allemagne sur les taux à long terme : près de 200 milliards de francs de capitaux étrangers placés en obligations ont quitté le marché français en 1994.

Les conséquences ont été beaucoup plus graves pour les pays émergents, qui avaient bénéficié, jusqu'en 1994, des largesses de la Fed. Ils avaient connu un afflux de capitaux, car ils offraient des rendements à court terme très supérieurs à ceux des Etats-Unis.

Le premier touché fut le Mexique. Pour avoir financé un déficit grandissant de ses comptes courants avec des capitaux à court terme qui sont repartis vers les Etats-Unis à la première alerte, ce pays connut alors une grave crise de liquidités. La crise a démarré le 20 décembre par une dévaluation du peso. La défiance s'est répandue en Amérique latine considérée comme une zone à haut risque.

L' « effet tequila » a été suivi par une grave crise de liquidités en Argentine comme au Brésil, qui ont été contraints, pour ne pas remettre en question leur plan de stabilisation monétaire, de soutenir leurs devises. Leurs banques centrales en ont racheté massivement et leurs réserves ont fondu. Conséquence : les crédits ont chuté, entraînant la consommation dans leur sillage. » (1)

Dans cette analyse tout est dit. La Fed donnait un coup de semonce aux pays émergents, le premier touché est le Mexique, en 1994, par la crise « Téquila », la crise s’étend à l’Argentine. Au début de 1995, après une septième hausse, le taux de la Fed est à 6%, la Fed américaine le baisse à trois reprises, au début de l’année 1996, il est à 5,25%. De nouveau, le taux d’intérêt directeur de la Fed est remonté, le 26 mars 1997, de 25 points, il est à 5,5%.

Même stratégie de la Fed. Après le Mexique, une onde de choc économique frappe, en juillet 1997, les pays d’Asie du Sud-Est ; la crise se propage aux autres pays avoisinants. Même processus que la crise mexicaine, crise de liquidités, fuite de capitaux occidentaux. Après la crise asiatique de 1997, les autres pays émergents sont touchés à leur tour, en 1998. Principalement la Russie, le Brésil et l’Argentine. Et toujours les déséquilibres sur le plan macroéconomique, dus essentiellement à l’âge d’or des pays émergents – ces pays ont massivement bénéficié des délocalisations d’entreprises de production du Japon, des pays d’Europe et des États-Unis, en quête de débouchés. Et ces délocalisations ont été dictées par les marchés qu’offraient les pays émergents et du faible coût de la main d’œuvre. Ce qui attirait les investisseurs occidentaux et donc un afflux massif de capitaux dans les années 1980 et 1990.

En fait une industrialisation du reste du monde devenant nécessaire du fait de la saturation industrielle de l’Occident. Aussi les crises mexicaine, argentine, brésilienne et russe peuvent être comprises comme un « apprentissage » à leur impréparation sur le plan financier. Et donc par les crises qui surviennent « apprendre pour s’inscrire dans le concert économique mondial ». La stratégie de la Banque centrale américaine vue sous cet angle est positive bien qu’elle ait provoqué des crises graves sur le reste du monde.

Quant à l’Afrique, très en retard, elle est restée endettée, et a très peu évoluée. En 1999, le prix du baril est à moins de 10 dollars, c’est le contrechoc pétrolier de 1999 qui est en fait la synthèse de toutes ces crises à travers le monde touchant essentiellement l’Asie, l’Amérique du Sud et l’Afrique.

Cette situation de crise va être contrebalancée par un autre événement majeur dès le 1er janvier 1999. En effet, l’Union monétaire européenne (UEM) lance le 1er janvier 1999, la monnaie commune, l’euro, qui deviendra la monnaie « unique » en 2022. Les monnaies nationales de la zone euro, à partir de cette date, n’auront plus cours.

Si, en 1998, la Fed américaine abaisse son taux d’intérêt directeur qui passe de 5,5% à 4,75%, à partir de 1999, elle le remonte par sept fois, il passe à 6,5%. L’Asie, l’Amérique du Sud, la Russie, le Mexique et d’autres pays émergents et l’Afrique fortement secoués par les crises systémiques, la Chine n’a pas encore montré son nez, elle suit la situation mais lentement et sûrement continue son ascension sans le crier sur les toits, l’Europe monétaire en revanche avec la nouvelle monnaie unique devient un concurrent sérieux pour le « droit de seigneuriage » qu’a le dollar sur le monde.

En effet, l’euro, nouvelle monnaie internationale groupant onze pays d’Europe, cherche précisément à partager avec les États-Unis, le pouvoir « exorbitant » du dollar US. Le terme « exorbitant » vient de Valéry Giscard d'Estaing, ministre français de l'Économie et des Finances, en 1964, et repris par le président Charles de Gaulle. C’est dire l’importance qu’a le dollar US dans l’économie mondiale.

On comprend alors la panique de la Réserve fédérale américaine dans la montée rapide de son taux directeur d’autant plus que le président irakien a demandé à l’ONU, en 2000, de facturer ses exportations pétrolières contre nourriture – l’Irak était sous embargo anglo-américain – en euro et non en dollar US. Et la hausse du taux d’intérêt ne s’est pas arrêtée puisque les capitaux du monde y compris européens affluaient aux États-Unis, attirés par la hausse du taux d’intérêt. Malgré la hausse du taux d’intérêt directeur de la Banque centrale européenne (BCE) qui était cependant moindre que celui de la Fed.

On constate dans ce duel entre les deux bords de l’Atlantique que la stratégie menée par la Banque centrale américaine pour faire barrage à la nouvelle monnaie unique, l’euro, relevait d’un instinct de défense. La conscience des décideurs de la Fed dictait en fait cette politique de barrage à la nouvelle monnaie européenne. Et qui dit conscience qui dicte dit forcément nécessité puisque c’est le nouveau contexte économique, financier et monétaire qui a changé les donnes.

La hausse du prix du baril de pétrole a été aussi mise à contribution ; le prix du baril de pétrole est passé de 9,53 dollars le 1er février 1999 à 20,56 dollars le 1er novembre 1999 ; le 1er août 2000, il est passé à 32,24 dollars. (2)

Comme les pays arabes exportateurs de pétrole sont majoritaires dans le cartel pétrolier (OPEP), et l’Arabie saoudite, alliée de premier plan pour la puissance américaine, les transactions pétrolières des pays OPEP sont effectuées en dollar US, sur accord saoudo-américain, depuis les années 1973. Les pays de la zone euro qui sont fortement pénalisés par la hausse des cours pétroliers et sont tenus d’acheter des dollars US pour régler leurs importations pétrolières, voient le solde de leurs balances commerciales se détériorer. Finançant leurs déficits extérieurs par la création monétaire (ex nihilo) et donc par la planche à billet, leur monétisation par les pays européens se traduit forcément par une forte dépréciation de l’euro sur les marchés monétaires, ce qui affaiblit l’économie européenne.

En janvier 1999, date de lancement de la monnaie commune, le taux de change moyen de l’euro était de 1,161064 dollar ; en février 2000, l’euro se déprécie fortement, il est à 0,983424 dollar ; en novembre 2000, il est à 0,856386 dollar. (3)

Cependant, malgré tous ces succès, il y a un revers de la médaille dans ces succès et des capitaux qui accourent sur le marché américain. En effet, les indices boursiers s’envolent à Wall Street (New York), en particulier celui des valeurs technologiques, le Nasdaq. La forte hausse du taux d’intérêt directeur de la Fed finit par provoquer le krach des valeurs technologiques qui se répercute sur les autres Bourses mondiales. Une chute boursière de plus de 50% pour le Nasdaq, la capitalisation boursière passe de 5000 environ en mars à environ 2400, en décembre 2000. Que remarque-t-on ? La Fed a fait plonger la Bourse par la hausse du taux d’intérêt directeur comme elle l’a fait lors des crises passées des pays émergents, une véritable arme de guerre économique. Et peu importe qui tombe, l’essentiel est de préserver la puissance américaine, et qui passe par le pouvoir financier et monétaire.

En janvier 2001, l’économie américaine entre brièvement en récession. C’est le revers de la médaille que provoque la hausse du taux d’intérêt directeur sur le plan interne. La Fed américaine dès janvier 2001 abaisse rapidement son taux d’intérêt directeur. Dans le journal Le monde, on lit : « Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale américaine (Fed), a annoncé, à la surprise générale, mercredi 3 janvier, une baisse de son taux principal d'un demi-point. Le taux des fonds fédéraux a été ramené de 6,50 % à 6 %. Celui de l'escompte, qu'applique la Fed dans ses prêts aux banques commerciales, a été abaissé en deux temps, de 6 % à 5,75 %, mercredi, puis à 5,50 % jeudi. Il s'agit de la première baisse des taux directeurs américains depuis le 17 novembre 1998. » (4)

De ces hauts en 2000, le prix du baril de pétrole baisse en raison de la morosité de l’économie américaine et mondiale, due surtout à la chute de la Bourse de Wall Street. L’exubérance de l’économie américaine « téléguidée » par le taux d’intérêt directeur de la Fed dans toutes les crises externes (mexicaine, argentine, asiatique, russe et brésilienne jusqu’à la zone euro), a atteint ses limites. Le « maestro » tel qu’il était appelé Alan Greenspan a compris qu’il fallait lâcher du lest.

D’autant plus qu’un événement gravissime allait changer le cours de l’histoire en cette première année de Troisième millénaire. Cet événement viendra dicter que l’exubérance greenspanienne était à la fois fictive, constructive du fait qu’elle corrigeait l’impréparation des pays émergents mais aussi historique du fait qu’elle était nécessaire dans cette phase transitoire qu’était la décennie 1990, « âge d’or » de l’ère du président Clinton de l’époque.

En 1999, après une succession de crises financières, le Groupe des vingt (G20) est créé, c’est un forum international composés de 19 des pays aux économies les plus développées et de l’Union européenne. Ce groupe réunit annuellement les chefs d’État, chefs de gouvernement, ministre des finances et gouverneurs des Banques centrales. On peut dire qu’avec l’avènement du Groupe des vingt, le monde réellement a changé ; l’Occident ne pouvait perdurer comme le maître incontesté de l’économie mondiale même s’il est toujours détenteur des principales monnaies internationales (dollar, euro, yen, livre sterling). L’histoire de l’humanité est « une », une seule « conscience » mais distributive dans le temps. Sans cette distributivité et ce changement dans le progrès de l’histoire, il ne peut y avoir conscience du monde, tout au plus une conscience anémiée devenant de plus en plus stérile. Et on peut se représenter ce qui pourrait se passer avec une conscience devenue alors stérile.

L’événement majeur en question était l’attentat terroriste du 11 septembre 2001. A cet événement, il faut aussi citer la Chine qui apparaissait de plus en plus la future et première puissance économique du monde. Le 11 décembre 2001, elle adhère à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), après quinze longues années de négociation avec les Etats-Unis et l'Union européenne.

Aussi, les États-Unis, à partir de septembre 2001, vont s’attaquer aux pays du Moyen-Orient, par où sont venus, selon les décideurs américains, les terroristes qui ont causé la destruction du World Trade Center (WTC). Et aussi une guerre pour faire « taire » tous ceux qui contestent son leadership sur la région moyen-oriental qui est vitale pour son économie. Secondés par l’OTAN, les États-Unis entre en guerre en Afghanistan, en 2001 ; en 2003, c’est le tour de l’Irak.

Cependant l’économie américaine ne sera pas à l’abri des crises économiques. Surtout avec ces guerres qui demandent un financement considérable alors que les États-Unis n’ont pas renoué réellement avec la croissance économique. Le krach des valeurs technologiques à Wall Street sera suivi de crises boursières à répétition entre 2001 et 2002. Bien que le taux d’intérêt directeur, après douze baisses, est ramené de 6,5%, en janvier 2001, à son plancher, 1%, le 25 juin 2003.

Après des crises boursières en cascades entre 2002 et 2003 aux États-Unis qui s’étendent au monde, de nouveau deux grandes crises économiques éclatent aux États-Unis, après seulement cinq ans. La crise immobilière (subprimes) en 2007 et la crise financière en 2008 qui est la pire crise depuis la grande crise financière de 1929. Ces crises touchent l’ensemble du monde, en particulier l’Europe.

Une question cependant sur les attentats du 11 septembre 2001 et des guerres menées par les États-Unis au Moyen-Orient : quelles conséquences pour les pays hors-Occident ? D’emblée doit-on répondre, cela a été du « pain béni » pour l’Asie, la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil et les pays exportateurs de pétrole. Pourquoi ? Au regard des réserves de change que ces pays accumulaient en réserves de change durant la décennie 2000. Pendant que les États-Unis guerroyaient au Moyen-Orient, pour bâtir un système unipolaire, ces pays s’enrichissaient, accumulaient massivement des réserves de change et donc exportaient des richesses de tout genre, du pétrole, du gaz, des matières premières, bref l’Occident est devenu le moteur du reste du monde.

Les réserves de change de la Chine ont été multipliées par 12, entre 1999 et 2008, passant de 161,414 milliards de dollars à 1966 milliards de dollars ; celles de la Fédération de Russie multipliées par 34, passant de de 12,325 milliards de dollars, en 1999, à 426,279 milliards de dollars en 2008 ; celles de l’Arabie Saoudite multipliées par 24, passant de 18,321 milliards de dollars, en 1999, à 451,279 milliards de dollars, en 2008 ; celles de l’Algérie par 24, passant de 6,146 milliards de dollars, en 1999, à 148,099 milliards de dollars, en 2008. Il en va de même pour l’Inde, le Brésil et autres pays émergents et exportateurs de pétrole ont vu leurs réserves de change fortement augmenter. (5)

Alors que durant la décennie 1990 à 1999, les réserves de change des autres pays ont pratiquement stagné. Les réserves de change de la Chine sont passées de 34,476 milliards de dollars, en 1990, à 161,414, soit une croissance de 4,68, loin de 12 entre 1999 et 2008 ; celles de la fédération de Russie de 9,818 milliards de dollars, en 1993, à 12,325 milliards de dollars, en 2000, une croissance de 1,25, loin de 34 entre 1999 à 2008 ; celles de l’Arabie Saoudite de 13,437 milliards de dollars, en 1990, à 18,331 milliards de dollars, en 1999, un taux de croissance de 1,36, loin de 24 entre 1999 et 2008 ; celles de l’Algérie passent de 2,703 milliards de dollars, en 1990, à 6,146 milliards de dollars, en 1999, une croissance de 2,27, loin de 24 entre 1999 et 2008. (5)

N’est-ce pas là un prodige ? La conscience du monde qui a changé les consciences du monde ? Que dit l’ancien gouverneur de la Fed, Alan Greenspan, sur la crise ? Selon lui, « l’impossible gouvernance financière éthique dans le monde : La cause, la « nature humaine ». (6)

Mais Greenspan est aussi partie de la « nature humaine », il n’a pas su que lorsqu’il était aux commandes de la Fed jusqu’en 2006, il a certes œuvré pour l’Amérique mais aussi pour la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil et les pays exportateurs arabes, européens, africains, sud-américains… Mais sa conscience s’est gardée de lui dire.

Ainsi comprend-on, sur le plan herméneutique, la formidable croissance de réserves de change pour les pays du BRICS et exportateurs de pétrole arabes, européens (Norvège entre autres), sud-américains dans les années 1990 contrairement aux années 1990 (faible croissance des réserves de change). Alors que les États-Unis et l’Europe voient leur endettement fortement augmenter. Et heureusement que leur endettement extérieur est compté en dollars US, euros, livres sterling et yens qu’il ne tient qu’aux grandes puissances monétaires occidentales d’émettre.

Cette accumulation de réserves de changes des pays-phares du reste du monde, i.e. BRICS et exportateurs de pétrole est essentiellement d’ordre financier, relevant des transactions commerciales internationales ? Et libellées en dollars, cela signifie que ce sont des dollars créés par la Banque centrale américaine, qui financent les déficits de la balance courante américaine. Mais une question se pose : « Les États-Unis n’ont pas cessé d’enregistrer des déficits publics et courants depuis les années 1980 sauf une très courte période, au début des années 1999 et en 2000-2001 avec un solde public positif. » La réponse va de soi : « Les États-Unis financent leurs déficits courants par la « création monétaire » ; cela rappelle le pouvoir exorbitant du dollar US.

Mais ce pouvoir exorbitant pour fonctionner a besoin de contreparties physiques réelles sinon la création monétaire ex nihilo (à partir de rien) ne fera que déprécier la monnaie US. Si la Fed en créé en grande quantité des liquidités monétaires sans contreparties physiques pour financer les déficits extérieurs, la forte dépréciation qui résultera provoquera la fuite les capitaux étrangers et à terme le krach du dollar. Or, ce n’est pas ce qui se produit. Pourquoi ? La raison est dans le pétrole des pays arabes dont le chef de file est l’Arabie saoudite ; ces pays qui dirigent pratiquement l’OPEP imposent le dollar US comme monnaie de transactions pétrolières pour tous les pays exportateurs de pétrole du cartel pétrolier.

Aussi, le libellé monétaire des transactions pétrolières des pays OPEP fait que la Fed doit mettre des disponibilités monétaires en dollars pour que les pays importateurs de pétrole d’Europe, de Chine, d’Inde, des autres pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud puissent acheter des dollars et régler les pays OPEP. Ce qui nous fait dire que le pétrole des pays OPEP a dans un certain sens « deux propriétaires ». Les pays OPEP détenteurs des richesses pétrolières de leurs sous-sols et le pays émetteur de dollars, les États-Unis, auprès duquel les pays importateurs de pétrole doivent acquérir les dollars. Leur acquisition se fait soit contre des monnaies internationales reconnues ou soit par des exportations de biens et services vers les États-Unis contre des dollars. Ce qui revient en fait au même.

Le pouvoir d’émission monétaire de règlement des importations pétrolières OPEP n’est échu qu’à un seul pays au monde, les États-Unis ; c’est la raison pour laquelle il est dit que les États-Unis détiennent un « pouvoir exorbitant » sur le monde et que la dette publique n’est pas un grand problème pour les États-Unis. Du moins tant que d’autres monnaies ne viennent pas à partager ce pouvoir exorbitant et viendrait à l’affaiblir.

On comprend ainsi qu’après l’entrée en guerre des États-Unis contre l’Irak en 2003, les déficits publics et commerciaux ont commencé à croître pour financer l’économie de guerre au point que l’économie américaine est devenue une économie-casino avec les subprimes (créances hypothécaires toxiques). Les échanges extérieurs d’une économie américaine florissante mais « fictive » favorables pour le reste du monde commandaient de plus en plus de création de dollars pour financer les déficits US, ce qui se traduisait par une augmentation des contreparties physiques, et passait par une hausse du prix du baril de pétrole. Et comme les principales Bourses de pétrole qui fixent les prix sont à New York et à Londres, le problème de la cotation à la hausse ou de la baisse ne se pose pas. Le prix du baril de pétrole Brent était coté 23,16 dollars, le 1er mai 2003. Une année après, il passe à 40,02 dollars le 1er octobre 2004 ; à 66,61 dollars le 1er novembre 2005 ; à 76,34 le 1er juin 2006 ; à 93,21 dollars le 3 décembre 2007 ; à 138,61 dollars le 1er juillet 2008. (2)

Le prix du pétrole a atteint un sommet à 147 dollars au plus haut de la crise financière, en 2008. On comprend dès lors que le pétrole OPEP a joué un rôle central dans le financement de l’économie américaine et dans la guerre au Moyen-Orient, entre 2003 et 2008.

A ces contreparties physiques, il faut encore ajouter le prix de l’once d’or qui était de 265,50 dollars le 2 novembre 2000 et a peu augmenté en 2002, coté à 300,85 dollar, le 12 avril 2002. A partir de 2004, l’once d’or monte en flèche ; de 400 dollars le 25 février 2004, il passe à 506,80 dollars, le 14 décembre 2005 ; à 807,40 dollars le 31 octobre 2007 ; 912,63 dollars le 19 mars 2008. (6)

Pourtant malgré le soutien des pétrodollars et de l’once d’or, la monnaie américaine s’est fortement dépréciée sur les marchés. En novembre 2002, le dollar US s’est déprécié, il est à parité avec l’euro, à 1,001362 dollar ; en décembre 2003, le taux de change moyen de l’euro est de 1,228562 dollar ; l’euro continue de s’apprécier, il est en moyenne pour l’année 2007 à 1,35 dollar ; en juin 2008, il atteint pratiquement 1,60 dollar. (3)

On comprend dès lors par le triptyque « pétrodollar, or-dollar, taux de change euro-dollar », la Banque centrale américaine a pratiquement tous les leviers pour gouverner le monde. La puissance des États-Unis ne vient pas de ses porte-avions qui sillonnent les mers et océans mais de son « porte-avion monétaire » qu’est le dollar. Sans le pétrodollar, la Banque centrale américaine ne peut être le moteur économique du monde. Sans le pétrodollar, la puissance américaine aura toutes les difficultés du monde pour continuer à financer ses bases militaires à travers le monde ou mener des guerres qui ne lui apporteront aucun gage de puissance ; le Moyen-Orient perdra totalement d’intérêt. Quant à la Chine, les États-Unis se trouveront forcés à coopérer, y compris avec la Russie. Même l’OTAN ne pourrait leur servir sauf si les pays d’Europe mettent la main dans la poche et « règlent » ce qui leur revient équitablement dans l’Organisation.

On voit mal un pays qui n’arrive pas à financer ses déficits extérieurs venir en aide à l’Europe si la superpuissance venait à perdre le « pouvoir exorbitant » que toutes les grandes puissances convoitent, « et la Chine attend son heure ».

On comprend au final que les guerres menées par les États-Unis au Moyen-Orient ont profité plus pour les pays du reste du monde – une formidable hausse de leurs réserves de change – alors que les États-Unis et avec eux l’Europe se sont trouvés confrontés à des dettes publiques qui n’ont pas cessé de croître. Heureusement encore qu’elles soient libellées dans leurs monnaies.

On peut donc dire que ce processus qui s’est réalisé devait se réaliser dans le sens que les États-Unis sans même qu’ils prenaient conscience étaient utilisés comme moteur dans la marche herméneutique de l’histoire. Les États-Unis poursuivaient certes des buts stratégiques et économiques mais l’histoire aussi poursuivait « ses buts » comme le commandait le développement du monde.

La première partie se termine. La deuxième partie aura à traiter les politiques monétaires non conventionnelles menées par la Réserve fédérale américaine de concert avec les Banques centrales européenne, d’Angleterre et du Japon. Là aussi, nous verrons le même processus, les Banquiers centraux occidentaux, des consciences humaines au même titre que les autres consciences des pays du reste du monde.

Sauf qu’à l’instar du 11 septembre 2001 vont entrer deux événements qui changeront complètement la donne et obligeront la Fed américaine et les autres grandes Banques centrales essentiellement occidentales à changer le fusil d’épaule et à exécuter ce que la « Conscience du monde » aura commandé. Force de dire que, à l’instar des crises passées, la Fed ne sortira pas du piège de sa stratégie. En effet, les décideurs financiers américains et leurs alliés occidentaux élaborent des stratégies mais ces stratégies sont ensuite corrigées par la Conscience du monde, par des événements qui arrivent et qui ne sont pour ainsi dire pas attendus mais en fait « attendus » par les événements même qui les ont provoqués. Le paradoxe humain ?

Ces événements, on se doute bien de ce qu’ils sont tant ils sont criants, ce sont la pandémie du coronavirus et la guerre en Ukraine. La Nature a horreur du vide, et cette Nature c’est aussi la Conscience du monde par laquelle se développe l’humanité. Nous verrons en fait qu’avec ces deux événements, l’humanité ira à bon port, ce que l’adage populaire résume : « A quelque chose, malheur est bon ? »

Malheureusement pour le peuple ukrainien qui est en train de payer un prix lourd dans son émancipation de la Russie pour se conjuguer avec l’Occident libre. Mais l’humanité est ainsi, elle relève de la Conscience du monde ; tout en fait est ordonné, guerres, crises, progrès, recul, régression ; l’humanité ne se commande pas, elle est simplement. Sauf que souvent la pensée humaine oublie de se rappeler qu’elle est dépendante de cette Conscience du monde ou même en est ignorante ; alors elle reste « comme voulue dans l'ignorance ».

 

Medjdoub Hamed
Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective

 

Notes :

 

1. « En 1994, le changement de cap de la Fed avait enclenché l'"effet Tequila" au Mexique », par le journal Le Monde. Le 22 août 2013
https://www.lemonde.fr/economie/article/2013/08/22/en-1994-le-changement-de-cap-de-la-fed-avait-enclenche-l-effet-tequila-au-mexique_3464940_3234.html

2. Prix du baril - Le cours officiel du pétrole
https://prixdubaril.com/

3. Historique des taux de change
https://fxtop.com/fr/historique-taux-change.php ?

4. « Alan Greenspan accélère la baisse des taux aux Etats-Unis », par le journal Le Monde. Le 7 janvier 2001
https://www.lemonde.fr/archives/article/2001/01/07/alan-greenspan-accelere-la-baisse-des-taux-aux-etats-unis_4149189_1819218.html

5. Total des réserves (comprend l’or, $ US courants), par la Banque mondiale
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=CN
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=RU
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=SA
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?loca tions=DZ

6. Graphique historique de l’or
https://or.fr/cours/or/usd

7. « L’impossible gouvernance financière éthique dans le monde : La cause, la « nature humaine » selon l’ancien gouverneur de la Fed, Alan Greenspan », par le Quotidien d’Oran. Le 16 février 2015
http://www.lequotidien-oran.com/?archive_date=2015-02-16


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1 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 30 mai 15:57

    Vous êtes en retard. Ce qui est tendance, maintenant, c’est la variole du singe.

    Pour ce qui est de la psittacose, ça ne servirait à rien de faire de la fumée avec, la plupart des journalistes étant déjà contaminés sous une forme bénigne : le psittacisme, non mortel mais très contagieux.

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