La relance et la ralance
Mais revenons à notre sujet : que font-Ils de cet argent ? Où le trouvent-ils, et où le placent-Ils ? Sur le comment des choses, j’ai bien quelques notions, mais une idée m’est venue qui concerne le pourquoi, et c’est de cela que je voudrais parler ici. En démocratie, il y a des échéances régulières : bientôt un référendum en Irlande ; très rapidement après, la Présidentielle et les Législatives en France... Cela coûte de l’argent, beaucoup d’argent pour un gouvernement prévoyant qui envisage d’améliorer suffisamment l’ordinaire des citoyens juste le temps qu’il faut avant les campagnes électorales. Il devient nécessaire de mettre une sourdine à la grogne, voire même pour annoncer ses très bons résultats afin de remporter régulièrement la victoire sur une idéologie concurrente et haïe par les possédants. L’illusion de la démocratie vaut bien une grand messe tous les cinq ans. Moins on aura besoin des machines à voter et plus on reculera l’échéance du recours à la force. Dans le genre, le contrôle total des médias ça peut aider beaucoup, vive l’ORTS (2).
Imaginons qu’Ils aient constitué une caisse noire plus ou moins commune entre gouvernement amis, planquée par exemple dans des paradis fiscaux : et que je me sers au gré de mes échéances électorales, et que tu te sers quand c’est ton tour, histoire de ne pas laisser l’argent qui dort faire n’importe quoi, les bons comptes font les bons amis. En somme, une institutionnalisation secrète – tiens, un oxymore - et à grande échelle de ce qui se faisait sous le manteau entre la Droite et les grandes entreprises nationales : je soussigné l’État, vous donne en période de "crises" au nom d’une politique qu’on qualifie pudiquement "de l’offre" ou de relance, c’est pareil puisqu’il est exclu au nom de la concurrence étrangère de faire une politique de gauche. Vous me rendrez à moi César, pour mes campagnes électorales, et le tour est joué : je garde le pouvoir et vous renverrai l’ascenseur. Il n’y a en effet aucun problème que le temps ne puisse résoudre pour peu que l’on sache s’en servir : "donner du temps au temps", là est le secret de la bonne gouvernance.
Vu ainsi, on comprend mieux pourquoi on a fait coïncider les Législatives avec la Présidentielle : par souci de maîtrise du calendrier, pour éviter des cycles temporels empoisonnants parce que perturbés.
Vu ainsi également, la gestion des crises s’avère dorénavant relever de l’exploitation rationnelle de la stratégie du choc décrite par Naomi Klein (3) : quand les gens sont sidérés, il est facile de leur faire avaler toutes les couleuvres que l’on veut. Ce n’est pas Sarkozy qui dira le contraire lui qui, selon Dominique De Villepin "croit que plus la société va mal et moins le risque social est grand" (4).
Mais alors, la crise ? Qui peut croire encore aujourd’hui que ce sont les subprimes qui en sont la cause ? Qui peut croire que c’est l’étincelle qui fait sauter le bâtiment et accessoirement une charge de dynamite placée là inopinément par quelques incompétents ? Mais, me direz vous, la France n’en est pas responsable. Non, bien sûr, alors à elle de s’adapter, pour le meilleur comme pour le pire. Quant aux méandres de la politique américaines, ils sont comme les voies de la providence, impénétrables. La politique aujourd’hui se résumerait-elle à savoir lequel des grands blocs est le maître d’œuvre, que dis-je, le démiurge des crises internationales ?
(2) Office de Radio Télévision Sarkozy
(3) Voir par exemple l’article "Le capitalisme de catastrophe, comment gagner de l’argent sur le dos du malheur". extrait de l’interview rapportée : " la stratégie du choc c’est une philosophie du pouvoir et ce que je dis dans le livre c’est que ce modèle économique souvent appelé capitalisme sauvage n’a pas entraîné le monde dans la démocratie et la liberté comme on l’a souvent entendu, mais exploite intentionnellement ce choc et ce chaos".
(4) Propos tenus le 18/12/08 dans le 7/9 de France Inter par l’ancien premier ministre.
Nb. Les oxymores ne sont pas tous des chevaux de Troie de la novlangue.
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