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La rémunération comme moteur d’appoint de l’exploitation

La liberté, qui distingue le travailleur salarié de l'esclave, l'oblige à tenir lui-même la bride serrée à ses dépenses. Mais elle peut aussi le pousser à accroître la durée et l'intensité de ses efforts pour obtenir une rémunération supérieure (au moyen d'heures supplémentaires, par exemple), et améliorer ainsi son ordinaire.

Non seulement il produira davantage (additionnant exploitation choisie et exploitation subie), mais il ajoutera, à sa force de travail telle que le minimum vital l'entretient, un surplus de force provenant de sa volonté de se surpasser et d'une consommation améliorée grâce à un supplément de salaire dont on constate bientôt qu'il ne l'aura conquis qu'au détriment de sa santé...

Voici comment Adam Smith résume la première partie de ce processus :
« Une subsistance abondante augmente la force physique du travailleur ; le doux espoir d'améliorer sa situation et de finir peut-être ses jours dans l'aisance et l'abondance l'encourage à employer cette force autant qu'il le peut. Par conséquent, là où le salaire est élevé, les ouvriers sont toujours plus actifs, plus assidus, plus prompts que là où il est bas [...]. »

Et voilà qui montre les limites de l'émulation ou de l'autosuggestion :
« Les ouvriers, au contraire, quand ils sont généreusement payés à la pièce, ont vraiment tendance à se surcharger de travail et à ruiner leur santé et leur constitution en quelques années. On estime qu'à Londres et en quelques autres lieux un charpentier ne peut pas conserver sa pleine vigueur plus de huit ans. Il se produit à peu près la même chose dans beaucoup d'autres activités où les ouvriers sont payés à la pièce, comme ils le sont généralement dans les manufactures, et même dans les travaux des champs, chaque fois que le salaire dépasse le taux ordinaire. »

Comme on le sait, aujourd'hui encore, aujourd'hui surtout, l'espérance de vie d'un ouvrier ou d'un salarié agricole, dans les pays occidentaux, n'a rien à voir avec celle des autres salariés..., ce qui n'empêche pas ces derniers de bénéficier de leur propre lot d'angoisses et de problèmes de santé. Pour sa part, Adam Smith avance cette constatation :
« Les artisans de toute catégorie, ou presque, sont sujets à des infirmités particulières, causées par l'excès de soin qu'ils portent à leur ouvrage. »

Il faut donc trouver le juste équilibre, et éviter d'user prématurément la "poule aux œufs d'or". Qui veut aller loin ménage sa monture, ainsi que nous le rappelle Adam Smith  :
« Je crois que, dans quelque métier que ce soit, on s'apercevra que l'homme qui effectue son ouvrage avec assez de modération pour s'y tenir constamment, non seulement conserve le plus longtemps sa santé mais exécute au cours de l'année la plus grande quantité d'ouvrage. »


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3 réactions à cet article    


  • César Castique César Castique 23 novembre 2015 10:50

    Rappel :


    A l’époque d’Adam Smith, la « prolétaire » consacrait la moitié de son salaire à son alimentation et à celle de sa famille, et davantage en période de pénurie due à des mauvaises récoltes. Aujourd’hui, cette proportion est de l’ordre de 15 %

    C’est dire si les observations de Smith sont adaptées à notre temps.

    • César Castique César Castique 23 novembre 2015 11:08

      @César Castique

      Notons qu’à la même époque, « la » prolétaire était plutôt UN prolétaire*. Les intelligents auront rectifié d’eux-mêmes, mais il faut penser aux autres...

      * La femme ne connaissait pas encore l’émancipation/épanouissement derrière une machine ou à la caisse d’un Carrefour quelconque.

    • Blé 24 novembre 2015 06:52

      Rare sont les articles sur cet aspect de la vie des travailleurs. Je suis toujours surprise de constater que l’exploitation de l’homme par l’ homme, pour beaucoup de gens, est quelque chose de « normal » qu’il n’existe pas d’autres solutions que celle qui est inscrite dans nos têtes depuis le début de l’industrialisation et du salariat. Il semble impossible d’imaginer de vivre autrement que de la manière qui est imposée par la classe possédante. Par-ci par là, en France, des humanistes ont essayé de créer des coopératives, mais tout est fait pour qu’elles restent limiter à un petit nombre.

      Pour beaucoup de salariés ainsi que pour des petits commerçants et artisans, leur salaire ou leur revenu ne suffit pas à payer ce qu’il faut pour renouveler leur force de travail, ( SMICARD, emplois aidés, etc... ). Dans ce sens, aujourd’hui, la situation pour eux-elles est égale à la situation d’esclave mais en pire. Non seulement, ils sont comme des esclaves mais en plus la classe dominante leur dit : « si vous êtes pauvres », c’est de votre faute. Les esclaves ne se sentaient pas obligés de se rendre coupables d’une situation qu’ils n’avaient pas choisis.

      Difficile d’être lucide sur la condition des travailleurs quand à longueur de journée la propagande nous affirme que nous sommes en République (oui mais laquelle ?), en démocratie (d’intensité très basse), et que nos valeurs sont Liberté (du capitalisme), Égalité (en droit mais pas en réalité), Fraternité (surtout entre banquiers).

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