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La République des DRH

Bien qu’évitant comme la peste tout contact visuel avec un écran de télévision, de surcroît en ces troubles périodes électorales où folliculaires mielleux et politiciens véreux se bousculent sur les plateaux ; il arrive cependant, que ma vigilance soit prise en défaut et que, par politesse ou distraction, je dusse me farcir quelques minutes de l’interview d’un cacique affilié à la nouvelle majorité.

Et là, stupeur absolue… Me voilà à faire un bond de 25 années en arrière, lorsque j’essayais, vaillamment mais certainement maladroitement de défendre syndicalement mes collègues de travail…

 En effet, tous les ministres, secrétaires d’état ou référents « en marche »…possèdent des caractéristiques communes qui me rappellent bien des souvenirs ; ils s’habillent, parlent, se comportent, et argumentent comme les directeurs des ressources humaines à qui j’avais à faire…

 Ces fameux DRH qui remplacèrent nos vieux chefs du personnel, à peu près à l’époque où les restaurants d’entreprise remplacèrent les cantines… Ces bouleversements sémantiques, s’ils firent le ravissement de la hiérarchie et la bonne fortune de quelques artisans peintres en lettres, restèrent par ailleurs sans aucun effet notoire, pas plus sur nos papilles gustatives que sur nos conditions de travail et de rémunération.

Ces fameux DRH qui, déjà, possédaient l’art de noyer le poisson dans une pléthore de réunions bilatérales, en menant des débats dans lesquels dialoguer, c’était discuter uniquement de leurs propositions ; alors que si tu avais le malheur d’évoquer celles dont tu étais porteur tu étais illico taxé d’obstruction systématique. .. 

Ces fameux DRH, qui malgré leur look cool et leur dialectique progressiste exprimée généralement dans un abominable sabir américano-français, demeuraient les serviteurs dévoués du patronat.

Ces fameux DRH, dont la quête constante d’une clinquante modernité, accouchait de fulgurances, qui, une fois mises en application, se révélaient souvent catastrophiques aussi bien pour le personnel, en premier lieu, qu’à terme, pour l’entreprise...

C'est donc, au cours d'une visite chez un ami téléphile, que je découvris la volonté de nos nouveaux DRH d'augmenter les salaires.

 Ah mais attention, y'a manière et manière d'augmenter les salaires ; là c'est de la méthode moderne, ça frôle l'infaillibilité, c'est quasiment du niveau de l'intervention divine... Pour tout dire, les salaires, ils vont te les augmenter, sans que ça coûte un centime ni au gouvernement, ni aux patrons…

 Là déjà... toi qu’as pas fait l’école des DRH, tu commences à renifler le cramé à plein nez.

 Pas eux… Les mecs te regardent avec un petit sourire condescendant et t’expliquent peinards, que si Rocard a fait la CSG, c’est fait pour s’en servir … … Et alors là …Attention…

Roulement de tambour… Et hop ! on supprime les cotisations salariales sur la maladie et le chômage et rehop on augmente la CSG pour contrebalancer et voilà le travail…. Les salariés sont augmentés, le patronat est ravi et Macron est un génie ; manque que la meuf en maillot de bain et le lapin qui sort du chapeau...

Toi qu’as pas fait l’école des DRH, tu te doutes quelque part, qu’il va bien falloir qu’il y ait quelqu’un qui paye et… tu commences à préparer l’extincteur. …

Ben oui : Et ils te l’expliquent dans leur programme :

« Nous le financerons par une augmentation de la CSG, de l’ordre de 1,7 points, qui ne touchera pas les retraités modestes (ceux exonérés de CSG ou soumis à la CSG à taux réduit, c’est-à-dire 40% environ des retraités) ni les indemnités chômage, mais concernera en revanche les revenus du capital. »

Bon ben voilà, on sait qui va payer la douloureuse  ; les retraités pour la plus grosse partie et les revenus du capital dans une moindre mesure (on pourrait même parler d’opération blanche pour les ménages imposés dans la tranche à 30% ( 26818 à 71898€ ) au vu des futures mesures envisagées par les Macron’s boys).

A mon humble avis, les vieux gars qui perçoivent un peu au-dessus de la barre fatidique (1200€) vont rester légèrement dubitatifs lorsqu’ils comprendront que leur pognon va servir à augmenter le salaire de tous les actifs salariés des secteurs privés ou publics et même des indépendants, (puisque des mesures spécifiques équivalentes seront prises pour les secteurs qui ne cotisent pas à l’UNEDIC) ceci jusqu’à concurrence de 12.680€/mois (seuil de plafonnement des allocations chômage)… Se consoleront-ils, en admirant la rutilante limousine germanique que leur ex -chef d'entreprise aura acquise grâce à la solidarité nationale ?

Bon, toi qu’as pas fait l’école des DRH, tu te prépares à composer le 18…

Et puis, et puis… Tu commences à te poser certaines questions, parce qu’avec ces oiseaux-là, une solution n’est jamais évidente, c’est un peu comme avec les matriochkas, il y a toujours un truc planqué dans un autre…

-D’abord, pourquoi avoir imaginé un système aussi compliqué pour augmenter les salaires, alors qu’une prime à l’emploi aurait largement fait l’affaire et qu’en plus elle aurait pu être attribuée sous condition de ressources (ce qui évitait d’arroser les gros salaires avec les petites retraites) 

-Ensuite, pourquoi cette volonté d'intégrer, comme l'indique l'extrait suivant du programme de la république en marche, l'ensemble des actifs dans le futur processus d'assurance chômage ? :

« ...Nous mettrons en place une assurance-chômage pour tous, parce que dans un monde qui se transforme, le chômage ne peut plus être un risque contre lequel certains se couvrent à titre individuel, et d'autres par des garanties collectives.

Lorsqu'on est successivement salarié et indépendant, ou parfois les deux en même temps, la protection ne peut plus dépendre du statut comme dans le monde d'hier. L'assurance-chômage universelle couvrira tous les actifs - salariés, artisans, commerçants indépendants, entrepreneurs, professions libérales, agriculteurs - et facilitera les transitions d'un statut à un autre... »

 

Eh bien moi qui n'ai pas fait l'école des DRH, j'ai peut-être une partie de la réponse.

Il existe en Europe deux principaux systèmes d'assurances sociales :

 

-Le système bévéridgien

Caractérisé par :

  • Universalité de la protection sociale par la couverture de toute la population (ouverture de droits individuels) et de tous les risques ;
  • Uniformité des prestations fondée sur les besoins des individus et non sur leurs pertes de revenus en cas de survenue d’un risque ;
  • Unité de gestion étatique de l’ensemble de la protection sociale ;
  • Financement basé sur l’impôt.

 

-Le système Bismarckien ou assurantiel

Caractérisé par :

  • Protection fondée uniquement sur le travail et sur la capacité des individus à s’ouvrir des droits grâce à leur activité professionnelle ;
  • Protection obligatoire ;
  • Protection reposant sur une participation financière des ouvriers et des employeurs qui prend la forme de cotisations sociales ;
  • Cotisations qui ne sont pas proportionnelles aux risques – comme dans la logique assurantielle pure – mais aux salaires. On parle ainsi de « socialisation du risque » ;
  • Protection gérée par les salariés et les employeurs.

 

La protection sociale française, issue d'un socle bismarckien, emprunte néanmoins au système beveridgien son universalité pour, par exemple, étendre la couverture à des populations non cotisantes (étudiants, concubins...) ou la mise en place du RMI puis de la CMU.

Pour ce qui concerne l'assurance-chômage, l'UNEDIC, organisme de gestion, a été créé seulement en 1958, car avant cette date, heureuse époque, le plein emploi était la règle. Il ne fait donc pas partie de la Sécurité Sociale à proprement parler et son mode de fonctionnement est purement bismarckien, puisqu'il est bien question d'assurance-chômage et qu'il y a participation des salariés et des employeurs, les cotisations étant proportionnelles aux salaires. Il est alimenté uniquement par les cotisations patronales et salariales, sa gestion est assurée paritairement par les organisations syndicales patronales et ouvrières.

Néanmoins, et du fait de l'augmentation du nombre de personnes privées d'emploi et donc sans ressources, ont été créés en France :

  • un régime d'assistance (ASS) défini et financé par l’État
  • un régime de solidarité (RSA) défini par l’État, financé par les Conseils généraux

Au-delà des prélèvements assis sur les revenus du travail, l’État participe, à différents degrés, directement au financement de l’assurance chômage dans tous les pays européens, à l’exception de la France. Le summum étant atteint en Irlande et en Angleterre, où le financement et donc la gestion de ces organismes, système bévéridgien oblige, est uniquement du ressort de l'Etat. Résultat ; en Angleterre, par exemple, l'allocation de chômage unique est de 73.10£ par semaine (un peu moins de 250€ par mois) ; avec pour conséquence un durcissement du marché du travail source d'une pression sociale accrue (contrat à zéro heure, emplois superprécaires...) et une augmentation alarmante de personnes percevant l’indemnité d’incapacité...

Ca y est, vous commencez à comprendre où nos DRH veulent arriver... Il est évident qu'avec un système d'assurance-chômage rémunéré exclusivement par la CSG, c'est-à-dire par l'impôt, l'UNEDIC disparaîtrait et la gestion du système serait effectuée entièrement par l'Etat qui fixerait les règles d'indemnisations. Et à mon avis les prolos n'y gagneraient pas...

Mais tout de même, allez-vous me dire, vous qui n'avez pas non plus fait l'école des DRH, pourquoi cet acharnement à vouloir intégrer quasiment toutes les professions dans le système d'assurance-chômage, même celles qui actuellement n'y cotisent pas. Ne serait-ce pas plus simple et moins coûteux de conserver les mêmes ayant-droit que par le passé ?

Attendez-voir, que je finisse d'ouvrir la dernière matriochka...

La réponse est toute simple et porte un nom bien connu : Conseil constitutionnel...

Et oui, en l’état, la proposition géniale, moderne et tout et tout... des nouveaux DRH est inconstitutionnelle...

Le Conseil constitutionnel exprime clairement « qu'on ne peut supprimer des cotisations sociales qui financent des prestations qui ne profitent qu'aux les salariés ».

Cependant, cette opposition du Conseil constitutionnel n'est valable que dans le système assurantiel actuel et nos gros malins de DRH sont persuadés que si le système devenait universel, c'est-à-dire que tout un chacun en France puisse avoir accès à des allocations chômage, éminemment réduites, bien entendu, sans devoir s'acquitter d'une cotisation, le verrou constitutionnel sauterait...

Que dire de plus… Que toucher au salaire brut, c’est toucher au salaire net, Gérard Filoche le fait bien mieux que je ne le pourrai… Ou bien que nos DRH vont même remettre en cause la forme actuelle du salaire, comme l’explique Bernard Friot…

Finalement, même si vous connaissez un gars qui pilote les canadairs, ne l'appelez pas, au vu des résultats des législatives à venir, ils seront bien assez nombreux pour tenter d’éteindre le gigantesque incendie que leur connerie subluminique va déclencher....

 


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6 réactions à cet article    


  • Daniel Roux Daniel Roux 14 juin 10:12

    Comme beaucoup de produit de consommation, on utilise la télé comme on l’entend et il n’y a pas de mal à se distraire, pas plus qu’à s’instruire.

    Sinon, l’article est intéressant dans le décryptage des mal-intentions des politicards.

    Moi qui ne suis pas non plus DRH, je me demande pourquoi la politique familiale et sociale de l’état n’est toujours pas financé par une TVA sociale, comme en Allemagne, qui s’appliquerait aussi aux produits importés, et notamment aux productions dont les bénéfices sont réalisés dans les paradis fiscaux ?

    http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/des-paradis-aux-enfers-de-la-84586

    La CSG s’applique à des revenus déjà bien taxés par ailleurs à travers l’impôt sur le revenu. Son augmentation constante n’aboutira qu’à persuader ceux qui en ont des gros d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte.

    Certains affirment que la TVA est un impôt injuste parce que « tout le monde » paie. C’est vrai que « tout le monde » paie et c’est ce qui rend cet impôt juste car « tout le monde » vit et profite de notre beau pays « socialement avancé ».

    Je rappelle, en outre, que les taux de TVA sont modulés et que, par exemple, les produits dit « de premières nécessités » bénéficient de taux bas.


    • Le421 Le421 15 juin 09:03

      @Daniel Roux
      Au sujet de la TVA, j’étais plutôt pour la façon dont Giscard l’avait prévue (va comprendre Charles !!) car il y avait plusieurs taux dont un à 33%, dite TVA super luxe.
      Je ne vois pas pourquoi on paierais la même taxe sur une Twingo ou sur une Audi A8. Vous me direz que le malus écolo est là pour ça, mais je préférais la TVA.
      Et question « flambe », c’était mieux.
      Le type avait les moyens de frimer comme un âne à 90 sur les routes avec 33% de TVA et 400 chevaux sous le capot !! Oui, mais « connectés » les chevaux...  smiley


    • Taverne Taverne 14 juin 14:08

      Dommage que tous ces DRH réunis n’arrivent pas à gérer François Bayrou. Qu’est-ce qui lui arrive à François ? Il pouvait se la jouer cool et entrer dans l’Histoire comme celui qui aura moralisé la vie politique et pour avoir fait gagner Macron et donc obtenu le destin qu’il souhaite à son pays. Et voilà qu’il pète un fusible.


      • lahalle 14 juin 14:23

        @Taverne
        Il semblerait que nouveaux DRH et adeptes de la vieille politique soient incompatibles...


      • lahalle 14 juin 15:25

        @Taverne
        Je ne sais pas si avez lu ça,
        Et si ça répond à votre interrogation...
        En tous cas, Bayrou pourra faire l’économie d’une doudoune pour cet hiver...


      • Sergio Sergio 14 juin 19:02

        La semaine dernière, un DRH m’a demandé si je parlais anglais, je lui ai répondu qu’à cause du Brexit, j’ai désappris l’anglais. Il m’a demandé si j’avais quelque chose d’autre à ajouter, je lui ai répondu qu’en cas de Frexit, je .........

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