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Accueil du site > Tribune Libre > La révolte populaire des Gilets jaunes et les directions des partis (...)

La révolte populaire des Gilets jaunes et les directions des partis politiques et syndicales

 

Une étrange situation caractérise la scène politique française. Au moment où la lutte des classes entre opprimés et oppresseurs fait rage, les syndicats et partis politiques de gauche semblent dépassés et assistent en spectateur à ce conflit ouvert. Pour l'instant ces organisations semblent incapables d'encadrer et d'orienter ce soulèvement populaire qui manque cruellement d'une direction consciente et déterminée capable d’unir un mouvement sans unité, de le guider pour mener un combat politique de classe contre classe.

 

Le Mouvement des Gilets jaunes, qui est né et s'est développé en dehors de toute organisation politique ou syndicale, est d'abord une révolte contre la situation économique et sociale désastreuse dans laquelle se trouve une large frange de la population. C'est une révolte contre cette politique de paupérisation ultra-libérale menée tambour battant par les gouvernements successifs. C'est un rejet massif non seulement de ces politiques, mais aussi du Président de la République serviteur zélé de la classe dominante. Il est un produit authentique de la lutte des classes qui secoue la société française aujourd'hui.

 

Mais le Mouvement des Gilets jaunes constitue aussi une contestation, consciente ou non, de l'immobilisme qui caractérise la plupart des directions politiques et syndicales de gauche, excepté, il faut bien le souligner, la France Insoumise et l'Union syndicale Solidaires (1). Le reste des forces de gauche donne l'impression d'être domestiqué par le capitalisme qu'il a cessé de combattre. Son « anticapitalisme », lorsqu'il existe, reste pour le moins superficiel et inoffensif. Le silence des grandes centrales syndicales peut être interprété comme un soutien indirect au pouvoir en place alors même que celui-ci est fragilisé par le combat des Gilets jaunes. Elles sont davantage préoccupées par les élections professionnelles dans les entreprises et dans la fonction publique que par la révolte des Gilets jaunes. Leur institutionnalisation les éloigne ainsi progressivement des préoccupations sociales et politiques de ceux qui subissent au jour le jour les affres du chômage et de la précarité. Dans un communiqué signé le 6 décembre 2018 par tous les syndicats, excepté Solidaires, elles vont jusqu'à condamner la violence dans les revendications sans jamais dénoncer les violences policières exercées sur les Gilets jaunes « nos organisations dénoncent toutes formes de violence dans l’expression des revendications » et le communiqué d'ajouter « La CFDT, la CGT, FO, la CFE-CGC, la CFTC, l’UNSA, la FSU appellent le gouvernement à garantir enfin de réelles négociations » (2).

 

La révolte des Gilets jaunes est en quelque sorte une remise en cause profonde des manières, des tactiques et des stratégies des partis politiques « spectateurs » pour affronter le pouvoir de la classe dirigeante. Dans ce sens on peut considérer le soulèvement des Gilets jaunes comme un appel urgent lancé aux partis et aux syndicats de gauche pour renouveler de fond en comble leur analyse de la situation politique, des structures du pouvoir, des rapports de force et de l'idéologie dominante intimement liée aux intérêts de la bourgeoisie. Car au fond, il ne s'agit pas seulement d'améliorer ou de gérer la brutalité et la barbarie de la société capitaliste, mais de l'abolir. Il ne s’agit pas seulement de mener un combat pour améliorer momentanément les conditions d’existence des travailleurs, des des salariés, bref de tous les exploités pour rendre la société capitaliste supportable, mais de lutter pour une nouvelle société. Car la tendance générale du capitalisme n’est pas d’améliorer les conditions de celles et ceux qui produisent la richesse, mais de les dégrader. 

L’histoire nous a toujours enseigné que la bourgeoisie ne renonce jamais à ses privilèges, qu’elle n’accorde jamais rien par générosité ou grandeur d’âme et qu’elle ne recule devant rien pour sauver ses intérêts. La guerre menée en ce moment contre les Gilet jaunes est un exemple on ne peut plus éloquent (3).

La bourgeoisie française brutalise, méprise et humilie ses propres citoyens tout en dénonçant en même temps les atteintes aux droits de l’homme ailleurs dans le monde ! Quel cynisme !

 

Si la force du Mouvement des Gilets jaunes, malgré ses défauts et ses contradictions, réside dans son existence et dans sa magnifique résistance (deux mois déjà) à la classe dirigeante, cela reste toutefois insuffisant pour permettre le bouleversement radical de la société capitaliste. Il ne peut le faire qu’en s’alliant avec la classe ouvrière, seule classe réellement révolutionnaire malgré le chômage de masse et la bureaucratie des directions des partis et syndicats qui se réclament d’elle.

 

La base des centrales syndicales et des partis politiques de gauche doit lutter contre ses propres directions pour lui imposer un plan de bataille unitaire avec les Gilets jaunes. C'est ce que font certaines Unions Départementales de la CGT qui appellent à manifester aux cotés des Gilets jaunes. C'est le cas de la CGT du Cher, de Paris, de la Charente-maritime, du Loiret, du Doubs, de Montbéliard etc (4). « Nous ne voulons cependant en aucun cas récupérer le mouvement. Nous sommes simplement reconnaissants envers les gilets jaunes, qui sont parvenus à éveiller et mobiliser une partie de la population, et nous voulons construire un rapport de confiance » disait Jean-Philippe Gadier, de la FSU 31 qui exprime à son tour « la volonté d’une convergence entre syndicats et le mouvement des gilets jaunes » (5).

Les initiatives à la base se multiplient et le boycott du « grand débat national » se généralise. Il faut partout amplifier ces initiatives unitaires. Le combat contre la bourgeoisie doit être mené partout, dans la rue, sur les ronds-points, dans les usines et sur tous les lieux de travail. La situation politique n'a jamais été aussi propice pour mener une offensive unitaire d'envergure contre la classe des exploiteurs.

 

Les forces de gauche qui se réclament de la classe ouvrière ainsi que leurs militants doivent toujours avoir présent à l'esprit, comme disait Lénine, l'exemple du « tribun populaire sachant réagir contre toute manifestation d'arbitraire et d'oppression, où qu'elle se produise, quelle que soit la classe ou la couche sociale qui ait à en souffrir, sachant coordonner tous ces faits en un tableau d'ensemble de la violence policière et de l'exploitation capitaliste, sachant profiter de la moindre occasion pour exposer devant tous ses convictions socialistes et ses revendications démocratiques, pour expliquer à tous et à chacun la valeur universelle de la lutte émancipatrice du prolétariat ». (6)

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://solidaires.org/Manifester-en-masse-pour-faire-ceder-le-gouvernement(1)

(2)https://www.force-ouvriere.fr/IMG/pdf/cp_-_force_ouvriere_-_declaration_des_os_6_decembre_2018_.pdf

(3)http://www.belaali.com/2018/12/la-guerre-contre-le-peuple.html

(4)http://www.ud18.cgt.fr/

(5) https://actu.fr/occitanie/toulouse_31555/toulouse-syndicats-appellent-manifester-gilets-jaunes-samedi-lors-venue-macron_20781738.html

(6)V.Lénine, « Que faire ». Editions sociales, éditions du progrès, page 135.

 


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8 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 14 janvier 11:04

    Guerre de classes ?

    Comme vous y allez !

    Ach... Vous allez faire de la peine à tous les démocrates en peau de lapin qui pullulent sur ce site.


    • JulietFox 15 janvier 09:48

      Les syndicats « largués » ?
      Pour quelle raison ?
      Piétinés, sauf la Confédération Française Des Traitres, par tous les gouvernement depuis 40 ans.
      Les délégués, marqués à l’encre rouge, les syndiqués aussi. « t’aura pas la rallonge, t’as fais grève ». Parfois trop souvent des menaces.
      Des millions de salariés en CDD ou intérimaires.
      Parmi les jeunes, très faible taux de syndicalisation.

      Ce que sont en train de redécouvrir les GJ, c’est le Fourrierisme, l’anarchosyndicalisme.
      De gré ou de force, ils seront obligés de s’unir, de se fédérer.
      On repart à zéro.

      Avant la création de la CGT (1895 à Limoges) les soldats de l’époque, n’avaient pas de flash ball, mais des fusils. Et, ils n’hésitaient pas a tirer.
      Ainsi va de l’Histoire...


    • Arthur S François Pignon 14 janvier 11:07

      En fait, Lénine (que vous citez) était trop bavard.

      Comme il avait écrit : « Les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons. », les intéressés ont retiré les cordes du marché et les ont réservées à leur usage personnel.


      • Sozenz 14 janvier 17:49

        La bourgeoisie française brutalise, méprise et humilie ses propres citoyens

        qu entendez vous par Ses propres citoyens . ses dans le sens possession ?

        car je crois que la bourgeoisie capitalisante pense certainement que le peuple leur appartient et doit être à son service et se taire .

        autre rappel

        https://www.youtube.com/watch?v=jxyGAs4dNQY


        • Julyo Julyo 14 janvier 19:34

          J’attends que la CGT et les communistes et ceux de leur journal « l’humanité », eux qui ont voté Macron + les autres syndiqués des voitures à bras

           et d’où qu’ils travaillent,

          se joignent au mouvement, en enfilant un gilet jaune.

          Et surtout pas avec leurs étendards qui ont largement fait la preuve de leurs inefficacités.

          / inefficacité…, c’est le jour où je reste cool ; vous rectifierez de vous-mêmes.


          •  C BARRATIER C BARRATIER 14 janvier 20:44

            Alors il faut des chefs ? c’est de chefs que les gilets jaunes ne veulent pas, il faut donc les laisser se débrouiller tout seuls, pendant que les syndicats et les politiques qui ont des chefs et aussi une base solide, vont eux mêmes se débrouiller.

            C’est la liberté et la responsabilité


            • gersois 14 janvier 22:16

              Comme beaucoup de gens issus de familles socialistes, J’ai voté Mitterrand qui m’a profondément déçu, vendu au capital. Par la suite je n’ai plus voté pour des bobos socialistes vendus au capital ne songeant qu’a leur réélection avec les petits arrangements des partis ou des copains sans état d’âme. Les socialistes de Jaurès ne se reconnaissent plus depuis longtemps dans cette soit-disant gauche souvent d’ailleurs plus à droite que la droite. Vous auriez du être dans les premiers à soutenir ce mouvement des gilets jaunes. C’est à mes yeux une ligne que vous n’auriez jamais du quitter. Mais ou êtes vous ? La gauche française n’existe plus à part Mélanchon ? Vous l’avez tuée à petit feu pour vos intérêts financiers personnels. Vous non plus comme tous les pouvoirs successifs n’étiez pas la pour défendre notre pays la France mais vos intérêts et ceux des petits copains des grandes écoles en vous octroyant des places dans les grandes sociétés avec des salaires totalement incandescents. Vous avez ruiné les Pays et maintenant vous essayez de ruiner le peuple qui fait vivre notre pays. Cette révolte c’est vous tous les politiques qui l’avez créée. Je pense qu’il était grand temps que le peuple se révolte avant que vous n’ayez tué les dernières possibilités d’expression populaire avec un président de l’Europe et la disparition de tout ce qui a fait notre pays : nos communes, nos départements, nos régions (vous avez déjà commencé par le regroupement des régions). Supprimer les états pour éloigner de plus en plus le pouvoir du peuple et réserver toute le places du pouvoir à votre caste issu des grandes écoles une machine à faire des cons instruits.


              • Raymond75 15 janvier 08:50

                Les gilets jaunes ne sont pas des révolutionnaires, et n’ont aucun plan à proposer, ni aucune revendication structurée,ni représentants ... Et ils ne sont pas les plus pauvres des Français.

                Ils sont juste des éléments des classes moyennes inférieures, qui rêvaient de devenir des petits bourgeois, et voient leurs rêves disparaitre.

                Cela ne fait pas de vous des révolutionnaires.

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