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La rupture

 Ce que l’on a cru un jour on veut y croire pour toujours mais ici bas, dans la matière et maintenant, pas d’infini, rien d’éternel. Les amours durent ce que durent les roses. ils sont de passage comme les trains dans les gares et, le temps de station est fonction de l’appétence des voyageurs qui n’ont de cesse que d’atteindre une destination qu’ils ignorent eux-mêmes. Toujours en mouvement entre chaque halte à chercher l’amour ultime, la parfaite symbiose qui n’est pas de ce monde. Poussé par ce souvenir enfouit au plus profond de lui, il ou elle ira de partenaire en partenaire jusqu’à l’ultime voyage. Parfois, dans le meilleur des cas, mais de plus en plus rarement, avec le même compagnon amour fou des départs, l’incendie devenu braises tièdes, se transformera peu à peu en complice, en ami, confident par habitude, monotonie, lassitude. Puis, les cœurs chavirent et se déchainent, naissent les désaccords et arrive la déchirure. Avec le temps les larmes s’évaporent, mais la douleur s’incruste. On n’oublie jamais vraiment. On fait juste semblant, et là se situe l’épicentre de la douleur.

 L’être humain est un animal social insatisfait, perpétuellement en quête du mieux de l’image qu’il se fait de la perfection chez l’autre, sans se soucier le moins du monde de ses carences, de ses propres insuffisances. La médiocrité de son comportement lui donne à penser qu’il mérite l’amour qu’il exige des autres tout en les privant du sien. L’époque sans doute, a transformé le noble sentiment en un bien de consommation et, devenu égotiste, il ou elle s’estime en droit de l’obtenir comme il ou elle a gagné son dernier Iphone. La femme espère, attend, l’homme tente sa chance. Au petit jeu des places à prendre, les chaises musicales deviennent frénétiques et s’emballent. Jusqu’à un âge avancé, la femme nimbée de candeur espèrera le prince charmant de préférence beau et riche alors que, le dit prince cherchera à alimenter sa liste de conquête afin de rassurer sa virilité. L’amante voudra devenir épouse et l’épouse rêvera d’un amant. Le mari vieillissant se réchauffera au bûcher de sa vanité génitale dans les bras d’une maîtresse de passage. Sa compagne s’évadera avec un clone éphémère et tout ça pour s’apercevoir qu’avec le temps et qu’en finalité, le drap du lit se froisse aussi vite sous la passion que sous l’ennui. Les adieux les plus rudes sont ceux qui n’ont jamais été dits, jamais expliqués.

 Nous sommes des êtres solitaires qui cherchons des alliés pour ne pas aller seul vers le terminus qui nous effraie. En chemin les contrats se font et se défont car, parier sur l’avenir de l’autre par rapport à soi est pure arrogance. La durée d’un partenariat amoureux est fonction d’une alchimie complexe et bien présomptueux est celui ou celle qui pense en connaître la formule. Un subtil mélange d’attitude et de sentiment, un dosage minutieux et raffiné d’attention et de respect mutuel, en sont une partie de la recette. Dès qu’une relation se bâtit sur un binôme dominé(e) dominant(e) celle-ci enduit le déséquilibre et en écourte la durée. Voir l’autre en égal, en miroir n’est pas chose aisée à celui ou celle qui s’aime un peu trop.

 Dans cette fin de siècle consumériste, l'amour se vend, se marchande, s'achète et se solde voilà pourquoi trop de décisions définitives sont prises sur des émotions passagères. Les ruptures s’enchainent au rythme des rencontres, des accouplements. On se croise, on s’aime, on se déchire, on se quitte pour recommencer le cycle, l’insatisfaction chevillée au corps et au cœur. Le passage entre le plein et le vide est brutal. Nous n’avons pas appris à nous prémunir de la souffrance. Le bonheur qui nous arrive, on le pense naturel, on le croit éternel. Puis un jour, on s’aperçoit que bonheur et souffrance se livrent bataille chacun d’un côté du plateau de la balance de notre vie, et que l’un comme l’autre se remplace à l’infini.

 Demain sera comme aujourd’hui, un peu plus gai, un peu plus gris, tout est histoire de nuance. Ce que l’on a pardonné à l’un, nous l’avons trouvé inadmissible chez l’autre. Le cœur a deux portes, l’une pour vous faire entrer, l’autre pour vous faire sortir mais, comment en arrive-t-on parfois à détester ce que l’on a tant adoré ? Le malheur d’avoir perdu l’être que l’on aimait ne doit pas nous faire oublier le bonheur de l’avoir connu et, il est vain de pleurer une personne qui ne sera plus là pour essuyer vos larmes. La vie ne cesse pas après les ruptures, le fil du temps ne casse pas, il s’étire…

 "La consolation de ce monde, c’est qu’il n’y a pas de souffrances continues. Une douleur disparaît et une joie renaît. Toutes s’équilibrent. Ce monde est récompensé." 

Albert Camus

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13 réactions à cet article    



    • sls0 sls0 28 août 19:10

      Une vie assez zen surtout guidée par le non attachement.

      J’ai connu des séparations mais pas de ruptures.
      Attacher ou s’attacher ? On dit souvent qu’on est attaché à quelqu’un dans le langage courant mais ne serait-ce pas plutôt attacher la personne à son moi, à son égo ?

      Quand on me dit d’une personne qu’elle est jalouse, je réponds qu’elle n’aime pas l’autre, elle s’aime à travers l’autre.

      L’amour d’une mère pour son enfant comme défintion du mot amour ça me botte bien, rien de conditionnel, pas de jalousie.
      Tout ce qui s’éloigne un peu de cette définition est-ce vraiment de l’amour ?


      • Gabriel Gabriel 29 août 08:26

        @sls0
        Spinoza disait que tout cas de possession est un fil à la patte. Etre avec sans jamais exiger, sans jamais dominer. Je suis d’accord avec vous, l’amour d’une mère ou d’un père pour ses enfants n’a pas d’équivalent car sa force est de ne rien attendre en retour.

        Merci de votre lecture. 

      • JC_Lavau JC_Lavau 29 août 11:28

        @sls0. L’amour d’une mère pour son enfant ? Heu...

        Par exemple voir la Reine-mère qui se vante de protéger la criminalité féminine parce qu’elle est féminine.
        Cas au moins aussi banal, celle qui suicide sa fille. Cas rapporté par Theodore Lidz.

      • Gabriel Gabriel 29 août 11:44

        @JC_Lavau
        Evidemment nobody is perfect ! Il y a ce que l’on nomme des exceptions et cela dans tous les sujets.

        Mais l’arbre qui s’écroule ne doit pas vous cacher la forêt qui pousse cher ami, il serait dommage qu’au milieu d’un halo de lumière vous ne perceviez que les grains de poussière. Ne croyez vous pas ?

      • sls0 sls0 29 août 18:46

        @JC_Lavau
        Malgré que j’ai eu dans l’ensemble des expériences heureuses, je fais attention au biais de confirmation qui me ferait voir que les cas qui valideraient mon expérience.

        A priori vous avez eu une ou des expériences malheureuses et vous êtes sensible au biais de confirmation.

        En général, l’amour maternel est assez représentatif d’un amour sans calcul, il y a l’autre sans le moi.

        Comme j’ai eu et j’ai une vie très agréable et bien entourée, j’ai des questions de personnes qui ne sont pas dans le le même cas. Du coup je suis au courant de ce qui se passe de l’autre coté, ne serait-ce que pour répondre sérieusement.
        La réponse est souvent l’effet miroir, la vie nous renvoie l’image qu’on lui donne. En général les gens son sympas avec les gens sympas.
        90% de notre vie dépend de nous et 10% des autres, quand ça ne va pas on met sur le compte des 10% ce qui est assez aberrant si on est logique.

      • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine7 28 août 23:17

        Sept histoires d’amour qui d’ailleurs correspondaient chaque fois à un film vu au cinéma. Mais deux authentiques. Les véritables histoires d’amour n’ont jamais de fin et à « Belle du Seigneur », je préfère : « Cet instant là » de Douglas Kennedy,... Un livre décrit bien le véritable amour, celui qui vous épanoui, vous ouvre encore plus aux autres, vous révèle à vous même, vous rend créative,... Mais bon ! je suis psy et cela aide à enrichir le lien....J’ai oublié le nom du livre (ce sera pour une prochaîne fois,...). les histoires sont chaque fois différentes, mais les miennes étaient liées entre-elles, comme par un fil invisible. 


        • Gabriel Gabriel 29 août 08:23

          @Mélusine7
          Toutes les histoires d’amour sont liées entre-elles et font notre propre histoire. Chaque rupture nous conduit vers de nouvelles attaches, de nouvelles aventures.

          Merci de votre commentaire.

        • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine7 29 août 08:47

          @Gabriel


          Pas d’amour sans prises de risque et souffrance (lire Jacqueline Schaeffer : Comment le féminin vient aux femmes.Lire aussi Jean-François Vézina (les Hasard Nécessaires : dans les entre-deux, il faut savoir se perdre dans une gare, pour entamer un autre départ,...vers une autre histoire,...). Perdre pour gagner. Mais au moins, avant de mourir, j’aurai cette chance de dire : j’ai vécu,....

        • Gabriel Gabriel 29 août 09:06

          @Mélusine7
          En parfait accord avec cette philosophie, avec vous « Carpe Diem ».


        • monde indien 24 novembre 10:46

          @Mélusine7 : « Pas d’amour sans prises de risque ... » ( je vais pas jusqu ’ à dire sans souffrance , n ’ étant pas enclin au masochisme ) - Mais comme le chante ce poète brésilien : " celui qui ne veut pas aimer par peur de souffrir n ’ aura jamais rien ...
          http://mondeindien.centerblog.net/


        • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 24 novembre 10:57
          Au couple classique, j’ai vécu sept histoires d’amour. Toutes différentes commes les octaves d’un clavier. En passant par le Fa dièse mineur. https://www.youtube.com/watch?v=cd0JJYHfv2c. Mais je me suis relevée. Une force qui me porte toujours de l’avant. Peut-être l’enfant que je n’ai pas eu et que je porte dans ma tête.

        • monde indien 24 novembre 10:40

          Les monogames sont rares chez les animaux - il s ’ agit surtout des oiseaux - chez les mammifères ils ne représenteraient que 6p.cent , parmi eux les renards ou les castors , mais les scientifiques revoient ce chiffre à la hausse : 10p.cent disent-ils .
          Chez les humains la quantité doit-être encore + faible . 
          Mais on s ’ en fout un peu que les autres soient ceci ou cela , non ? Le principal est de savoir ce qu ’ on veut et de trouver la ( ou les ) personne avec qui « ça fonctionne » .
          Ce qui est curieux c ’ est que la polygamie soit interdite en France quand elle représente sans doute le comportement le + répandu dans notre population . Peut-être cela a-t-il à voir avec cette étrange attitude de nombreux grands mammifères chez qui un « mâle dominant » ( une femelle dominante aussi ) soumet les autres membres ( sans jeu de mot ) qui n ’ ont plus qu ’ à se la mettre en bandoulière . Étonnamment ça fait penser aussi au libéralisme ... étrange ...
          La monogamie vaut sans doute autant pour les sentiments que pour le sexe ... il suffit de trouver la bonne personne ...
          http://mondeindien.centerblog.net/

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