• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > La tragédie des classes moyennes

La tragédie des classes moyennes

 Les « 30 glorieuses » ont permis l'émergence d'une grande classe moyenne se traduisant par une démocratisation de la consommation et invalidant à priori les thèses de Marx sur la bipolarisation progressive de la société. C'est ainsi que dans « la seconde révolution française » le sociologue Henri Mendras évoquait une société en forme de « toupie » avec une grande classe moyenne au centre et aux extrémités les classes bourgeoise et prolétaire, le tout donnant un semblant de légitimité au système. Les classes moyennes apparaissent aujourd'hui cependant à la dérive et en voie de déclassement progressif.

Une notion floue.

La notion de "classes moyennes" émerge au début du 19 ème siècle. Si Marx l'assimilait à la petite bourgeoisie, une classe capitaliste mais qui se destinait à la prolétarisation, Tocqueville estimait quant à lui qu'elle était vouée à se développer dans l'avenir. Il s'agissait selon cet auteur des indépendants et des employés aisés, ceux disposant d'un petit capital mais pas suffisant pour vivre de sa fructification.

C'est avec la mutation d'une société essentiellement de production vers une société de consommation et l'avènement du salariat quasi généralisé après la seconde guerre mondiale que la classe moyenne acquiert ses lettre de noblesse. Le système a alors d'une part besoin de l'ascenseur social afin de se développer, la production explosant et le capitalisme monopoliste d’État manquant cruellement de cadres et de techniciens. D'autre part la menace communiste exige de donner un semblant de légitimité au capitalisme et de développer le consentement dans le bloc de l'ouest.

Au niveau du mode de vie, elle incarne bien souvent l'aspiration à la mobilité sociale, l'investissement dans l'éducation des enfants, l'aisance matérielle relative qui se traduit par la propriété, l'omniprésence de la voiture, les voyages, le tout permettant également de dynamiser le marché économique interne.

Elle se traduit bien souvent également par un vote en faveur des candidats du « système » de gauche ou droite modérée et la méfiance envers les partis contestataires du fait de son aspiration à intégrer la classe supérieure... Si le candidat Macron recueille 16 % environ chez les ouvriers, il atteint en revanche 35 % à Paris et même 40 % au premier tour chez les Français de l'étranger. Le vote pour le candidat apparaît donc comme fonction croissante de l'intégration à la Mondialisation.

Selon l'observatoire des inégalité, les classes moyennes représentent aujourd'hui environ 40 % de la population. On distingue communément les classes moyennes inférieures (professions intermédiaires) et supérieures constituées des cadres, professeurs d'université ou des professions libérales...

Une dichotomie entre son effectivité et la perception subjective des acteurs la constituant.

Les enquêtes démontrent cependant que deux tiers des Français se reconnaissent dans les classes moyennes, soit bien plus que sa part réelle dans la population active. Ceci signifie probablement qu'elles renvoient à une part d'imaginaire et de confort inconscient… leur permettant de se rassurer par rapport à leur condition dans la hiérarchie sociale tout en se déculpabilisant par rapport à l'indécence la classe dominante mais validant l'hégémonie culturelle des valeurs capitalistes.

Ces difficultés en font probablement ce que Marx appelait « une classe en soi », non homogène et non consciente de ses intérêts, dénuée de réel sentiment d'appartenance.

La Mondialisation induit la disparition inexorable des classes moyennes.

La Mondialisation actuelle remet en cause la moyennisation de la société. D'une part la société post-matérialiste se caractérise par la dichotomie entre un marché du travail primaire (les travailleurs qualifiés minoritaires) et secondaire (travailleurs non qualifiés). Il s'agit de la conséquence directe de la révolution numérique et de la robotisation, impliquant à terme la disparition d'un grand nombre d'emplois intermédiaires, de cadres, de techniciens et la polarisation de la société entre le 10 % profitant du numérique et les autres .

La fracture numérique risque donc de dégénérer en fracture sociale. C'est d'ailleurs la thèse de Tyler Cowen selon laquelle une large frange de la population (les perdants du numérique) sera totalement dépossédée, subordonnée et en contrôle intégral, abrutie de surcroît par la télé-réalité, les jeux vidéos, les drogues et l'alcool, le tout renforcé par l'omiprésence de l'ingenerie sociale. La stratégie de Lisbonne semble malheureusement valider cette analyse, du moins au point de vue du marché de l'emploi, le marché primaire devant concerner seulement 10 % des individus…

D'autre part les classes moyennes sont bien souvent immobiles sur le marché de l'emploi, ce qui produira une hausse inexorable de la fiscalité. On ne peut imposer davantage les classes populaires ni les classes dominantes dans le cadre du paradigme économique actuel, du fait de leur capacité à muter dans l'espace leur permettant d'exercer un chantage sur les décideurs politiques. Ce matraquage fiscal ne pourra perdurer éternellement, ce qui produira un désengagement toujours plus grand de l'Etat.

Il est par conséquent tout à fait impossible de concilier une baisse de la fiscalité pour les classes moyennes et de ne pas remettre en cause le paradigme économique du libre échange. Tout discours allant dans ce sens est de la poudre aux yeux démagogique visant à capter des électorats. La classe moyenne semble par conséquent vouée à la prolétarisation à terme et la société va sans doute se polariser aux deux extrémités. La mesure visant à supprimer l'ISF est assez éclairante et symbolique à ce sujet. L'ISF concernait en effet à la fois le patrimoine immobilier et financier. Or le premier pouvait concerner dans certains cas le haut de la classe moyenne, du fait d'un patrimoine acquis par l'héritage, n'impliquant pas nécessairement de haut revenus.. C'est le cas par exemple de certains exploitants agricoles. Le gouvernement a décidé de supprimer uniquement la partie liée aux revenus, envoyant ainsi un signal positif aux hautes sphères de la société.

La dichotomie métropole/ périphérie comme nouvelle grille d'analyse.

En outre, le poids croissant des multinationales, le détournement de la richesse par l'actionnariat au détriment des salaires et de l'investissement se traduisent par l'émergence d'une « upper class », composée de valets serviles de la Mondialisation, de cadres de multinationales, d'avocats d'affaires, de managers, de startupers, de traders, remettant en cause l'analyse traditionnelle en terme de classes sociales.

Cette classe se concentre géographiquement dans les métropoles, produisant de la gentrification et par conséquent l'exil des classes populaires vers la périphérie. A l'inverse des classes moyennes, il s'agit ici d'une « classe pour soi », parfaitement consciente de ses intérêts et de sa place particulière dans la hiérarchie sociale, capable par ailleurs de mobiliser ses capitaux tant économique sque culturels et symboliques afin de perpétuer leur domination et reproduction.

Ces « insiders » de la Mondialisation votent bien souvent Clinton aux USA, Trudeau au Canada, Renzi en Italie ou Macron en France, incarnant en somme le « capitalisme ou la politique cool » cassant les codes de la verticalité en apparence mais la renforçant dans la réalité, prônant la société ouverte et l'abolition frontières mais en érigeant d'autres par la pratique systématique de l'entre soi, dissimulant leur violence derrière un discours progressiste, antipopuliste et antifasciste d'opérette afin d'annihiler les revendications populaires légitimes.

Les pratiques en terme de consommation recouperont cette dualité centre/péripéhrie : vers une opposition entre une périphérie engluée dans la consommation de masse et un centre de distinguant par un mode de production socialement responsable mais ostentatoire ?

En 1899, Thorstein Veblen publiait sa célèbre "théorie de la classe de loisirs". Il y développait le concept de "consommation ostentatoire" selon lequel les classes supérieures cherchent à se démarquer par leur mode de consommation en gaspillant entre autre le temps et les biens. Les classes populaires et moyennes ayant accédé à la consommation de masse, les classes supérieures peuvent chercher à se démarquer en valorisant un nouveau mode de production, moins centré les bien matériels en apparence avec la mise en avant notamment des circuits courts, de l'alimentation biologique, des énergies alternatives, le tout en culpabilisant inconsciemment les classes défavorisées de se complaire dans la consommation de masse, tout en travaillant paradoxalement dans des secteurs dont la finalité est aux antipodes de leur comportement individuel (tertiaire....). Le mode de production valorisé pourrait donc devenir une nouvelle grille d'analyse en terme de hiérarchie sociale, une sorte de "contre-distinction" en somme. Le but ici n'est bien sûr pas de faire le jeu de la consommation industrielle mais simplement de montrer que ces modes de consommations ne sont pas neutres d'un point de vue sociologique.

La polarisation va-t-elle induire un retour de la lutte des classes ?

A priori, cette bipolarisation permettrait de renouer avec la lutte des classes, la classe moyenne nouvellement prolétarisée devenant désilusionnée et changeant de groupe de référence. Cette hypothèse apparaît cependant peu probable. D'une part, la toute puissance de l'entertainment, du numérique et des pertrubateurs endocriniens, pcb et autres pesticides induiront la poursuite de la baisse des facultés cognitives pour les individus, recul déjà en cours. D'autre part, les nouvelles formes de travail précaire ne permettront pas une mobilisation des acteurs dans le temps long. Atomisation et décérébration du corps social seront les deux mamelles de l'avenir, ne créant pas les conditions favorables pour l'émergence d'une nouvelle conscience de classe.

Ainsi la forme de la société vers laquelle nous nous dirigeons s'apparente davantage à un sablier qu'à une toupie, donnant rétrospectivement à la fois raison et tort à Marx : la société va se polariser et le mythe social-démocrate de moyennisation s'effondrer mais les capacités de prise de conscience des acteurs apparaissent malheureusement faibles.


Moyenne des avis sur cet article :  3.45/5   (31 votes)




Réagissez à l'article

86 réactions à cet article    


  • Aristide Aristide 25 mai 12:31

    D’une part, la toute puissance de l’entertainment, du numérique et des pertrubateurs endocriniens, pcb et autres pesticides induiront la poursuite de la baisse des facultés cognitives pour les individus, recul déjà en cours. 


    Voilà, voilà, maintenant on sait pourquoi la population abêtie ne comprend rien à la lutte des classes.



    • axalinencele axalinencele 25 mai 12:38

      @Aristide
      il faut y rajouter les stratégies permanentes de division de la part du pouvoir.


    • eric 25 mai 18:18

      @Aristide

      Oui, enfin, pas tout à fait. Pas toute la population.. Les riches et très riches qui mangent bio, eux s’en tirent intellectuellement. Mais la classe moyenne à laquelle appartient l’auteur, effectivement est considérée par lui comme abetie comme de vulgaires proli. C’est très rare cette conscience chez les gens comme lui. On comprend aussi pourquoi le bobo de base se rue sur le bio. Là aussi il est aliéné par les riches. Ce faisant, il abaisse son coût pour les riches. C’est une nouvelle confirmation du marxisme. Vaille que vaille, les vrais prolos, en mangeant des saloperies, résistent aux capitalistes...


    • gogoRat gogoRat 25 mai 23:17
      ’tragédie des classes moyennes’ ? !!!

       malaise maladroitement instillé ou humour risqué dans les mots du titre ?
        - Si jamais il était encore pertinent de vouloir mettre en perspectives des ’classes’ ... resterait à rester respectueux des classes ’sous-moyennes ?’ , ’inférieures ?’ :  
       que dire de ces ’unter-mensh ?’ si déjà les ’classes moyennes’ doivent être vues comme vivant une ’tragédie’ !  ;-((
       
       Tout ça pour éviter de dénoncer le non respect de notre Constitution française qui prétend vouloir une égalité en dignité qui ne saurait souffrir cette notion de ’classes’.
        Le fond du problème n’est donc pas ces conséquences démographiques déplorées sur l’effectif de la proportion disposant du revenu médian ... mais c’est bien la non dénonciation (renforcée ici - par omission ou piège rhétorique ? ) d’une falsification-destruction méthodique de l’idéal démocratique.


    • Attila Attila 26 mai 00:26

      @eric
      « Les riches et très riches qui mangent bio, eux s’en tirent intellectuellement »
      Je n’ai observé aucune relation entre le fait de manger bio et « s’en tirer » intellectuellement. Ce serait même plutôt l’inverse : les adorateurs du bio sont bien illuminés.

      Quand j’étais jeune, plus jeune que maintenant, les prolos cultivaient leur lopin de jardin et élevaient des poules et des lapins. C’était bon et pas bio.

      .


    • Ecométa Ecométa 26 mai 10:12
      @axalinencele

      Effectivement diviser pour régner est vieux comme le monde et l’avènement de la « Démocratie », la voix au peuple, n’a rien changé la dessus. Il faudrait afin d’éviter ceci que le « vote blanc » comme manifestation du mécontentement démocratique, soit pris en compte ; ceci, les hommes politiques ne l’accepteront jamais. Je ne comprend pas votre photo de Macron et Attali !

      De ce point de vue, celui de la manipulation, on se croirait revenu aux temps des sophistes et des cyniques sous l’antiquité ! 

      Les difficultés, celles démocratiques, politiques, économiques, républicaines,aussi environnementales, ne sont pas de nature factuelle mais fondamentale ,car, en termes de SAVOIR, de réalité physique fondamentale, mais aussi métaphysique humaines, nous sommes totalement à côté de la plaque.

      De ce point de vue une sérieuse remise en cause épistémologique s’impose avec une science qui soit un peu plus en phase avec la « Nature » et les « états de nature », dont une nature humaine qui ne relève pas du rationnel et encore moins du rationalisme paroxysme de rationalité et plus rationalité ; à coup sûr, plus du ratio des mathématiques quand ce devrait être la « raison raisonnable », la philosophie, qui devrait régner : l’ontologique, le déontologique, l’éthique et l’altérité !

      La « Nature » et les « états de nature qui ont émergé, comme la nature humaine, ne relèvent pas du rationalisme, de ce rationalisme de la chose pour la chose, de cette civilisation des mots en »isme« qui sont comme autant de paroxysme, d’abus des choses ; c’est du paradoxal que tout ceci relève et, de ce point de vue tout est à repenser ! 

      C’est pourtant une piste : qui se soucie des acquits intellectuelles du XX è siècle qui sont issus de la physique quantique ?

      - Principe d’incomplétude du savoir ; pourtant le savoir est nécessaire... mais il doit relever de l’entendement et non de la dichotomie.
      - Principe d’incertitude de la prévision et pourtant il nous faut avoir des certitudes
      - Principe d’impossibilité : la perfection n’existe pas et serait même le signe de la fin tellement la complexité est nécessaire. 

      La physique quantique nous dit que l’Univers, qui va le l’infiniment petit à l’infiniment grand, et dont nous sommes faits,que la Nature et les »états de nature« qui ont émergés sont complexes, extrêmement complexes, et même paradoxaux ; que le rationalisme cartésien ne fait pas l’affaire bien au contraire. 

      C’est la logique des systèmes, et pour éviter l’écueil du système pour le système, du système imbécile, c’est la logique »écosystémique« , voire même celle »métaécosystémique", qui devrait présider en matière de savoir !


    • Aristide Aristide 27 mai 12:06

      @axalinencele


      il faut y rajouter les stratégies permanentes de division de la part du pouvoir.

      Il faut rajouter aussi une incompréhension complète du second degré ...

    • axalinencele axalinencele 27 mai 12:33

      @Aristitide

      Tu n’as visiblement pas compris non plus que j’avais compris. Mais que veux-tu que je réponde à ce genre de commentaires aussi peu constructifs. J’ai remarqué que les commentateurs les moins constructifs et les moqueurs étaient ceux qui avaient la plus grande propension à la non écriture d’articles. J’attends donc avec impatience votre article sur ce sujet et nous en reparlerons ensuite.

    • axalinencele axalinencele 27 mai 12:41

      @Aristide
      ce qui d’ailleurs renforce le propos, nous partageons probablement globalement les mêmes vues, mais nous nous moquons l’un de l’autre.


    • Jean Roque Jean Roque 25 mai 14:13

      USA, classe moyenne = 2000-8000$ /mois
       
      1950 : 65% de la population
      2015 : 40% en baisse
       
      Bichon de Rothschild-Trump : 2ème tour 90% dans le 93, colon reconnaissant à colonisateur, multiethniquage = assurance Finance.
       
      en-soi, pour-soi, est le vocabulaire logique de Hegel, différence entre essence(nature,capital) et substance(concept,conscience de classe), entre gogochon le branletteur sans entrave mondialisé, et souchien le gland remplacé aliéné sur pied
       
      La lutte des classes se double d’une lutte raciale, couvrant le spectre infrastructure (holisme), structure (économie) et superstructure (institution) c.a.d une idéologie totale, caractérisée par une conscience de classe du petit blanc internationale, une preuve de la totalisation de l’idéologie (comme le fut le communisme, où une religion).


      • axalinencele axalinencele 25 mai 14:23

        @Jean Roque
        je n’ai pas toutes les connaissance^requises pour comprendre la totalité de ton commentaire^^


      • Xenozoid Xenozoid 25 mai 14:27
        @axalinencele

        jean roque les pseudos aime ,mais changé de gogochon n’est pas son moto


        • eddofr eddofr 25 mai 15:22

          J’agrée pleinement à votre analyse.


          J’y ajouterai, peut-être, des mouvement de repli nationaliste/communautarise conduisant inévitablement les populations paupérisées à s’entre-tuer (guerres, émeutes, ...) au profit d’une classe ultra dominante dont elles espéraient justement, plus ou moins consciemment, s’affranchir.

          • axalinencele axalinencele 25 mai 15:34

            Au delà des tensions ethniques qui risquent de s’accentuer au profit de la classe dominante, les divisions entre les pauvres n’ont jamais été aussi fortes je pense ; vieux contre jeune, hommes contre femmes, travailleurs à faibles revenus contre allocataires du rsa, public contre privé. L’exemple du statut des cheminots est assez parlant : le pekin de base raisonne toujours vers le bas. Ce beauf ne se rend même pas compte que lorsque l’on aura aligné le statut du public sur le privé, on lui montrera les travailleurs roumains comme exemple. Force est de constater que ces stratégies de divisions marchent pleinement


            • Jean Roque Jean Roque 25 mai 20:22

              @axalinencele
               
              multiethniquage = assurance Finance.
               
               
              NoBorder, NPA, La Baudruche ex-France Soumises, des houris chéries de Soros
               
               
              « Le paradoxe, c’est qu’aujourd’hui ce sont les pauvres qui vont demander la fin de l’État-Providence  » C. Guilluy


            • axalinencele axalinencele 25 mai 20:30

              @Jean Roque
              la dernière phrase de Guiluy est intéressante. En effet quand on parle avec des gens, on se rend compte que la volonté des élites néolibérales de casser l’Etat-providence trouve également un écho chez les classes populaires ou moyennes. Il y a « trop de social », « marre de l’assistanat », « mon voisin au rsa », « je ne trouve pas normal de financer la santé pour des gens qui boivent ou fument »....le café du commerce quoi. Nous sommes passés d’une domination formelle à une domination réelle par le consentement. Les chances d’un changement sont très minimes dans le sens ou les opprimés partagent globalement le système de valeur des élites (enrichissement, appât du gain, matérialisme, ascenseur social, valeur travail centrale....). Dans ces conditions les émeutes aboutiraient à la ruée dans les supermarchés comme on a pu le voir à Saint-Martin.


            • oncle archibald 25 mai 15:41

              Classer la population suivant les produits « de luxe » qu’elle est capable de consommer et la façon ostentatoire de consommer des biens inutiles mais très couteux est une façon plutôt réductrice de voir la société non ?

              Certes l’argent est un élément indispensable à la vie, mais une fois obtenus les minimas incontournables permettant de loger, vêtir et nourrir sa famille, de permettre à ses enfants de faire les études nécessaires pour accéder au métier qu’il leur plaira d’exercer, de se distraire et de se cultiver, à quoi peut bien servir de rouler en Mercedes ou en Jaguar plutot qu’en Citroën puisque de toutes façons c’est 90 sur route et 130 sur autoroute ? Qui peut prendre plaisir à entasser de l’argent juste pour contempler des chiffres sur un relevé de banque ?

              Ne devrait-on pas aspirer à autre chose ? Etre heureux de vivre en paix avec soi même, avec ses enfants et petits enfants, avec ses voisins ? Etre heureux d’avoir la chance de ne pas être malade ? D’avoir été gravement malade et guéri ? De rire un bon coup avec des amis ? De pêcher une belle truite fario dans un torrent de haute montagne ? Quantitatif contre qualitatif ? Pognon à gogo (et à gogos !) contre plaisirs simples de la vie ?

              Dès lors à quoi bon vouloir classer les gens en « classes sociales » complètement arbitraires : les très hauts, les hauts, les moyens, les petits, les très petits ? Juste pour que ceux « d’en bas » aient envie de remplacer, voire de tuer si nécessaire, ceux « d’en haut » ? Pourquoi ne pas accepter que « ceux d’en bas » puissent être cent fois plus « heureux » avec cent fois moins de pognon que « ceux d’en haut » ?


              • eddofr eddofr 25 mai 16:04

                @oncle archibald

                Ben parce que ceux d’en haut, pour en avoir « toujours plus », on une fâcheuse à piquer les trois sous dont ceux d’en bas avaient besoin pour finir le mois !

              • axalinencele axalinencele 25 mai 16:09

                @eddofr
                on le voit tous les jours avec les apl, la hausse de la csgl, a future baisse des prestations sociales, le désengagement en matière de santé au profit des mutuelles....


              • Jeekes Jeekes 25 mai 16:45

                @oncle archibald
                 
                ’’Qui peut prendre plaisir à entasser de l’argent juste pour contempler des chiffres sur un relevé de banque ?’’
                 
                J’en connais bien quelques uns.
                Mais il parait qu’il faut pas en parler...
                 


              • fou666 25 mai 16:46

                @oncle archibald

                par ce que en dessous d’un certain revenu, tu ne fais pas grand chose et que nous sommes dans une société de consommation.


              • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 25 mai 19:44

                @axalinencele

                Merci pour cet article, les effets que vous décrivez sont déjà sensibles aux USA et en Allemagne, où la classe moyenne est en diminution. Mais la structure des revenus n’est pas identique d’un pays à l’autre, ce qui rend les comparaisons difficiles. Aux USA, ce sont les paroisses qui assurent l’aide sociale.

                En France, la classe moyenne est plus importante sans doute qu’ailleurs, certains disent 2/3 de la population, car le modèle social français correspond quasiment à un 2e salaire, si on met bout à bout la Sécurité sociale, les aides sociales, les allocations familiales, les HLM, la gratuité de l’enseignement et des équipements sportifs, culturels etc

                C’est la disparition programmée du modèle social par Bruxelles, au service du MEDEF qui va faire basculer les pauvres dans la misère et diminuer les revenus de la classe moyenne, en plus des causes que vous décrivez.

              • axalinencele axalinencele 25 mai 20:05

                @Fifi Brind_aci

                malgré les différences le mouvement semble identique dans les pays de l’ocde, les résidus du modèle social atténuent probablement le déclin pour la France comme vous le dites.

              • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 25 mai 20:18

                @axalinencele
                Si on compare avec l’ Allemagne, qui a appliqué les lois Hartz, bien avant Hollande / Macron, la dégringolade en Allemagne donne une idée de la suite en France...


              • axalinencele axalinencele 25 mai 20:22

                @Fifi Brind_acier
                Surtout que les lois Hartz qui inspirent malheureusement nos décideurs n’ont pas provoqué une hausse globale du travail, moins de chômage mais hausse importante de la précarisation et des temps partiels, hausse des « bullshit » job pour paraphraser Graeber. Si on calcule le nombre d’heures travaillées par rapport à la population active, les taux sont à peu près similaires. Donc au final baisse très artificielle du chômage.


              • eddofr eddofr 25 mai 16:05

                Comme disait Michel, « L’argent ne fait pas le bonheur de ceux qui n’en ont pas. »


                • axalinencele axalinencele 25 mai 16:07

                  Il y’a forcément un lien entre d’une part l’extrême concentration des richesses et de l’autre le développement de la misère ou des formes d’emploi précaires. Le problème c’est nous vivons dans un mon de où les besoins sont illimitées alors que les ressources limitées, or certains individus en bas de l’échelle manquent de ressources au pluriel Je veux dire par là que le critère économique est un paramètre mais pas l’unique, il conditionne d’autres manques. En général les classes sociales inférieures cumulent : faibles revenus et patrimoine, échec scolaire, difficultés face au logement, stress au travail, cadences infernales, espérance de vie plus faible...Ce qui induit que les classification bien que parfois partielles et subjectives ont encore leur utilité. Votre vision de la société est selon moi trop lisse et consensuelle.


                  • julius 1ER 25 mai 16:19

                    . Le système a alors d’une part besoin de l’ascenseur social afin de se développer, la production explosant et le capitalisme monopoliste d’État manquant cruellement de cadres et de techniciens . D’autre part la menace communiste exige de donner un semblant de légitimité au capitalisme et de développer le consentement dans le bloc de l’ouest.

                    @ l’auteur, 
                    vous avez bien résumé l’histoire de ces 70 dernières années !!!

                    un seul bémol le terme « 30 Glorieuses » qu’il faudrait remplacer par « 30 Piteuses » !
                    car attendre le milieu des années 70 pour retrouver le niveau du Pib des années 30.... 
                    çà n’a rien de glorieux, ce serait plutôt le contraire et cela montre d’une part que les mots ont leur importance et d’autre part que c’est un immense échec politique, social , anthropomorphique pour l’humanité et plus précisément pour le pays où l’on vit cad la France !!!

                    alors il faudrait quand -même en finir avec les images d’Epinal, le 20 ie siècle a été un désastre pour notre pays et l’entrée dans le 21 ie ne semble pas du tout aller dans le bon sens tant le monde que l’on pouvait imaginer il y a 50 ans et plus n’est pas au Rendez-Vous ...
                     l’exemple que l’on a sous la main avec ce conflit de la SNCF est bien l’illustration des impasses sociales et sociétale actuelles car ce dogme du tout « privatif » n’est qu’une fuite en avant et ne fait qu’ajouter à la mal vie des travailleurs et des citoyens ... 
                    alors je ne dirai qu’un seul mot " vivement l’avènement d’ une véritable Démocratie !!!!!

                    • axalinencele axalinencele 25 mai 16:48

                      @julius 1ERles 30 glorieuses ne veulent en effet pas dire grand chose, sorte de chimère à laquelle tous les économistes de rattachent mais qui furent une exception. Elles ne durerent d’ailleurs même pas 30 ans.


                    • oncle archibald 25 mai 17:14

                      @julius 1ER : « il faudrait quand -même en finir avec les images d’Epinal, le 20 ie siècle a été un désastre pour notre pays »

                      Ah bon ? Il me semble que les conditions de vie d’un ouvrier par exemple en Janvier 1900 étaient sensiblement plus mauvaises que celles d’un ouvrier en Décembre 1999 mais bon ... D’après vous je dois avoir raté une marche !

                      Et puis je me souviens aussi en 1956, quand nous avons déménagé d’un appartement sans WC et sans salle d’eau, avec juste un robinet d’eau froide sur l’évier en pierre de la cuisine, dans un logement qui avait un chauffage v-central et une salle de bains ... On a trouvé que c’était mieux. C’est con non ?


                    • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 25 mai 19:29

                      @julius 1ER

                      Comparons avec la situation il y a 40 ans, avant le Traité de Maastricht.

                      La France avait une industrie importante et diversifiée, une agriculture prospère, un commerce extérieur excédentaire, et n’avait pas 11 millions de sans emploi. 

                      Aujourd’hui les agriculteurs se suicident, les industries ont été délocalisées, le chômage est massif, l’industrie principale, c’est le tourisme.

                      Et le commerce extérieur est un désastre, principalement à cause de l’ euro

                    • julius 1ER 26 mai 09:06

                      @oncle archibald


                      un petit peu amnésique Archibald ... tu confirmes ce que je viens de dire en 56 c’était les mêmes conditions que 30 plus tôt !!!

                      après 2 guerres mondiales, des guerres de décolonisation à répétition , des destructions massives des générations sacrifiés avec des Villages entiers où il ne restait plus 1 seul homme entier ...

                      le fait que tu juges les méfaits de l’impérialisme à l’aune de ton chauffage central me semble assez réducteur c’est le moins que je puisse dire !!!

                      tu devrais regarder « le fils de Saül » le film passé sur Arte il y a quelques jours ...après tu jugeras le 20 ie siècle différemment !!!

                    • oncle archibald 26 mai 16:07

                      @julius 1ER

                      Il faut avoir du pissat de cheval dans les yeux pour ne pas voir que les conditions de vie des plus humbles de la société sont infiniment meilleures à la fin du XX eme siècle qu’au début. Des exemples à foison ! Un ouvrier agricole qui n’a que son énergie à louer, c’était un « journalier », payé à la journée. Si la pluie empêchait d’aller travailler aux champs il n’avait rien à bouffer ! Et des cas du même genre il y en a mille.


                    • Jason Jason 25 mai 16:55

                      « [les classes moyennes]... leur permettant de se rassurer par rapport à leur condition dans la hiérarchie sociale tout en se déculpabilisant par rapport à l’indécence (de ?) la classe dominante mais validant l’hégémonie culturelle des valeurs capitalistes ».


                      Papier assez réaliste dans son ensemble. Toute situation sociale et économique assez stable pour perdurer dans son statu quo, engendre une adhésion à des valeurs courantes « allant de soi ». En effet, peu de gens se voient, se situent sur une échelle qu’ils ne peuvent ou ne savent pas construire. Ces personnes ont grandi dans un milieu qui ne fournit pas les grilles d’analyse pertinentes leur permettant de se situer en dehors des critères fournis par les rumeurs médiatiques et les jugements simplistes.

                      Je prendrai un exemple parmi tant d’autres, l’émission « Des racines et des ailes », dans laquelle nombre de châteaux, églises, monastères, etc. font l’objet de l’admiration des narrateurs. Jamais, il n’est question de la valeur, du coût humain et financier qui ont permis de construire ce qui est appelé le patrimoine (qui en fait n’appartient qu’à quelques-uns). Et il en est ainsi de tout le reste : les choses vont de soi, on n’en parle pas, et les notions de classes des économistes ou des sociologues n’atteignent que rarement ceux qui sont concernés.

                      • eric 25 mai 18:32

                        La classe moyenne n’existe pas. C’est une illusion statistique, essentiellement idéologique. En revanche, il y a un peuple de gauche. Il comprend dès Macron fils et petit fils de fonctionnaires de gauche. Des « ouvriers » du livre, des arsenaux, de la fonction Publique. Des « intellectuels » de différents niveau. C’est la seule chose qui ressemble vaguement à une classe sociale dans notre pays. À la fin, ils votent ensemble. Ainsi la majorité des fifie’s à voté Emmanuel .... L’hypothèse de « capitalistes » extrêmement âpres au gain, qui s’entendaient pour piquer des kopecks aux SDF, alors que le vrai argent se trouverait, d’après l’auteur, entre les mains d’autres individus dans leur genre... Faut pas être très porté sur la cohérence du discours pour croire à ces bêtises...


                        • Jean Keim Jean Keim 25 mai 18:37

                          La division de notre société tant dans le public que dans le privé en classes est une manipulation et donc une tromperie, depuis les cadres supérieurs en passant par les professions libérales aux gros revenu jusqu’aux petits métiers sans qualification (ce qui ne signifie pas pour autant sans savoir faire), il n’y a qu’une humanité une et indivisible pour le moment – et ce depuis des millénaires, victime de ses vieux démons, car elle est incapable de sortir du carcan qui a été mis en place et que tout le monde accepte tacitement car avec le temps il s’est normalisé.


                          Pour régner il faut diviser ainsi a été inventés les classes qui opposent les nantis aux défavorisés, tant que durera cette division, tant que nous ne prendrons pas conscience de nos démons, rien ne pourra véritablement changer, c’est véritablement tragique.

                          • Classe moyenne, cela fait un peu tri des déchets. On passe des heures à se demander si un emballage en carton plastifié doit aller dans les cartons ou les plastics.


                            • Jean Keim Jean Keim 26 mai 18:16

                              @Mélusine ou la Robe de Saphir.
                              C’est pour cela Mélusine que c’est la même poubelle smiley


                            • zygzornifle zygzornifle 25 mai 18:41

                              La classe moyenne on peut la ratisser a mort , elle ne se casse pas a l’étranger par manque de moyens et en plus quand elle râle on peut envoyer les CRS lui péter la gueule sous les applaudissements du sénat du parlement et de l’Élysée .....

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès