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Le blues et la résilience

Le blues et la résilience

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Jamais, mi-mars, lorsque le confinement – terme détestable, à si forte connotation carcérale – non, jamais je n’aurais imaginé que cette période étrange, que cet espace-temps silencieux, parfois muet, immobile, que tout cela finirait par me manquer.

L’être humain a décidément une formidable capacité d’adaptation. Au pire, au meilleur. Au deuil, à la fête. À la solitude, à la horde. Le cycle est prodigieux à observer. Ceci souligne la force qui sommeille en nous pour nous rétablir, tel un biotope ou un écosystème après une perturbation extérieure – ici le ou « la » (selon l’Académie française) covid-19.

L’habitude, si on la considère banalement, n’a que peu d’intérêt. Mais lorsqu’elle se mue en mode de vie ramené aux valeurs essentielles, elle crée du sens, elle donne une énergie insoupçonnée. La « reprise » résonne comme un de ces vieux blues. Une nostalgie rythmée, des paroles et des notes qui désarment ou en appellent au démiurge. Elle nous agrippe, à l’arrache. Elle rappelle ce monde à la fois d’hier et si proche, l’arrêt forcé en conflit avec l’envie de se remettre en marche.

Quelque part, elles étaient belles, ces semaines d’inertie, sous le soleil – « sous le soleil exactement », aurait susurré Gainsbourg –, cette étoile salvatrice, présente en arrière-fond de notre désarroi collectif. Ce soleil qu’on regardait par la fenêtre, dont on espérait la caresse sur nos peaux blafardes dans la rue, dans les espaces verts, sur les rivages déserts. Ce soleil dont nous avons finalement pu progressivement profiter lors des premières phases de « déconfinement », mot tout aussi abscons.

La forme de résilience qui s’offre si soudainement à nous pose question. Peut-être celle de notre mode de vie ? Peut-être celle de notre système de pensée ? Elle attire en tout cas l’attention sur nos actions quotidiennes, nos vies actives qui passent si souvent à côté du beau, du généreux, de la famille, de l’altruisme. Non, jamais, mi-mars, je n’aurais imaginé que cet « enfermement » et la « libération » d’après créeraient en moi une telle faille, un doute pérenne, tant sur notre projet commun que sur la suite à écrire au sujet de notre société…

 

Photo : Christopher Sardegna - Unsplash


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11 réactions à cet article    


  • Docteur Faustroll Séraphin Lampion 3 juin 2020 10:31

    victime collatérale


    • Francis, agnotologue JL 3 juin 2020 11:01

      « Là où l’individu en tant que tel est aujourd’hui requis et pratiquement irremplaçable, c’est en tant que consommateur » (J. Baudrillard)

       

      « La docilité des consommateurs est sans limites » Annie Ernault

       

      L’histoire bling-bling est une histoire de consommateurs, pas une histoire de citoyens. L’histoire bling-bling brille mais n’éclaire pas.

       


      • Loatse Loatse 3 juin 2020 11:31

        A l’excès de yang qui caractérise notre société actuelle (toujours en mouvement, bruyante,) a succédé un excès de yin (immobilité, silence,). Ce n’est pas mieux et l’harmonie n’était pas au rendez vous.

        On s’emerveille de voir un caneton se promener sur la place de l’église, on rit de voir celui ci se diriger vers l’intérieur du dit batiment, un peu moins quand une souris ou une araignée vient squatter votre chez vous..

        dans lequel le quotidien s’est transformé en attente tandis que le corps sucrait les fraises et que les réveils vous plongeaient dans un cauchemar dont même l’inconscient ne pouvait vous sortir..

        pas plus qu’il ne vous était permis de sortir de vos logement devenus prisons si ce n’est pour des raisons dont il nous fallait rendre compte..

        Période de privation sensorielle (ne rien ni personne toucher) ce qui je crois ne s’est jamais produit dans toute l’histoire de l’humanité..

        Le regard lui se portait sur des espaces vide de toute présence humaine, l’ouïe souffrait de ce silence oppressant, sans rires d’enfants.. de tout ce qui fait la vie, nos vies. de tout ce qui fait lien.

        un petit syndrome de stockolm ?


        • In Bruges In Bruges 3 juin 2020 12:56

          Yes, je vois (ou plutôt je ressens ) ce que vous voulez dire.

          Ne vous laissez pas démonter ( ou plutôt désespérer) par les petits crachats des quelques vieux / vieilles de ce site.( « des vieux qui crient sur de plus vieilles qu’eux, dont le corps s’ensommeille » aurait dit Brel dans « la ville s’endormait »). Je dis ça, puisque vous êtes belge, même si tout Belge n’est pas censé encenser Brel, j’imagine... 

          Vous écrivez court, mais vous écrivez bon.

          Take care.


          • Marc Meganck Marc Meganck 3 juin 2020 12:59

            @In Bruges merci !


          • arthes, Britney for ever arthes 3 juin 2020 17:30

            @In Bruges

            Tu sais Casimir, ton trip ; T’étais paumé avant, t« étais paumé pendant et  t’es toujours autant paumé après .
            Marrant de constater, à ce point, le regret de la »soumission à l’autorité" , vu comme une bulle, une infantilisation qui fonctionne bien en définitive.
            Le corps des vieux s’ensommeillent ?
            Lol
            C’est ton esprit qui est dans le coma.

            (oui oui, je sais, je suis vieille, je suis moche, je suis con , obsédée sexo etc.... smiley )


          • S.B. S.B. 3 juin 2020 14:18

            Partir était étrange.

            Revenir est étrange.

            Vous avez écrit un joli texte.


            • Marc Meganck Marc Meganck 3 juin 2020 14:21

              @S.B. merci de me lire...


            • Sparker Sparker 3 juin 2020 14:30

              Bonjour, de même pour moi, confinés à cinq personnes (collectif) en montagne pourtant habitué à ne pas avoir une vie sociale très-spidante nous avons ressenti la même chose. Entrée difficile dans le confinement, réorganisation interne, déploiement d’énergie sur le lieu et pour finir fin de confinement qui a fini de casser ça, bizarre, on a un peu les boules de ne plus être confiné...

              En tous cas bon sujet de réflexion sur notre propre autonomie et motivation créatrice et notre rapport à la société.

              Merci de votre témoignage qui, je pense, à été ressenti comme tel par beaucoup.


              • Marc Meganck Marc Meganck 3 juin 2020 14:37

                @Sparker merci à vous !


              • Pauline pas Bismutée 3 juin 2020 16:53

                On peut trouver de la poésie partout, et il peut même presque nous manquer une douleur physique à laquelle on s’était habituée …

                Ce confinement a été intéressant, une sorte de test, avec des « difficultés » aussi différentes que nous le sommes entre nous. Coincée au bout du monde, sans cuisine ni salle de bains mais avec internet (je préférerais l’inverse ! En plus le froid arrive ici) je suivais quelquefois les « plaintes » de certains commentateurs en France, comme … la prise de poids. Ironique, ridicule, amusant ? Difficile de juger, perso, après le confinement j’ai réussi à remonter mon BMI (IMC) au-dessus de 18.5, chacun ses petites victoires…

                C’est vrai, cette pause dans l’acharnement du monde à se prétendre occupé a été une parenthèse presque légère pour certains, une frustration intenable pour d’autres, et pour la plupart un va et vient entre les deux.

                L’être humain a survécu grâce à sa résilience et à sa capacité d’adaptation, le vrai test est à venir, aurons-nous appris quelque chose ?

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