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Accueil du site > Tribune Libre > Le Commerce est-il moral ?

Le Commerce est-il moral ?

Commentaire motivé par « Il faut s'adapter », livre de Barbara Stiegler.

 

L'autrice se donne bien du mal pour expliquer les divergences et les contiguïtés entre libéralisme, néo-libéralisme, naturalisme, évolutionnisme ou d'autres courants qui essaient de situer le rôle de l'Etat dans les sociétés modernes. Il en résulte un sentiment d'impuissance et d'indignation vertueuse. Je pense que ces analyses passent à côté du ressort du libéralisme politique enchâssé dans l'activité économique la plus répandue : le commerce.

Montaigne a écrit "Des trois commerces" (livre III, chap. III) essai dans lequel il dépeint ses rapports avec les hommes en société, avec les femmes et avec les livres.

Un commerce en appelle un autre. Le concept de commerce, les rapports sociaux engendrés par le commerce, sont dans l'air et font parler des écrivains, des essayistes, des journalistes, des chercheurs, peu de philosophes, et bien sûr les hommes et les femmes politiques. Beaucoup en vantent les mérites, mais peu s'essaient à en critiquer les mécanismes.

Je voudrais parler ici du commerce à but lucratif, répandu presque partout dans le monde et qui exclut le don ou l'échange désintéressé. Car nous sommes imprégnés au quotidien par le commerce, écrasés par le commerce disent les uns, ou encore soumis à "L'horreur économique", livre de Vivianne Forrester de 1996.

Au XVIIIème siècle on parlait du "doux commerce" ou encore on se souviendra de cette maxime de Turgot : "Le commerce ne connaît d'autre loi que celle de son propre intérêt". On y a opposé les physiocrates (la richesse venait des productions de la terre) aux mercantilistes qui font provenir la richesse à partir des seuls échanges de produits et de la spéculation qui s'ensuit. De nombreuses théories se sont fait jour pour en expliquer les ressorts et justifier son bien fondé, surtout dans les trois derniers siècles.

Pour arrondir les angles d'un échange parfois brutal, il y a bien le texte de Bernard Mandeville, La fable des abeilles (1705) dans lequel il "Il soutient l'idée que le vice, qui conduit à la recherche de richesses et de puissance, produit involontairement de la vertu parce qu'en libérant les appétits, il apporte une opulence supposée ruisseler du haut en bas de la société. Aussi, Mandeville estime que la guerre, le vol, la prostitution, l'alcool et les drogues, la cupidité, etc., contribuent finalement « à l'avantage de la société civile » : « Soyez aussi avide, égoïste, dépensier pour votre propre plaisir que vous pourrez l’être, car ainsi vous ferez le mieux que vous puissiez faire pour la prospérité de votre nation et le bonheur de vos concitoyens ». Sa philosophie a notamment influencé l’économiste Adam Smith, ainsi que le philosophe Hayek, qui s'intéresse en particulier à son travail psychologique. Mais c'est surtout Keynes qui l'a remis à l'honneur dans son Essai sur Malthus et dans la Théorie Générale. Keynes le considère comme un précurseur du fondement de sa propre théorie de l'insuffisance de la demande efficace... (Wikipedia).

Ce qui faisait dire à Voltaire (à peu près) dans une de ses pirouettes : "Le luxe, ce superflu si nécessaire". Sans parler de notre cher Adam Smith si maltraité pour avoir dit qu'il existait une main invisible veillant à l'équilibre économique des sociétés. Dieu ou le « deus ex machina » ne sont pas loin. On ajoutera ironiquement que cette main invisible se trouve commodément posée sur le très visible tiroir-caisse. Si on se mettait à recenser tout ce qui a été dit sur le commerce, des volumes, des bibliothèques entières n'y suffiraient pas. Et pourtant son aspect moral semble n'intéresser que très peu de gens.

Ce commerce tant admiré, tant critiqué est donc omniprésent et nul ne penserait à le supprimer tant il fait partie de la vie en société. Il semble consubstantiel à la plus grande partie de l'humanité. Il est simplement modifié, réglementé et souvent contrôlé, car, contrairement à ce que disent certains, il ne survivrait pas a sa propre brutalité. Il a ses écoles, ses chambres (de commerce, de compensation), ses temples, ses boutiques, ses lobbies ou anti-chambres, ses ministères, et enfin son organisation mondiale ; tout cela pour la gestion macro-économique. Mais il règne aussi sur la comptabilité du boulanger et il entre dans chaque foyer. Tout est commerce : des corps, des biens, des paysages , des vieux, des jeunes, de l'eau, des forêts, et de tout ce qu'on a oublié de commercialiser... mais ça viendra !

Nous pensons que du point de vue philosophique le public et les chercheurs gagneraient à faire une analyse du commerce sous l'angle d'une ontologie et d'une éthique, car les humains sont soumis au commerce et à ses lois sans pouvoir y échapper et n'y font pas attention. La démarche est-elle faisable ? Est-ce que l'humanité doit subir ce phénomène sans trop savoir ce qui lui arrive ? En fait, elle connaît très mal ce qui se passe, le vit de façon permanente et souvent tragique, mais paradoxalement elle ignore les causes réelles des mécanismes immoraux des échanges commerciaux. Question d'habitude et de propagande douce sur la liberté du commerce, celle-ci découlant de la liberté tout court et du droit de propriété chers à la Révolution française

L'approche éthique, quant à elle, reste soigneusement ignorée. Elle repose sur des comportements égoïstes d'une morale très discutable, souvent scandaleuse et universellement répandue.

Le fait qu'un acteur du commerce, un agent comme disent les économistes ou les sociologues, fixe le prix d'un produit en fonction d'un marché (concept vague dont les dysfonctionnements sont toujours critiqués) et inclut dans ce prix une certaine somme appelée marge, profit, plus-value, valeur ajoutée ou encore bénéfice, cela constitue la motivation élémentaire du vendeur. Mais, que se passe-t-il en fait dans cet acte qui consiste pour le vendeur à garder une partie du prix de vente pour son usage personnel ? Et quand la somme des marges des transactions dépasse ce qui est nécessaire à l'entretien du vendeur, nous assistons à un détournement de richesse accrue au détriment de l'acheteur. Peut-on dire que dans nos sociétés une partie de la population vit aux dépens du bien-être d'autrui ? Le vendeur s'accapare une part du bien-être de son client, tout simplement, et ce depuis la nuit des temps. Mais le temps n'est pas une valeur morale, et rien ne saurait justifier ce transfert. Existe-t-il vraiment un « honnête commerçant », comme le veut l'expression populaire ?

Le commerce remonte-t-il à 6000 ans au moins, au Néolithique et à la sédentarisation ou au semi-nomadisme qui voient les premières accumulations de biens ? Piste connue. Il est passé dans les mœurs, tout comme l'était l'esclavage ou encore l'est aujourd'hui le patriarcat.

Ne nous aventurons pas sur les chemins utilitaristes, comptables ou déclamatoires du « capitalisme qui n'est qu'un opportunisme de classe » (Pierre Rosanvallon), sur les constats qui ne mènent à rien, sur des arguties psychologiques ou sur les pistes fatalistes qui justifient toutes un phénomène de prédation et de confiscation du bien-être d'autrui. [Ecartons la notion de commerce équitable, en fait très inégalitaire]. Nous vivons donc dans des sociétés dont l'un des fondements est parfaitement immoral.

Les discours libéraux, néo-libéraux et leurs contradicteurs se jouent sur le terrain imposé par le commerce, fondement de la pensée économique. Les postures prises par les gouvernements pour arbitrer dans les mécanismes économiques ne remontent jamais aux fondements immmoraux du commerce. On n'en parle simplement jamais. Les constantes luttes plus ou moins ouvertes dans lesquelle s'affrontent les pouvoirs (publics, privés) à différents niveaux des sociétés ne sont souvent que des jeux de dupes. Luttes qu'on appelle politiques mais qui ne sont que des spectacles lénifants ou des joutes stériles. Une politique qui se contente d'une morale au rabais. L'ordre social et économique prime alors sur la morale la plus élémentaire. Mandeville n'est pas loin et des penseurs en économie comme Hayek et beaucoup d'autres ne s'y sont pas trompés.

Pour les philosophes, commençons par une ontologie du commerce, continuons par son éthique, et nous aurons alors des discussions plus fécondes. Cela fait beaucoup d'oeillères à enlever et un gros travail en perspective. Pour les autres, je les entends déjà : « Cela est bien dit, mais cultivons notre jardin ».

 


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52 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Schrek 28 janvier 10:48

    La question n’est pas celle des échanges, mais celle de la propriété des moyens de production.


    • Jason Jason 28 janvier 14:02

      @Schrek

      • Vous bottez en touche. Même avec la propriété des moyens de production, le commerce découlant de cette production peut être immoral. Les idées reçues ont du mal à se dissoudre dans la vérité.


    • Clocel Clocel 28 janvier 11:06

      « Le Commerce est-il moral ? »


      Bien sûr, on a construit des temples pour ça et sacrifié le pauvre Jésus qui prétendait s’y opposer. 


      • Jason Jason 28 janvier 14:03

        @Clocel

        Excellente réponse, j’en parlerai à mon cheval.


      • Lynwec 28 janvier 15:53

        @Jason
        Sage décision, il pourra vous expliquer, lui...


      • Séraphin Lampion Schrek 28 janvier 17:09

        @Lynwec

        Penses-tu ?

        Il y connait rien, son cheval.

        C’est un gros bourrin prétentieux comme tous les chevaux qui, en fait, ne sont que des ânes avec des petites oreilles et un gros cul.


      • tashrin 28 janvier 14:46

        Le commerce est un outil

        Une pelle ou un marteau n’ont pas à être qualifiés de moraux ou amoraux en eux-mêmes. En revanche, le comportement et les objectifs poursuivis par celui qui tient le manche, si, ça peut

        Et par ailleurs, la morale fluctue en fonction de l’epoque et du contexte, c’est le fruit conjugué de l’air du temps, de l’histoire des idées politiques, du contexte socio politique de l’époque, des courants de pensée dominants, de l’histoire, ... L’esclavage était moral en son temps, tout comme d’exclure les femmes du droit de vote...


        • tashrin 28 janvier 14:57

          @tashrin
          et inclut dans ce prix une certaine somme appelée marge, profit, plus-value, valeur ajoutée ou encore bénéfice

          Vous confondez des notions distinctes. Le benefice et la valeur ajoutée n’ont rien à voir l’un avec l’autre
          cela constitue la motivation élémentaire du vendeur

          Non pas nécessairement. Le juste équilibre peut également être l’objectif poursuivi, la rentabilité n’est qu’une condition de survie. Vous pouvez fixer vos prix de manière à simplement survivre, ou au contraire à maximiser les profits. C’est un curseur que peut faire bouger celui qui tient le manche, pour reprendre l’exemple précédent
          nous assistons à un détournement de richesse accrue au détriment de l’acheteur

          Pas nécessairement non plus, s’ilachete c’est bien que le produit ou le service obtenu justifie à ses yeux le sacrifice monétaire
          Prenez le cout sortie usine d’un iphone,inferieur à 100 €. Comparez avec le prix de vente... Perso, je considère que ca ne les vaut pas. Du coup j’ai pas d’iphone.
          Pour d’autres, la marque, le design, le sentiment de faire partie d’un club de happy few suffisent à en justifier le prix. Ils l’ont acheté, mais pour eux ca en valait le prix.
          L’acheteur est libre d’accepter ou pas la proposition qui lui est faite. Si personne n’accepte, le vendeur prend un bouillon
          La base du commerce, c’est que vous ne vendrez pas ce que vous voulez vendre, mais ce que les gens ont besoin d’acheter
          Existe-t-il vraiment un « honnête commerçant », comme le veut l’expression populaire ?

          Bien sur. Certains le sont par nature, d’autres par contrainte. La nature humaine étant ce qu’elle est, y aura tounoursun enfoiré pour exploiter une opportunité si on lui laisse lechamp libre. Si l’on considère que l’opportunité en question est amorale, alors la loi en encadre l’exercice. C’estbien pour cela que le marché ne se regule pas seul, mais qu’on doit l’aider un peu et que certaines pratiques sont interdites.
          Prenez la GPA. Ses défenseurs soutiennent qu’elle peut totalement avoir lieu dans de saines conditions et l’interet réciproque des parties. Dans la vraie vie, ce sont en grande partie des usines à bébé situées dans les pays pauvres dans lesquelles ont exploite de pauvres femmes reduites à l’etat de pondeuses. On sait que c’est inévitable, donc c’est encadré (pour le moment, mais la morale fluctue comme jele disais...). Idem pour la vente d’organe


        • Lynwec 28 janvier 16:04

          @tashrin
          Les peuples qualifiés de « primitifs » ne pratiquaient pas le commerce, ils troquaient. Il est nettement moins facile d’escroquer quelqu’un en troquant qu’en vendant des objets en échange d’une monnaie.
          J’imagine la tête de l’Amérindien à qui on aurait proposé une croute en noir sur fond noir, prétendument « artistissetiqueeeuh » en échange, disons, d’un cheval ?
          Ils auraient henni tous les deux, mais pas pour la même raison.
          Donc oui, le commerce est immoral, car il détruit la bienveillance et incite à la fourberie.
          Si j’ai récolté vingt fruits et que je ne peux pas tous les manger, sauf à vouloir attraper une courante, faute de commerce, j’en donnerai (oui, le don, ce gros mot qui fait fuir tout commerçant qui se respecte...) à ceux qui n’en ont pas.

          Grâce au commerce, je serai peu à peu amené à les vendre, même ceux qui commencent à pourrir, en faisant tout pour cacher ce problème...


        • tashrin 28 janvier 16:44

          @Lynwec
          Les peuples qualifiés de « primitifs » ne pratiquaient pas le commerce, ils troquaient

          commerce · 1. Activité consistant dans l’achat, la vente, l’échange de marchandises, de denrées, de valeurs, dans la vente de services
          Le troc, c’est du commerce aussi, la monnaie est juste un outil qui permet de le generaliser et d’en étendre la portée
          Il est nettement moins facile d’escroquer quelqu’un en troquant qu’en vendant des objets en échange d’une monnaie. J’imagine la tête de l’Amérindien...
          Bon exemple : les amerindiens que vous evoquez se sont vu proposer de la verroterie insignifiante contre de l’or par les espagnols... Moral ?
          Donc... le troc est l’outil, ce qui est ou n’est pas moral, c’est l’intention des acteurs et la régularité du rapport de force


        • Jason Jason 28 janvier 16:45

          @tashrin

          « Pas nécessairement non plus, s’il achète c’est bien que le produit ou le service obtenu justifie à ses yeux le sacrifice monétaire ».
           Mais il y a le commerce contraint et le commerce facultatif. Avez-vous le choix de ne pas manger ?
          « Si l’on considère que l’opportunité en question est amorale, alors la loi en encadre l’exercice. » Ben voyons ! Toutes les lois ne sont-elles pas morales ? Dans bien des domaines les lois du commerce sont systématiquement ignorées, et il ne se passe rien. Votre naïveté est consternante.
          Etc...

        • tashrin 28 janvier 17:00

          @Jason
          pourquoi vous me rentrez dedans ? Vousposez une question, j’y reponds et vous donne mon point de vue. C’etait pas le but ?
          Mais il y a le commerce contraint et le commerce facultatif. Avez-vous le choix de ne pas manger ?

          Rien ne vous empeche de planter vos patates, vous n’aurez pas besoin d’en acheter. Ni de choisir à qui et pourquoi vous lachez votre pognon. Le vote ne sert à rien, le seul vecteur efficace pour influer sur votre environnement, c’est à qui vous donnez du fric. Si personne n’achete un truc, ca ne se vendra plus et plus personne ne le proposera.. et si d’autres continuent à l’acheter, c’est que ne vous en déplaise, ils considèrent le deal équilibré (ca me fait pas plus plaisir qu’à vous hein, je defends pas les traders en ecrivant ca. C’estjuste un constat)
          Ben voyons ! Toutes les lois ne sont-elles pas morales ? Dans bien des domaines les lois du commerce sont systématiquement ignorées, et il ne se passe rien

          Non, les lois ne sont pas toutes morales, ne serait ce que parce que la morale change (cf supra)
          Vous confondez détermination de la loi et application. Que nos institutions soient plus ou moins dévoyées, et que les puissants influent favorablement dans le sens qui les arrange, c’est évident. Lisez mes commentaires depuis plusieurs mois, vous constaterez qu’on partage certains points de vue et que je ne pense pas pouvoir être qualifié de naïf sur ce sujet
          Mais prenons le contrepied : le commerce est amoral, et donc on imagine qu’il n’existe pas. Concretement, si je sais faire pousser des patates, je vais pouvoir m’en faire péter le bide.Mais d’une part j’en aurai vite marre, et d’autre part, je suis pied nu parce que j’ai pas de vache, et que je sais pas fabriquer des chaussures...
          Nous v’la bien avancés
          Encore une fois, un outil ne peut etre moral ou pas. La tele, c’est ni moral ni amoral. Ca depend de ce qu’on en fait


        • Jason Jason 28 janvier 17:13

          @Lynwec

          Ce ne sot pas les Amérindiens qui m’intéressent, mais ce qui se passe aujourd’hui. Pensez-y quand vous irez chez le boucher ou le grainetier (si vous êtes vegan). 
          Le pouvoir d’achat, question récurrente, mais toujours payé par le consommateur et jamais par le fournisseur. Les marges, donc le détournement, sont sacrées, c’est en fait le nerf de la guerre.

        • Jason Jason 28 janvier 17:38

          @tashrin

          Désolé de vous avoir offensé, mais certains commentaires m’ont fait bondir.
          Je ne fréquente plus Avox depuis plusieurs années et n’ai donc pas eu le plaisir ou le loisir de vous lire.

          Vous dites : « Mais prenons le contrepied : le commerce est amoral, et donc on imagine qu’il n’existe pas. » Je me permettrai de vous faire remarquer qu’amoralisme (absence de morale) et immoralisme (contraire à la morale) ne sont pas la même chose. La confusion est fréquente, je le reconnais. Par exemple les mathématiques sont amorales, mais elles existent. La physique est amorale en théorie, mais elle devient immorale quand elle sert à fabriquer des bombes atomiques. Tout dépend de l’usage qu’on en fait. Le commerce, dans son concept serait amoral, sa pratique telle qu’observée au quotidien, est immorale. On en a la preuve tous les jours. Adressez-vous à n’importe quel artisan, vous constaterez qu’il vous roule copieusement dans la farine et qu’il s’assoit sur le Code de la consommation, entre autres. Et notre République de notables protège leur comportement.

        • Lynwec 28 janvier 17:51

          @tashrin
          Vous avez raison sur certains points. Pour autant, il me parait bien plus difficile d’accumuler suffisamment pour exercer des pressions sur les autres dans une société qui pratique uniquement le troc alors qu’au travers du commerce monnayé, nous sommes bien placés pour voir où ça nous a menés.

          D’ailleurs, votre exemple de la verroterie oublie de mentionner que les Espagnols étaient déjà infectés par l’immoralité du commerce, depuis bien longtemps... Et aussi que pour les Amérindiens, l’or n’avait pas une valeur particulière, donc aucune raison pour eux de soupçonner une duperie...

          J’ai bien précisé que je jugeais le commerce monnayé immoral parce qu’il entrainait presque automatiquement la rapacité, la fourberie et le besoin de duper l’autre pour en tirer le meilleur profit, ce que le troc ne permet pas aussi facilement.


        • Lynwec 28 janvier 17:59

          @Jason
          Je conçois que les Amérindiens n’intéressent plus grand monde, je faisais référence à eux dans le sens où leur mode de vie n’incluait pas,il me semble, l’exploitation systématique de l’autre, au moins à l’intérieur de leur propre tribu. Après, pour le traitement des captifs en cas de conflits, c’est une autre histoire.

          Le commerce, s’il était réglementé par des lois écrites par le peuple dans l’intérêt commun pourrait être moral.
          Mais les lois sont écrites par une minorité qui les rédige avant tout pour s’immuniser contre la majorité.


        • tashrin 1er février 09:49

          @Jason
          Vous ne m’avez pas offensé :)
          Vous avez raison sur immoral / amoral
          En revanche, je pense que vous confondez Commerce et Capitalisme
          Adressez-vous à n’importe quel artisan, vous constaterez qu’il vous roule copieusement dans la farine et qu’il s’assoit sur le Code de la consommation

          Toute generalisation est abusive par essence, les artisans n’y échappent pas
          L’economie et les rapports marchands sont des rapports de force par nature. C’est bien pour cela que la Loi doit les encadrer a minima et qu’on ne peut laisser faire le marché. L’interet de l’artisan est de vous prendre le max, mais surtout que vous reveniez et que vous le recommandiez. Comme tout le monde, il arbitre en fonction de ses interets, qui incluent aussi une logique long terme


        • Jason Jason 1er février 15:14

          @tashrin

          « mais surtout que vous reveniez et que vous le recommandiez. » Là, je ne suis pas du tout de votre avis. Je prends deux exemples parmi tant d’autres : Construire une maison individuelle ou faire remplacer une fosse septique (obligatoire selon le SIVOM/SPANC). Vous ne reverrez jamais le/les fournisseurs, car ce sont des produits à long cycle de vie.

          J’ai, a portée de main pas moins de 40 devis dans le domaine du bâtiment et des espaces verts. Aucun, ZERO, de ces contrats n’est conforme au code de la consommation, et tout le monde s’en fout, sauf ceux qui paient. On ronchonne, mais on ne fait rien. On reste mécontent et soumis.

          Commerce et capitalisme, deux faces de la même pièce.

        • tashrin 2 février 09:46

          @Jason
          Ben je suis pas d’accord avec vous
          Meme un produit de cycle long obéit à cette regle. La reputation d’aujourd’hui, ce sont les clients de demain (= recommandation)
          Pour travailler dans l’entrepreneuriat, je peux vous certifier que la logique court termiste existe, oui. Est délétère humainement et socialement, oui. Mais ne permet pas de s’inscrire dans la durée sur le plan commercial. Aujourd’hui encore moins qu’hier.
          Quand vous dites qu’ils ne sont pas conformes au droit, sur quel plan ? 
          On ronchonne, mais on ne fait rien. On reste mécontent et soumis.

          Pourquoi ne rien faire ? Coluche le disait : et dire qu’il faudrait juste que les gens ne l’achetent plus pour que ca ne se vende pas... Suffit de pas acheter et de s’adresser à quelqu’un de serieux. Et il y en a, forcément. Tout comme il ya des clients penibles et des gens corrects. Sinon c’est exactement la même chose que de dire qu’un salarié est forcément fainéant car il est salarié. C’est bête
          Par ailleurs, vous confondez le Commerce, qui consiste en une opération économique d’échanges entre deux acteurs, et le capitalisme, qui induit une logique d’accumulation (capitalisation) et de spéculation.
          A nouveau : sans le commerce que vous conspuez, vous seriez quoi ? Nul homme n’a la capacité à subvenir seul à la satisfaction de tous ses besoins. C’est assez rare de savoir à la fois cultiver, cuisiner, construire, fabriquer, et c’est surtout pas efficace : Si je dois fabriquer une voiture, ca risque de pas être triste, et je suis pas sûr de vouloir la conduire ! En revanche, ce que je sais faire me permet d’obtenir des revenus qui me permettront de m’adresser à un mec qui sait faire des voitures. 


        • Jason Jason 2 février 11:43

          @tashrin

          Bonjour,

          Votre réaction est bien naturelle. Vous prêchez pour votre chapelle.

          Mais, puisqu’on parle d’expérience, j’ai accumulé au cours de ces vingt dernières années pas moins de quarante devis dans le domaine du bâtiment et des espaces verts. Je les ai regroupés dans mon ordi l’été dernier. Deux seulement sont conformes au Code de la consommation et fournissent la transparence voulue sur les prix de la main-d’oeuvre, la durée des travaux, les garanties, etc et aucun n’oublie de demander de 30 à 50% d’acompte... pour une fumisterie avérée. Il me semble avoir écrit sur ce sujet sur ce site.

          Je ne sais pas dans quel domaine vous opérez, mais l’Etat, garant de l’application des lois, protège surtout les notables. Et bien sûr la CAPEB ne compte surtout pas changer cet état de choses.

          Le mot arnaque est bien faible pour décrire la prédation ambiante.

          Désolé, mas je ne suis pas de votre avis.

        • tashrin 2 février 11:55

          @Jason
          Vous avez le droit de pas etre de mon avis ca e gene pas
          En revanche vous vous trompez, je n’a aucune chapelle pour laquelle prêcher, le sujet que vous amenez m’interesse sur un plan general (je travaille en coopérative, economie sociale, et cette thematique de l’entrepreneuriat/le commerce versus les valeurs morales, je le vis tous les jours)
          Je vois votre rage concernant la bâtiment, mais vous ne dites pas en quoi ils etaient hors les clous (parce qu’il n’ya pas d’exigence de transparence des prix de la main d’oeuvre par exemple). Un dépassement de délais, c’est pas nécessairement une arnaque, ca peut juste être un impondérable, ce qui arrive fréquemment dans le bâtiment
          Apres je ne dis pas que tous sont honnetes, ce serait stupide. Tout comme de dire le contraire


        • PascalDemoriane 28 janvier 15:20

          @l’auteur de ces lignes :
          "Nous pensons que du point de vue philosophique le public et les chercheurs gagneraient à faire une analyse du commerce sous l’angle d’une ontologie et d’une éthique, car les humains sont soumis au commerce et à ses lois sans pouvoir y échapper et n’y font pas attention. La démarche est-elle faisable ?"

          La réponse est oui ! oui évidement c’est faisable ! C’est fait depuis deux siècles ! C’est le marxisme hélas, en réalité la pensée analytique inégalée de Karl et Friedrich, qui ont mis à nu le processus marchand dans toute son horreur principielle et potentielle.
          Comment avez vous pu faire pour passer à côté et poser cette question naïve ?
          Les bras m’en tombe !


          • Jason Jason 28 janvier 17:06

            @PascalDemoriane

            Vous ramenez le tout à Marx et l’affaire est close. C’est un choix, surtout celui de ne plus y penser.

            P.S. Reprenez vos bras, vous pourrez en avoir besoin pour porter les filets en revenant su supermarché.


          • L'apostilleur L’apostilleur 28 janvier 16:27

            @ l’auteur 

            Très bonne question sur laquelle il est facile de déraper. 

            Si on se souvient que c’est dans le cadre du commerce que l’écriture est née chez les sumériens ,alors voilà déjà un pan de la reconnaissance qui lui est due, comme celle d’avoir entraîné les individus les uns vers les autres avec l’enrichissement de l’humanité. 

            Une infinité de motifs particuliers seront apportés par des contradicteurs. Il faudra écarter ceux relevant des dérives malhonnêtes.

            Même l’intérêt sera admis dès l’Antiquité.

            Pas l’usure qui a tant jeté l’opprobre sur la communauté juive pendant le Moyen-âge.

            Aristote avait déjà stigmatisé la chrématistique économique (troc), celle qui a pour effet de générer de la monnaie au delà de ses besoins.

            Il pourrait avoir défini ici les limites de la morale commerciale. Avec une question pour chacun d’entre-nous, quel est l’enrichissement au delà duquel il n’est plus nécessaire pour nous et notre famille ?

            Posez cette question autour de vous comme j’ai pu le faire lors de dîners entre amis, personne n’y a jamais pensé .


            • Jason Jason 28 janvier 17:00

              @L’apostilleur

              Les Summériens ou Aristote ne changent rien au fait que tout le monde, actuellement, subit ce détournement de ressources dont je parle. Maintenant il reste à savoir si cet accaparement est « normal » ou s’il ressort du jugement moral.


            • L'apostilleur L’apostilleur 28 janvier 22:54

              @Jason
              « ..ce détournement de ressources dont je parle... » 

              Vous êtes sûr ? Votre plume n’aurait-elle pas suivi votre pensée ? 

              Vous écrivez ;« ...Beaucoup en vantent les mérites, mais peu s’essaient à en critiquer les mécanismes... »

              Il s’agit bien de commerce là , celui dont on ne peut tirer une généralité tant les transactions diffèrent. Celui des esclaves par les barbaresques d’Alger ne ressemble pas à celui des bretons qui traversaient la Manche pour vendre à vélo leurs oignons tressés aux anglais. 

              Si vous vouliez parler d’exploitation des ressources, n’aurait-il fallu aborder plutôt la politique, la stratégie industrielle, la corruption, l’hégémonie financière, les residus coloniaux, l’impérialisme économique... ?


            • Jason Jason 29 janvier 09:29

              @L’apostilleur

              Oui, nous sommes sur la même longueur d’ondes. J’ajouterai que, entre le vendeur d’oignons et le marchand d’esclaves le principe reste le même : obtenir un maximum d’argent dans la transaction.

              Ce qui me frappe aujourd’hui, au moment où le pouvoir d’achat est très pressant, c’est que le discours politique est entièrement tourné vers un financement venant du consommateur au final (fiscalité, effets de rebond sur les prix par l’augmentation des salaires). L’octroi de primes diverses, d’exemptions fiscales pour les entreprises, l’augmentation du SMIC même, excluent la question des marges souvent abusives des entrepreneurs et des commerçants. Ce gouvernement met souvent en avant qu’un grand nombre de foyers ne paient pas d’impôt sur le revenu, mais cache que 60% des revenus du fisc proviennent de la TVA. Le commerce n’est jamais remis en question. Et des abus nombreux, que les lois existantes devraient contrer, continuent à faire leurs effets pervers. Nous sommes dans la République des notables, ne l’oublions pas.

              J’en ai fait un ou deux articles sur ce site il y a longtemps.

            • L'apostilleur L’apostilleur 29 janvier 15:01

              @Jason
              La non imposition d’une partie des français est une réalité, un amortisseur d’impôt. On oublie souvent que notre TVA ,une des plus basse en Europe, s’applique aussi aux 100 millions d’étrangers qui nous visitent. 
              Il est illusoire d’envisager la supprimer seul.
              L’imposition est à considérer avec les redistributions sociales.

              Les marges et la négociation des prix sont admises par le code des marchés publics, comme sur tous les marchés de la planète depuis toujours.

              Vouloir contrôler les marges autrement que par la concurrence est impossible. 


            • Jason Jason 29 janvier 16:05

              @L’apostilleur

              Vous me faites dire ce que je n’ai pas dit. Je ne veux pas supprimer la TVA qui reste quand même très injuste socialement, mais je voudrais qu’on cesse de nous marteler que X millions de foyers fiscaux ne paient pas d’impôt sur le revenu et de faire croire que ces foyers ne sont pas taxés. Et par conséquent que l’argent prodigué à tel ou tel groupe vient du ciel... En fait personne, absolument personne, ne peut dire combien il (elle) contribue aux rentrées fiscales de l’Etat en un an (par exemple).

              Mais, on s’éloigne du sujet.

              « Vouloir contrôler les marges autrement que par la concurrence est impossible ». Pas dans tous les domaines. Il existe le prix fixe du livre, le contrôle des prix de certains médicaments. Et le contrôle des prix a existé à la sortie de la Guerre de 40. Il existe une Commission de Régulation de l’Energie (CRE), etc. Je ne veux pas contrôler ces marges dont vous parlez, mais je voudrais bien les connaître. Toutefois, là on se heurte au secret des affaires. Crainte réelle d’informer la concurrence ou mauvaise conscience ? Les deux.

              Un exemple concret : quand un artisan (je préfère le mot fournisseur, l’artisanat n’étant qu’une forme juridique) me vend un équipement pour 9.000 € alors que le prix public affiché par le fabricant est inférieur à 4.000 €, il y a là un abus scandaleux. Et les exemples du commerce ici comme ailleurs sont infinis. Quand un terrassier, pratiquement illettré, se constitue en 12 ans un patrimoine d’un Million d’Euros, je sais bien d’où provient l’argent. Et beaucoup le féliciteront pour ce détournement massif de bien-être de ses clients.

              Je ne souhaite pas parler de contrôle (argument massue des « libéraux ») mais de rééquilibrage ou d’équité. Dans la République des notables ce n’est pas un sujet électoral, ni en d’autres temps. On préfère parler du marronnier « pouvoir d’achat » payé finalement par les contribuables et le consommateur lambda.

              Soulever un problème ne signifie pas qu’on ait une réponse.


            • L'apostilleur L’apostilleur 29 janvier 18:14

              @Jason
              J’allais vous répondre qu’en Chine, en Russie ou au Togo personne ne peut contrôler les prix. Tout le monde regrette qu’Amazon s’enrichissent à ce point et tout monde achète. 
              Vous ne trouverez pas de Don Quichotte pour batailler sur ce point.
              Votre conclusion m’a rassuré. 


            • Nicolas_M Nicolas_M 28 janvier 16:34

              J’ai pas la même morale ni la même éthique que mon voisin. A partir de là ... 

              Le commerce est et vraisemblablement sera. Et ça plaira à la morale de certains, et ça déplaira à la morale d’autres.

              Et pour oser se poser la question de la moralité du commerce, il faut avoir des œillères de fous et une ouverture au monde quasi nulle, il faut bêtement croire à l’existence d’une morale universelle.

              Article juste ridicule.


              • Jason Jason 28 janvier 16:55

                @Nicolas_M

                Vous avez le droit d’être un relativiste si ça vous arrange. Mais le détournement de ressources est bien ce qui se produit
                .
                Vous avez parfaitement le droit de vous faire voler si ça vous chante, Mais ne dites pas que le détournement de ressources, la dissimulation, le pouvoir détenu par celui qui offre un bien tout en sachant que l’acheteur n’a pas le choix, pour vous, c’est parfaitement normal. Rien de tel qu’une famine pour s’enrichir.

                Je maintiens que le commerce est basé sur un comportement immoral, quoi qu’en pense le voisin.


              • perlseb 28 janvier 18:34

                Avant de parler de commerce, parlons d’échanges. Et comment échanger des biens différents, certains périssables,etc... ? Quel peut bien être le dénominateur commun ? Certains diront la monnaie. Et déjà, la première immoralité est née : la monnaie d’échange. Car les monnaies (même l’or) n’ont aucune valeur intrinsèque : ce sont des croyances, uniquement.

                Le vrai dénominateur commun aux biens que l’on échange, c’est le nombre d’heures de travail effectuées. L’heure de travail EST la valeur ajoutée, elle est la monnaie d’échange universelle et morale (le capital n’est qu’une accumulation de travail, qu’il faut maintenir ... par du travail). La monnaie a déjà permis à certains de vivre sur le travail des autres, le commerce n’est que la poursuite de ce vol (profit dans l’échange). La privatisation du travail d’une collectivité (capitalisme) a alors encore accéléré l’immoralité et le déséquilibre des revenus.

                On peut bien entendu mettre un certain multiplicateur à l’heure de travail. Je crois plutôt que la frontière entre études et travail devrait être beaucoup plus poreuse (autonomie systématique à la majorité, qu’on fasse encore majoritairement des études ou que l’on travaille si les études ne sont pas pour nous). Et dans ce cas des études prises en charge par la collectivité, l’heure de travail pourrait être la monnaie, sans multiplicateur nécessaire. Si l’heure de travail était la monnaie d’échange, on réaliserait des investissements de manière scientifique au niveau d’une nation (que faut-il construire maintenant pour minimiser le nombre d’heures de travail tout en augmentant la qualité, diminuant l’empreinte écologique, répondant le mieux à la demande générale, etc...). Avec une segmentation des moyens de productions, certains secteurs sont sous-capitalisés (beaucoup d’heures passées pour un bien de faible valeur) d’autres sur-capitalisés (entreprises avec plus de moyens mais sur-investissement moins rentable pour la collectivité dans son ensemble que s’il était placé ailleurs), etc...

                Evidemment, l’offre n’est pas toujours adaptée à la demande, mais ça ne doit rien changer au prix (heure de travail) des biens échangés : il faut partager les produits insuffisants (tout en essayant d’en produire plus) et arrêter de produire ceux qui sont en excés. La loi de l’offre et de la demande n’aboutit qu’à un vol supplémentaire : on joue plus sur l’apparence du produit que sur le fond, on fait des campagnes de pub qui sont un coût pur pour la collectivité pour modifier la demande avec la psychologie, on achète en gros pour créer des situations de pénurie pour revendre au compte-goutte au prix fort, etc...

                La conclusion, c’est le vol et l’immoralité qui ont orienté toutes les lois économiques de notre société, tout simplement parce que ce sont les voleurs qui ont écrit les lois de manière unilatérale pour voler la majorité et continuer à augmenter sans cesse leur pouvoir. Si Macron reçoit 100 millions d’euros de Big Pharma pour faire injecter tous les français, son salaire de fonctionnaire sera toujours ridicule s’il voulait être honnête en décidant de servir l’intérêt général. Quand les inégalités sont aussi absurdes qu’aujourd’hui, la soumission (corruption) rapporte toujours plus que la moralité, à tous les niveaux, et ceux qui se sont enrichis avec ces lois immorales qu’ils ont écrites ont rendu la majorité de la population aussi immorale qu’eux.


                • Jason Jason 28 janvier 19:11

                  @perlseb

                  Vous dites : « Le vrai dénominateur commun aux biens que l’on échange, c’est le nombre d’heures de travail effectuées ». C’est en partie vrai pour les biens dans lesquels il entre du travail. Mais il existe des biens dont la valeur croît sans travail. Un bien sur la valeur duquel on n’a pas travaillé augmente par un phénomène qu’on appelle spéculation. Et ces biens sont nombreux. Si j’achète une pièce de vin à 10.000 € à la vente des Hospices de Beaune et que je le revends 15.000 € l’année d’après, il n’y entre aucun travail. De même pour l’immobilier. Etc.
                  .

                • perlseb 28 janvier 19:26

                  @Jason
                  C’est parce que le vol est inscrit dans la loi... Si vous ne faites aucun travail, vous ne devriez, moralement, prétendre à aucun revenu. Le prix du vin qui augmente est un peu faux : stocker n’importe quoi coûte, il faut de la place (température constante pour le vin) et entretenir cette place (refaire le toit tous les 20 ou 30 ans, etc...). Maintenant si le vin vieux est meilleur (jusqu’à un certain âge), et bien stockons le au maximum selon les goûts, mais la différence de prix n’est que du stockage.
                  Si le prix des appartement montent, c’est parce que leur prix est fixé en monnaie (aucune valeur intrinsèque) avec la loi de l’offre et de la demande.

                  Il faut raisonner heure de travail. Pour l’immense majorité des biens, un produit a une valeur selon son procédé de fabrication. Sa valeur a toutes les chances de changer si son procédé de fabrication change.
                  Les ressources épuisables ont effectivement une valeur qui a tendance à croître (car il faut aller plus loin pour les chercher, construire des machines plus coûteuses, etc...).
                  Il y aurait également une fluctuation des prix dans l’agriculture : les mauvaises récoltes ne sont pas le fait d’un mauvais travail. Mais la solution est toujours de produire avec une marge, et des produits que l’on peut stocker (céréales, bases de toute civilisation).
                  En fait, la monnaie est inscrite dans notre mental, et je crois que peu de personnes sont capables de raisonner en heure de travail. Et c’est tant mieux pour ceux qui nous dirigent et qui décident à notre place ce que l’on doit penser.

                  Je considère qu’on devrrait accumuler un peu durant sa vie active pour former un capital mutualisé qui serait rendu sous forme de rente viagère à la retraite : seule rente qui a un sens moralement, l’héritage est inutile si le monde n’est pas basé sur le vol et la soumission.


                • I.A. 28 janvier 19:26

                  « Le Commerce est-il moral ? »

                  Superbe réponse, bravo.

                  Il est vrai que le commerce permet de chiffrez toute chose, y compris des besoins vitaux comme la nourriture, la santé ou le logement. Même l’amour ou la tranquillité ont un prix négociable  ou pas.

                  Mais l’arme du crime, c’est l’argent, qui engendre une banalisation institutionnelle des inégalités, à commencer par la généralisation de ces jugements de valeur cachés derrière les mots prix, loyer, récompensesalaire ou épargne...

                  L’argent, qu’il soit physique ou virtuel, est le seul fautif ; puisque le défaut d’argent peut faucher des inconnus à distance. Ces meurtres n’étant pas répertoriés comme tels, les coupables ne sont jamais inquiétés : loin d’être aussi anonymes que les victimes, ils se voient au contraire prodigués une reconnaissance identique à celle que l’on témoigne aux héros : ils ont réussi leur vie, ils sont riches, ils conduisent bien leurs affaires, ils exercent un métier rémunérateur, ils fixent leurs prix ou leur loyer…
                  On a la désagréable impression que les hommes ont fait l’effort d’intellectualiser leurs pulsions animales pour mieux poursuivre cette lutte qui, en plus d’acquitter leurs besoins organiques, permet d’octroyer un rang à chacun. Pour verrouiller le tout, ils ont établi des règles qui désignent les plus éloignés de la norme comme premières victimes de leur économie, à savoir les plus démunis. Ce sont là des usages qui leur paraissent cartésiens tant ils sont naturels, et acceptables parce que prévisibles. D’autant plus acceptables que ces martyrs survivent à la périphérie de leur monde. « Loin des yeux, loin du cœur », et « ni vu ni connu », pour reprendre les formules proverbiales.

                  Aujourd’hui, fiers de leurs progrès technologiques, ils se sont complètement lâchés dans les univers virtuels, sans comprendre que ceux-ci sont mille fois plus performants que leurs anciens outils. Si bien qu’au lieu d’édulcorer leur violence, l’ère numérique ne fait que l’optimiser en la désinhibant plus encore. Parce que la spéculation boursière, à travers les traders, fait de plus en plus de victimes à l’autre bout du monde.

                  Ce n’est plus du commerce, ni physique, ni réel. C’est juste cette violence instinctive, cette lutte immémoriale, cette guéguerre primitive.


                  • perlseb 28 janvier 19:49

                    @I.A.
                    Je suis d’accord avec vous mais les progrès technologiques ne disent pas comment on se sert d’eux. Je pense que ce qui distingue l’homme de l’animal (outre la morale), c’est sa maîtrise (technique), dont l’art n’est qu’un produit.
                    L’homme est devenu homme quand il a inventé le feu, qu’il n’a pas voulu subir bêtement la nature alors que ses réflexions pouvaient justement l’extraire un peu du monde réel. On peut être un bisounours est dire qu’il n’y a rien de mieux que la nature sans technique (Avatar), mais en tant qu’homme, il est difficile de se laisser « dévorer » par la nature sans rien faire (La plage).


                  • Jason Jason 29 janvier 09:39

                    @perlseb

                    « L’homme est devenu homme quand il a inventé le feu » et je dirai en plaisantant à moitié, qu’il est devenu un surhomme en inventant le commerce.

                    Quant à se laisser dévorer par la nature, c’est plutôt le contraire qui se produit avec la disparition très grave de la faune et de la flore sauvages, sans parler des productions de déchets ou de gaz délétères (méthane, ozone, dérivés azotés, CO2, etc.). Des listes exhaustives existent.

                  • perlseb 29 janvier 11:46

                    @Jason
                    Entièrement d’accord, mais ce n’est pas parce qu’on maîtrise la technologie qu’on doit détruire la nature.
                    Par contre, l’obsolescence programmée découle de la privatisation des moyens de productions : pour valoriser au mieux ses capitaux, il faut faire marcher à fond ses usines. Les biens durables ne sont donc jamais un bon calcul. Et c’est exactement pareil avec le profit dans l’échange (commerce) : si on a intérêt à voir des transactions parce qu’on tire un bénéfice sur chacune, alors on les favorise et on préfère des échanges de biens peu durables mais fréquents.
                    Ce sont les lois économiques, la légalisation du vol, qui sont responsables de la destruction de la Terre.
                    Si on invente un pneu inusable aujourd’hui, aucun constructeur ne le vendra sinon c’est la faillite assurée : la technique le permettrait peut-être, mais le système économique, telle qu’il a été créé, n’en voudra jamais.
                    Arrêtons d’en vouloir à la technique et à la science. Nous serions idiots de ne pas chercher à comprendre les lois physiques, comment fonctionne notre corps, etc... Mais s’il y a un domaine où nous sommes parfaitement idiots, c’est de continuer à « jouer » avec des règles économiques parfaitement injustes et destructrices.
                    Je l’ai d’ailleurs dit à maintes reprises, le capitalisme est un système anti-économique : on ne fait pas d’économie de la nature (puisqu’on la détruit), on ne gère pas précieusement la main d’oeuvre (puisque le chômage est encouragé car il favorise la pression sur les salaires et donc les profits), on ne gère pas correctement l’énergie puisqu’on produit du peu durable et qu’on favorise les échanges sur de longues distances au détriment d’autonomies régionales, et qui dit autonomie, dit une certaine liberté qu’il faut à tout prix proscrire, etc... Il n’y a aucune gestion économe des différentes ressources avec le capitalisme, c’est tout le contraire.


                  • I.A. 29 janvier 12:04

                    @perlseb

                    Oui, entièrement d’accord avec votre dernier post.


                  • Claude Simon Claude Simon 28 janvier 20:19

                    Pourquoi donc une monnaie-crédit où l’ensemble des utilisateurs doit plus de monnaie qu’il n’en a, tout agent économique ne s’essayerait pas à se faire les poches de ses partenaires ? 

                    Serait ce le problème stricto-sensu du commerce ?

                    Comment contourner la plus-value ? https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/creation-de-valeur-en-echange-de-182760


                    • zygzornifle zygzornifle 29 janvier 08:40

                      Immoral pour certains mais d’autres s’en contrefichent il n’y a qu’a voir avec la polémique sur les vaccins et la précipitation fébrile des gouvernements a l’obliger ...


                      • Staniszewski Staniszewski 30 janvier 09:37

                        Actuellement, dans notre Civilisation, le commerce amoral nous est imposé brutalement par la force. Le problème est que nos pseudo élites au sommet du pouvoir c’est – littéralement ! – : Le mal. Ils demeurent dans leur obscurantisme de ne pas voir la vie biologique comprise comme l’ensemble à l’échelle de la planète comme la valeur fondamentale et la condition sine qua non de l’existence de toute vie sur la Terre, Homo sapiens y compris. Et la morale (qu’ils ignorent) vient de là. Par conséquent, ils conduisent d’une manière amorale nos systèmes économiques, et donc, par conséquence, nos systèmes économico-politico-sociales. D’où… pour boucler la boucle, le commerce amoral nous est imposé brutalement par la force.


                        Voilà ma réponse à votre question « Le commerce est-il moral ? ».


                        Cordialement


                        • eddofr eddofr 31 janvier 11:39

                          Dans une société qui a choisi la rétribution de travail comme mode de partage des richesses, la rétribution du commerçant n’a rien d’amoral dans la mesure ou elle n’est que la rétribution de son travail de « mise à disposition » de biens et services.

                          En effet, le rôle premier du commerçant est de mettre les biens produits par d’autres « à disposition » du consommateur.

                          C’est une forme d’intermédiation tout aussi honorable que la banque, la police, le transport, l’éducation, ...

                          La difficulté et le risque « moral » résident dans le fait que, dans un système libéral, le « commerçant » évalue lui-même la valeur de son travail et peut donc la surévaluer sans contradicteur.

                          C’est cette absence de contradiction qui ouvre la porte à la spéculation, à l’exploitation, à l’abus de position dominante ...

                          Ceci dit, si l’on remet en cause la moralité du commerce, on ne peut pas s’épargner une remise en cause de la moralité de toute intermédiation et on finira inévitablement par remettre en cause la moralité du capital et donc de la propriété.


                          • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 31 janvier 11:44

                            @eddofr
                             
                             ’’Dans une société qui a choisi la rétribution de travail comme mode de partage des richesses’’
                             
                            C’est une provocation ? Si vous connaissez le Plan Comptable, vous savez que le capitalisme considère la rétribution du travail comme une charge.
                             
                            « Un actionnaire, c’est-à-dire un homme bénéficiant de l’action des autres. » Robert Sabatier


                          • chantecler chantecler 31 janvier 11:48

                            @Francis, agnotologue
                            Bah , c’est un progrès par rapport à l’esclavage .
                            Et puis Arbeit macht frei , comme chacun sait


                          • Jason Jason 31 janvier 14:12

                            @eddofr

                            J’adhère en partie à ce que vous dites car toute peine mérite salaire.

                            Cependant il faut considérer les marges souvent exorbitantes du vendeur, marges qui vont bien au-delà de ce qu’il lui faut pour subvenir à ses besoins. Cela se constate tous les jours. Nous sommes dans cette habitude que pour bien « gagner sa vie » il faut détourner à son profit et sans hésiter le bien-être d’autrui. C’est injuste et sommes-nous prêts à ne pas regarder ce qui se passe ?

                            Toute société a ses injustices, me direz-vous, mais l’aveuglement, les coutumes, le confort moral et une certaine lâcheté nous font préférer ce qui nous entoure. La question se pose : peu-il y avoir un commerce raisonnable, et en quoi cela consisterait ? Quand je vois comment l’artisanat du bâtiment s’empiffre aux dépens de ses clients, ça me laisse rêveur...

                            Il y a trop de pauvres en France et en Europe pour qu’on ne s’intéresse pas au caractère prédateur du commerce actuel.

                            Cela dit, je n’ai pas de solution, mais qu’on commence à appliquer les lois existantes (et bien insuffisantes), et ça serait un début. Aucun politique qui veut être réélu ne s’attaquera à la vache sacrée du commerce prédateur.

                          • Jason Jason 31 janvier 14:36

                            @Francis, agnotologue

                            Idem, j’adhère entièrement. Comment peut-on parler de redistribution du travail ? si vous ne travaillez pas, que vous n’avez pas de revenus, vous êtes jeté à la rue. Belle redistribution...
                            Travail : étymologie tripalium = torture.


                          • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 31 janvier 12:03

                            « Si l’éthique était source de profit, ce serait formidable : on n’aurait plus besoin de travailler, plus besoin d’entreprises, plus besoin du capitalisme – les bons sentiments suffiraient. Si l’économie était morale, ce serait formidable : on n’aurait plus besoin ni d’État ni de vertu – le marché suffirait. Mais cela n’est pas…. C’est parce que l’économie (notamment capitaliste) n’est pas plus morale que la morale n’est lucrative – distinction des ordres – que nous avons besoin des deux. Et c’est parce qu’elles ne suffisent ni l’une ni l’autre que nous avons besoin, tous, de politique. » André Comte-sponville (Le Capitalisme est-il moral ? )

                             

                             Nous n’avons plus de politique.


                            • Jason Jason 31 janvier 14:18

                              @Francis, agnotologue

                              Ce passage est une boutade sans doute. Un amalgame de non-sens de sophismes et de provocation.
                              Si l’éthique était source de profit, on n’aurait pas besoin de philosophes, et surtout pas de ce monsieur.

                            • eddofr eddofr 1er février 11:00

                              La société, ce sont des ressources et des individus qui s’accordent, plus ou moins collectivement, sur une manière de se répartir ces ressources (richesses).

                              La société peut répartir les richesses :

                              1. selon les besoins de chacun,
                              2. selon les mérites de chacun,
                              3. selon la contribution de chacun à la production des richesses,
                              4. selon la capacité de chacun à s’approprier les richesses.

                              Notre société prétend être du 3ème type, mais elle est en réalité du 4ème, depuis longtemps.


                              • Jason Jason 1er février 14:59

                                @eddofr

                                Oui, c’est ça. On est dans la société du 4ème type. Je ne voyais pas la chose de cette manière. La fondation de cette société est donc du type immoral.

                                Vous me direz, toute société comporte des injustices et le commerce en est une. Mais, comme je le dis, c’est tellement entré dans les moeurs que personne n’en parle. L’habitude, quoi. Sauf que l’accord que vous mentionnez est en fait une soumission. Choix de société diront les uns.

                                Sauf que, comme par hasard, l’Etat protège les notables et ceux qui abusent. Ah, j’oubliais ! Les lois : allez consulter parmi les 63 codes de lois, celles qui promeuvent un commerce équitable. Belle démocratie !!!

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