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Accueil du site > Tribune Libre > Le Cosaque de l’Amour

Le Cosaque de l’Amour

Il est des aventures que l'on se transmet de génération en génération, et que l'on finit par oublier, nos mémoires rongées par l'érosion du temps. Dans ma famille, l'histoire vraie du Cosaque de L'Amour se racontait lors des veillées, ou bien pour endormir les enfants... Je ne l'ai jamais oubliée... La voici...

En 1888, à Lubny, une petite ville de garnison à moins de deux cent verstes de Kiev, après les manœuvres d'automne, on s'ennuyait ferme au sein du 26e régiment de Dragons, alors on comblait l'ennui par de longues discussions. Quand Michka Asseev, un jeune sous-lieutenant, cornette d'un détachement de chasseurs, déclara tranquillement lors d'un dîner bien arrosé qu'il irait à cheval de Lubny à Paris, tous ses compagnons éclatèrent de rire. Ils eurent tort de se moquer. Asseev tint promesse. A l'aube du 16 avril 1889, il quitta sa garnison avec ses deux braves juments, Diane et Vlaga... 33 jours plus tard, le 19 mai, le trio entra dans Paris à 14 heures, après avoir parcouru 2 475 verstes (2 633 km). Près de 80 km par jour en moyenne ! Beaucoup plus si l'on décompte les journées perdues en formalités administratives diverses et complexes à chacune des nombreuses frontières rencontrées.

Face à la tour Eiffel à peine achevée et en pleine Exposition Universelle, Michka goûta son exploit, célébré par tous et par l'Empereur lui-même, Alexandre III, qui le fera nommer dans sa Garde Impériale, au sein d'un régiment de uhlans.

L'exploit était beau et prouvait l'efficacité de l'équitation « à la turkmène ». Partant du principe que ce ne sont pas les kilomètres qui fatiguent le cheval mais les kilogrammes, on charge la totalité du poids, cavalier, harnachement, et bagages, sur un seul cheval, tandis que l'autre « de réserve », entièrement nu, hormis le licol, se repose en marchant. L'alternance permet de disposer d'un cheval frais et ainsi d'allonger les étapes.

Cette prodigieuse aventure fit le tour du vaste Empire, jusqu'à ses confins les plus reculés, jusqu'au fin fond de la Sibérie, jusqu'aux rives du fleuve Amour séparant la Russie de la Chine.

Là-bas aussi, à Blagovechtchensk, on commenta l'exploit d'Asseev et dans cette grosse bourgade si loin de Saint-Petersbourg, un homme à la Foi profonde et à l'âme rêveuse décida qu'il pouvait faire mieux. Il se nommait Dmitri Nikolaïevitch Pechkov et il était Cosaque.

Depuis longtemps déjà, le pouvoir impérial avait renoncé à soumettre les « Qazaqi », littéralement les « Hommes Libres », ces troupes irrégulières qui hantaient les territoires de l'Est et du Sud, à l'époque où les frontières de la Moscovie étaient encore mal définies. Autrefois turbulents, ils s'étaient à présent assagis, et se posaient en farouches défenseurs de l'Empire et de la Sainte Russie. Soumis de leur plein gré à l'autorité du Tzar, ces pirates de la steppe assuraient la sécurité des frontières de l'Empire, installés dans leur stanitza*, sous l'autorité de l'Ataman*.

Et entre deux prières, Dima Pechkov rêva... Lui, le sotnik* de trente ans, si timide, si effacé, que la nature n'avait doté ni d'un physique gracieux, ni d'un charisme flamboyant, lui le petit Cosaque de l'Amour migraineux, du fin fond de sa Sibérie natale, décida qu'il traverserait toute la Sainte Russie, de Blagovechtchensk à Saint Petersbourg, d'une seule traite, et avec un seul cheval !

Et quel cheval !

Loin du fringuant coursier, son petit cheval d'armes ressemblait à un gros poney, issu de la race rustique locale. Certainement d'ascendance Mandchoue, ces petits chevaux typique des rives de l'Amour étaient appelés les Amourski. Solides, endurants, habitués au climat extrême sibérien, ils étaient parfaitement adaptés à cette nature sauvage et grandiose.

Né treize ans auparavant à la stanitza de Konstantinovskaïa, chez le cosaque Ivan Mylnikov, on l'appelait Sery (Le Gris) à cause de sa robe. Par cette habitude toute russe de donner un diminutif affectueux à chaque prénom, Dmitri l'appelait Serok ou Serko. Cinq ans auparavant, il l'avait acheté à un collègue d'une stanitza voisine, pour le prix très raisonnable de 150 roubles. Le chanfrein busqué, l'encolure courte et épaisse, les ganaches lourdes, Serko, tout comme son cavalier, ne payait pas de mine. S'il manquait d'élégance, il ne manquait pas de courage, d'une endurance et d'une résistance à toute épreuve, témoignant d'un caractère doux, et offrant un trot confortable. Increvable le brave petit cheval de l'Amour ! Alors Dima, porté tout autant par sa Foi en Dieu que par sa confiance en son cheval, était persuadé que tous les deux feraient bien mieux qu'Assaeev et ses deux grandes juments.

Il alla trouver son supérieur afin de lui faire part de son extraordinaire projet. Le colonel Vinnikov accueillit cette idée avec beaucoup de bienveillance et d'intérêt. Tous deux passèrent des heures, le nez penché sur des cartes et des ouvrages de référence pour étudier et établir un itinéraire qui prenait en compte toutes les particularités des contrées à traverser, et de la rigueur de l'hiver. Le colonel, en plus de son soutien et de son assistance, lui offrit une culotte de cheval, un bachlyk* oriental, ainsi qu'une toque de fourrure. Puis le sotnik déposa une demande de congé de six mois et reçut une attestation informant de l'exploit que le porteur réalisait avec l'accord de ses supérieurs et détaillant le signalement du cheval. Son certificat en poche, Dima alla se présenter à l'Ataman, le Général-Major Benevski, et l'informa de son voyage. Pour peu que ce voyage ne revêtit aucun caractère officiel, l'Ataman lui exprima toute sa sympathie et son approbation.

C'est ainsi que le 7 novembre 1889, aux alentours de midi, dans l'appartement du sotnik Dmitri Nikolaïevitch Pechkov, se rassemblèrent pour une réunion fraternelle d'adieu tous ses camarades officiers et soldats, et toutes ses connaissances civiles. Le matin-même, après un Te Deum en l'église Saint-Nicolas, et une bénédiction par l'archiprêtre, Dima avait fait ses adieux au colonel Vinnikov. Des adieux chaleureux et sincères non exempts de larmes de la part de ce commandant à la sollicitude toute paternelle.

Enfin, monté sur Serko, il quitta Blagovechtchensk pour un périple de 8 436 verstes ( 9 000 km).

Cavalier et bagage représentait une charge de 82 kilos. Au pommeau de la selle cosaque étaient suspendues deux sacoches de toile contenant une mailloche, une étrille, une brosse, des clous à ferrer, une alêne, des aiguilles et du fil. Le coussin de la selle recelait deux rechanges, la papakha* de l'uniforme cosaque, une culotte de cheval, des épaulettes, un ceinturon, des bas chauds en fourrure de lynx. Au troussequin était fixée la mallette réglementaire en toile contenant un jeu de fers en acier, un nécessaire de maréchalerie, des sangles de rechange, une trousse à pharmacie et des bottes d'uniforme.

Dima portait des bas en fourrure de loup, des ounty* en chèvre, une culotte d'uniforme en peau de mouton, une veste ouatée en soie japonaise, une tunique d'uniforme et une pelisse courte en fourrure de mouton avec épaulettes et boutons réglementaires. Il avait protégé ses mains par des gants d'angora sous de grosses moufles iakoutes en fourrure d'écureuil doublées de renard. Il portait un bonnet de laine tricoté qu'on appelait « bonnet de prisonnier » couvert par une ouchenka* en renard doublée de petit-gris et par dessus, il était coiffé du bachlyk asiatique protégeant sa tête, son cou et ses épaules.

Pour sa protection, il était armé du sabre cosaque, d'un petit révolver Smith&Wesson, rangé dans un étui fixé au large ceinturon, ainsi que d'un poignard.

Dans un sac porté en bandoulière, il conservait ses papiers et tous les objets de première nécessité. Et, enroulée sur l'épaule, la nagaïka* sans laquelle un Cosaque ne serait pas un Cosaque.

 

9 000 kilomètres sans changer de monture ? 9 000 kilomètres avec le même cheval ? Ridicule ! Insensé ! Se seraient exclamés les sceptiques.

Non seulement, Dima et Serko parviendront à Saint-Petersbourg, mais ils feront le voyage en moins de 200 jours !

Le 19 mai 1890, après avoir franchi la taïga et les steppes, l'Ienniseï, l'Ob, l'Oural, la Volga, après avoir traversé l'Empire de part en part, d'Asie en Europe, triomphé du froid, de la glace, supporté mille épreuves et reçu mille accueils, ils pénétrèrent dans Saint-Petersbourg en pleine forme.

8 838 kilomètre en 193 jours, dont 154 de marche, car le sotnik tombé malade à Irkoutsk dut rester alité deux semaines et c'est au lit, seul et faible qu'il passa le réveillon du Nouvel An.

Une moyenne de 60 kilomètres par jour durant 6 mois d'affilée... Certainement le raid équestre le plus extraordinaire de tous les temps. La performance relève presque du miracle... Serait-ce la Foi profonde du Cosaque qui l'aura porté verste après verste ? Car Dmitri ne refusa jamais une bénédiction et ne passa jamais devant une église sans aller y prier. Jamais il ne manquait de faire ses dévotions quand il trouvait un prêtre, une église, ou même une simple icône sur sa longue route.

D'ailleurs, quand l'entourage impérial lui demanda ce qu'il désirait en récompense à son exploit, son seul désir fut de pouvoir se rendre à Jérusalem afin de vénérer le Saint-Sépulcre. On lui accorda bien volontiers et on lui consentit un nouveau congé de six mois pour faire son pèlerinage. Le 22 juin, il partait en Palestine.

A son retour au pays, le sotnik Dmitri Nikolaïevich Pechkov intégra l'école des officiers de cavalerie de Saint-Petersbourg.

 

Quant à Serko, l'autre héros, le double, la moitié de son sang, celui qui fut le compagnon de route, fiable et fidèle, supportant les mauvais chemins, la pluie, la glace, la neige, et les tempêtes, le vent glacial, la boue, la chaleur, les chutes, les blessures, le lampas, et parfois les écuries médiocres ou la mauvaise avoine, mais toujours sous le regard bienveillant et soucieux de son cavalier pour qui l'adage : « Qui veut aller loin ménage sa monture. » n'aura jamais été aussi essentiel, Serko, fut donné au Tzarévitch, le futur Nicolas II alors âgé de vingt-deux ans, lors d'une cérémonie qui se tint le 8 juin à Tsarskoïe Selo au cercle des officiers des hussards de la Garde.

Depuis 1827, le Prince héritier portait également le titre d'Ataman de tous les Cosaques. Il invita le sotnik au dîner qui eut lieu au cercle des officiers, en présence de Son Altesse Impériale. Grand honneur pour le simple cosaque de l'Amour !

Au valeureux petit cheval gris, on offrit une retraite paisible et confortable dans les écuries personnelles du futur Nicolas II.

Lors de fouilles récentes dans la magnifique nécropole équine de Tsarskoïe Selo créée par le Tzar Nicolas Ier en 1831, et malheureusement abandonnée depuis la Révolution, des fragments de la pierre tombale de Serko ont été retrouvées et nous apprennent qu'il est mort le 29 avril 1914. Le petit cheval gris de l'Amour a survécu encore 24 années à son exploit... Il s'est éteint à l'âge de 37 ans !

 

 

Pour découvrir le périple de Dima et Serko dans les détails, suivre leurs aventures au jour le jour, durant les 154 étapes de ce raid prodigieux, (durée du parcours et verstes parcourues pour chacune d'elles) je ne peux que vous conseiller le journal de Pechkov qui a tenu consciencieusement son journal de route. La météo, l'état des chemins, les rencontres, les accueils qu'on lui réserve, les mésaventures, sa découverte des rails de chemin de fer et du train qu'il n'avait jamais vu, tous les petits aléas de son voyage y sont consignés.

 

JOURNAL DE VOYAGE

De Blagovechtchensk à Saint-Petersbourg

au jour le jour, du 7 novembre 1889 au 19 mai 1890

à cheval sur le « Gris »

 

par

Dmitri Nikolaïevitch Pechkov

 

* * *

 

Stanitza : Village cosaque

Ataman  : Chef cosaque

Sotnik : Officier commandant une sotnia (une centurie de cosaques)

Bachlyk : Capuchon

Papakha  : Toque en peau de mouton

Ounty : Bottes sibériennes

Ouchenka : Toque avec oreillettes (ce qu'on appelle communément et avec erreur une chapka)

Nagaïka : Fouet typique du Cosaque

Lampas : Inflammation du palais chez un cheval provoquant une tuméfaction en arrière des incisives dont l'épaisseur dépasse la table dentaire. Autrefois, on le soignait par saignée ou cautérisation.

1 verste = 1,0668 km

 


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37 réactions à cet article    


  • popov 17 août 10:52

    @Agafia

    Merci pour cette simple mais belle histoire.


    • Old Dan Old Dan 17 août 11:27

      Ouais ! Belle histoire... Etonnant !

      Plus récemment (1990 ?), un français (dont j’ai oubliée le nom, p’têt JL Gouraud) a réalisé un Paris Moscou (3300km) en 76 jours avec 2 chevaux qu’il aurait ramené...


      • Agafia Agafia 17 août 11:39

        Oui c’est bien JL Gouraud... Il a offert ses chevaux a Gorbatchev et les a récupérés sous Eltsine... C’était plus prudent vu l’époque de pénurie que traversait la Russie des années 90.

        Il a écrit la préface d’un ouvrage publiant les deux journaux de Dima Pechkov et de Thomas Stevens (un journaliste américain qui a fait le trajet Saint Petesbour Crimée avec un mustang nommé Texas, et qui a rencontré Pechkov...), aux éditions histoire Payot.

        Il a également écrit un roman d’après l’histoire de Pechkov dont Joêl Farges a tiré un très beau film « Serko »... Mais roman et film sont extrêmement éloignés de la réalité, ce qui est un peu dommageable pour la mémoire de cette histoire.


        • Old Dan Old Dan 17 août 12:30

          @Agafia
          Merci pour ces infos littéraires...
          [ et le rafraichissement de la mémoire ! ]


        • J.MAY J.MAY 17 août 11:52

          @ Agafia

          Avec votre permission je reproduirais volontiers cette belle aventure sur le site

          https://www.kalinka-machja.com/

          Rubrique « LES COSAQUES »


          • Agafia Agafia 17 août 11:55

            @J.MAY

            Je vous la donne avec grand plaisir smiley


          • J.MAY J.MAY 17 août 14:22

            @Agafia

            VOILA QUI EST FAIT

            Cordialement


          • Très beau récit. Ce genre d’épopée aujourd’hui dans notre société du « soft » et du « light » ne serait plus possible.


            • Agafia Agafia 17 août 12:12

              @Mélusine ou la Robe de Saphir.

              Détrompez vous... JL Gouraud (cité plus haut) l’a prouvé, et avant lui Evelyne Coquet, dont j’ai dévoré des dizaines de fois le bouquin « Pour l’amour d’un cheval » s’est lancé dans de longs raids équestres comme Paris-Jérusalem. Je cite ces deux là, mais il en est d’autres pour qui le rêve du centaure sera toujours plus fort que les contingences matérielles... je crois qu’il faut être cavalier pour comprendre que « tout le bonheur du monde est sur le dos d’un cheval  »...

              Le plus pénible de nos jours est la paperasserie administrative...


            • Old Dan Old Dan 17 août 12:39

              @Agafia
              « ... bonheur du monde sur le dos d’un chwal... »
              Vos avez raison !

              [ J’ch’ui vieux véto ds l’hem. Sud depuis 50 ans, à monter, soigner, respirer le cheval et m’inquiète de son devenir comme celui des éléphants... ou des hommes ! ]


            • Agafia Agafia 17 août 13:16

              @Old Dan

              Alors vous savez de quoi je parle...
              Rien que votre expression « respirer le cheval » me fait frissonner. ^^
              Quand je croise un cheval, c’est exactement la première chose que je fais, je le respire à pleins poumons, ça me recharge en force vitale.


            • Old Dan Old Dan 17 août 13:44

              @Agafia
              Ouais ! C’est ça...
              et instantanément, tout s’apaise, tout se calme, humain et cheval .
              « Si tu veux faire en 1 minute ce qui en demande 3, tu y passe un quart d’heure »
              (dicton de brousse ?)
              .
              [ En outre, vous écrivez plutôt bien. Pas fréquent sur AGV... ]


            • Agafia Agafia 17 août 14:45

              @Old Dan

              Très juste le dicton... Prendre le temps... Tout est là... Et rien de mieux que les chevaux pour apprendre la patience et retrouver sa sérénité.
              Moi qui suis une grande angoissée chronique, les chevaux ont toujours été mon anxiolytique naturel. A leur contact, je m’apaise, je me calme, et tout reprend sa place...

              Merci pour le compliment... Si j’ai une plume pas trop mauvaise, je suis malheureusement une grande paresseuse... Mais il suffit que je m’y mette pour soutenir l’effort... Typique... Bon sang slave ne saurait mentir... ^^ 


            • Agafia Agafia 17 août 14:50

              Dans cet article, je n’ai pas relaté le voyage en lui-même, ce qui aurait été long, fastidieux et plus ou moins intéressant. Mieux vaut lire Pechkov.

              Certains lecteurs de son journal ont parfois paru déçu et lui ont reproché plusieurs choses. D’abord sa Foi et son intérêt pour la religion, les églises... Et puis ce côté un peu « râleur » ou « plaintif » concernant l’état des routes, la qualité de la nourriture qu’on lui sert, l’accueil qu’on lui réserve parfois, son repos troublé par quelques fêtard ivrognes, ses migraines, son inquiétude pour Serko... Certes, si on s’attend à de grandes envolées lyriques sur la beauté des paysages, ou de profondes pensées philosophiques, mieux vaut passer son chemin. Pechkov n’a pas le talent d’un grand penseur et la plume qui va avec. Lui, ce sont les contingences bassement matérielles et quotidiennes qui l’occupent. Mais un journal de route est d’abord fait pour ça... Certainement que ce voyage lui a procuré de grandes satisfactions spirituelles qu’il a conservées volontairement ou qu’il n’a pas su exprimer.


              • Agafia Agafia 17 août 14:53

                Face à un tel périple dans un pays aussi vaste que la Russie, peut-être a-t-on tendance à imaginer des étendues désertiques faites de forêts profondes, de steppes infinies, de fleuves bouillonnants et de montagnes impérieuses, et c’est la réalité... Sauf l’aspect désertique (humainement parlant j’entends)... Il faut bien comprendre qu’on n’est pas chez les cow-boys de l’Arizona ou même du Montana bivouaquant sous les étoiles autour d’un feu sur lequel gargouille une cafetière, et s’endormant au son d’un harmonica.... Dans le Far East Russe, les températures hivernales peuvent descendre facilement à moins trente, si ce n’est plus... ou moins ^^... Dans ces conditions, dormir à la belle étoile est impossible à moins de vouloir être cryogénisé de son vivant. (Même si plus tard, des zek du Goulag connaîtront cette horrible épreuve... mais ceci est une autre histoire sur laquelle je reviendrai peut-être.... )


                • Agafia Agafia 17 août 14:54

                  Pechkov a donc été hébergé chaque nuit de ses 154 étapes. De l’isba la plus misérable à la datcha bourgeoise la plus confortable, en passant par des auberges borgnes, des relais de poste bruyants, que ce soit chez des collègues militaires, des autorités locales, ou chez de simples moujiks, il aura connu 154 « lits » différents ornés de draps blancs ou grouillants de punaises, et Serko, 154 écuries plus ou moins confortables. Il aura été invité à manger des mets délicats, invité au théâtre, comme il se sera nourri de pain noir et de thé, selon les possibilités de ses hôtes, de leur générosité ou de leur mesquinerie. Mais au final, ce journal nous prouve que l’hospitalité russe n’est pas un vain mot.

                  Et toutes ces rencontres, à travers l’oeil du Cosaque, forment tout l’intérêt de son récit. On partage avec lui cette douceur de vivre du XIX e siècle aussi bien que la dureté de l’existence, selon la classe sociale.

                  Contrairement aux déçus, j’ai beaucoup aimé son récit et toutes les anecdotes qu’il nous livre. J’ai souvent trouvé injuste les critiques dont on l’accable, et concernant la religion, je ne l’ai pas trouvé fanatique, loin de là. Il vit sa Foi en toute simplicité.


                  Voilà... C’était quelques précisions que j’avais envie de partager.


                  • Agafia Agafia 17 août 15:53

                    Trop drôle le passage du moinsseur en rafale ^^ façon concombre masqué... ou frustré ^^

                    Il ou elle pourrait avoir les cojones de laisser un commentaire, mais en avoir ou pas... telle est la question ^^


                    • Old Dan Old Dan 17 août 17:25

                      @Agafia
                      (plié de rire !)
                      Je connais p’têt vot’ « concombre ».
                      Il me suis à la trace depuis l’autre site du cercueil & d’autres.
                      Bof !...


                    • nono le simplet nono le simplet 17 août 18:02

                      très jolie histoire que j’ai lue d’un seul trait ... merci


                      • Pauline pas Bismutée 17 août 19:02

                        Bonjour Agafia

                        Belle histoire en effet, merci.

                        Il y a encore quelques aventuriers. En 1977 une australienne, Robyn Davidson, a traversé une grande partie de l’Australie avec un chien et quatre chameaux (on la ravitaillait en eau à certains points durant le périple, mais quand même !). Neuf mois et 2700 km à travers le désert, du milieu de l’Australie (Alice Spring) jusqu’à l’océan indien Il y a un film de son odyssée « Tracks » (2013), je ne sais pas si il a été traduit en français, de toute façon les paysages sont sublimes (elle a aussi écrit un livre et son périple a été relaté dans « National Geograohic » en 1978) 

                        PS Ah, « respirer le cheval » ; dans l’oreille ! (la leur, évidemment)


                        • Agafia Agafia 17 août 19:36

                          @Pauline pas Bismutée

                          Joli périple également de cette australienne ! Merci de me la faire connaitre smiley
                          Quant à son ravitaillement, il n’a rien d’anormal... Préparer un tel périple et décider d’arriver au bout demande une organisation. Pechkov aussi prévoyait ses étapes et son itinéraire avait été étudié afin qu’il puisse trouver gîte et souper chaque soir. Avec plus ou moins de bonheur parfois ^^

                          L’avantage des chameaux est leur sobriété. Nul besoin de les abreuver chaque jour, contrairement aux chevaux. 
                          On pourrait croire que ce ne fut pas un problème pour Pechkov, dans un pays comme la Russie où coulent maints fleuves et rivières... Eh bien ce le fut plus d’une fois ! Les chevaux sont délicats et refusent de boire une eau douteuse. Dans bien des endroits, le Cosaque a du faire fondre de la neige pour abreuver Serko car l’eau locale (source ou rivière) était malodorante ou croupie.


                        • Pauline pas Bismutée 17 août 20:11

                          @Agafia

                          Effectivement, et les chevaux ont besoin d’environ 60 litres d’eau par jour ...
                          L’ avantage d’un voyage à l’intérieur d’un même pays, pas de frontières à traverser !


                        • popov 18 août 04:39

                          @Agafia

                          Seriez-vous une descendante de ces Cosaques Djiguites exilés en France après la révolution communiste ?


                          • Agafia Agafia 18 août 08:42

                            @popov

                            Bonjour Popov


                            Je suis démasquée ^^


                            Mes arrière-grands parents ont quitté la Russie en 1921, quand tout était perdu... Question de vie ou de mort. Mon arrière-grand père Gavriil était l’un de ces authentiques et turbulents Cosaques qui aura combattu jusqu’à la dernière extrémité. S’il n’avait eu la charge de 12 enfants (hé oui !! et deux autres naîtront en France...) je pense qu’il se serait battu jusqu’à son dernier souffle. Il a toujours regretté de n’être pas mort au combat...

                            Quitter la Russie et abandonner son cheval, a été pour lui un véritable arrachement et il ne s’en remettra jamais. Il va traîner jusqu’à sa mort une foutue dépression qu’il noyait dans l’alcool, le jeu, et les discussions sans fin avec d’autres exilés russes. Ce n’était pas un mauvais bougre mon aïeul, il était seulement malheureux. Il espérait dans un hypothétique retour. Son pays lui manquait.

                            Pendant quelques temps, il a fait partie de cette troupe de Cosaques qui donnaient des spectacles de Djiguitovka... Il existe quelques films sur You tube de leurs exhibitions... Mais il a vite laissé tomber car pour lui la Djiguitovka était un art de guerre et pas un spectacle de cirque...

                            A Paris, il a fréquenté Nestor Makhno qui crevait de faim dans des taudis et devait bosser à l’usine malgré de graves séquelles dues à ses blessures, et Gavriil l’a aidé dans la mesure de ses moyens. Il avait une certaine admiration pour Makhno et comprenait plus son combat que celui des bolchéviques...

                            J’aurais adoré le connaître mon aïeul... J’ai une photo de lui à cheval, prise durant la première guerre mondiale, il est magnifique...

                            Quant à l’arrière-grand mère, c’était un roc... Elle a tout pris en charge et tout fait pour que ses enfants puissent s’intégrer en France. Elle a commencé par franciser leurs prénoms et elle s’est décarcassée pour leur offrir une vie correcte. Elle a aussi élevé sa petite fille, ma mère... Contrairement à son homme, elle a vite compris qu’il n’y aurait probablement aucun retour vers la Russie et elle en a pris son parti. Elle n’a pas toujours eu la vie facile avec ses quatorze gamins mais elle était admirable de courage.

                            Eux,ils ont sauvé leur peau. Mais d’autres membres de la famille, des frères de Gavriil, n’ont pas eu cette chance et traqués par la Tcheka, ont fini aux Solovki, le premier camp, prélude à ceux du Goulag, ou fusillés... Disparus...



                          • popov 18 août 10:39

                            @Agafia

                            Bonjour et merci pour ce témoignage humain.

                            Pauvre arrière-grand-père, avoir dû vivre confiné à Paris après avoir sillonné les steppes sans limites. Et juste à l’époque où le cheval avait disparu des villes, remplacé par les véhicules à moteur.


                          • covadonga*722 covadonga*722 18 août 18:31

                            @Agafia
                            saviez vous que l’arrivée massive de russes blancs en 1921/1925 sont pour beaucoup dans la création 
                            du seul régiment de cavalerie de la Légion étrangère , beaucoup étant cavaliers 
                            il parut utile de les monter pour l’armée du Levant. Ainsi naquis le 1er REC


                          • Agafia Agafia 19 août 08:35

                            @covadonga*722

                            Ah non,je l’ignorais... Vous m’apprenez quelque chose d’intéressant...
                            Une très bonne initiative de la France et de son Armée... Quand on a sous la main des cavaliers prodigieux comme le sont les Cosaques et leurs compatriotes autant mettre à profit leur talent militaire.
                            Merci pour l’info.


                          • J.MAY J.MAY 19 août 09:13

                            Il me serait très agréable de reproduire l’histoire de votre famille sur le site

                            kalinka-machja.


                          • J.MAY J.MAY 19 août 09:16

                            @covadonga*722

                            Tout à fait exact.


                          • J.MAY J.MAY 19 août 09:18

                            @Agafia

                            Il me serait très agréable de reproduire l’histoire de votre famille sur le site
                            kalinka-machja ( Rubrique consacrée aux Cosaques).


                          • Agafia Agafia 19 août 11:34

                            @J.MAY

                            Bonjour JMAY,

                            Pourquoi pas... Mais c’est très résumé... Il faudrait un jour que je rédige quelque chose de plus détaillé. Le problème étant que je n’ai pas énormément d’informations mises à part celles transmises par ma mère.
                            Tout ce qu’il me reste de mon arrière grand père, c’est son jeu de carte, une ou deux photos et, paraît-il, son caractère... (On dit que j’ai hérité de son tempérament et que je lui ressemble fortement ^^...) 
                            C’est bien peu de choses...

                            Si vous considérez que cela peut intéresser vos lecteurs en l’état, je vous donne le feu vert. Si je me décide d’écrire quelque chose de plus consistant, je vous en informerai.


                          • J.MAY J.MAY 19 août 11:56

                            @Agafia

                            Pour l’instant je transcrirai donc votre récit en l’état ( rubrique : COSAQUES) sur
                            kalinka-machja.
                            Cordialement.


                          • J.MAY J.MAY 19 août 12:45

                            @Agafia

                            Retranscription réalisée



                            • Agafia Agafia 18 août 11:21

                              @covadonga*722

                              Merci ! ça réveille ! ^^

                              Ce chant avec bien d’autres remplissent mon lecteur mp3... Je suis une inconditionnelle des chants cosaques smiley et de la culture cosaque en générale...


                            • Agafia Agafia 18 août 11:11

                              Pour le plaisir des yeux (même si le film est un peu usé ^^)

                              J’ai pratiqué pendant quelques années, à l’âge où on est inconscient ^^... Et je me suis pris parfois de belles gamelles ^^


                              • arthes arthes 18 août 14:23

                                @kalamitor

                                Spank education...Une référence dans le milieu bdsm ,( je passerai sur les poney girls et poney boys , tout un monde....) , je me doutais bien que cela faisait parti de tes classiques, mon cher... smiley

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