• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Le libéralisme n’est pas ce que vous croyez...

Le libéralisme n’est pas ce que vous croyez...

JPEG

La France n’a jamais connu de période libérale, si ce n’est la courte tentative de Raymond Barre.

 

Il existe de nombreuses formes de libéralisme que l’on peut résumer à deux approches d’une part l’approche conséquentialiste ou utilitariste et, d’autre part l’approche déontologique.

 

Pour les conséquentialistes, le libéralisme est justifié par les résultats auxquels il conduit, et pour lesquels il est légitime de considérer séparément des doctrines libérales dans chaque domaine (moral, religieux, politique, économique, etc…).

Pour les déontologistes, le libéralisme repose sur des principes philosophiques universels pour qui il n’existe qu’une seule doctrine libérale qui s’applique uniformément dans tous les domaines.

Toutes ces variantes ont en commun une préconisation forte qui en forme le noyau dur : limiter de façon stricte l’intervention de l’État, seules les justes limites à lui fixer différant selon les écoles.

 

Le véritable libéralisme est nécessairement de nature déontologique. Aussi, le libéral ne dissocie pas libéralisme philosophique et libéralisme économique. Aujourd’hui, le libéralisme trouve sa seule justification (ou sa condamnation) dans ses effets économiques. Le libéral n’est pas non plus lié à la théorie néoclassique de l’équilibre général (notamment au mythe du trop célèbre homo economicus – l’agent économique rationnel – ou de la concurrence « pure et parfaite »). Pour terminer, le libéral, que je suis, n’ignore pas les liens sociaux d’abord, n’en prône pas la disparition ensuite, et ne s’oppose pas à toute forme d’action collective.

 

DIDEROT : « aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres ».

 

Le libéralisme affirme des principes qui doivent être respectés par tous, en toutes circonstances et quelles qu’en soient les conséquences. Son dogme fondateur est « tous les hommes sont libres et égaux en droits ».

 

Il faut entendre par Liberté, le principe selon lequel « chaque être humain est libre d’agir comme il l’entend conformément à ses aspirations, à sa situation et à ses capacités. » Il en découle qu’aucun homme ne peut priver un autre de sa liberté d’agir. Pour autant, cette liberté d’agir reste contrainte par les lois de la nature. Ne transigeant pas avec le principe de Liberté, le libéral peut ainsi être qualifié de dogmatique (qualification que je revendique).

 

Ce principe (dogmatique) de Liberté est alors compatible avec toutes les autres règles (éthiques, philosophiques ou religieuses), à condition qu’elles ne commandent pas d’exercer une contrainte sur d’autres êtres humains.

 

BASTIAT : « N’attendre de l’État que deux choses : liberté, sécurité. Et bien voir que l’on ne saurait, au risque de les perdre toutes deux, en demander une troisième ».

 

Depuis Locke, Montesquieu et Benjamin Constant, les libéraux admettent la nécessité d’un État (au risque de sombrer dans le libertarisme). L’homme n’étant ni totalement mauvais, ni totalement bon, il convient de confier à l’Etat la protection de chacun contre tous les autres. Mais l’État, à la fois garant des libertés et dans la plus grave menace pour ces mêmes libertés qu’il est censé garantir, son action doit être strictement limitée à la défense des libertés individuelles. Son seul rôle est de permettre aux humains de « vivre ensemble », même s’ils ne sont d’accord sur rien d’autre que cette volonté de vivre ensemble. L’Etat n’a pas donc pas à intervenir dans d’autres domaines, par exemple la vie privée, la morale, la religion, et… l’économie. Il doit être parfaitement neutre.

 

CONDILLAC : « Une chose n'a pas une valeur, parce qu'elle coûte, comme on le suppose ; mais elle coûte, parce qu'elle a une valeur. Je dis donc que, même sur les bords d'un fleuve, l'eau a une valeur, mais la plus petite possible, parce qu'elle y est infiniment surabondante à nos besoins. Dans un lieu aride, au contraire, elle a une grande valeur ; et on l'estime en raison de l'éloignement et de la difficulté de s'en procurer. En pareil cas un voyageur altéré donnerait cent louis d'un verre d'eau, et ce verre d'eau vaudrait cent louis. Car la valeur est moins dans la chose que dans l'estime que nous en faisons, et cette estime est relative à notre besoin : elle croît et diminue comme notre besoin croît et diminue lui-même. »

 

Abordons le libéralisme économique, puisqu’il s’agit du principal accusé. Le libéral ne réduit pas l’économie aux simples instincts égoïstes de l’être humain. Le libéral prend l’homme tel qu’il est. Ses motivations sont trop diverses et les circonstances dans lesquelles il est placé trop variées pour résumer son choix dans un modèle mathématique. Seul l’ensemble des interactions effectives qu’il subit ou génère peuvent traduire sa volonté dans un espace, qu’on appelle le marché.

 

Mais le libéral ne prétend pas que le marché soit suffisant (avec sa fameuse main invisible). Il ne nie pas qu’il existe des contraintes physiques, géographiques ou climatiques dont aucune action humaine ne peut s’affranchir. Le marché n’est pas parfait. Pour autant, l’Etat (plus exactement les hommes qui le représentent) n’a pas plus que les autres les compétences pour corriger les défauts du marché.

 

Le marché a donc besoin de règles. Mais ces règles doivent être librement établies entre les intéressés. La seule sanction pour ceux qui ne les respectent pas doit venir des consommateurs. Dans un libéralisme modéré, le meilleur régulateur n’est donc pas toujours l’Etat.

 

MISES : « L’action humaine tend par elle-même vers la coopération et l’association ; l’homme devient un être social non pas en sacrifiant ses propres intérêts à ceux d’un Moloch mythique appelé la Société, mais en visant à améliorer son propre bien-être ».

 

Dans le libéralisme, la société doit être ce que les hommes, par leurs actions quotidiennes, décident librement qu’elle sera. Le libéral sait que l’homme est un animal social. Il trouve dans la société de ses semblables le moyen de sa propre survie et de sa propre satisfaction. Or, l’histoire nous montre que le comportement spontané de l’individu coïncide le plus souvent avec l’intérêt du groupe.

 

La société libérale n’est pas une juxtaposition d’individus égoïstes. Lorsque les hommes ne peuvent atteindre seuls un de leurs objectifs, ils s’associent volontairement en fonction de leurs intérêts individuels.

 

Dès lors toutes les actions collectives sont possibles. Chaque association peut se donner les règles de juste conduite qu’elle estime nécessaires, à la condition que celles-ci soient librement acceptées par ses membres, et dans la limite du principe libéral selon lequel « nul n’a le droit de priver un être humain de sa liberté d’agir comme il l’entend conformément à ses aspirations, à sa situation et à ses capacités ».

 

La société libérale ne rejette pas non plus la solidarité. Le libéral pense, en tant qu’homme, qu’elle est même un devoir. Mais il croit aussi que l’Etat n’a pas à intervenir dans ce domaine.

 

Enfin, la société libérale reconnait « l'individu comme juge en dernier ressort de ses propres fins, [à] croire que dans la mesure du possible ses propres opinions doivent gouverner ses actes » (Hayek) et s’oppose en cela au marxisme (théorie constructiviste).

 

DDHC 1789  : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».

 

Depuis 40 ans, l’Etat n’a jamais été aussi présent dans la vie des Français. Si nous avions connu une période libérale, nos compatriotes n’auraient pas comme premier réflexe de se tourner systématiquement vers l’Etat pour résoudre le moindre de ses problèmes.

 

L’Etat étant appelé à intervenir le moins possible, il ne représente pas un moyen de détenir le pouvoir dans le pays. Aussi, la démocratie libérale ne génère pas une caste d’hommes politiques comme nous connaissons en France avec ses hordes de conseillers et de technocrates qui, de droite comme de gauche, restent accrochés à leur siège au motif d’agir pour le bien commun.


Moyenne des avis sur cet article :  1.84/5   (25 votes)




Réagissez à l'article

10 réactions à cet article    


  • sls0 sls0 19 décembre 2018 18:57

    J’apprécie ma liberté et que les autres aient la même liberté, tiens je suis libéral.

    L’égoïsme n’étant pas une denrée rare et l’argent peut opprimer je suis donc un libéral anti-libéral.

    Effectivement on vit dans un pays pas trop libéral avec une pléthore d’hommes politiques qui interviennent souvent.

    Il y a des pays plus libéraux ou les représentants du peuple sont à 95% à la solde de lobbys, est-ce mieux ?


    • zzz'z zzz’z 20 décembre 2018 04:50

      Fasse le RIC nous libérer de ces tiques du capitalisme de la connivence !


      • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 20 décembre 2018 08:20

        Mouais,

        C’est bien beau de parler des bons cotés du libéral. Mais en fin de compte on peut reformuler ces belles envolées en :

        T’as ce que tu mérite.

        T’es responsable, on t’as pas forcé, puisque t’es libre

        Il ne faut donc pas oublier la naturelle responsabilité qui doit être la contrepartie de la liberté pour le libéral. Le premier gros défaut du principe libéral dont personne ne parle jamais, c’est à mon avis la dilution de la responsabilité.

        Le second gros problème de ces nouveaux libéraux sur le retour (que je ne confond pas avec les néolibéraux) c’est que l’état ne devrait se limiter qu’à ses fonctions régaliennes. Mais si il n’intègrent pas une éducation obligatoire sur les valeurs et les techniques de la liberté comme par exemple un cours de pensée critique, comment leur système peut-il bien se pérenniser ?

        Ha oui, on peut toujours pérenniser le système avec des flics. Mais bon pas besoin de critiquer plus loin, je pourrai m’étendre indéfiniment sur le sujet : Les nouveaux libéraux sont, d’après mes observations alcoolisées, des gens qui ont beaucoup plus ce qu’ils méritent, qu’ils ont peur de perdre ce qu’ils ont, et qui ont décidé de se retrancher maladroitement derrière la liberté pour exiger le démembrement de l’Etat afin de payer le moins d’impôts possible.

        Le libéral c’est l’anti-bobo qui batifole au milieu de ressources infinies. La Liberté doit se retourner dans sa tombe.


        • JL JL 20 décembre 2018 08:57

          Le libéralisme est une auberge espagnole : on peut y mettre tout ce qu’on veut, c’est pourquoi il a été dit que « Le programme libéral ne peut pas réussir à convaincre sous ses couleurs : il faut qu’il avance masqué. » (voir là)

           

          En réalité, le programme néolibéral, celui de l’oligarchie mondiale est une marche à l’échelle mondiale visant à la dérèglementation de tout ce que les démocraties occidentales ont pu construire à ce jour.


          • JL JL 20 décembre 2018 09:15

            @JL
             le bon lien
             

            Libéralisme, Friedman, Klein : résumé que Naomi Klein fait de la doctrine libérale de Friedman, son livre de référence “Capitalism and Freedom”, publié en 1962. :
             
             « Premièrement, les gouvernements doivent faire sauter toutes les règles et les régulations qui se dressent sur le chemin de l’accumulation des profits.

             
            Deuxièmement, ils devraient vendre tous les biens qu’ils possèdent, et que des entreprises pourraient gérer dans un but lucratif.
             
            Troisièmement, ils devraient radicalement diminuer le financement des programmes sociaux.
             
            Sur ce programme en trois points de dérégulation, de privatisation, et de coupes sombres, Friedman apporte plein de précisions : les impôts, quand ils doivent exister, doivent être peu élevés. Les riches et les pauvres doivent être imposés au même taux fixe. Les entreprises doivent être libres de vendre leurs produits partout dans le monde, et les gouvernements ne devraient faire aucun effort pour protéger l’industrie ou la propriété locale. Tous les prix, y compris le prix du travail, devraient être déterminés par le marché. Il ne devrait pas y avoir de salaire minimum.
             
            Pour la privatisation, Friedman proposait la santé, la poste, l’éducation, les pensions de retraite et même les parcs nationaux.
             
            En résumé, et sans aucun complexe, il appelait au démantèlement du New Deal (1), ce délicat accord entre l’État, les entreprises et les travailleurs, qui avait empêché la révolte du peuple après la Grande Dépression. Quelles que soient les protections que les travailleurs avaient réussi à obtenir, quels que soient les services que l’État fournissait désormais pour arrondir les angles du marché, la contre-révolution de l’École de Chicago voulait les récupérer. Et elle voulait plus que ça : elle voulait exproprier ce que les travailleurs et les gouvernements avaient construit durant ces décennies de travaux publics frénétiques.
             
            Les biens que Friedman pressait le gouvernement de vendre étaient le résultat d’années d’investissement d’argent public et du savoir-faire qui l’avait rendu profitable (2). S’il ne tenait qu’à Friedman, toute cette richesse partagée devrait être transférée dans les mains du privé, par principe. Même si elle se cachait toujours derrière le langage des maths et des sciences, la vision de Friedman coïncidait toujours avec les intérêts des grosses multinationales, qui sont par nature toujours avides de vastes marchés dérégulés… »
             
             
            Notes :
             
             (1) En France, c’est Le Programme du Conseil national de la Résistance. «  Alors, le journalisme, c’est fini ? Quand je parle de la mort du journalisme, j’évoque bien entendu l’épuisement du Programme du Conseil national de la Résistance, qui aura connu son apogée dans les années soixante avec ce journalisme des sociétés de rédacteurs (Pierre Rimbert, Le Monde diplomatique, mai 2007 »
             
            (2) Lors de l’éclatement de l’URSS, les biens de l’Union ont été accaparés par les oligarques. « La perestroïka est le nom donné aux réformes économiques et sociales menées par le président de l’URSS Mikhaïl Gorbatchev en Union soviétique d’avril 1985 à décembre 1991 »



          • Durand Durand 20 décembre 2018 10:11

            .

            Merci pour cette mise au point salutaire concernant le libéralisme et son corollaire : la nécessité d’un État qui protège...

            Si les gilets jaunes veulent faire mouche et déclencher le seul vrai débat National qui vaille, il faut qu’ils exigent un référendum sur le Frexit et qu’on cesse de tourner autour du pot !

            .


            • Durand Durand 20 décembre 2018 11:06

              @Méchant Réac

              .

              « La société libérale ne rejette pas non plus la solidarité. Le libéral pense, en tant qu’homme, qu’elle est même un devoir. Mais il croit aussi que l’Etat n’a pas à intervenir dans ce domaine. »

              .

              Pour de multiples raisons – historiques surtout – tout n’est pas intégralement transposable d’une Nation à une autre mais je peux témoigner qu’en Nouvelle Zélande, le pays le plus authentiquement libéral (old British...) dans lequel j’ai eu la chance de séjourner en 2011, la solidarité, populaire privée, n’est pas un vain mot...

              Pour un avant-goût d’un paradis libéral, je vous souhaite, si ce n’est déjà fait, de pouvoir vous y rendre et de le constater de vos propres yeux. Des riches et des pauvres, certes, commme partout mais je n’ai jamais rencontré de riche qui se la pétait ni de pauvre ayant perdu sa dignité car le regard des uns sur les autres fait que chacun conserve l’envie de se réaliser et de donner le meilleur de lui-même.

              Si j’avais eu 10 ans de moins, je ne serais pas revenu. Mon retour fut un calvaire !

              Un détail : j’ai demandé à un Kiwi de se définir par rapport à un Anglais et il m’a répondu « Un Neo-Zelandais, c’est un Anglais avec des balls... » et en effet, la vie, là-bas, m’a semblé conserver le goût d’une saine aventure...

              .


              • gaijin gaijin 20 décembre 2018 14:07

                « n’empêche que la main invisible du marché quand tu l’as dans le cul et ben tu sais ou elle est ..... »

                proverbe gilet jaune


                • gaijin gaijin 20 décembre 2018 14:10

                  « le libéralisme c’est l’histoire que le renard raconte aux poules pour les inciter a ouvrir la porte du poulailler » 

                  proverbe chinois


                  • L'enfoiré L’enfoiré 20 décembre 2018 17:58

                    Il ne faut pas confondre libéralisme et néoliberalisme qui est né au milieux des années 80 avec Madame Thatcher et Ronald Reagan.

                    Néolibéralisme dans lequel nous sommes encore aujourd’hui et clivage avec le PS constant.

                    En France, Mitterrand a cru pouvoir résister, mais la vague était trop forte.

                    C’est ce que je raconte en deux épisodes 

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

Méchant Réac

Méchant Réac
Voir ses articles







Palmarès