Le lieutenant-colonel Charles de Gaulle en piste pour une suprême félonie gagée sur l’Empire colonial français !… (99)
À la page 42 de la version allemande de Vers l’armée de métier, là où il s’agissait d’aborder la « situation politique », nous avions découvert que, dès la première phrase, apparaissait cette formule de « l’ordre mondial », alors que dans l’original en langue française (page 148), il y avait « l’ordre impérial »…

De fait, du côté allemand, le « corps cuirassé » ou encore l’ « armée de métier » paraissaient pouvoir menacer l’Allemagne elle-même, alors que, du côté français, il ne pouvait s’agir que de les utiliser dans le cadre de l’Empire colonial français…
Au-delà, nous avions découvert que, dans l’exemplaire allemand, toute une série de pages précédant la survenue de la phrase incriminée avait disparu… Or, ainsi que nous allons le voir, le contenu de ces pages ne pouvait pas être rangé dans l’une des deux catégories de thèmes dont Gallicus nous avait dit qu’elles avaient été délibérément éliminées pour le lecteur allemand : les « chapitres à proprement parler militaires », ainsi que « toutes les comparaisons tirées de l’histoire militaire française ». Mais que concernaient-elles donc ? C’est ce que nous allons étudier maintenant, en indiquant qu’au total, ce ne sont pas moins de onze pages qui ont ainsi sauté…
Il s’agit, tout d’abord, de distinguer « l’ordre mondial » de « l’ordre impérial », en faisant valoir les rôles respectifs de la France et de l’Allemagne dans les guerres qui les avaient opposées sur le continent, et, par ailleurs, la spécificité française des guerres coloniales, pour autant qu’après la défaite de 1870, Bismarck avait choisi de bannir la France de la question continentale pour la renvoyer plus particulièrement vers l’Afrique ou vers l’Asie… ce qui semble bien avoir été la leçon retenue par… Charles de Gaulle dès le début des années 30…
La partie supprimée dans la version allemande de l’argumentation qu’il déploie nous indique, aussitôt, que – et c’est ce qui concerne le continent européen :
« …le système exclusif de la nation armée ne répond qu’à des conflits dont l’enjeu n’a point de mesure. Pour admettre l’appel aux armes de tous les hommes capables de les porter, la mort de millions d’entre eux, la perte d’énormes richesses, le bouleversement social et moral qui sont le propre de la guerre des masses, il faut d’immenses querelles, le heurt d’ambitions et de haines effrénées, la menace de l’asservissement. Tel était d’ailleurs, avant 1914, l’état d’esprit des peuples d’Europe, convaincus que la guerre les placerait devant l’alternative de périr ou bien de vaincre. » (Idem, page 137-138)
La guerre « continentale » pourrait-elle persister ?...
« N’y a-t-il rien de changé ? Sans doute, depuis que les nations armées s’exterminèrent comme on sait, la façade des principes demeure intacte en apparence, car la foule quitte malaisément les conceptions une fois acquises et la plupart des spécialistes s’en tiennent aux idées reçues. N’empêche que les conditions d’où sortit la « lutte totale » disparaissent peu à peu pour faire place à d’autres. De bonnes raisons portent à penser qu’une guerre livrée demain n’aurait, pour commencer, qu’un rapport lointain avec le choc hâtif des masses mobilisées. » (Idem, page 138)
Petite question, rien qu’en passant…
« Est-ce à dire que les États renoncent à s’agrandir ? Bien au contraire ! Mais les prétentions, pour brutale qu’en soit la forme, ne laissent pas de se limiter. Il se produit dans les ambitions comme une concentration sur des objectifs calculés. L’Anschluss, la Sarre, la côte dalmate, un morceau de terres transylvaines…, voilà ce que l’on revendique, quitte à réclamer autre chose si l’on obtenait cela, mais en se gardant d’exagérer. Sous le flot d’invectives qui recouvre ces exigences, il est aisé de discerner le souci de s’en tenir au possible et de n’ameuter point le monde. » (Idem, page 140)
Si l’Allemagne y tient !... Affaire bégnine, sans doute… qui pourrait cependant comporter un certain « suspense »… lequel résulterait d’un méli-mélo « nations armées » et « troupes spécialisées »…
« Certes, ce n’est pas à dire que les chocs de nations armées se trouvent périmés, désormais. Au sortir des récentes hécatombes, on imagine difficilement la guerre menée de bout en bout par quelques troupes spécialisées. Parce que l’un des partis aura pris d’abord l’avantage, il ne s’ensuit pas que l’autre doive s’incliner aussitôt. Le ferait-il, que le vainqueur encouragé par un succès facile voudrait, sans doute, aller plus loin. » (Idem, page 141)
Mais sans qu’on y prenne garde, c’est bien l’hypothèse du « succès facile » qui va venir troubler insidieusement le raisonnement du lieutenant-colonel… en ne faisant plus qu’opposer les « troupes spécialisées » aux « bonnes gens », et non plus des pays à tradition militaire aussi bien ancrée que la France et l’Allemagne :
« D’ailleurs, les moyens modernes, maniés ou non par des spécialistes, exercent leurs cruels effets non seulement sur les combattants mais encore sur les populations. Des croiseurs filent trente-cinq nœuds, des sous-marins qui parcourent quinze mille milles ont tôt fait de bouleverser l’existence des foules en ruinant les importations. Les raids d’escadres aériennes, les gros obus venant de loin, les gaz aveugles, tuent des milliers de bonnes gens et détruisent nombre de biens. De là, dans les masses, d’élémentaires réactions. On doit compter que, les passions s’échauffant à mesure des souffrances, les peuples céderaient encore au mouvement d’entrer dans la lice. » (Idem, pages 141-142)
Tenir les peuples à l’écart… C’est bien à quoi pourra servir l’armée de métier… Or…
« Il existe une connexion terrible entre les propriétés de vitesse, de puissance, de concentration, que l’outillage moderne confère à une élite militaire exercée et la tendance des États à limiter l’objet des litiges pour s’en saisir aux moindres frais et au plus tôt. » (Idem, page 142)
Mais où la France aura-t-elle le loisir de faire valoir quelques menus litiges ? De fait…
« Notre pays, cependant ne médite point d’agrandissements et ne convoite rien que de garder ce qu’il a. » (Idem, page 143)
Petit bémol, cependant :
« Contrairement à l’apparence, cette conception de son destin entraîne, d’ailleurs, certains dangers. Il faudrait savoir, en effet, si quelque grand rêve national n’est pas nécessaire à un peuple pour soutenir son activité et conserver sa cohésion. » (Idem, page 143)
Voilà qui pourrait, certes, concerner le continent…
« Ce qu’il advient, par exemple, de l’Europe centrale et orientale, du Danemark, de la Belgique, de la Sarre, de la Suisse, nous touche essentiellement. » (Idem, page 144)
Dans ce cas, quelle ressource utiliser sans déclencher le pire ?...
« Comment pratiquement le faire, s’il faut, pour entreprendre quoi que ce soit, mobiliser des réserves ? Dans l’état présent du monde, la pente même de notre destin nous conduit à disposer d’un instrument d’intervention toujours prêt aux actions de secours. Alors seulement, nous aurons l’armée de notre politique. » (Idem, page 145)
Qui est de ne surtout pas y mêler les masses… Et c’est ici que Charles de Gaulle renoue, sans évidemment le dire, avec la ligne politique définie, pour la malheureuse France, par Otto von Bismarck triomphant au moment de la proclamation de l’Empire allemand, dans la galerie des Glaces du château de Versailles, le 18 janvier 1871, après l’effondrement du Second Empire…
« Notre existence nationale est devenue celle d’un empire. À mesure que passe le temps, ce caractère s’accentue. Les mille liens tissés entre la Métropole et ses possessions d’outre-mer ne cessent de se multiplier. Non seulement parce que la mise en valeur des colonies appelle de plus en plus les activités françaises, mais aussi pour cette raison que la restriction des échanges entre États, fait dominant de l’époque, accroît chaque jour dans notre vie économique l’importance des marchés neufs. » (Idem, pages 146-147)
Il n’y a qu’un malheur…
« … tandis que sous notre égide se répandent dans ces contrées la richesse, l’instruction, la liberté, nous y voyons naître des mouvements d’idées, de passions, d’intérêts, dont le but manifeste est la fin de notre domination. » (Idem, page 147)
Et c’est encore une fois l’affaire des « élites » et des « masses »…
« Certes, il nous est donné de poursuivre notre œuvre jusqu’à ce point du progrès où la sagesse vient aux élites et le loyalisme aux foules, on verra des populations, actuellement mal résignées, accepter franchement l’union. Mais, jusque-là, restons les maîtres, sous peine que tout soit perdu. » (Idem, page 147)
Dans ce contexte, comme dans d’autres, d’ailleurs…
« Il saute aux yeux qu’un régime militaire, où les troupes proprement françaises ne sont que des groupements de recrues, incapables organiquement d’aller combattre outre-mer, est tout à fait contradictoire avec les tâches qui peuvent nous y incomber. » (Idem, page 147)
Or, là-bas, il y a du boulot !
« Puissance musulmane qui perçoit d’Alep à Agadir les sourdes secousses de l’Islam, État riverain du Pacifique qui subit en Indochine les ébranlements de l’Asie, la France serait imprudente de s’en remettre aux seules formations indigènes du soin de maintenir l’Empire. Du jour où sera créée une force faite d’hommes de chez nous, mais professionnelle, et, par-là, disposée aux campagnes lointaines, soustraite au marché électoral, en faisant voir, de temps en temps, dans des régions bien choisies, quelques-unes de ses belles troupes, nous serons assez bien parés contre des événements fâcheux pour les rendre, du coup, moins probables. » (Idem, page 147)
Avec De Gaulle à la barre en France, que l’Allemagne se rassure !… Voilà ce que le lecteur allemand du document bidouillé par Gallicus aura ignoré cependant !... Et nous allons découvrir à quel point il s’est alors ému… tandis que le Haut-État-Major de son pays en savait, lui, tout autant qu’Adolf Hitler sur le lieutenant-colonel français aspirant à la suprême félonie !...
Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/
Michel J. et Christine Cuny
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