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Accueil du site > Tribune Libre > Le management de la « Paix économique »

Le management de la « Paix économique »

Ils osent tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît...

Grenoble, 14 mai 2019, « Une première mondiale » : les « Trophées de la Paix économique ».

Trophées de la Paix économique, ou bien Trophées de l'Imposture ?

Ainsi donc, les entreprises « vertueuses » se sont vu remettre l'Oscar du « management humain » par un jury où l'on trouvait aussi bien une ancienne responsable de premier plan de France Télécom, qu'un général de gendarmerie, autant dire des experts reconnus en matière de dialogue et de participation aux décisions...
Pendant que le tumulte du scrutin européen monopolise les écrans, la « lutte pour l'hégémonie culturelle » a encore de beaux jours devant elle.

Le Medef et divers « partenaires » ont récemment et fièrement financé une vaste opération de communication le 14 mai à la Maison de la Culture (MC2) de Grenoble, afin de promouvoir une prétendue « révolution managériale », celle du « mindfulness » (en patois dauphinois dans le texte). La terminologie à elle seule montre assez le degré d'empathie de ces penseurs du futur avec les problèmes sociaux du moment.

Ces révolutionnaires à la mode macronienne entendaient ainsi convaincre que l’entreprise a changé, qu'elle a fait une grande découverte à la fois humaniste et managériale. Et pour ce « coming out », voici qu’elle défend désormais la « paix économique » et le « bonheur au travail », « l’intérêt sociétal », « le bien commun »... What else ?

L’école de management de Grenoble, la prestigieuse GEM, s'était bien entendu chargée de l’organisation de la cérémonie de remise des prix aux managers les plus « vertueux »i.
Edgar Morin servait de caution intellectuelle à l'événement, tandis que le maire de Grenoble, M. Eric Piolle, en faisait des tonnes pour glorifier le concept novateur accueilli à bras ouverts par sa villeii. Encore que.

Il est assez croustillant de mentionner que l'événement se déroulait au moment même où se tient le procès des dirigeants de France-Télécom qui se trouvaient en responsabilité lors de la « vague de suicides » qualifiée alors de « mode des suicides » par l'un d'entre eux. On peut noter également la présence de Mme Delphine Ernotte, en poste à l'époque comme directrice de France Télécomiii...

L'équation de M. D. Lombard à France-Télécom était-elle soluble dans le management du bonheur ? N'était-il donc qu'un patron attardé, ignorant encore les bienfaits de la Paix économique et des stages de sophrologie ? Eh bien, non sans doute, car ses donneurs d'ordre comme ses hagiographes d'aujourd'hui nous rappellent que ce n'est pas par vilenie ni indifférence qu'il a ainsi agi, mais mu par l'implacable « nécessité économiqueiv »...

Cependant, faisons l'effort de distinguer les acteurs eux-mêmes de leur rôle social.
Certains sont humains, à n'en pas douter. Comme peut l'être Bill Gates, comme l'est peut-être au fond de son cœur le patron des aciéries Ascoval ou celui de Dassault systèmes. Certains sans doute souhaiteraient vivre dans une harmonie parfaite avec leurs « collaborateurs » de tous grades. Mais pas au point d'en oublier les exigences de leurs projets de carrière. Mais pas au prix de l'abandon de leurs prérogatives ni des hiérarchies. Et au fond, ils ne sont pas payés pour ça. Leurs CA, leurs actionnaires, leurs « N+1 » n'attendent pas d'eux l'organisation d'un club de vacances, mais des résultats sonnants et trébuchants, et le capitalisme libéralisé a ses contraintes n'est-il pas vraiv ?

Dans l'auditorium de la MC2 furent donc remis les trophées aux entreprises les plus méritantes dans les trois dimensions retenues pour illustrer l'auto-responsabilisation du capitalisme, comme par exemple le Développement de la personne illustré ici par l'entreprise Böllhoff qui offre à ses salarié-e-s huit séances de sophrologie afin « de développer une attitude constructive face aux événements professionnels et personnels ». La MMA, elle, a développé un programme « Managers en forme » et concourt dans l'axe Développement des relations et des styles de management. Sans oublier le troisième axe, avec la candidature d'ARaymond dont le programme Servant Leadership diffuse la bienveillance à l’international et ambitionne le trophée de l'entreprise la plus soucieuse de « l'épanouissement des parties prenantes ».

La présence d'un collectif sur le parvis de la MC2 nous paraissait donc indispensablevi, et se devait d'être un contrepoint aux discours tenus dans l'auditorium – où nous n'étions pas invités – en conclusion de cette journée qui promettait d'être une caricature d'elle-mêmevii.

L'analyse de notre collectif

Alors bien sûr, on peut penser que, justement, le comportement de l'entreprise a changé du tout au tout depuis ces temps reculés, et que ce bel événement le révèle à nos yeux éblouis. Changé par humanité, changé par prudence, ou bien par calcul et recherche d'efficacité...ou les trois à la fois.

C'est en tous cas le leitmotiv des intervenants de ce rallyeviii.
Mais on peut aussi voir dans ces nouveaux concepts de management la résurgence du taylorisme sous une forme euphémisée et politiquement correcte. Car Taylor aussi, en son temps, prétendait œuvrer pour le bien de tous. Imaginerait-on, d'ailleurs, des dirigeants de quelque catégorie qu'ils soient asséner qu'ils se désintéressent du bien commun ? Qu'ils œuvrent à produire toujours plus, à réaliser profits et dividendes, à licencier le personnel « surnuméraire » pour leur seule promotion, la valorisation de leurs titres, et l'enrichissement de leurs actionnaires ? Y en aurait-il un qui soit assez assez sot pour l'avouer sans tenter au moins de donner le changeix ?

Alors c'est bien dans les détails, dans les actes, dans le choix des mots et des symboles qu'il faut chercher les failles. C'est bien la contradiction entre déclarations d'intention, décisions et vécu des salariés dont ils veulent le bonheur à marche forcé, qui démontre l'insupportable hypocrisie. C'est aussi dans l'incompatibilité entre les objectifs prétendument poursuivis et les credo économiques et politiques qu'il faut chercher l'impasse.

Cette idéologie du « bonheur » institutionnalisé renvoie d'ailleurs peu ou prou à la Case de l'Oncle Tom, où l'affect et les bons sentiments avaient pour objectif de faire durer encore l’esclavage en le repeignant en rose et de conserver à Tara toute sa splendeur. Aujourd'hui comme alors, il s'agit de dissimuler la domination pour mieux la maintenir. Gagner du temps est la dernière carte de ces spin-doctors du « capital humain », alors que partout au monde l'inhumanité originelle du capitalisme industriel productiviste est aujourd'hui démasquéex, que ses impasses sont de plus en plus largement comprises et que se cherchent les voies de la révolte.

L'ironie veut que cette nouvelle mythologie des rapports en entreprise soit critiquée à l'intérieur même de la mouvance idéologique libérale, où nombre de voix en dénoncent les dérives infantilisantes et tournent en dérision leurs « innovations » absurdes et parfois même bloquantes. Ce qui révèle en passant que l'objectif est bien de détourner les regards et non d'améliorer la justice sociale et de restaurer la dignité des individusxi...

Pour notre part, nous voyons que cette fiction de « paix économique » se love au cœur d'un système où concurrence, « optimisation », profits, accaparement, conquêtes, innovation restent les maîtres-mots et révèlent les objectifs profonds. Cette « paix », comme le relèvent certains, va jusqu'à utiliser symboliquement les « escape games » comme entraînement pour abattre la concurrencexii.

Et d'ailleurs les mots clés, empruntés à la novlangue pseudo anglo-saxone, « mindfullnes », « process », « Chief Happyness Officer » outre leur ridicule enfantin  disent assez la distance entre les problèmes majeurs de la société et ce bonheur programméxiii.

Nous voyons que l'engouement soudain du management pour le « collectif » ne vaut que pour celui qui est choisi et imposé par l'entreprise, tandis que le collectif de lutte, celui qui ne dissimule pas les aspects politiques du travail, celui qui échappe aux cadres des ressources humaines, n'inspire que méfiance. Et éventuellement licenciement.

Nous voyons que cette fiction d'humanité consensuelle vise d'abord à déposséder le salarié de son professionnalisme. En affectant de ne voir en lui qu'un être humain et en tentant de s'approprier son affect pour le grand bien de l'entreprise, c'est maintenant à l'individu même que s'attaque le nouveau « management », organisant les dégâts psychologiques partout observésxiv.

Nous voyons que le bonheur obligatoire semble la dernière carte d'une société égarée où les finalités disparaissent derrière les « process », et où peu importe à quoi l'on travaille pour peu que « l'efficience » soit au rendez-vous.

Nous comprenons qu'en fin de compte le malaise partout sensible n'est pas un accident, n'est pas le résultat de maladresses ni d'erreurs de jugement corrigibles par un « management éclairé », mais bien une politique qui brise l'individu sans cesse remis en cause par l'innovation auto justifiée, sans cesse relégué par une accélération sans fin.

Nous comprenons que le « bonheur », au lieu d'être le résultat d'une saine prise en compte des attentes humaines et de la dignité du travail n'est qu'un outil de plus au service de la performance et de la compétitivité, au service de la domination, au service d'un mode de vie destructeur et dépassé.

Nous savons aussi, qui l'ignore désormais, que pour nombre de grandes entreprises se parant de cette façade idyllique, les préoccupations humanistes et collectives ne vont pas jusqu'à refuser l'optimisation fiscale et sa sœur l'évasion, ni les investissements climaticides pour peu qu'ils soient prometteurs.

Or cette hypocrisie devient insupportable dans un contexte qui tend à considérer le salarié d'abord comme une charge, comme une variable d'ajustement. Insupportable alors que l'on nous explique que les accapareurs doivent être ménagés, si l'on ne veut pas qu'ils partent accaparer ailleurs et exploiter ailleurs, emportant avec eux leurs capitaux engraissés d'exonérations fiscales et d'optimisations...

Elle devient insupportable alors que les progrès de l'Intelligence Artificielle et de la robotique « intelligente », nouvel Eldorado des entreprises et nouveau moteur de la sacro-sainte croissance, leur apporte l'espoir de pouvoir se délivrer enfin du salarié, se passer de l'humain si insuffisant, si fragile, si volage. Si prompt à se révolter, à exiger justice et à demander : pourquoixv ?

Pour les robots de cet avenir, point ne sera besoin de s'escrimer à leur prêcher le bonheur au travail, à les convaincre de l'avènement prochain de la « Paix économique ». Eux pourront être programmés d'origine pour être heureux, eux n'auront d'ailleurs pas d'angoisse existentielle, et ne craindront ni pour leur emploi, ni pour leur famille, ni pour leur retraite. Ils ne faudra les faire partir ni par la fenêtre ni par la porte... Et leurs rouages de silicium et de plastiques seront probablement recyclables. Les managers du bonheur, à leur tour, devront sortir par l'ouverture de leur choix.

Les humains, eux, pourront toujours s'interroger sur leur place dans le monde, et chercher seuls le sens du bonheur. L'entreprise n'a pas à se préoccuper de cet avenir qui n'intervient pas dans ses « bilans ».


 

i « Ces trophées marquent une étape majeure pour le projet de paix économique et de mindfulness, porté depuis 6 ans par la Chaire de Grenoble École de Management au sein des entreprises. »

ii « Au cœur des Alpes, château d’eau de l’Europe durement touché par le dérèglement climatique, Grenoble joue sa partition de leader régional et promeut les valeurs qui lui sont chères : la paix, le progrès humain, la justice sociale, la transition écologique. Ici, nous savons que les villes savent jouer collectif et ne se font pas concurrence.
Les premiers Trophées de la Paix économique sont ici chez eux ! ».

iii Le jury des trophées :
A l'heure où s'ouvre le procès des dirigeants de France Télécom, accusés d'avoir appliqué une politique managériale menant au suicide de dizaines de salariés, il est malvenu de trouver dans le jury Delphine Ernotte, en poste à l'époque comme directrice de France Télécom
Elle est actuellement présidente de France Télévision, service public frappé d'un plan d'économie drastique.

Au jury également un spécialiste de la paix avec un Général de corps d'armée, Philippe Guimbert, Commandant de la région de Gendarmerie Auvergne-Rhône-Alpes.

Parmi les jurés, on trouve aussi... le président de la Métro, Christophe Ferrari, le maire de Grenoble, Éric Piolle, et … Edgard Morin comme caution morale.
L'absence de tout syndicaliste ou employé n'est due qu'au hasard.

(Source  : tract collectif de dénonciation de cette mascarade, signé par : Union Syndicale des Travailleurs de la Métallurgie de l’Isère (USTM CGT), SUD Collectivités Territoriales 38, Collectif des syndicats CGT de la Culture et du Spectacle 38, ATTAC38)

iv Appelé à témoigner devant le tribunal pénal, il y a l'ancien gouverneur de la Banque de France, Jacques de Larosière (directeur du Trésor, directeur général du Fonds monétaire international (FMI), gouverneur de la Banque de France, président du Banque Commission européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Cet homme, parfaitement qualifié pour s'intéresser aux dégâts humains d'une politique, a rendu hommage à l'ancien PDG de la société :
« Je n'ai jamais assisté à un tel retournement. La vision de Didier Lombard a littéralement sauvé l'entreprise » dit Jacques de Larosière. « Peu de gens l'ont compris ont compris la situation de FT à l'apparition de la bulle Internet Didier Lombard, oui ».

Ce qui illustre parfaitement la convergence entre la « survie de l'entreprise » et celle de ses salariés.
(https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/05/15/proces-france-telecom-la-vision-de-didier-lombard-a-sauve-l-entreprise_5462146_3224.html)

v Il est par ailleurs courant maintenant que les véritables décideurs n'aient jamais à connaître leurs « collaborateurs », ni parfois même le pays où ils œuvrent, et ne mesurent leur bonheur qu'à distance respectable.

vi Voir la constitution de ce collectif à la note 3.

viii « L’objectif est aujourd’hui de faire coïncider l’amélioration de la productivité avec l’accès à un plus grand bien être individuel et collectif »
(Sibyle Veil, 
Présidente-Directrice Générale de Radio France).

« Des relations professionnelles apaisées sont non seulement le gage d’une qualité de vie au travail mais aussi un levier de performance pour notre institution. Je suis heureux que la gendarmerie puisse participer en qualité de jury à ces premiers Trophées de la paix économique aux côtés de l’École de Management de Grenoble. »
(Général d'armée Richard Lizurey
DG de la Gendarmerie nationale).

On se perd évidemment en conjectures quant à la manière dont le général de gendarmerie administre le bonheur de ses « collaborateurs », appelés à donner du bâton dans un contexte où la stratégie voulue par le gouvernement implique de terroriser pour faire passer l'envie de résister. Le bonheur de ses troupes doit être précaire à l'heure où cette approche de la « performance de l'institution » crée une large défiance vis-à-vis des « forces de l'ordre » (ne distinguant pas toujours clairement les gaz des différents corps), et les place en opposition violente avec tout ce que le pays contient de vivant. Et ce bonheur doit vaciller lorsque les débordements tolérés, sinon suggérés, conduisent des manifestants à scander des slogans insultants ; alors les malheureux soldats doivent avoir grand besoin de l'empathie de leurs chefs... Quant à un « leadership à l'écoute », la gendarmerie est bien le dernier lieu où l'on s'attend à le trouver, alors qu'il y est même interdit d'émettre ouvertement la moindre opinion sur les rôles que l'on est contraints d'endosser. On croit rêver en trouvant ce dirigeant dans un tel jury dont il trouble quelque peu la vitrine « mindfull ».

Les propos de M. A. Raymond (société ARaymond) sont plus convaincants, mais relèvent au fond d'un bon sens qui n'a pas attendu les « Trophées de la Paix ». Et l'on aimerait les confronter à l'avis de quelques un des « collaborateurs » :

« Une organisation collaborative florissante nécessite un type de leadership qui prend soin des êtres humains. Un leadership attentif à son environnement, et à l’écoute de ses collaborateurs, de ses collègues, de ses partenaires, de ses clients, de ses fournisseurs, de ceux et celles qu’il rencontre.
Un leadership qui libère les talents, en permettant les tentatives, les explorations, et le droit à l’erreur. »
La déclaration ne précise toutefois pas QUI a droit à l'erreur...

ix On trouve bien sûr l'inénarrable Warren Buffet, assumant la victoire de « sa classe » dans la lutte des classes...

x La Tribune publie régulièrement des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal, et mentionne les 4 grandes impasses du capitalisme mondial :

  • L'incapacité des économies avancées à distiller les fruits de la croissance.

  • La difficulté des pays avancés à asseoir la fiscalité sur des bases stables

  • La tendance à la polarisation de l'emploi

  • Un sentiment de perte de boussole

La Tribune oublie cependant les points essentiels que sont l'épuisement des richesses naturelles, les limites de l'exploitation des travailleurs, l'impossibilité de recycler les produits d'un productivisme effréné, le dérèglement climatique, et la décrédibilisation des systèmes démocratiques minés par leur incapacité à s'attaquer à ces problèmes. Elle « oublie » que le dénominateur commun de ces impasses est le fondement même du capitalisme : la nécessité impérieuse de la croissance exponentielle.
La déstabilisation politique du monde, l'émiettement de résistances écrasées sous les répressions ne disent rien de bon pour l'avenir.
(Source  : https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/les-4-grandes-impasses-du-capitalisme-mondial-753203.html)

xi « Le management moderne est une tyrannie inefficace » : les extraits d’un livre choc :
Mantra du « collectif », lourdeur des « process », obsession de la transparence, réunions interminables et séminaires ludiques… L’économiste Nicolas Bouzou et la philosophe Julia de Funès passent en revue tous les maux du management contemporain. Le Figaro publie les bonnes feuilles de La Comédie (in)humaine, un essai iconoclaste et roboratif.
Ils s’érigent contre « l’idéologie bonheuriste » qui voudrait faire du bonheur la condition du travail alors qu’il devrait être la conséquence d’un travail ayant du sens. Les auteurs proposent plusieurs pistes pour retrouver un véritable management qui cesse de « faire fuir les meilleurs » et redonne place au courage et à l’autorité, vertus cardinales d’un véritable leadership.
(Source : https://eldorhaan.wordpress.com/2018/09/04/le-management-moderne-est-une-tyrannie-inefficace-les-extraits-dun-livre-choc/)

xii Les activités imposées aux « collaborateurs » lors de ces séminaires frisent souvent le ridicule : relaxation pour évacuer le stress, escalade pour renforcer la solidarité du groupe, raid en quad ou escape games pour se défendre de la concurrence et l’abattre… (Voir note précédente)

xiii Qui donc oserait les énoncer en public ailleurs que sur la scène des « Trophées... » face à un public élitiste et trié ? Qui devant des syndicalistes ou face à des Gilets Jaunes ?

xiv Les effets destructeurs du « management à la cool (Danièle Linhart ). « Travail à la chaîne ou vie de bureau contemporaine, la logique à l’œuvre est la même : affaiblir ce qui fait la force du salarié et sa ressource essentielle, c’est à dire ce que la sociologue appelle tout au long de son livre la professionnalité.
Il ne faut jamais perdre de vue que détenir un métier permet d’imposer des tarifs et de faire obstacle à la volonté du patron.
Comment, dès lors, mettre au pas le salarié français, lequel met du cœur à l’ouvrage, cherche du sens dans ses heures ouvrables et ne renonce pas si facilement aux règles de l’art et de la solidarité ? Comment le soumettre, au Pays de la lutte des classes et du CDI majoritaire, qui plus est quand le Code du travail est d’une si belle étoffe ? « En s’adressant à des ressources humaines plutôt que professionnelles », répond la sociologue. Depuis les années 80, l’idée est là qu’il faut « gérer » affects, émotions, subjectivité.
Plus on insiste sur l’humanité des salariés, et moins on les prend au sérieux comme expert de leur travail, ayant leur mot à dire dans les choix organisationnels et stratégiques de leur entreprise. »
Le drame du travail contemporain ne vient pas, paradoxalement, de ce qu’il est déshumanisant mais au contraire du fait qu’il joue sur les aspects les plus profondément humains des individus. Au lieu de s’adresser aux registres professionnels qui permettent d’établir une délimitation entre ce que ces individus engagent au travail et ce qu’ils sont, le management moderne joue sur le registre personnel des salariés.
(Source : https://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20150808.OBS3895/les-effets-destructeurs-du-management-a-la-cool.html)

xv Voir E Sadin : Intelligence Artificielle, l'enjeu du siècle... p 144 155 : l'Humain mis au ban.


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1 réactions à cet article    


  • Traroth Traroth 5 juin 17:33

    Franchement, qu’on s’adresse aux salariés comme à des personnes plutôt qu’à des « ressources humaines » ne me choque pas. Mais ce n’est pas franchement ce qu’on voit en entreprise aujourd’hui...

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Gustave


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