Le monde, sa complexité, sa dureté, son harmonie selon comment il apparaît aux hommes n’a d’existence que par la même complexité en l’homme
Qu’est-ce que le moi ? Sinon tout ce qui fait l’existence dans le temps. Une liberté, une causalité qui est toujours au présent lorsqu’il est. Mais ce moi demeure indéfinissable, on a beau le cerner ce « je », il demeure qu’il y a beaucoup d’inconnu en lui. C. G. Jung appelle l’« ombre » qui personnifie pour le sujet « le côté inconnu, inquiétant, de lui-même, comme un être à la fois étranger et apparenté ».
Mais ces ombres noires, sinistres relèvent de l’existence. Dans le quotidien, l’homme n’est pas toujours objectif, pris par son égoïsme, souvent cette pensée qui pense en lui fait penser qu’au fond il n’est pas égoïste. C’est simplement sa nature qui est ainsi ; bon quand il est dégagé, mauvais quand le côté négatif de sa nature prend le dessus ; celui qui fait du mal sent-il qu’il fait du mal ? Aussi, comment nous connaître ? Comment prendre prise sur soi, sur notre existant ?
Comprendre nos joies, nos angoisses et apprendre à les maîtriser ? Et c’est important pour notre sérénité intérieure, pour lutter contre les projections des autres, contre nos propres problèmes refoulés de notre existence qui remontent à la surface et prennent le pas sur nous. Combien même on est serein, ou paraissant l’être, intérieurement on ne l’est pas et on ne le montre pas. Comment faire pour comprendre ce mal-pensé ? Qui, au fond, quoique l’on dise, est naturel puisqu’il prend en nous, et nous ne pouvions le plus souvent lutter contre. Nous sommes simplement ce que nous sommes, et le monde est ainsi fait.
Un aspect important est de penser que l’homme n’a pas de liberté réelle, au sens propre du mot, puisque le libre arbitre lui est donné par l’Essence. On n’a pas le choix pour définir l’homme autrement que par l’Essence. Il n’est pas homme de lui-même, il a été créé homme. Et cette vérité est très importante parce que si on ne la met pas en avant, en tant qu’elle le définit, l’homme restera toujours un être indéfinissable. On épiloguera longtemps sur le « je » et le moi, mais nous n’arriverons pas au cœur du problème de l’homme.
Dès lors le seul lien tangible qui peut nous exprimer est notre libre arbitre dans notre essence d’être. Il joue un rôle cardinal dans notre existence. Dans un essai sur le libre arbitre, Arthur Schopenhauer enseigne « que l’hypothèse du libre arbitre doit être absolument écartée, et que toutes les actions des hommes sont soumises à la nécessité la plus inflexible, nous l’avons par là même conduit au point où il peut concevoir la véritable liberté morale, qui appartient à un ordre d’idées supérieur.
Il existe, en effet, une autre vérité de fait attestée par la conscience, que j’ai complètement laissée de côté jusqu’ici pour ne pas interrompre le cours de notre étude. Cette vérité consiste dans le sentiment parfaitement clair et sûr de notre responsabilité morale, de l’imputabilité de nos actes à nous-mêmes, sentiment qui repose sur cette conviction inébranlable, que nous sommes nous-mêmes les auteurs de nos actions.
Grâce à cette conviction intime, il ne vient à l’esprit de personne, pas même de celui qui est pleinement persuadé de la nécessité de l’enchaînement causal de nos actes, d’alléguer cette nécessité pour se disculper de quelque écart, et de rejeter sa propre faute de lui-même sur les motifs, bien qu’il soit établi que par leur entrée en jeu l’action dût se produire d’une façon inévitable. Car il reconnaît très bien que cette nécessité est soumise à une condition subjective, et qu’objectivement, c’est- à-dire dans les circonstances présentes, par suite sous l’influence des mêmes motifs qui l’ont déterminé, une action toute différente, voire même directement opposée à celle qu’il a faite, était parfaitement possible, et aurait pu être accomplie, pourvu toutefois qu’il eût été un autre : c’est de cela seulement qu’il s’en est fallu. Pour lui-même, parce qu’il est tel et non tel, parce qu’il a tel caractère et non tel autre, une action différente n’était à la vérité pas possible ; mais en elle-même et par suite objectivement, elle était réalisable. Sa responsabilité, que la conscience lui atteste, ne se rapporte donc à l’acte même que médiatement et en apparence : au fond, c’est sur son caractère qu’elle retombe ; c’est de son caractère qu’il se sent responsable. » (1)
Ce qu’énonce Arthur Schopenhauer est assurément une vérité. Tout homme est responsable de ses actes, même si pour lui, subjectivement il dit que son libre arbitre n’est pas engagé, que le choix dans son action relevait de son caractère dont il n’est pas responsable. Cet homme est conçu ainsi, en clair cela relève de ce qu’il est, donc nécessairement ce qu’il est par son essence. Schopenhauer poursuit son analyse : « Et c’est aussi de celui-là seul que les autres hommes le rendent responsable, car les jugements qu’ils portent sur sa conduite rejaillissent aussitôt des actes sur la nature morale de leur auteur. Ne dit-on pas, en présence d’une action blâmable : « Voilà un méchant homme, un scélérat, » ou bien : « C’est un coquin ! » – ou bien : « Quelle âme mesquine, hypocrite, et vile ! » – C’est sous cette forme que s’énoncent nos appréciations, et c’est sur le caractère même que portent tous nos reproches. » (1)
Allons plus loin dans le raisonnement sur l’essence de l’homme. Qu’est-ce qui différentie un méchant homme d’un scélérat ? Ou simplement un honnête homme d’un malhonnête homme ? Nous devons d’abord considérer ce qui meut l’honnête homme et le malhonnête homme, sur le plan de l’essence ? Il est évident que ce sont leurs pensées respectives de ce qu’ils font de leur liberté dans leur existence ou leur libre arbitre qui vont régir leurs actions. Car, dans le fond, le libre arbitre comme leurs pensées qui se différentient, chaque homme a sa propre pensée – on parle ici du contenu de sa pensée et non la pensée elle-même qui n’est que le véhicule, l’éther non physique dans les espaces et les êtres. Donc, de par son libre choix de faire, d’agir, qui est donné à l’homme par une essence dont il ne sait rien qu’E. Kant appelle une causalité puisqu’elle est celle qui cause tout. Quels que soient les hommes, ils ne pensent que par leurs tendances dans l’existence, ils pensent donc et agissent de par ce qu’ils sont foncièrement.
Pour avoir une idée de la pensée au travers de laquelle l’homme tire son libre arbitre, il faut d’abord définir l’homme intérieur avec son monde extérieur. Supposons qu’il n’a pas les cinq sens sensoriels, que serait-il l’homme ? Il ne serait rien. Il n’entend pas, il ne voit pas, il ne sent pas. Dès lors même qu’il a une pensée, sa pensée lui est inutile s’il ne peut penser ce qu’il ne voit pas, ce qu’il n’entend pas, ce qu’il ne sait pas. En clair, il existe sans exister. Ou simplement pourquoi il existe seulement pour exister alors qu’il n’a aucune prise ni sur lui-même ni sur le monde extérieur. Le monde qui l’entoure aurait-il un sens ? Le monde animal, chat, tigre, lion, etc., ou le monde végétal, arbres, fleurs, herbes, etc., ou simplement la nature qui l’entoure, le jour avec le soleil, la nuit avec ou sans lune et tant de choses du monde extérieur. Le monde extérieur aurait-il un sens ? A quoi servirait-il ? Pourquoi existerait-il ? S’il n’y a pas l’homme qui témoigne de l’existence du monde extérieur. Et pourtant ce monde extérieur existe nonobstant que l’homme existe ou n’existe pas.
Aussi le sourd muet aveugle qui a le sens du toucher a besoin des hommes et du milieu dans lequel il est pour prendre conscience de son existence. On comprend dès lors, à l’instar du sourd-muet aveugle, le monde existe ; il a besoin de l’homme pour exister. Du moins, cette affirmation vient de la logique de sa raison d’être-le-monde. Évidemment, le monde peut exister sans l’homme si la Création l’a voulu ainsi. Mais se poserait toujours la question sur la finalité de la Création qui aurait existé à l’infini, à l’éternité sans l’homme. Un monde existant à l’infini et dans l’éternité aurait-il un sens, une raison d’être, une signification d’être ?
Bien entendu, à cette question l’homme n’a pas de réponse. L’homme ne peut savoir l’absolu de l’Essence, i.e. Dieu. Il n’est pas fait pour savoir l’Essence par lequel il est. Tout au plus le sentirait-il cette Essence qu’elle existe en lui, et l’homme lui doit sa pensée en terme de véhicule et de contenu et ses cinq sens sensoriels qui communiquent leur contenu à sa pensée qui les traduit pour lui. N’est-ce pas un processus existential par lequel l’homme existe et dont il ne sait rien. Cependant, le monde extérieur, la nature et lui-même relevant de la Nature du monde, de l’Essence qui réalise le monde a besoin de sa création pensante, et cette création pensante qui est dynamique, voulue dynamique, créative et pensante ; en fait il y a une dualité Homme-Essence en lui et dans la Nature dans l’existentialité du monde extérieur et intérieur à lui-même, et c’est cela le prodige l’homme par lui-même, par sa nature biunivoque entre le monde extérieur qu’il témoigne et le monde extérieur qui le témoigne.
Et combien même les sens sensoriels dont il est doté sont limités, ne lui disent pas tout, ses yeux, sa vision, ne sont qu’une merveilleuse machine, un merveilleux organe biologique optique qui ne voit par eux que les fréquences autorisées, i.e. les fréquences visuelles octroyées à l’homme. Il ne voit pas l’infiniment petit ; pour cela il a besoin d’un microscope optique, ou d’un microscope électronique qui fait grossir plus de 100 000 fois l’objet qu’il examine. Et encore cet examen optique est limité, il ne voit pas l’infiniment petit qui n’a pas de limite. De même, il ne voit pas l’infiniment grand. Il ne peut voir ce qui se passe, par exemple, sur la planète Mars, ou sur une autre planète lointaine. Tout au plus il spécule sur des photographies de ces planètes prises au moyen de télescope dont il pousse l’agrandissement à l’extrême, et pourtant ce paradoxe si on peut appeler cette limitation paradoxe, ces moyens techniques que sa pensée lui construit ne lui fait voir que ce qu’il lui est autorisé de voir par l’Essence.
Si on fait le compte, les yeux, instrument optique biologique, le microscope optique et électronique et les télescopes les plus perfectionnés qui sont le produit de son intelligence véhiculée par sa pensée, ne lui appartiennent pas en propre, dans le sens de l’absolu, certes, il est doté de sens et de pensée, l’homme est à la fois produit de quelque Force Infinie créatrice de l’Univers et aussi voulue producteur, créateur par précisément cette Force infinie, l’Essence du monde. Et ce pouvoir octroyé à l’homme combien même il est limité, il est suffisant pour sa création d’être et surtout il est en permanence alimenté par la pensée sur sa condition d’être et l’élévation de cette condition d’être qui est un changement continu comme l’homme peut l’observer dans ses progrès tout au long du cours des siècles de l’existence de l’humanité.
Aujourd’hui, l’humanité a fait un progrès prodigieux dans l’élévation de sa nature humaine ; elle ne se reconnaîtra pas dans un siècle ou deux, i.e. en 2100, 2200, et cela l’humanité le doit et le devra encore à son alimentation en progrès par la pensée que lui sécrète l’Essence du monde.
Et souvent l’homme ne s’aperçoit pas qu’il est véritablement un miracle de la Création et dans la Création. Pourquoi ? Parce qu’il a cette capacité unique du moins jusqu’à ce stade de la connaissance de l’histoire de penser l’univers. Seul il a le penser, ce qui implique que l’homme n’existe pas seulement pour exister, et malgré ses facultés limitées, et c’est précisément ces limitations disposées dans son essence d’être qui lui permettent de les augmenter par l’essence de sa pensée, et en marquant de son empreinte le monde, l’homme exprime sa raison d’être dans cet être-monde.
Une double destinée en quelle que sorte dans l’existentialité du monde extérieur et intérieur à lui-même. Un monde qu’il met à son niveau, qu’il y construit selon sa raison. Dès lors, n’est-ce pas que ce qu’il fait entre dans sa destinée d’exister dans ce monde, et qu’il existe une dépendance entre lui et ce monde ; un monde dont il dépend sur tout alors que le monde qui lui est extérieur ne dépend pas de lui ; tout au plus il est dans un certain sens le miroir du monde extérieur puisqu’il témoigne de son existence.
Allons dans la diversité des hommes. Les hommes qui ont tous une nature humaine identique par la faculté de la pensée qui leur permette de penser, par leurs sens sensoriels, sont-ils un ? Ne sont-ils pas différents les uns des autres ? Par la couleur, la race, la religion, le caractère, la géographie et autres attributs, ils sont donc autre les uns des autres. C’est une loi de la Nature, de la Création. S’ils ont tous la faculté de penser, cela ne signifie pas qu’ils pensent tous de la même façon ; cela doit être ainsi ; il existe certes entre eux des ressemblances, des affinités, de l’affection, de l’amour, de la suspicion aussi, de la haine, de la peur de l’autre, et tant de sentiments complexes et souvent indéfinissables, et ceci dans toute société humaine.
Qu’en est-il, au-delà des couleurs (races), de religion (croyances) qui relèvent de communautés humaines, de ces différenciations qui sont déterminées essentiellement par leurs pensées au travers desquelles toutes leurs facultés interagissent ? Les hommes ne prénomment-il pas souvent l’ensemble de leur être immatériel, i.e. leurs pensées et les facultés de la pensée, par âme.
Cependant une âme n’a de sens que si une pensée vit en elle, pense en elle et pour elle. Donc, au-delà de l’âme, il y a toujours la pensée, et c’est elle qui est l’essence de l’âme. Que ce soit la conscience, la volonté, l’intelligence, la raison qui détermine l’action, l’imagination, le sentiment, la passion, l’ambition, l’intelligence, etc., toutes ces facultés humaines et tout ce qui dérive de ces facultés dérivent de la pensée.
On est conscient d’une situation difficile, on ne peut le faire que par la pensée ; on veut faire quelque chose, on ne peut le faire que par la pensée ; de même résoudre un problème par l’intelligence ne se fait que par la pensée ; on est attiré par quelqu’un, qu’on l’aime ou qu’on le haïsse, on ne le fait que par la pensée que l’on a de lui et réciproquement. Faire le bien et éviter le mal ou le contraire ne peut se faire que par la pensée, et encore il faut situer les tendances pour chaque être.
La pensée et les cinq sens sensoriels qui nous ouvrent le monde obéissent à un principe de causalité, dont nous ne connaissons ni ne pouvons connaître la Cause initiale, parce que nous sommes créés par la Cause ultime, la Cause originelle. Tout être créé, en particulier l’être humain qui est au-dessus de tout parce qu’il dispose de sa pensée pensante peut-il savoir la Cause absolue de l’univers ? Il est évident que non. L’univers, les forces de la nature sont déjà bien mystérieux pour l’homme, dès lors comment peut-il connaître sa cause alors que son être relève de l’Instance suprême, Dieu ? Par sa pensée dont il est le véhicule et dont il ne sait rien ? Par ses sens qui sont limités et qui lui sont donnés. Et la pensée elle-même, qui est le véhicule de ses passions, ses sentiments, ses ambitions, sa raison, et tant d’autres facultés ou sens qui font sa conscience, sa volonté d’être, peut-elle penser sa cause ? Si la pensée pensait sa cause qui l’a fait naître, l’homme l’aurait su. Mais la pensée pensante ne se pense pas, elle est pensée, donc soumise elle aussi à un Principe supérieur.
Dès lors le constat sur la situation de l’existence de l’homme fait ressortir en tant qu’être relevant d’une Cause ultime qu’il est forcément prédéterminé. Que sa liberté, et on entend par là le libre-arbitre de l’homme qu’il est tout-à-fait relatif, et admettre que la prédestination prévaut et commande nos actes, ne peut être que vraie ; une pensée qui émane d’une Force naturelle commune laquelle cause le tout au sein duquel l’humain est uni au monde ne peut être que le Principe de toute explication.
Le Principe ou « la Force est elle-même le substratum commun dans tout existant », énonce Schopenhauer. « Jamais aucune cause au monde ne tire son effet entièrement d’elle-même, c’est-à-dire ne le crée ex nihilo. Il y a toujours une matière sur laquelle elle s’exerce, et elle ne fait qu’occasionner à un moment, en un lieu, et sur un être donné, une modification qui est toujours conforme à la nature de cet être, et dont la possibilité devait donc préexister en lui. Par conséquent chaque effet est la résultante de deux facteurs, un intérieur et un extérieur : l’énergie naturelle et originelle de la matière sur laquelle agit la force en question, et la cause déterminante, qui oblige cette énergie à se réaliser, en passant de la puissance à l’acte.
Cette énergie primitive est présupposée par toute idée de causalité et par toute explication qui s’y rapporte ; aussi une explication de ce genre, quelle qu’elle soit, n’explique jamais tout, mais laisse toujours en dernière analyse quelque chose d’inexplicable. C’est ce que nous constatons à chaque instant dans la physique et la chimie. L’explication des phénomènes, c’est-à-dire des effets, ainsi que les raisonnements qui ramènent ces phénomènes à leur source dernière, présupposent toujours l’existence de certaines forces naturelles. Une force naturelle considérée en elle-même n’est soumise à aucune explication, mais elle est le principe de toute explication. De même, elle n’est non plus soumise en elle-même à aucune causalité, mais elle est précisément ce qui donne à chaque cause la causalité, c’est-à-dire la possibilité de produire son effet. Elle-même est le substratum commun de tous les effets de cette espèce, et est présente dans chacun d’eux. » (1)
Par cet énoncé, on comprend pourquoi Schopenhauer ramène tout à la Cause ultime, qui n’a pas d’explication, et bien que l’homme qu’il interroge lui dise : Je peux faire ce que je veux. Si je veux aller à gauche, je vais à gauche : si je veux aller à droite, je vais à droite. Cela dépend uniquement de mon bon vouloir : je suis donc libre, il le considère comme non libre. Il nie le libre arbitre. En réalité, l’homme est libre et tout à fait libre, sauf que dans l’absolu, il ne l’est pas puisqu’il est dépendant de ses facultés, des tendances caractérielles, des circonstances et d’un état mental qu’il ne commande pas. Et ceux-ci lui dictent malgré lui son comportement.
Par exemple touché par un malheur, l’homme peut se retrouver accablé. Vu sous cet angle, l’homme forcément n’est pas libre puisqu’il dépend à la fois de son intériorité qui dicte sa réaction et de l’extériorité qui l’accable dans le sens qu’elle peut le combler de bonheur, ou par des difficultés voire des maladies, des malheurs, peuvent fortement l’éprouver dans l’existence ou simplement la monotonie, la routine quotidienne lui enlèvent la sève, la vitalité du sens de l’existence. Cependant, il doit assumer, et en assumant tout ce qu’il lui arrive, en bien ou en mal, il assume son existence. En clair, il peut être heureux comme il peut se trouver à lutter contre le malheur soit en l’acceptant malgré lui parce qu’il n’a pas de possibilité pour le repousser, soit le refuser s’il pouvait s’en défaire.
Une question cependant, dans la réalité du vécu quotidien de l’homme, est-il nécessaire de penser que l’homme n’a pas de libre arbitre d’autant qu’il n’a point besoin de cette vérité absolue pour exister ? Et l’absolu est du ressort de l’absolu. Or, l’homme existant ou l’existant de l’homme est du ressort de l’existence de tous les jours, minute par minute, seconde par seconde. En clair, il n’a point besoin de philosopher, ou de concepts philosophiques pour vivre, vivre en sécurité, arriver à gagner sa vie, à assumer pleinement son existence. Et c’est cela qui compte pour l’homme quel qu’il soit, qu’il soit le plus éclairé des hommes ou le commun des hommes.
Exister dans une vie déjà complexe où l’homme le plus souvent se trouve dépassé par les événements de toutes sortes ; par le plus élémentaire pour l’homme, et cela a rapport à son existentiel immédiat, il doit arriver à manger, à arriver à dormir, en deux mots assurer son existence. Par conséquent, la réponse à ce besoin de cette vérité absolue pour exister est évidemment qu’il n’en a pas besoin du tout. Aucunement.
Le philosophe français Victor Cousin que cite Schopenhauer. « M. Cousin, qui mérite sous ce rapport une mention honorable, puisque dans son Cours d’Histoire de la Philosophie, professé en 1819-1820, et publié par Vacherot, 1841, il enseigne que le libre arbitre est le fait le plus certain dont témoigne la conscience (vol. I, p. 19, 20) ; et il blâme Kant de n’avoir démontré la liberté que par la loi morale, et de l’avoir énoncée comme un postulat, tandis qu’en vérité elle est un fait : « Pourquoi démontrer ce qu’il suffit de constater ? » (Page 50). « La liberté est un fait, et non une croyance. » (Ibid.). (1)
Victor Cousin est surpris que l’on ne voie pas le libre arbitre comme un fait naturel. Et on ne peut que lui donner raison. Cependant, à l’opposé, ce qu’affirme Schopenhauer dans le non libre arbitre n’est pas aussi sans intérêt dans la compréhension de l’homme, et par extension le monde humain. Aussi pensons-nous que nous arrivons aux conclusions des deux visions schopenhauerienne et cousinienne et affirmons que toutes deux ont leur utilité dans le vécu des hommes. Et permet-elle à comprendre l’homme, cet inconnu qui à la fois se connaissant et ne se connaissant pas. Ou encore croyant se connaître mais ne se connaît pas parce que son existence est souvent difficile et complexe, lui apparaissant souvent comme une épreuve dans son connaissant. Ce qui signifie qu’il existe et combien même il existe et a existé, il peut passer à côté de l’existence comme s’il n’a pas existé. Une grande majorité des hommes se trouvent dans cette situation, parce qu’ils n’ont été que dans cette immédiateté d’exister. Cependant cette majorité d’hommes, sont-ils responsables de leur situation ? Et qui peut attester qu’ils n’ont pas pensé le sens profond de leur existence ?
Il est certain que l’apparent qui se dégage de cette majorité n’est pas vérité. Certes, l’éclairé qui se dit éclairé ou pense être plus éclairé que la masse peut le penser que par sa pensée qui le lui fait penser, mais elle ne peut être vérité parce qu’elle n’est que sa propre vérité, et non la vérité de tous. Une exception cependant pour l’homme qui fait avancer le progrès par la pensée autre que celle de l’immédiateté d’exister, demeurant quand même une pensée humaine qui a fait avancer, à travers cet homme, l’humanité.
Et le plus important, pour conclure sur cette majorité ou minorité humaine qui est en fait l'humanité, il faut relever une vérité essentielle qu'inspire l'Essence même du monde. Elle édicte par la nature même du monde qu’au-delà du mal et donc de la haine, de l’hostilité entre humains, de la précarité pour le plus grand nombre, des malheurs, des guerres, de la maladie, de la mort, et du bien et donc de la solidarité entre les hommes, du pardon, de la reconnaissance envers l’autre, de l’amour...), l'homme et la pensée humaine constituent un prodige, un socle donnant sens à l’homme et au monde. Le monde et toute sa complexité comme sa dureté ou son harmonie selon comment il apparaît aux hommes n’a d’existence que par-là même la complexité de l’homme, qui peut être tout aussi dureté ou harmonie comme il peut l’être ; les deux mondes n’ont d’existence que par eux-mêmes ; deux mondes qui ne font qu’un seul ; l’un et l’autre dans un même miroir, dans une même destinée terrestre.
Medjdoub Hamed
Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective
Note :
1. « Essai sur le libre arbitre », Arthur Schopenhauer. Traduction de Salomon Reinach (1894)
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