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Accueil du site > Tribune Libre > Le nécessaire, l’utile, le superflu et enfin le nuisible

Le nécessaire, l’utile, le superflu et enfin le nuisible

 Les Hommes politiques, et maintenant les économistes, se donnent pour tâche d’organiser les sociétés. Pourtant, ni la quantité, ni la qualité des richesses produites ne dépendent d’eux, ils n’ont jamais été les principaux contributeurs au mieux être des individus. Ce sont les scientifiques, les ingénieurs, les techniciens avec les poètes, les peintres et les philosophes qui ont sorti quelque peu sorti l’humanité de la barbarie.

 Le mieux-être d’une population dépend en premier lieu du type d’énergie et de la quantité qu’elle a à sa disposition. La révolution industrielle a été marquée par une augmentation considérable de la consommation d’énergies fossiles permettant de se passer, pour partie, des forces humaines. Ainsi entre 1787 et 1996, leur consommation en France a été multipliée par près de 40 [1]. Le développement actuel est d’abord lié à l’utilisation massive d’une « énergie solaire accumulée » sous forme de charbon, de pétrole, de gaz. Encore fallait-il faire quelque chose d’utile de cette énergie.

 Lorsqu’on suit les avancées scientifiques et techniques sans tenir compte des livres d’histoire, on s’aperçoit que les faits politiques, tout comme les politiciens, disparaissent dans le bruit de fond de l’agitation humaine. En se contentant de l’énergie immédiatement disponible (bois, cours d’eau, vent…), l’Homme inventa maintes choses pour utiliser au mieux les ressources. L’invention de la roue date du IVe millénaire av. J.-C comme l’atteste la représentation d’un chariot en Mésopotamie. Le cadran solaire, le télescope, la catapulte, la vis d’Archimède sont quelques unes des autres innombrables inventions faites préalablement à l’ère du carbone. 

 L’utilisation frénétique des énergies fossiles, l’ère du carbone, commence vers 1720 par l’essor du procédé métallurgique de la fonte au coke. Un siècle entier s’écoulera cependant avant que ne disparaissent complètement les fourneaux au charbon de bois. L’entrée de plain pied dans l’ère des énergies fossiles commençait. L’apparition des machines à vapeur puis d’une locomotive en 1817 va conduire à une multiplication considérable de la consommation de charbon : de vastes réseaux de chemin de fer seront construits dès 1830.

 La foudre et le frottement de l'ambre permettent de voir ou d’engendrer de l’électricité naturelle, mais beaucoup de talents seront nécessaires pour l’apprivoiser. Un premier générateur électrostatique « à frottement » fut fabriqué par Francis Hauksbee en 1705. En 1799, Alessandro Volta invente la pile électrique en empilant alternativement des disques de cuivre et de zinc séparés par du feutre imbibé d’acide. Les lois sur le phénomène d’électrolyse sont édictées par Michael Faraday en 1834 à une époque où la nature ionique des électrolytes n'était pas encore connue. En 1832, Hippolyte Pixii, constructeur d'instruments de physique à Paris, réalise la première machine électrique à induction permettant l’obtention de courant alternatif. Thomas Edison, autodidacte fertile, qui a amélioré la lampe à incandescence découverte par J. Swan en 1879 fonde l’Edison Electric Light Company en 1882. Cette compagnie créera la première centrale électrique à charbon pour produire du courant continu dans le quartier de Wall Street à Manhattan. Une innovation clé fut ensuite le moteur électrique à courant alternatif, objet d’un brevet en 1887 déposé par Nikola Tesla, il permet la conversion de l’énergie électrique en énergie mécanique.

 En 1946, à l'Université de Pennsylvanie, ENIAC, le tout premier ordinateur, voit le jour, il pèse 30 tonnes et utilise des diodes à vide. En 1947, les laboratoires Bell testent les premiers transistors, ils sont complétés par les MOSFET en 1960 de Martin Atalla et Dawon Khang. Les circuits intégrés permirent d’en interconnecter des milliers, puis des millions (1971 : 2300 ;1995 : 5,5 millions) changeant les caractéristiques des ordinateurs. La suite d’instructions permettant de résoudre un problème donné est nommée algorithme du nom d’un mathématicien arabe du IXe siècle. Dès 1938. D. Knuth avait listé les propriétés requises pour un algorithme. Le principe de l'effet photoélectrique (transformation directe de la lumière en électricité) a été trouvé dès 1839 par Antoine Becquerel et son fils Edmond Becquerel. En 1954, les laboratoires Bell présentent la première cellule « photovoltaïque » présentant un rendement de 4%.

 La plupart des découvertes et inventions utilisées de nos jours existaient déjà aux environs du milieu du XXe siècle. En mal d’innovations techniques, les sociétés occidentales se tournèrent alors de plus en plus vers le secteur des services pour augmenter la quantité de « richesses » produites. Le poids de l’industrie est en France de 27 % en 1949, il diminue à 14% en 2007 ; dans le même temps, celui de l’agriculture fond de 21 % à 2%.

 La base même de la civilisation occidentale changeait de registre : les « vérités » scientifiques contestables et réfutables s’effaçaient pour laisser place à une vérité par le nombre : il suffira d’être cru par une multitude pour cela devienne vrai. Le marchant fait en effet constamment appel à la « réclame », à la publicité, la communication de masse. La société du spectacle prit spectaculairement son essor. Dans ce cadre, des professionnels du conditionnement des masses sont mobilisés pour servir des intérêts privés ou politiquement corrects. Le conditionnement repose sur l’émotion, l’affectif, le sentiment. Des doses homéopathiques de raison ne sont ajoutées que pour que le reste garde un minimum de crédibilité. Les idéologies font place à une antienne unique divinisée, celle du libéralisme dont le nom même repose sur une escroquerie car utilisant le mot libéral pour désigner un économisme barbare.

 Les révolutions numérique et informationnelle seraient censées mettre la connaissance au cœur des processus productifs. Il est certain que les téléphones et ordinateurs portables ont considérablement augmenté la connectique, le nombre de correspondants ou « d’amis », de chaque individu. Il faut toutefois se demander pourquoi un stratège comme Napoléon déclarait : « Un mauvais général vaut mieux que deux bons ». En effet, que des personnes rassemblées cherchent plus à se nuire qu’à unir leurs réflexions est une banalité. Le cerveau comprend de l’ordre de 100 milliards de neurones, chacun possède plusieurs milliers de connections avec ses voisins, le tout forme un système intelligent. Une coopération fructueuse entre semblables semble donc biologiquement possible. En fait, le traitement neuronal conduit à l’intelligence car la transmission de l’information élimine le bruit de fond, l’accessoire, le futile. Un neurone donné reçoit des signaux d’un certain nombre de ses homologues : il va alors sommer ces signaux et réagir uniquement si un seuil est dépassé. Un équivalent de ce seuil n’existe pas dans les réseaux de l’internet. Une collectivité ne peut pas engendrer un degré d’intelligence inaccessible à des individus isolés car les échanges entre éléments sont trop sensibles aux bruits et trop emprunts d’émotion, de ferveur, d’admiration, de mépris, tous ces soubresauts d’affectif qui polluent un traitement efficace de l’information. Une information doit être échangée sous forme binaire pour être traitée correctement, jamais sous forme de « peut-être », de « il paraît », de « je pense ».

 Être plutôt qu’avoir relève de la morale mais il offre un choix clair infiniment plus efficace pour vivre ensemble qu’une concurrence jamais libre et toujours faussée. La connectique planétaire régentée par quelques « surhommes » d’un nouveau monde devenu bien ancien permet de faire passer l’humanité du superflu au nuisible.

 

 [1] Jean-Marie Martin-Amouroux Usages de l’énergie Article 60 (2015)

    

 


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10 réactions à cet article    


  • Clark Joseph Kent Jeussey de Sourcesûre 16 janvier 2017 10:08

    En ce qui me concerne, je ne me sens pas vraiment concerné par votre article.

    Adressez-vous à ces gens-là  !


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 16 janvier 2017 10:18

      @Jeussey de Sourcesûre

      Par ma profession, j’ai fréquenté (plus ou moins) toutes les strates de la société, mais « ces gens là » ne sont pas plus concernés que les autres. 

    • SPQR Sono Pazzi Questi Romani SPQR Sono Pazzi Questi Romani 16 janvier 2017 12:26

      Ce sont les scientifiques, les ingénieurs, les techniciens avec les poètes, les peintres et les philosophes qui ont sorti quelque peu sorti l’humanité de la barbarie......

      Les architectes (et l’architecture) ne pas les oublier..... 


      • Clark Joseph Kent Jeussey de Sourcesûre 16 janvier 2017 15:36

        @SPQR Sono Pazzi Questi Romani

        et les coiffeurs...

      • SPQR Sono Pazzi Questi Romani SPQR Sono Pazzi Questi Romani 16 janvier 2017 17:33

        @Jeussey de Sourcesûre

        Les apparences ( le maquillage), les bijoux, les symboles et surtout les marchands(les navigateurs).....
        La guilde des marchands a été efficace.  
        Les premiers billets de banque ont été mis en circulation par les templiers...
        La monnaie, les échanges, le troc.......Les premiers messages cryptés datent de l’Antiquité.   
        Amusant, quand on y pense .. !
        Aujourd’hui quelle différence ?

         


      • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 16 janvier 2017 21:36

        @SPQR Sono Pazzi Questi Romani
        Les Hommes d’Art en général, ceux qui sont concernés par le beau.


      • gogoRat gogoRat 17 janvier 2017 00:28

         Remarque intéressante relevée dans cet article :

        •  ’ que des personnes rassemblées cherchent plus à se nuire qu’à unir leurs réflexions est une banalité. ’

         

         Plutôt que de seulement s’en désoler, cette prise de conscience peut aider à en explorer constructivement une autre ; probablement plus susceptible de permettre quelque efficience :
         “Si ... on s’abuse aujourd’hui, c’est en espérant trop de connaissances de l’individu et trop de synthèse de la société.”  - citation de de J. Robert Oppenheimer
         
         
         En effet, le phénomène d’émergence, (qui permet à une réunion d’individus de disposer de propriétés qui n’auraient été accessibles à aucun des individu isolé) ne nécessite pas que chaque individu dispose de capacités extra-ordinaires. ( On peut approcher une intuition de cette idée en visualisant, par exemple, des graphiques dynamiques issus d’études sur la ’’fourmi de langton’ cf https://fr.wikipedia.org/wiki/Fourmi_de_Langton)
         
         
         Je pencherais pour l’idée que ce importe d’abord, pour rendre possible par le nombre, l’émergence de capacités nouvelles fructueuses, c’est d’abord qu’il puisse y avoir nombre !
         i e : que ce qui se ressemble présente des différences est certes souhaitable (cf théorème du jury de Condorcet ), mais pour que cela forme un ensemble doté d’une cohésion suffisante pour une communication intelligible entre ses individus, encore faut-il que ces individus ne deviennent pas trop disparates entre eux.
         
         Impératif qui s’était traduit, lors de la révolution de 1848, par ces mots de Anne-Cécile Robert :
        Nul n’a droit au superflu tant que chacun n’a pas le nécessaire.


        • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 17 janvier 2017 18:48

          @gogoRat

          En physique, pour les gaz parfaits, les mouvements d’une molécule n’ont rien à voir avec celles du gaz dans son ensemble.

        • gogoRat gogoRat 24 janvier 2017 01:29

          @Jacques-Robert SIMON
           ... remarque qui ne fait que corroborer cette interprétation des phénomènes d’émergence :
           le rassemblement d’un nombre suffisant d’individus peut donner lier à l’émergence de propriétés/comportements de ce rassemblement qui n’ont ’rien à voir’ avec les seules propriétés/comportements de chacun des individus qui composent ce rassemblement.

           Le rêve d’un rassemblement de citoyens dont émergeraient des propriétés/comportements bénéfiques à tous et à chacun n’est en tout cas pas disqualifié par cette remarque !


        • jack mandon jack mandon 10 juin 2017 12:22

          Jacques-Robert SIMON

          "Les Hommes politiques, et maintenant les économistes, se donnent pour tâche d’organiser les sociétés. Pourtant, ni la quantité, ni la qualité des richesses produites ne dépendent d’eux, ils n’ont jamais été les principaux contributeurs au mieux être des individus. Ce sont les scientifiques, les ingénieurs, les techniciens avec les poètes, les peintres et les philosophes qui ont sorti quelque peu sorti l’humanité de la barbarie"

          Excellente introduction, de mon point de vue.

          Pour cette raison, je ne puis souscrire à votre vision mélanchonienne, elle est très politique, c’est à dire qu’elle ne s’inscrit pas dans une philosophie insurrectionnelle, présocratique, J.L. Mélanchon se présente souvent comme un jacobin, Sa sympathie pour Robespierre n’est pas la seule raison qui me contrarie.
          .
          Après Socrate, avec Platon et Aristote, la société fut compartimentée, scindée, découpée en systèmes spéculatifs qui introduisirent l’argent, le contrôle et l’état, c’est à dire le conditionnement obligatoire, l’emprisonnement insidieux, le pouvoir de l’avoir, l’aliénation humaine. L’avènement de cette société de l’avoir arrive aujourd’hui à son paroxysme de cruauté et d’incohérence grégaire, avec paradoxalement sa merveilleuse créativité et ses découvertes spectaculaires. Le bon, le beau et le vrai existent donc toujours ?

          Ce qu’en pense Nietzsche,
          « L’activité des philosophes de la nature, même s’ils n’en étaient pas conscients, débouche sur un salut commun et une purification générale ; le cours puissant de la civilisation grecque ne doit pas être interrompu et de terribles dangers doivent être écartés de sa route : Le philosophe défend sa patrie. Or, désormais, depuis Platon, le philosophe est en exil et conspire contre sa patrie...Les géants s’interpellent à travers les intervalles désertiques de l’histoire et, sans qu’il soit troublé par les nains insouciants et bruyants qui continuent à ramper au-dessous d’eux, leur sublime dialogue entre esprit se poursuit. F. Nietzsche (Prophétisme actualisé, c’était en 1870) ».

          J’aime votre clarté et votre éthique, seulement les hommes politiques ne vous ressemblent pas

          Mon inspiration, à l’hiver de ma vie, les Évangiles de Jésus et le Manifeste de Marx.
          Ces deux philosophes me parlent de l’être et de l’avoir selon deux perspectives complémentaires.

          Pour conclure Mélanchon est à gauche du capital et Macron à droite de ce même capital et ni l’un ni l’autre n’aime suffisamment sa patrie.

          Francis Cousin - L’Être contre l’Avoir (extrait 9 min) – YouTube 

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