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Le numérique pour tous ?

LE NUMERIQUE POUR TOUS[1] ?

 

L'historien romain Pline l'Ancien rapporte l’anecdote suivante à propos de l’empereur Tibère. Selon un usage extrêmement en cours à l’époque, un grand orfèvre de l’Empire se présenta un jour à l’empereur pour lui faire don d’une immense coupe métallique, brillante, façonnée dans un matériau jusqu'alors inconnu à Rome, et lui conter ses talents de métallurgiste.

 L’ayant examiné avec soin, le souverain concéda aisément que l’objet avait bien l’éclat de l’argent ; la couleur de l’argent ; mais qu’il était étrangement plus léger que s’il avait été coulé dans ce métal.

 Croyant que l’empereur était fasciné par un présent aussi inattendu, l'artisan lui tint à peu près ce langage : « Majesté, se risqua-t-il en ménageant ses effets, je suis capable d'extraire ce métal précieux de l'argile ordinaire, en utilisant une technique dont je suis le seul détenteur et que je serais heureux de mettre à la disposition de l’Empire, si tel est le bon vouloir de l’empereur ».

L’embarras provoqué par cette offre de service fut tel que l’empereur décida, toute affaire cessante, d’écourter la conversation sous un prétexte fallacieux : certes, ce métallurgiste talentueux qui lui faisait présent de son extraordinaire découverte méritait qu’on lui témoignât une reconnaissance impériale ; mais ce métal étrange, qui ressemble à s’y méprendre à l’argent et qui abonde dans les profondeurs de l’argile la plus ordinaire, ne lui disait rien de bon. Ne risquait-il pas de provoquer une dépréciation de l’immense fortune en or et en argent, que l’Empire avait réussi à accumuler au prix de tant de sacrifices, pendant tant de générations ?

Les certitudes en déroute, l’empereur qui n’avait pas son attitude prête pour la circonstance, décida d’offrir le gîte et le couvert à l’orfèvre. Il lui fixa rendez-vous pour le lendemain matin et ordonna qu’on le traitât royalement : il avait besoin de la nuit pour réfléchir et consulter secrètement quelque membre de son conseil, avant de délibérer sur le parti qu’il devait prendre.

Le lendemain matin, contre toute attente, l’empereur Tibère ordonna, sans autre forme d’explication, que l’orfèvre fût immédiatement décapité. Il voulait à toute force que le secret de ce nouveau métal fût enseveli à jamais.

On ne peut pas le certifier avec exactitude, parce que la société des historiens de l’Antiquité romaine n’a pas encore définitivement tranché sur ce point, mais nombre de spécialistes de cette période présument que le nouveau métal argenté et brillant présenté à l'empereur était très probablement l'aluminium. D’autres, quant à eux, n’hésitent pas à juger qu’il s’en est fallu de peu que l’empereur Tibère privât l’humanité des avantages d’un matériau précieux dû à l’antiquité.

Le certain dans cette anecdote, c’est que l’aluminium ne sera (re)découvert que deux mille ans plus tard, lorsque les métallurgistes du XIXème siècle de notre ère parviendront à l’extraire du minerai de bauxite, grâce à une (autre ?) technologie : l’électrolyse.

Quant à Pline l’Ancien, l’homme qui a permis à toute cette aventure de parvenir jusqu’à nous, il nous rapporte que l’empereur Tibère fut torturé par le remords, longtemps après les faits, mais qu’il tenait par-dessus tout à préserver la richesse de l'empire, pour lui-même et pour ses héritiers.

Je sais. Ce rappel historique n’est pas nécessairement de bon aloi, à l’heure où tout le monde rivalise d’enthousiasme pour juger qu’il y a eu un âge du fer, comme il y a aujourd’hui un âge du digital qui nous promet une pluie d’avantages de toutes sortes, grâce aux « nouvelles technologies ». Je suis donc tout à fait disposé à concéder qu’il y a des circonstances plus heureuses que celles-ci, pour faire la réclame d’une innovation antique condamnée à la naissance par son environnement. D’autant que si on ne prend pas soin d’examiner la chose, les infortunes romaines de l’aluminium rapportées ici, pourraient aisément passer pour un cas extrême, sans plus de considération. 

 Pour autant, j’avoue que je n’ai pas pu résister à la tentation d’emprunter cet exemple bien connu de l’antiquité, pour montrer qu’à rebours des certitudes du sens commun, aucun changement, aucune innovation technologique de rupture ne peut s’imposer et prospérer au petit bonheur la chance. Ou par la seule vertu des avantages qu’on lui doit. Sans exciter la résistance de tous ceux qui risquent d’être pénalisés par : la perte d’un privilège, comme l’empereur Tibère ; ou l’obligation d’acquérir de nouvelles compétentes, pour rester en société.

Certes, pour qu’un nouveau matériau comme l’aluminium ou une innovation immatérielle tel que le numérique soient sélectionnés par l’Homme, il est nécessaire qu’ils nous procurent des avantages. Mais pour que de telles innovations passent la rampe et s’imposent, il faut encore qu’elles nous procurent ces avantages dans des conditions favorables à l’ordre économique, social et institutionnel en vigueur. Pour son malheur, on avait sans doute oublié de le souffler à l’orfèvre en aluminium de l’empereur Tibère. Mal lui en a pris.

Cette face cachée de l’innovation, où la mutation flirte toujours avec la reproduction du même, le nouveau avec l’ancien, a sans doute quelque chose à voir avec l’essence même de l’homme, qui rêve d’un monde meilleur tous les jours, quand il n’aime rien tant que se lever le matin en retrouvant chaque chose à sa place et le monde tel qu’il était la veille au coucher du soleil. Elle trahit, en tous cas, une forte propension à s’enkyster dans sa zone de confiance, qui est sans doute un invariant de l’esprit humain. De là la conduite de l’empereur Tibère ; et (peut-être aussi) cet improbable « Changement dans la continuité » que proposait prudemment à la France, un certain Giscard d’Estaing, quand certains voient des promesses de « révolutions » partout, en prêtant aux« innovations technologiques » plus qu’elles ne peuvent tenir.

Pour le dire comme François de La Rochefoucauld : il est surprenant que cette face cachée du changement, où l’innovation entre dans la re-composition de l’ancien, comme « les vices entrent dans la composition des vertus », excite si peu notre curiosité, lorsque nous délibérons sur la réussite du numérique. Ou sur les bénéfices qu’il promet aux uns et aux autres.

En même temps, le changement c’est la vie ; voire même une promesse de survie : les acteurs établis, les technologies, les us et coutumes, les valeurs et les idées dominantes finissent un jour par buter sur leurs limites. On entre alors dans une période critique, qui est presque toujours le signe avant-coureur d’une impasse économique, écologique ou sociale. Une impasse dans laquelle les contingences historiques de toute sorte (telle que la démographie) et les éléments stables de la société (comme le modèle économique), prennent également leur part, ainsi que je me propose de le montrer à propos de l’économie numérique.

Si je vous disais que c’est précisément dans ces circonstances particulières où les fondamentaux de la société vacillent, que des « innovations de rupture » tel que le numérique s’imposent, alors qu’elles ne font qu’ajouter aux performances d’un modèle économique qui bute sur ses limites, seriez-vous curieux de démêler avec moi l’écheveau du scenario qui conduit à cette évolution ? Et si d’aventure, je vous précisais qu’on peut décrypter le numérique comme une « parade de réparation » d’une économie de marché fragilisée par l’abondance, et qui, en retour, rend la politesse au numérique, en favorisant la digitalisation de tous les secteurs de l’activité économique, votre curiosité serait-elle plus excitée ?

Dans ce cas, prenez un siège et installez-vous confortablement : le temps pour moi de planter les bougies et de couper le gâteau, je vous dévoilerais le digital tel que vous ne l’avez jamais vu. Je vous conterais les aventures du numérique dans les pays « digital natives » et dans les autres. Et, comme le laisse entrevoir l’embouteillage des offres de biens et services proposées à notre consommation tous les jours, par le numérique, précisément, je vous montrerais que l’économie digitale n’est qu’un générateur de marchés et un accélérateur de croissance pour économies en panne de consommateurs ; pas une arme d’industrialisation massive, comme on le prétend trop souvent.

Je vous découvrirais aussi la face cachée du numérique, et je vous démontrerais que l’économie digitale est une production de l’économie historique et un nouveau module de l’économie de marché qui fait du neuf avec du vieux. En vertu de quoi je vous prouverais que, malgré le désir de digital qui nous consume tous, le numérique a le goût, la robe, les atours, l’éclat, la nouveauté d’une « révolution », mais ce n’est pas une « révolution », pour l’excellente raison qu’il est porteur d’un « changement dans la continuité ».

Par le fait, je vous laisserais juger par vous-mêmes si le développement par le seul levier du numérique aura bien lieu.

 

L’économie numérique est fille de l’abondance

Le numérique ne tombe pas des nues. Il est le produit du développement des technologies de l’information et des communication dans une conjoncture économique d’abondance et non le fruit du hasard.

La conjoncture économique, c’est bien sûr celle que traversent présentement les pays du Nord qui, malgré quelques brefs épisodes de dépression, ont connu une prospérité économique sans précédent, entre 1850 et 1980. Une période pendant laquelle leur croissance économique a été tirée par une industrialisation soutenue et massive, propulsée par trois révolutions technologiques successives : l’invention de la machine à vapeur, la « révolution » des carbures d’hydrogène et celle des nouvelles technologies.

Au tournant des années 1980, cependant, un retournement de tendances inattendu vient briser ce cycle vertueux et tous les voyants virent progressivement au rouge. La demande de biens d’équipement cesse d’augmenter pour la première fois, parce que les besoins d’équipements individuels et collectifs sont de mieux en mieux satisfaits, dans un contexte où la croissance démographique elle-même marque le pas. Concomitamment, la consommation des ménages décélère durablement, les carnets de commande de l’industrie se vident et l’offre de biens sur les marchés devient excédentaire par rapport à la demande.

En conséquence de quoi, des secteurs économiques entiers comme la sidérurgie et le textile sont démantelés dans certains pays comme la France, et dans l’agriculture et l’élevage, des quotas de production sont institués et on détruit les récoltes pour éviter l’effondrement des cours.

Qui aurait cru que, comme dans une pièce de Feydeau, ceux qui décriaient l’URSS la veille, pour ses supermarchés de misère, connus pour leurs queues interminables pour acheter une livre de beurre, auraient eux-mêmes des démêlés, le « lendemain », avec l’abondance des rayons débordant de marchandises dans leurs propres hypermarchés ? Le fait est que la guerre froide était à peine « gagnée », que la guerre des marchés était déclarée. Une guerre de tous contre tous, « domestique », ravageuse, interminable, contre un ennemi aussi omniprésent qu’irréductible : l’abondance.

Une guerre à laquelle nous devons une collection de locutions, prises souvent avec une part d’excitation où il entre du désarroi et un soupçon de résignation, pour indiquer, par exemple, qu’il faut à toute force « garder (ou augmenter) sa part de marché » : sous-entendu pour assurer la survie de l’entreprise. Et la sienne propre. Quand de leur côté, les hommes politiques parlent « d’aller chercher la croissance avec les dents ». Traduisez : « ça reste entre nous ; je ne sais pas comment procéder, mais je vais essayer un truc à ma façon ». Ces locutions qu’on pourrait multiplier à l’infini, donnent un excellent parfum de l’époque.

Mais ce qu’on dit moins, c’est que rien n’est plus contraire à l’économie de marché que l’abondance : le marché ne sait vendre que ce qui est rare. Le fait est que c’est au paroxysme de cette crise de l’abondance que les premières pousses de l’économie numérique commencent à se signaler dans les pays du Nord. Précisément à l’heure où la demande parvenant de moins en moins à résorber une offre de biens de plus en plus excédentaire, l’appareil de production est en surcapacités.

Pour parer à cette pénurie de débouchés, de nombreuses industries commencent à prendre massivement le chemin de l’Empire du milieu, où un milliard de consommateurs potentiels leurs ouvrent les bras. Nous sommes au milieu de la décennie 1990, tristement réputée pour ses délocalisations massives et sans précédent en direction de la Chine.

En fait, dans ce contexte de saturation des marchés, rien de tel que le numérique pour faciliter les transactions. Mais laissons parler un expert en la matière.

En effet, si vous êtes prêt à parier que le but de l’entreprise est de satisfaire les besoins des consommateurs, vous serez étonné de constater qu’un maître du marketing comme Peter Drucker (2006)[2], célébré pour sa qualité d’observateur attentif de l’état des marchés, n’hésite pas à écrire que “the purpose of business is to generate customers.” Vous avez bien dit que le but de l’entreprise est de se muter en générateur de clients ?

Le certain est que dans ce propos prémonitoire, maintes fois cité, qui exprime de façon on ne peut plus transparente l’incertitude suscitée par la pénurie de marchés, P. Drucker ira même jusqu’à préciser plus loin que “only two functions do this : marketing and innovation ». « This » : entendez que seuls le marketing et l’innovation sont des générateurs de clients pour l’entreprise.

 L’innovation qui multiplie les marchés pour voler au secours d’une offre toujours de plus en plus excédentaire, qui se traduit par une croissance périlleusement orientée à la baisse dans tous les pays du Nord, viendra précisément du numérique. C’est pourquoi je désignerai ces pays par le terme « digital natives », pour les distinguer des autres, dans la suite de cet article.

 

Le numérique : un générateur de marchés et une pompe à valeur

 En effet, dans une situation de marchés devenus globaux et de plus en plus transparents et où il y a un embouteillage des offres, la différence se joue dans la manière de traiter le client. Et donc de l’identifier et de connaître ses besoins de façon à mieux le satisfaire. D’où l’impérieuse nécessité d’être « consumer centric », pour relever ce défi. De là le rôle qui sera dévolu aux données des consommateurs, au traitement de l’information et à la communication. Mais il n’y a là rien que de logique : moins il y a de consommateurs, plus il est urgent que le pendule de l’attention s’éloigne un tant soit peu de la « qualité » de marchandise, à laquelle nous avons prêté tout notre soin, depuis l’aube de l’industrie, pour se porter du côté du client.

Sauf qu’à y regarder de plus près, on aperçoit un petit détail subtil, d’une simplicité désarmante : pour toucher le client, l’innovation numérique procède par renversement des perspectives, en substituant la rareté à l’abondance, pour revenir à une situation plus confortable pour l’économie de marché.

Résumons : en créant un « marché » de la donnée, la magie de l’innovation numérique consiste, en effet, à substituer la rareté des données numériques à l’abondance de l’offre de biens. Mais parler de rareté des données numériques, sans autre forme de précision, c’est se fier à un abus de langage. Ou du moins, procéder comme si le mot en faisait une chose bien entendue. En réalité, ce qui est rare, ce n’est évidemment pas la matière première : les données numériques en tant que telles, bien au contraire. Ce qui est rare, ce sont les données numériques telles qu’elles sont croisées et filtrées par les plateformes pour être l’expression des attentes du consommateur. Et si ces données qui alimentent ces « publicités ciblées » qui nous enivrent tous les jours, sont rares, c’est bien parce qu’elles permettent de remonter à une catégorie toute particulière de biens (et de services) : celle qui répondent à notre demande. C’est par ce tour de passe-passe que des données abondantes, appartenant théoriquement à chacun d’entre nous, nous filent entre les doigts pour passer dans le domaine privé, où elles deviennent une marchandise rare, qui se substitue à un bien surabondant et sans grande valeur marchande : l’offre de marchandises disponibles ad libitum sur le marché.

Avec le numérique, ce n’est plus la demande de biens sur les marchés qui est limitante pour les transactions, mais l’attention que chaque consommateur accorde aux données numériques qui « traitent » sa propre demande. De là la multiplication des trucs et astuces pour accaparer notre attention. Toujours aussi acharnée, la compétition passe de la « part de marché » à la part d’attention : nous sommes en présence d’une véritable opération de substitution des biens matériels par des données virtuelles.

Mais rassurez-vous, bonnes gens. Si vous êtes écoutés, épiés, accompagnés, pistés, comptés, triés, numérotés, classés et reclassés dans la grande tribu des consommateurs, c’est bien sûr pour vous alerter, juste au cas où ça vous aurait échappé, qu’il pleut des opportunités de crème solaire au Bon Marché cette semaine. Cela dit, vous êtes libres de vos choix, mais dans l’hypothèse où vous auriez oublié de passer par votre détaillant habituel, vous seriez bien avisé de profiter de la promotion du Bon Marché pour mettre de la crème solaire dans votre sac de plage… vu que vous vous proposez de prendre la direction de la mer.

L’ombre qui passe sur votre visage trahit-elle un effet de surprise ? « Relaxez-vous » : « ils » savent mieux que vous ce que vous avez décidé de faire de votre « pont du quinze août »… ; jusques et y compris au spectacle que vous vous proposez de regarder ou au restaurant qu’il vous plairait de fréquenter à cette occasion. Un service pareil, « ça se refuse pas ». Qui voudrait prendre le risque de se passer d’un assistant personnel aussi attentif et informé aujourd’hui ?

Sauf que si l’économie numérique est « consumer-focused », elle est avant tout fille de l’abondance dès ses origines et un facilitateur de transactions marchandes. Sa principale force est, en effet, d’être le levier qui permet aux fournisseurs d’identifier la catégorie de biens qui ont de la valeur pour chaque consommateur, au moment même où je vous parle, pour servir de moteur à l’échange, en favorisant la rencontre de l’offre et de la demande. C’est donc parce que les données détenues par les plateformes numériques deviennent un facilitateur d’échange qu’elles sont une valeur rare dans un marché saturé.

Dans ce conte de fée, un bien rare, les données filtrées, derrière lequel se dissimule la demande du consommateur, se substitue à un bien abondant, l’offre globale de marchandises. Moyennant quoi, le marché qui ne sait que faire de l’abondance, reprend ses aises en retombant sur ses pieds pour continuer à faire circuler les marchandises. Plus confortablement que devant.

 Adieu incertitudes de l’abondance ; oubliée, « la crise de la croissance » ; surmontée, la pénurie de marchés de P. Drucker. Roulez tambours, tirez des bords, préparez les amarres, un « monde nouveau » est en vue : c’est une « révolution ».

Sur le rapport entre le numérique, l’économie traditionnelle et le marché, ceci encore. Les plateformes qui contrôlent les données "numériques", ne contrôlent le marché que parce qu’elles contrôlent la valeur la plus importante dans un monde d’abondance de l’offre : la demande. Des multinationales menacées de faillite comme IBM, qui ont progressivement abandonné l’économie matérielle au tournant des années 1990, précisément, pour migrer vers la production de données et services n’ont pas fait ce pari sans cause. Ayant lu Antoine Lavoisier avec soin, elles ont réalisé avant les autres, que comme « rien ne se crée et rien ne se perd : tout n’est que transformation », une fusion de valeur était inéluctable entre le numérique et l’économie matérielle. Une fusion ou plus précisément un transfert de valeur inéluctable entre les « données numériques » qui facilitent les transactions et les biens matériels demandés par le consommateur.

Une grande part de la valeur des biens échangés peut ainsi passer dans les données numériques, en vertu de la considération que dans un monde d’abondance, les biens n’ont de valeur que sous le rapport de leur relation aux données qui permettent leur circulation sur le marché. Ici fonctionne une « pompe à valeur » qui dégrade les termes de l’échange entre ceux qui produisent les biens matériels et ceux qui fournissent les données numériques et les services.

Ainsi, si les biens matériels ont bien un coût, dans une économie de marché, ils se pensent avant tout comme des valeurs d’échange, sans qu’il y ait une contradiction. Au point que quand les données numériques deviennent vitales à une économie de l’abondance de plus en plus en panne de marchés, curieusement, nous avons la perception confuse que ce sont l’offre et la demande de biens (et services) qui procèdent des données, alors que c’est bien l’inverse. Normal, au fond : quand les consommateurs se font désirer, il est de plus en plus urgent de faire pencher les fléaux de la balance de la valeur du côté du client et non plus du produit. Et du client aux données numériques, il n’y a qu’un pas. Qui permet au numérique de dominer le marché. Alors que ce qui est absolument rare, ce sont les clients.

 

Du numérique comme accélérateur de croissance 

Mais si le numérique est un générateur de consommateurs qui détend la relation entre l’offre et la demande, il fait plus encore pour soutenir la demande. En mettant l’emphase sur le particulier et le besoin d’une offre de plus en plus customisée, soigneusement configurée par les algorithmes pour répondre aux besoins spécifiques du client, le numérique favorise la fragmentation infinie des expressions et des désirs au niveau individuel. Il fonctionne donc comme une machine à démultiplier la demande, pour qu’elle vole au secours d’une offre toujours de plus en plus pléthorique. Ce faisant, le numérique opère comme un accélérateur de croissance, qui démultiplie les marchés pour contenir le risque de déflation, dont on nous dit qu’il est la menace la PLUS néfaste à notre économie. Entendez : à la « croissance ».

Mais plus que les digital natives, il y a la planète. Une planète pour laquelle le numérique est une formidable autoroute qui ouvre les digital natives sur le monde extérieur : en mettant Libreville à un clic de San Francisco, Guangzhou ou Londres, le numérique procède encore et toujours comme un multiplicateur de consommateurs et un facilitateur de la circulation des marchandises. En deux temps trois mouvements, il met le Gabon tout entier dans la banlieue des grandes capitales de l’industrie mondiale. C’est un formidable instrument de conquête de nouveaux marchés, qui donne à l’affaire un parfum de XVIIème siècle, quand l’Empire ottoman interdisait le commerce maritime des royaumes chrétiens de l’Europe dans la méditerranée. A ceci près que dans cette nouvelle guerre des marchés par algorithmes interposés, c’est celui qui détient les données les plus complètes sur la planète qui contrôle « les voies commerciales » : avec le numérique, ce sont les barrières entre les Etats qui tombent pour accompagner le processus de réduction des coûts de transport et de dissolution des obstacles au commerce international, qui est la marque de fabrique de la mondialisation. Fille de l’abondance, l’économie numérique est porteuse de l’ADN de la globalisation elle-même.

Quand on songe que le plus grand marché du Gabon n’est plus Libreville mais Amazone, Alibaba, Facebook ou quelque autre licorne du numérique, comment résister à la tentation de risquer une comparaison ? Le numérique ouvre à la mondialisation ses « routes de la soie ». Quoi de mieux pour sortir l’économie de marché de l’impasse de l’abondance ? Si le numérique n’existait pas, il faudrait l’inventer. Pour le dire comme Joseph Schumpeter, l’économie numérique est une des composantes de la « grappe d’innovations » que nous devons à la globalisation.

Pour autant, « la nécessité étant mère de l’industrie », si j’ai bien lu Jean-Jacques Rousseau à la lettre, la multiplication ad libitum de l’offre de biens industriels et exotiques qui en résulte, n’est pas « nécessairement » une bonne nouvelle pour la transition industrielle du Gabon. Même si on m’objecte que le numérique est une chance qui ouvre le Gabon à tout un monde d’opportunités. Mais c’est là une autre affaire et je m’empresse de fermer cette parenthèse, en implorant l’indulgence du lecteur.

Le principal est que le numérique est une pompe à valeur, mâtinée d’une mécanique de démultiplication de la demande, le tout porté par un modèle sans frontières de relation au consommateur, qui a puissamment contribué à « dépanner » une économie de marché en surcapacités.

 

Le numérique fait du neuf avec du vieux : il est porteur d’un changement dans la continuité

Multiplier les leviers numériques permet non seulement de s’ouvrir de nouveaux marchés, mais également de faire gagner trois à sept points de profitabilité par an aux industriels, sans accroître leur production matérielle (Accenture Digital, 2017)[3].

 Le cas le plus cité dans l’environnement francophone est celui de l’entreprise Michelin, qui produit des pneumatiques. Grâce au numérique, cette entreprise française a développé un nouveau centre de profit en croisant les données de la façon de conduire de chaque automobiliste, avec les performances des pneumatiques qui équipent son véhicule. L’objectif de ce centre de profit : réaliser des économies de carburant. Un service de coaching accompagne les conducteurs pour leur apprendre à mieux ajuster leur conduite au profil des pneumatiques utilisés.

La bonne nouvelle c’est que grâce à son département numérique, Michelin peut maintenant engranger des revenus supplémentaires, sans augmenter sa production de pneumatiques, en ne vendant que des services. 

L’exemple de Michelin est intéressant parce qu’il montre bien que le digital est un opérateur de changement dans la continuité : c’est une économie immatérielle qui procède en combinant les infrastructures et les capacités industrielles existantes, aux données, à la puissance de calcul et aux réseaux de communication (lorsqu’ils sont performants), pour créer plus de services et moins de biens matériels.

Tenant son existence de l’abondance et opérant à partir des biens matériels comme les pneumatiques et grâce à eux, l’économie numérique tend à escamoter cette double filiation pour prendre les atours d’une « économie nouvelle ». Alors qu’elle n’est qu’un module de l’économie traditionnelle, qui fait du neuf avec du vieux, en s’appuyant sur les éléments de cette même économie traditionnelle pour produire davantage de services et créer de nouveaux marchés qui contribuent à tirer la croissance économique.

 

Le numérique : un catalyseur de performances ; pas un couteau suisse du Développement ou une arme d’industrialisation massive.

La moins bonne nouvelle, c’est que le numérique ne crée de plus en plus de services que pour autant que l’outil de production traditionnel, les infrastructures de télécommunication et de traitement des données existent et sont performants. C’est le cas dans les digital natives et en Chine (dans une certaine mesure), où l’économie est mature. C’est tout le contraire dans les autres pays.

Dans les économies dites en développement où on ne produit pas ce qu’on consomme, et où les infrastructures et l’outil de production sont vétustes et insuffisants, ce n’est pas la demande de biens qui est limitante, mais l’offre qui ne répond pas aux attentes des consommateurs. Alors que la transformation digitale globale promet aux industries, non pas de produire de plus en plus de biens, mais de produire des biens qui intègrent l’information pour produire de plus en plus de services inédits à l’activité de production traditionnelle.

 

La face cachée du numérique

On parle de plus en plus de « révolution numérique », comme pour dire qu’on efface tout et on recommence ; que comme à l’aube de la création, tout le monde est de nouveau sur la même ligne de départ et que chacun a sa chance, « surtout les nouveaux entrants » ; qu’il n’y a aucun risque à prendre des risques dans le numérique.

 Aujourd’hui, on ne peut plus feuilleter un journal, allumer son portable, mettre la télévision sans qu’on vous tienne à peu près ce langage : Il pleut des opportunités dans le numérique. Regardez Z. et tel ou tel autre. Tous des jeunes, des startupeurs. Des innovateurs. Qui ont commencé dans la cour de récréation ou dans une grange. On ignorait jusqu’à leur existence il y a seulement quelques années. Et pourtant, ils sont devenus big. Les maîtres du monde. Ce monde qui appartient désormais à la jeunesse, au renouveau, à l’initiative, à ceux qui prennent des risques dans le numérique. Kodak, BlackBerry, Blockbuster et tant d’autres ont disparu pour ne pas avoir pris rapidement le pli du numérique. Dura lex, sed lex  : le digital est la seule porte de l’avenir. Soyez proactif : prenez le changement par la main avant que le changement vous prenne à la gorge. Venez, entrez tous dans le numérique. Sans crainte et sans plainte.

Bref, on a de plus en plus de mal à démêler tout à fait le vraisemblable, pour faire la part des choses dans les éléments de langage très soignés de cette trame compliquée d’icônes, de réussites, de rêve, d’exaltation de l’impécuniosité, de sublimation de la jeunesse, de promesses,…, dont le monde du numérique est peuplé et comblé.

Mais c’est parler à son aise et en dehors des faits. Ou en attendant Godot et en oubliant que la confiance est le fondement de toute relation humaine et, qu’inévitablement, cela vaut aussi pour l’économie numérique. C’est passer par pertes et profits la considération que comme dans tout système de relations, la confiance est le nerf du numérique et que le marché de la confiance est trusté dans le monde virtuel, comme ailleurs, par les plus gros opérateurs : comme on le voit bien à propos de la presse qui travaille au cœur de l’information, l’or noir du numérique, les hypermarchés de la confiance ne laissent que les bas morceaux aux nouveaux entrants.

Des bas morceaux, parce qu’à choisir, notre confiance, nous préférons tous la placer chez celui qui a la meilleure réputation, la meilleure technologie, la meilleure réussite. Et qui, par-dessus le marché, est, de fait, avantagé par les économies d’échelles.

In fine, le bouche-à-oreille désigne toujours les dépositaires de confiance établis comme les partenaires de première intention. En vertu de quoi les avantages de l'effet de réseau sont convertis en monopoles de fait par les géants technologiques du numérique, qui sont confortablement installés à l’interface entre les consommateurs et les fournisseurs : comme une « boîte noire » indécryptable, dont le fonctionnement opaque, nous échappe à tous.

Je sais. La mondialisation n’étant pas une prescription, mais une entreprise collective qui repose sur l’adhésion et un minimum d'inclusion d’acteurs ayant des intérêts et des objectifs différents, il n’y aurait rien de plus souverain qu’un message qui prête à tous des talents, un potentiel et des avantages exceptionnels dans le numérique, pour désarmer toute velléité de résistance, afin que tout le monde joue le même jeu, en même temps, avec les mêmes règles. Pendant que la croisière s’amuse…

Sauf qu’on nous avait promis la fin de l'intermédiation et le début d’un nouveau « monde du lien et du partage », grâce au numérique. Las ! Nous voilà Gros-Jean comme devant, réduits à célébrer la réussite de Z. et de quelques autres fondateurs des licornes du numérique. Dont le principal fait d’armes est d’être des super-médiateurs obligés, sans lesquels toute transaction numérique est devenue illusoire. Cherchez l'erreur…

Au moins la preuve est-elle ainsi faite que sur le numérique, tout ce qui se dit n’est pas parole d’évangile : il faut en prendre et en laisser. Voilà pour la forme. Sur le fond, si on considère le culte voué à la jeunesse par le numérique, on sait depuis Pasteur qu’il n’y a pas de génération spontanée. Le numérique lui-même est un produit de l’expérience humaine. L’exaltation de tous ces startupeurs impécunieux qui ont commencé dans la cour de récréation ou dans une grange, et qui ont tourné maîtres du monde, en un clic et trois mouvements, témoigne d’un effort pour refouler la mémoire et l’intelligence au profit de l’engagement, de la nouveauté, de l’immédiateté. Elle cultive l’engouement aux dépens de cette idée toute simple mais pleine de bon sens, que pour semer une réussite, il faut partir du vécu, de l’expérience, de la société et de sa culture ; en y mettant, pour le dire comme A. Einstein : « beaucoup de transpiration et … un peu d’inspiration ».

In fine, la tentation est grande d’attribuer l’innovation technologique au seul effet de ses avantages, à défaut de l’imputer au plus grand des hasards, sans consulter le besoin et les circonstances. Le risque est grand, alors, de prendre les innovations technologiques pour ce qu’elles se donnent, en leur prêtant des vertus affétées. 

Opérer de la sorte, c’est faire comme si on ignorait que le changement procède toujours de ce qui le précède, et surtout, que c’est l’interaction mutuellement avantageuse entre l’innovation et son écosystème économique, social et institutionnel, qui décide de sa réussite. L’anecdote de l’empereur Tibère et de son orfèvre en aluminium prend ici toute sa signification.

 S’agissant plus précisément du numérique, j’ai tenté de démonter la simplicité désarmante de la combinaison de faits qui ont nécessité le développement de l’économie digitale en favorisant sa prospérité, aux fins de montrer que le numérique s’est imposé aux digital natives en vertu de son statut de démultiplicateur de consommateurs : c’est quand l’offre de biens est devenue durablement excédentaire par rapport à la demande et que la croissance économique a commencé à marquer le pas, périlleusement, que l’économie numérique a mis la faiblesse de la croissance à contribution, pour faciliter les transactions et faire main basse sur la demande. Ainsi que procèderait un « dealer », qui profite de la prohibition des stupéfiants pour créer un réseau clandestin de consommateurs qu’il contrôle. Je déteste cette comparaison, mais je n’ai pas trouvé image plus heureuse pour dire la chose.

En définitive, quand le moteur de la croissance économique est en panne et que les marchés sont saturés, le numérique « fait partie de la solution » (de la crise). Il peut donc être décrypté comme une parade de réparation de l’économie de marché, qui ajoute aux performances d’un modèle économique qui vient buter sur ses limites. Et plus les marchés sont saturés, plus la demande devient dépendante des données numériques qui facilitent les transactions. En vertu de quoi les données numériques deviennent de plus en plus valorisées par rapport aux biens matériels qui n’ont de valeur que sous le rapport de leur relation aux données qui permettent les transactions. Ou pour le dire autrement : plus les fournisseurs de biens matériels payent leurs données pour accéder au marché, plus les plateformes qui détiennent les données numériques le leur font payer ! De là ces extravagantes capitalisations boursières de l’industrie numérique.

Relaxée par l’effet les transactions facilitées par les données numériques, l’économie de marché rend la politesse, en retour, au numérique, en favorisant son développement dans tous les secteurs d’activité. De là l’explosion des prestations digitales et autres services numériques.

En ce sens, le numérique est une production historique de la « crise », qui procède de la nécessité de relancer le moteur de la consommation : il est porteur d’un changement dans la continuité d’un ordre économique avec lequel il fait système. Cette brève formule contient toute l’histoire du binôme parfait que constituent l’économie de marché et le numérique. Voilà pour « le besoin et les circonstances ».

Pour le dire crûment, l’erreur consiste souvent à prendre le numérique pour ce qu’il n’est pas : une économie matérielle de production des biens, en considérant, notamment, que c’est un surcroit de la demande et donc de l’activité de production des biens matériels qui est le moteur de la croissance dans les digital natives, alors que c’est la facilitation des transactions et l’explosion des services qui tiennent ce rôle. Encore faut-il préciser que de toute évidence, l’économie digitale ne peut jouer ce rôle de moteur de la croissance que dans les circonstances où c’est la demande (de biens matériels) qui est limitante et non l’offre.

En fait, cette vision erronée du numérique est imputable à la nature même de l’économie digitale, qui opère toujours de concert avec l’économie traditionnelle, dont elle procède sous cape, en quelque sorte : c’est parce qu’elle avance masquée, comme si elle pratiquait la perruque et le faux nez, que l’économie numérique abuse de notre vigilance, en passant pour un accélérateur de la production matérielle. Tant et si bien qu’en l’observant sous son propre prisme, l’économie digitale nous raconte une tout autre histoire : celle de la distance considérable qu’il y aurait entre le digital et l’économie historique. Distance en vertu de laquelle la double filiation qui lie le numérique à l’abondance et aux infrastructures économiques traditionnelles, dont dépendent les activités numériques, est escamotée. C’est sur la foi de ce récit que le numérique tend à prendre les atours d’une « nouvelle économie » qui n’aurait rien, mais absolument rien du tout en partage avec l’économie traditionnelle. Une économie traditionnelle dont le numérique n’est en réalité qu’un nouveau module.

Plus troublant encore : le numérique fait tellement recette que ce déni de couplage et de symbiose, pour parler comme les biologistes, est étrangement consacré par l’usage, sans égard ni pour les biens matériels dont les transactions sont facilitées par l’économie digitale, ni pour la part de l’économie traditionnelle dont procèdent les services numériques. Qu’on se le dise, la facilitation n’est pas le propre du numérique ; la « banque mobile » n’a rien à faire avec les prestations bancaires : ici comme ailleurs, le numérique n’est pas une ficelle ingénieuse pour faire du neuf avec du vieux.

C’est ainsi qu’on entend même de plus en plus de comices, en Afrique, notamment, juger que le numérique est une « révolution technologique » si considérable, qu’il n’y aurait plus aucune sorte de promesses que l’industrie traditionnelle nous ait faites, que ce couteau suisse du développement ne saurait tenir. Comme on peut le constater, les arguments sont très soignés. N’était que le cimetière du développement est déjà peuplé de cadavres technologiques, de la machine à vapeur à la machine à calculer, qu’on appelle ordinateur. 0u que, comme le veut l’un des principes fondamentaux de l’esprit critique, une prétention aussi extraordinaire, exigerait de produire des preuves un peu plus qu’ordinaires… 

Dans ce tableau, c’est une nouvelle catégorie d’objet économique non identifié qui est proposée à notre curiosité : celle d’une économie immatérielle qui produirait de plus en plus de biens matériels (et peut-être même de moins en moins de services, qui sait ?). Voilà qui pousse le paradoxe aux confins du mystérieux. Sauf que, du fait du numérique, précisément, il est de moins en moins avantageux de produire des biens matériels aujourd’hui, quand le projet de l’entreprise est de faire de plus en plus de profits. 

Mais qu’importe, sans doute, que le numérique marque la fin de l’âge du produit physique, à marges de plus en plus faibles, qui a dominé toute l’histoire de l’industrie, depuis 1850, et le triomphe de l’âge des données numériques et des services, plus valorisés que les biens matériels. Ou plutôt, n’est-ce pas là précisément la preuve que l’économie digitale sera un nouveau modèle universel de production des biens et services ? Et par voie de conséquence, l’assurance que chacun pourra désormais produire de plus en plus de biens matériels (grâce au numérique) ?

« Et pourtant », pour le dire comme Galilée… Et pourtant, il ne fait aucun doute que produire de plus en plus de biens matériels « nus » et sous-valorisés apparaîtra de plus en plus comme une monstruosité qui est dans l’angle mort de l’industrie digitalisée : s’agissant des biens matériels, la « société numérique avancée » qui s’annonce est une société de production de biens connectés, capables de fournir eux-mêmes des services destinés à augmenter les revenus des entreprises de façon récurrente, sans encombrer les marchés. 

On peut dire avec assurance que dans l’environnement des digital natives, où la croissance est de plus en plus incertaine, le « projet » du numérique n’est nullement de produire de plus en plus de biens matériels, bien au contraire. Mais de développer une économie immatérielle à l’effet de faciliter les transactions et de produire de moins en moins de biens matériels et de plus en plus de services pour compenser les pertes de charge imputables aux surcapacités de l’industrie. Que l’économie digitale soit un levier pour atteindre ce but-là et non pour produire de plus en plus de biens matériels est même l'un de ses plus grands atouts.

Le cas particulier de Michelin, le producteur français de pneumatiques, est tout indiqué, ce me semble, pour conclure sur ce point, en montrant que c’est grâce au numérique que l’entreprise peut maintenant engranger des revenus supplémentaires, sans augmenter sa production de pneumatiques, en ne vendant que des services. Donc en réalisant aussi des économies de matière première. Ce qui compense le manque à gagner imputable aux surcapacités de son outil de production, tout en rechargeant la jauge de profit de l’entreprise : cette valeur (immatérielle), créée grâce au numérique est stratégique dans un contexte où les activités de production historiques souffrent de la surproduction. On peut dire qu’avec le numérique, les digital natives ont tiré la bonne sonnette au royaume de l’industrie de l’abondance.

Pour accompagner ces mutations, c’est le but même de l’entreprise qui a subi une profonde mutation : il n’est plus de satisfaire les besoins du consommateur, mais d’utiliser les données numériques, à toute force, aux fins de trouver de nouveaux marchés ; et, cerise sur le gâteau, de digitaliser l’outil industriel pour produire de plus en plus de services, plus valorisés. Quelque chose s’en va là de l’industrie traditionnelle, qui ne pourra plus jamais revenir. Au moins dans les digital natives.

Pour toutes sortes de raisons, qui ne sont pas toutes raisonnables, rien n’interdit de développer une économie digitale en bois : il restera toujours que le meilleur environnement qui convienne au numérique est celui des digital natives, qui l’a nécessité et qui favorise sa prospérité.

Réciproquement, dès lors qu’on considère que c’est l’interaction mutuellement avantageuse entre l’innovation et son écosystème (économique, social et institutionnel), qui décide de sa réussite, on comprend aussi que le numérique ne peut exprimer son plein potentiel et tenir toutes ses promesses que dans l’environnement économique et social qui a favorisé sa naissance, et dont elle a la charge de propulser les performances. C’est-à-dire là où c’est la demande qui est limitante et non l’offre, comme dans les économies dites en développement.

C’est cette interaction, qui nous rappelle l’anecdote rapportée par Pline l’Ancien, pour ce qui touche aux modèles de gouvernance, qui rendra aussi le « copier-coller » systématique infécond. Un exemple ? Si en entrant dans la vie professionnelle, vous vous portez demandeur d’une parcelle de terrain au Gabon, pour construire votre résidence : avec abondamment d’acharnement et … un peu de chance, vous aurez le titre foncier pour votre sépulture. Et je ne m’en tiens au cas du Gabon ici que parce que la probité me fait un devoir de ne parler que de ce que je sais de science sûre. 

Serait-ce indiqué de remettre ce genre de prestations dans le sens de la marche en Afrique, en remplaçant les multiples démarches interminables, chronophages et tatillonnes qu’ils nécessitent par des procédures numériques, normalisées, transparentes et diligentes ? La gouvernance et l’efficacité économique s’en trouveraient-elles augmentées ? Affirmatif, dans les deux cas, mon Adjudant. Au moins a priori. Parce qu’à y regarder de plus près, ce pourrait n’être qu’une … fausse bonne idée. Et voici pourquoi. Premièrement, ces services ne font ni plus ni moins que ce qu’on attend d’eux. Pour l’excellente raison qu’ils sont capables de vous délivrer un titre foncier en temps et en heure : pour peu que vous leur montriez patte blanche... Secondement et cumulativement : c’est, précisément, l’opacité de telles procédures de gouvernance et les passe-droits qui en procèdent, qui sont le socle sur lequel reposent les rentes de situation qui récompensent ceux qui font partie du « projet ». Et dont la « réussite » donne à la jeunesse des instructions précieuses et déterminantes pour la « construction du comme il faut » ; si je puis m’exprimer à la manière si particulièrement de Pierre Bourdieu.

A ce propos, tout le monde sait à quoi s’en tenir, et les Gabonais, pour ce qui les concerne, ont conçu pour le dire, une expression tout à fait savoureuse de résignation. Quand on les interroge à ce sujet, ils vous répondent comme un seul homme : « on va encore faire comment ? » Comme quoi, quoi qu’on fasse, il n'y a aucun remède au mal. Ce qui n’est pas une raison suffisante pour renoncer. Mais si on se réfère au principe qui dispose qu’une innovation ne s’impose dans son environnement que si elle fait système avec l’ordre établi, il n’est pas du tout exclu que cette sorte de paradigme fasse « déjouer » le numérique, comme on dit en football. C’est une hypothèse qui fait craindre que le mimétisme numérique produise encore plus de contraintes qu’il ne tiendrait de promesses. Ceux qui ont vécu ce dont je parle savent que cette hypothèse est à verser à ce dossier. Jusqu’à preuve du contraire.

On ne le répètera jamais assez : aucune technologie n’est bonne ou mauvaise dans l’absolu. Le diable se cache toujours dans les détails et la vérité d’une technologie doit être constamment référée à l’usage que chaque société en fait. S’agissant de la promesse de facilitation de la gouvernance, il n’est pas du tout exclu que selon l’environnement, le numérique devienne comme ces vieilles horloges, qui indiquent une heure et en sonnent une autre.

Si elle était vérifiée, cette considération porterait en elle toutes les limites de l’économie digitale. Ainsi peut-on résumer une bonne part des malentendus qui sont entretenus autour du numérique.

Mais tout l’art du numérique est là aussi : il consiste précisément à escamoter l’univers réel derrière les représentations radieuses que le virtuel nous en propose. Ainsi de l’humanité qui serait devenue une entité indivise, grâce à la contraction de l’espace (par les TIC). Au point qu’il n’y aurait plus meilleur placement pour améliorer ses performances, que de mettre du digital dans ses administrations et ses industries. Peu importent les circonstances nationales : le mode de gouvernance, le niveau de développement, etc...

Mais il y a ceci aussi : tout laisse à penser que le numérique n’aura qu’un impact marginal sur la production des biens matériels, même dans les digital natives et à plus forte raison dans les économies en développement. En effet, les experts tablent sur une augmentation globale de la productivité, du fait du numérique, de l’ordre de 1,1%[4], comparée aux 19% qui sont attribués à la deuxième révolution industrielle. En pratique donc, on peut juger que si le numérique peut tirer la croissance économique, notamment là où l’outil de production et les infrastructures traditionnels existent et sont performants, et où la gouvernance est transparente, il créera comparativement moins de richesses à redistribuer que les précédentes révolutions industrielles. Qui portaient, elles, sur le « physical stuff ».

Ce qui autorise aussi à en inférer que l’économie numérique produira corrélativement moins d’amélioration du niveau de vie pour le grand nombre. A cet égard, il est significatif que la précarité ne recule pas massivement aux USA, la Mecque de l’économie digitale, qui est, paradoxalement aussi, la patrie de l’ubérisation : un modèle économique pétri de numérique, mais réputé pour ses médiocres conditions de travail et de rémunération.

Il y a, ici, un faisceau de présages qui nous annoncent que le numérique ne sera ni une arme d’industrialisation massive, ni un moyen de faire reculer la pauvreté significativement, même dans les digital natives. On peut donc en inférer que le développement par le numérique n’aura pas lieu.

Si on revient à la considération que le propre du numérique n’est pas de servir ce « monde du partage et du lien » qu’on nous avait promis, mais d’ajouter aux performances d’un ordre économique établi, qui, en retour, favorise son développement, on comprend mieux aussi que ce n’est pas par hasard que les USA représentent à eux seuls 83% de la capitalisation boursière des industries digitales. Ni que, fait sans précédent dans l’histoire économique récente, ils concentrent le top 10 des entreprises du numérique : à l’instar des GAFA et Cie, pour les nommer. Des USA qui sont talonnés immédiatement par la Chine, deuxième puissance économique du monde. Où s’imposent deux nouvelles « licornes » du numérique : Alibaba et Tencent.

A ce compte, si l’illusion d’un partage des dividendes de la digitalisation est encore parfaite, à l’examen, les coutures commencent à se dévoiler : ce sont les géants américains et chinois du numérique, qui contrôlent les plateformes, qui captent la quasi-totalité de la valeur des industries digitales.

 Rétrospectivement et toutes choses égales par ailleurs, n’est-ce pas très exactement ce que nous avons observé au XIXème siècle en l’Angleterre, à propos de la « révolution industrielle » propulsée par la machine à vapeur ?

Parce que les innovations ne s’imposent que lorsqu’elles ajoutent aux performances d’un ordre établi, la marque de fabrique des innovations technologiques qui prennent naissance dans un environnement technologiquement plus avancé, est d’amplifier cet avantage. Pas de le déranger. Il en est des USA (et de la Chine) aujourd’hui, avec le numérique, comme de l’Angleterre du XIXème siècle, avec la machine à vapeur. Et ce n’est sans doute pas par hasard que la croissance est durablement plus robuste dans ces deux pays que dans le reste du monde : elle est tirée par les industries numériques.

Corollairement, c’est pour cette même raison que les « révolutions technologiques » que nous avons observées depuis le XIXème siècle ont toujours été un puissant levier pour consolider les positions dominantes et reproduire le monde tel qu’il est : ces « révolutions » ont toujours eu pour épicentre, la première puissance économique du moment. Qui en a tiré un nouveau souffle pour conforter son leadership.

Dans sa théorie des cycles économiques, Schumpeter[5] l’avait déjà repéré, qui citait la découverte de la pression qui a permis d’utiliser la force de la vapeur dans les machines du même nom, en concluant que si « les nouveaux objets de consommation, les nouvelles méthodes de production et de transports, les nouveaux marchés, les nouveaux types d’organisation industrielle » et les « métamorphoses » qui en procèdent sont le moteur de l’économie de marché, chacune de ces « innovations » n’est rien d’autre que « l’application d’une invention à l’économie telle qu’elle existe », pour en amplifier les performances. 

Pour autant, il nous faut faire un arrêt sur image pour tâcher de nous appliquer à apprécier toutes les conséquences des mutations qui sont portées par le numérique. Parce que ces mutations nous annoncent un autre avenir pour l’économie monde, dont il est encore difficile de deviner toutes les coutures. Encore qu’il y a, comme disent les mathématiciens, un point de singularité dans ces « métamorphoses », qui touche au rapport de valeur entre les biens matériels et les services numériques, d’une part, et à la fracture numérique, d’autre part, qui nous donne une espèce de repère.

Il ne fait aucun doute, en effet, qu’en termes de valeur marchande, les données numériques et les services continueront à avoir l’avantage sur les biens matériels dans le nouveau monde numérique. A ceci près que quoi qu’il advienne, certains besoins matériels resteront incompressibles. Comme le manger et le boire, ou la fringale des industries productrices de machines intelligentes pour les « terres rares » ; soit dit pour prendre deux exemples. Pour réconcilier ces deux tendances lourdes, un des scenarii possibles de la « société numérique avancée » qui pointe à l’horizon, pourrait être le suivant : chez les digital natives et quelques autres, un appareil de production de plus en plus digitalisé, connecté, intelligent et « décarbonné », produisant de plus en plus de données et de services hyper-valorisés, et de moins en moins de biens matériels « nus », sous-valorisés. Dans le reste du monde, des industries « traditionnelles », extractives et autres, toujours plus polluantes, produisant des biens matériels (de faible valeur marchande) ; à l’instar des matières premières actuelles ; le tout dans un environnement naturel de plus en plus dégradé. Entre les deux, on peut imaginer des tiers-acteurs, présentant un mix d’enclaves d’économie numérique et de production de biens matériels.

Le principal atout de ce scenario est que, mutatis mutandis, la dégradation des termes de l’échange entre producteurs de biens et fournisseurs de données numériques et de services faisant son office, les digital natives conserveraient « la place » qui est la leur et les vaches seraient toujours bien gardées. Le second et non des moindres, que les conflits pour les matières premières seraient, disons, plus apaisés, les anciens fournisseurs de matières premières étant députés à la production des biens matériels sous-valorisés, mais utiles à tous.

Pour fixer les idées, mettons que dans ce scenario, la situation des producteurs de biens matériels pourrait être comparée, toutes choses égales par ailleurs, à celle de l’Empire du Milieu. Dont la récente fortune industrielle est imputable aux délocalisations massives et sans précédent des industries les plus polluantes et les plus intensives en main d’œuvre. En vertu de quoi le monde entier peut maintenant acheter des biens chinois défiant toute concurrence : parce qu’en comparaison avec les standards « internationaux », ces biens sont « exonérés » des coûts sociaux et environnementaux supportés par la Chine[6].

Si ce scenario se confirmait, il n’y aurait rien de plus souverain que la « révolution numérique », pour faire un « nouveau monde » avec l’ancien, et personne ne m’avait rien dit. C’est à désespérer de mes réseaux numériques. Bonne pâte, je veux bien admettre que les innovations entrent dans la recomposition du monde tel qu’il est : comme les vices entrent dans la composition des vertus. Mais « faut que » j’en touche un mot au préalable à Mr Google. Lui qui sait tant de choses.

Quel sera le prix des mutations imprimées à l’économie monde par le numérique ? Le certain c’est que ce qui fait la différence dans une innovation technologique, ce n’est pas tant le changement qui en procède immédiatement. Ni peut-être même la main qui la tient. Mais ce dont l’innovation elle-même est porteuse à long terme : le problème c’est dans quelle direction le digital nous tire-t-il et qui paiera, à terme, le prix de la dégradation des termes de l’échange entre fournisseurs de données numériques et de services, et producteurs de biens matériels ? S’engager dans le numérique aujourd’hui, c’est répondre à cette sorte de questions

Mais je crois savoir aussi que rien n’est plus tentant, ni plus envahissant pour l’esprit qu’une innovation ardente, qui n’a pas encore eu le temps de refroidir : l’ivresse des « révolutions technologiques » est sans égale pour entretenir le fantasme délicieux que tout le monde est de nouveau sur la même ligne de départ et que chacun a sa chance. Le désir de numérique qui nous consume tous en est la preuve vivante.

Au motif qu’il faut prendre le numérique par la main avant que le numérique nous prenne à la gorge, nous sommes conviés tous les jours à mettre du digital partout. Fasciné par tant de légèreté dans l’administration de la preuve, je réponds à tous ceux qui prétendent que les digital natives ont le même potentiel que les autres dans les industries numériques, qu’il faudrait voir à voir, avant de décider de quel côté du « numérique pour tous » chacun doit marcher. Rien ne serait plus fâcheux, en effet, que de s’exonérer des embarras et des complications de la réflexion, au prétexte qu’il faut se précipiter à réagir à l’empire du numérique. Si tant est qu’on travaille à éviter qu’une innovation qui peut faire partie de la solution soit, une fois de plus, une partie du problème. 

 

[1] Cet article est dédié à Samir Amin, en reconnaissance de ce que je dois à cet immense savant égyptien, qui vient de nous quitter.

[2] Peter Drucker, The Practice of Management, New York, Harper Business Press, 2006, 416p.

[3] Accenture Digital, L’industrie X.0, ou comment augmenter sa profitabilité grâce à la transformation numérique, L’Usine Digitale, 15/06/2017. https://www.usine-digitale.fr/article/l-industrie-x-0-ou-comment-augmenter-sa-profitabilite-grace-a-la-transformation-numerique.N549123.

[4] Gilles Babinet, La révolution numérique à l’épreuve de l’économie : l’enjeu de la productivité, 21/04/ 2017. https://www.latribune.fr/technos-medias/la-revolution-digitale-a-l-epreuve-de-l-economie-685798.html 

[5] Anonyme, Schumpeter : progrès technique et évolution économique, Cours E.N.S., Paris, 2008, 9pp. http://www.economie.ens.fr/IMG/pdf/schumpeter_cours_tes_2008.pdf.

[6] Juste Boussienguet, La transition industrielle de la Chine : révolution dans la mondialisation ou modèle pour l’Afrique ? Agora vox, 2017. https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-transition-industrielle-de-la-198412.


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9 réactions à cet article    


  • zzz'z zzz’z 13 septembre 14:00
    « Le numérique pour tous ? »

    Les peuples qui se prennent des gros pétards sur la gueule, venus du ciel, sont ravis d’être à l’avant de cette révolution.

    • zzz'z zzz’z 13 septembre 14:01

      avant → avant-garde


      • Parrhesia Parrhesia 13 septembre 14:41

        Excellent article !

        Puis-je ajouter :

        Mais ce n’est pas tant le numérique intrinsèquement qui doit être mis en cause ! C’est l’ensemble « numérique + techniciens de très haut niveau » qui tournent autour !!!

        Dès les années soixante et sans doute avant, nous n’aurions pas dû nous imaginer, que les maîtres du capitalisme exclusivement financier allaient laisser évoluer cette nouvelle caste laborieuse conditionnant qualitativement et quantitativement les performances de la nouvelle science sans l’avoir auparavant formatée techniquement, socialement et intellectuellement !!!

        C’est ce qu’ils ont fait avec succès.

        Par conséquent, aucune révolution humaniste ne sera désormais couronnée de succès sans avoir préalablement mené au moins deux offensives victorieuses :

         1) Convaincre ces troupes de choc techniciennes de très haut niveau qu’elles ne jouent pas nécessairement dans le bon camp en négligeant presque systématiquement les aspects, et donc, les conséquences humaines, de leurs réalisations !

        2) Convaincre les maîtres du capitalisme exclusivement financiers, qu’ils ne domineront pas plus le monde lors de cette nouvelle expérience qu’ils ne l’ont dominé au cours de leurs innombrables tentatives passées !!!

         

        Alors, avec mes compliments, bonne journée, mais aussi bon courage Pro. Juste Boussienguet


        • Le421 Le421 14 septembre 09:26

          @Parrhesia
          C’est un peu « science sans conscience ». Vous avez raison.


        • baldis30 14 septembre 11:15

          @Parrhesia
          bonjour,

          « aucune révolution humaniste..... »

           L’humanisme mais ceux qui s’en sont réclamés, dont les socialistes en particulier, l’ont largement bafoué en ne retenant pas les leçons de l’Histoire .... ety de l’Histoire dont ils prétendent s’inspirer ....

           Qu’ont-ils fait de Godin ... ? et comment celui-ci prolongeait l’éducation : cela se voit SUR LE TERRAIN ... en DUR, directement après l’école mais seuls des esprits complètement dévoyés non par les scientifiques ni par les techniciens mais par des politirocards théologues de toutes obédiences géographiques de Genève à Wittenberg ,de Jérusalem à la Mecque en passant pas Rome et Wartburg ! 

          Les techniciens coupables ? Les scientifiques coupables ? Ecririez vous vos textes si les uns et les autres n’avaient pas agi ?

          Encore beaucoup de racisme larvé bien dissimulé !


        • Parrhesia Parrhesia 14 septembre 13:04
           @Le421

          Bonjour LE421 !
          Re/Votre post du 14 à 9H.26.

           Bien vu !
          Merci, donc, d’être passé.

        • zygzornifle zygzornifle 13 septembre 17:02

          Hé oui voila un beau boulet avec sa chaîne a la cheville ....


          • Le421 Le421 13 septembre 20:43
            Perso, j’adore le numérique.
            Surtout le son pourri et métallique qu’il a engendré.
            J’adore le jeu des publicitaires qui, grâce à la technique du découpage, nous balancent des publicités hurlantes, dès le matin...
            J’adore les « digital native », feignasses du mixage, qui règlent au millimètre près leurs presets sur les tables de régie et oublient même lequel correspond au moment précis.
            J’adore aussi les travaux pharaoniques de perçage des routes de Sarlat, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, pour nous équiper en fibre optique. Le top du top, ce sont ces boitiers de connexion qui pendent aux poteaux et ne trouvent personne de qualifié pour raccorder ces lignes... Gratuitement.
            Et comme y’a plus de sous !!
            Les campagnes peuvent crever.
            Le numérique dans la télé.
            D’ailleurs, on nous a même collé des « nouvelles normes » de manière à coller tout l’ancien matos à la benne.
            C’est ça aussi le numérique.
            Le flicage et l’obsolescence programmée généralisés...
            Oui.
            J’adore le numérique.
            Mes tomates et mes concombres, un peu moins...
             smiley


            • baldis30 14 septembre 11:04

              bonjour,

              l’article appelle de ma part des remarques diverses.

              d’abord à bien regarder le numérique d’origine technique débute en France au XVIIème siècle avec la création de la Pascaline, première machine mécanique destinée au calcul ! Et elle n’était pas destinée au calcul scientifique mais bien d’abord à des pratiques financières ...

              La maitrise des mathématiques et plus particulièrement de la fonction exponentielle et de son inverse créa la règle à calcul instrument véritablement scientifique contrairement au précédent.

              Ensuite il est écrit  :

              «  cet improbable « Changement dans la continuité » que proposait prudemment à la France, un certain Giscard d’Estaing »

               oulalalala ! parler du découvreur des particules de spin 1/3, c’est en somme pratiquer une forme de messmerisme ... c’est bien la continuité dans la façon de saisir la technique et au-delà la science ... et de se f... de la g... du peuple !

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