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Le philosophe humaniste Marcel Conche définit le « crime des crimes » - AgoraVox le média citoyen

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Le philosophe humaniste Marcel Conche définit le « crime des crimes »

 

Ce qu'aurait dit Marcel Conche sur le "crime des crimes" : le massacre des fillettes de Minab

 

« La souffrance des enfants est un mal absolu, une tache indélébile dans l’œuvre du monde. »
– Marcel Conche, Sur la souffrance des enfants comme mal absolu (1958)

 

Marcel Conche, ce philosophe corrézien au regard perçant et à la voix austère, disparu en 2024 à l'âge de 102 ans, n'est plus là pour hurler son indignation comme il le fit jadis dans les amphis de la Sorbonne.

Mais imaginons-le un instant, costume croisé sombre, cravate stricte, levant le bras avec cette vigueur paysanne qui surprenait ses étudiants : face au massacre de l'école primaire de filles Shajareh Tayyebeh à Minab (Iran), le 28 février 2026 – où 165 à 180 innocentes, dont environ 170 fillettes âgées de 7 à 12 ans, ont été pulvérisées par des missiles de précision américains –, il aurait tonitrué contre ce qu'il appelait le « crime des crimes  ». Un mal absolu, injustifiable, qui ruine toute prétention à un ordre divin ou moral dans le monde.

Conche, maître des présocratiques (Héraclite, Épicure, Anaximandre), athée naturaliste intransigeant, avait posé dès 1958, dans un article fondateur repris dans Orientation philosophique (1974), la souffrance des enfants comme un scandale pur et simple.

Pour lui, ce n'est pas un mal « relatif » – utile pour un bien supérieur, justifié par le libre arbitre ou le péché originel, comme le prétendent les théologiens (Augustin, Leibniz) qu'il balayait d'un revers de main.

Non : c'est un mal absolu, une tache indélébile qui suffit à condamner toute théodicée, toute tentative de « justifier » Dieu ou le monde.

«  La douleur de l’enfant demeure un scandale pur et simple », écrivait-il.

Et d'ajouter, avec une image qui glace encore : le fidèle qui, « tandis que les petits enfants flambent comme des torches, chante la gloire de Dieu » est un hypocrite odieux.

Si Conche avait vécu pour voir les images de Minab – ces décombres fumants, ces cercueils blancs alignés lors des funérailles massives, ces fillettes « flambant comme des torches » sous les impacts directs de Tomahawk américains –, il aurait vu là l'incarnation parfaite de son « crime des crimes ».

 

Pas une « erreur » d'intelligence obsolète, comme le clame le Pentagone pour endosser l'incompétence plutôt que la culpabilité.

Pas un « dommage collatéral » d'une frappe chirurgicale sur une base voisine des Gardiens de la Révolution.

 

Non : un acte qui révèle la contingence brute et absurde du réel, sans providence, sans sens supérieur.

Ces 170 innocentes, piégées en pleine matinée pendant leurs cours, n'ont rien fait, rien choisi. Leur mort n'est pas un « mal nécessaire » pour la sécurité impérialiste ou la moralité autoproclamée de l'« armée la plus morale du monde ».

 

C'est un scandale ontologique, qui condamne les justifications des puissants – ces « avocats du diable » modernes, qu'ils soient à Washington, Tel Aviv ou ailleurs.

Conche, avec sa sensibilité humaniste ancrée dans la Nature (qu'il vénérait comme infinie et sacrée, sans Dieu), aurait probablement déclaré quelque chose comme ceci, dans un entretien imaginaire pour Le Monde ou une conférence à la Sorbonne :

« Voici le crime des crimes : des fillettes innocentes réduites en cendres au nom d'une guerre impérialiste.

Les Américains et leurs alliés savent parfaitement ce qu'ils font – leur technologie voit tout, discrimine l'école de la base voisine, mais frappe quand même. Ils préfèrent plaider l'incompétence que d'admettre leur culpabilité cynique.

C'est le même scandale que dans les camps, les bombardements du Vietnam ou de Gaza : l'humanité qui assassine ses propres enfants, révélant ainsi l'absence totale de sens dans l'univers.

Pas de Dieu pour justifier cela ; seulement la folie des hommes, petits bourgeois vendus à l'impérialisme, qui chantent la gloire de leur 'moralité' tandis que les petits flambent.

Révoltons-nous contre cette absurdité : protégeons l'innocence, respectons la Physis qui nous a enfantés, et jugeons ces assassins en uniforme avant qu'ils n'enterrent le monde entier sous leurs décombres. »

Ce cri conchien s'inscrirait dans sa lignée philosophique : un refus lucide des illusions, qu'elles soient religieuses (les « fous de Dieu » évangélistes américains soutenant Israël pour hâter l'Apocalypse) ou impérialistes (l'opération « Epic Fury » justifiée comme une défense contre le « mal » iranien).

Pour Conche, la souffrance des enfants n'est pas un « dommage » géopolitique ; c'est la preuve irréfutable que le monde est contingent, sans harmonie préétablie, et que l'humain doit se révolter pour imposer un minimum d'éthique – une joie épicurienne, une sagesse héraclitéenne face au chaos.

Aujourd'hui, en mars 2026, alors que l'ONU appelle à une enquête indépendante et que des experts américains (comme ceux de Bellingcat ou d'ex-officiers du Pentagone) confirment une frappe de précision avec connaissance parfaite de l'objectif civil, l'absence de Conche se fait sentir.

Lui, l'esprit fort humain, dépositaire d'une culture française profonde (celle de Montaigne et des présocratiques, pas d'un relativisme macronien), aurait rappelé que le vrai crime des crimes n'est pas seulement le meurtre, mais l'hypocrisie qui le justifie. Que ce massacre devienne un appel à la révolte humaniste : pour les innocents de Minab, et pour tous les enfants du monde.

In Memoriam MY LAI ; SABRA ET CHATILA ; MINAB

 


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1 réactions à cet article    


  • Com une outre 15 mars 08:07

    Et les médias ont vite glissé sur le sujet, exposant sans honte aucune leur servilité à l’immoralité totale des américains et israéliens. Idem au Liban, où ils comptent les morts sans la moindre émotion, sans une once de pitié, sans la moindre remarque critique. Après tout, ils sont tous des terroristes, et en plus musulmans. La cause est juste.

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