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Le programme du FN était idiot

Chacun sait que le gourou Philippot lorgne du coté de la gauche, en direction de laquelle il interprète la danse des sept voiles depuis plusieurs années, avec un succès certain : la majorité du vote ouvrier s’est tourné vers le FN, ceci avant l'arrivée de la fusée Mélenchon. Fort logiquement, le programme 2017 de la candidate Marine a repris les axes majeurs de cette inflexion idéologique. Revenons donc sur ce programme (en gros le même que celui qui avait échoué en 2012, d'ailleurs).

 Je dépense, donc je suis

Aucun parti de gauche n’a jamais osé produire un tel catalogue à la Prévert de dépenses non financées. Le budget de la Défense est ainsi augmenté de 40 milliards, avec notamment la mise en chantier d’un inutile porte-avions. Le FN crée en outre une "prime de pouvoir d'achat" de 80 euros par mois pour tous les salariés sans distinction, ainsi que pour les retraités gagnant moins de 1500 euros. C’est fort généreux mais qui financera ce beau geste se traduisant en milliards ? Le FN revalorise aussi les prestations sociales, et promet des recrutements tous azimuts dans la police, la gendarmerie, la magistrature, les douanes et les hôpitaux. C’est la fête ! La réduction du nombre de fonctionnaires ? Pas question, on embauche ! Au final, selon le très neutre Institut de l'entreprise, organisme proche des PME, l'addition s'élèverait à au moins 85 milliards de dépenses nouvelles – sans prendre en compte l’augmentation des dépenses liées à la Défense évoquées précédemment. Selon le commandant en second Philippot, l'Etat devrait aussi assumer deux investissements très lourds : la création de 40 000 places de prison, acte en soi non critiquable, mais qui coûterait près de 5 milliards d’euros, adjoint à la nationalisation des sociétés d'autoroutes (là on nage dans le productivisme soviétique des années cinquante), évaluée à 30 milliards par les experts ! Passons au chapitre des retraites. Florian est le seul, avec le Front de Gauche, à prôner une retraite à 60 ans - elle est à 62 à l’heure actuelle - quand l'âge légal recule au fur et à mesure que s'allonge l'espérance de vie dans les pays développés. La France a déjà l'âge de départ effectif en retraite le plus précoce : 59,4 ans en moyenne à cause des régimes spéciaux du secteur public , contre 64,6 ans en moyenne dans les pays de l'OCDE. Or la France est un pays à la pyramide des âges inversé, c’est à dire qu’il y a plus de personnes âgées que de jeunes, pour faire court ; la partie de Molière consacre 15 % de son PIB à la seule gestion des retraites. Le régime général n'est revenu à l'équilibre que très récemment. Selon une étude du ministère des Affaires sociales, le recul de deux ans de l'âge légal inclus dans la loi Woerth de 2010 permettra d'améliorer le solde du régime général de 14,4 milliards en 2020 et de 12,7 milliards à horizon 2040. Or Florian voulait revenir aux 40 années de cotisation, comme son alter égo Mélenchon. A la clé, un manque à gagner immédiat estimé à près de 16 milliards. Au total ce projet utopique creuserait, selon les projections du Ministère, un trou de 32 milliards en 2040, et ce pour les seules retraites du régime général, hors fonction publique et régimes complémentaires.

Regardons à présent à la fameuse sortie de l’Euro. Beaucoup souhaitent le retour au Franc, en s’appuyant sur l’exemple heureux du Brexit. Hélas, il faut tempérer l’enthousiasme de ces ardents patriotes. Il y a deux différences de taille entre la Grande Bretagne et nous : d’une part un taux d’endettement par ménage bien plus faible, mais surtout, outre-Manche, une monnaie nationale, la Livre Sterling ! En effet, les adeptes du rosbeef à la menthe n’ont jamais, contrairement aux imprudents gaulois, adopté l’Euro ; ils ont adhéré à l’Espace Européen en conservant leur indépendance monétaire, tout comme les avisés suédois et les rusés Danois. La sortie de l’Europe n’a donc pas d’impact direct sur leur devise.

Vol au dessus d’un nid de cocus

Redonner à la France sa souveraineté est fort louable, sauf si on a une dette extérieure libellée en euros qui s'élève déjà à 325 % du PIB, Etat et secteur privé confondu, pour un montant digne de l’Everest (6 300 milliards). Les économistes du FN ont cru avoir trouvé la parade : ils ont brandi la vieille recette de la lex monetae, qui autorise en théorie un pays à renommer sa dette dans la monnaie de son choix. L'essentiel de la dette publique étant sous contrat français, l'Etat rembourserait ainsi les prêteurs étrangers en Francs et leur ferait payer le coût inévitable de la dévaluation consécutive à la sortie de l’Euro. Tout ceci semble séduisant, mais dans les faits le principe de la lex monetae s’avère inapplicable : rompre unilatéralement les contrats actuels en changeant de devise entrainerait la cessation immédiate des prêts à court terme. Leur reconduction serait, à la suite d’un bras de fer inévitable, accordée en échange de l’augmentation des taux d’intérêts, comme par exemple chez nos voisins Grecs, qui empruntent désormais à des taux de l’ordre de 8 % parce qu’ils se trouvent en situation de faiblesse. Il se trouve que la situation de la France est la suivante : chaque jour, nous empruntons sur les marchés à peu près 280 millions d’Euros pour joindre les deux bouts, auquel il convient d’adjoindre 520 millions, qui servent eux à boucher les trous antérieurs de la dette déjà en cours. Le total est donc de 800 millions par jour à trouver, faute de quoi le défaut de paiement, puis la cessation - y compris des prestations et des salaires du secteur public - se déclenchent. On note que ces cas ne sont pas théoriques, il en a existé de bien réels dans l’Histoire récente : Mexique (1981) ou Argentine (2001) où policiers et infirmières, par exemple, n’étaient plus payés durant des mois. Si la dette publique vis-à-vis des investisseurs étrangers représente environ 60 % du PIB, le reste est détenue par les Français via leurs assurances-vie (nous y reviendrons). Quant à la dette d’essence privée des grands groupes, elle relève du droit étranger pour l’essentiel. Les entreprises comme la SNCF, EDF ou les banques empruntent sous contrat étranger pour financer leurs activités. La sortie de l'euro et le retour au Franc, pour souhaitable qu’ils soient in abstracto, aboutirait donc à une hausse de la prime de risque exigée par les prêteurs étrangers, et des taux payés par l'Etat et les banques. Que répond le FN ? Il autoriserait à nouveau, faisant fi des traités internationaux en vigueur, le financement de la dette par la Banque de France. Voilà une mâle attitude, mais aussitôt ce serait le retour de la planche à billets et de l’inflation, qui se traduiraient par une réduction automatique de la valeur des biens mobiliers et immobiliers, et par l’amaigrissement à bas bruit de l’épargne : avec une inflation à 8 % vos biens et économies diminuent de moitié au bout de six ans. Dans un tel contexte (sortie de l’Euro, retour au Franc avec dévaluation, augmentation des taux d’intérêt) l’assurance vie des Français - qui abonde 40 % de la dette totale de la France - subirait une attaque frontale de grande ampleur. Votre assurance vie c’est de la dette ; les fonds en euros sont investis pour l’essentiel en obligations émises par les gouvernements français successifs aux abois. Contracter une assurance-vie consiste à échanger de l’argent bien réel - fruit d’une vente immobilière par exemple - contre des lettres de créances sans garantie claire, attendu que la France emprunte non pour investir, mais pour couvrir des déficits imprudemment engagés. 

Bien entendu, le Front National n’est pas responsable de cette effroyable gabegie : il en aurait hérité tout au plus, s’il avait été en mesure de gouverner. Néanmoins, l’application de son programme économique dépensier aurait produit d’innombrables effets pervers, pour les raisons suivantes : dorénavant toutes les économies sont intriquées, et la France surendettée ne dispose plus de marges de manœuvre, sauf à défier les organismes prêteurs, leur imposerurbi et orbi l’abandon des créances, sortir de l’économie mondiale. S’isoler de la sorte ne résoudrait pas les problèmes structurels qui nous minent, aggravés chaque minute par les dépenses d’un Etat obèse et d’une dépense folle : la menace d’un terrible krach intérieur eût été tangible, sauf à nationaliser une partie des fonds de l'assurance-vie des français.

Reste aussi le plan politique. Sur le créneau démagogique de "on va tout changer", "sortons les sortants", le FN a longtemps été seul. Dorénavant, il y a Mélenchon qui avec un grand succès a raflé les électeurs mécontents. L'utilité organique du Fn se réduit donc d'autant.

http://le-blog-politique-de-jean-beaumont.mozello.fr/


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12 réactions à cet article    


  • Pierre-Yves Martin 5 août 2017 11:18

    Je ne vais pas discuter le fond de cet article faute de temps, de motivation et probablement de compétence pour ce faire.

    Mais même une lecture rapide prouve qu’il est bourré d’approximations, voire d’erreurs factuelles. Un peu comme ce que l’auteur reproche, à juste titre d’ailleurs, au FN.

    Exemple d’erreur factuelle : la Grèce n’emprunte pas à 8 %. Elle a émis un emprunt avec un rendement réel à l’émission de 4,625 %.

    Exemple d’amalgame malhonnête : la France aurait « une dette extérieure libellée en euros qui s’élève déjà à 325 % du PIB, Etat et secteur privé confondu ». Les dettes du secteur privé c’est quoi ? D’abord celles de multinationales, ou de filiales de multinationales, qui, pour des raisons d’optimisation, ont choisi de domicilier leur dette en France ; ce sont ensuite les emprunts des résidents pour se loger. Additionner cela à la dette publique c’est du grand n’importe quoi !

    A ce propos, il est faux d’écrire « l’inflation, qui se traduiraient par une réduction automatique de la valeur des biens mobiliers et immobiliers ». L’histoire, et la simple logique, montre que l’inflation entraîne une hausse des biens immobiliers. Avec une exception, celle d’un krach général, mais les krach ne suivent en général pas immédiatement une relance de l’inflation. L’inflation favoriserait ceux qui ont emprunté pour s’acheter des biens immobiliers et ruinerait effectivement les titulaires d’assurance-vie et les retraités. Globalement, elle aboutirait à un transfert entre retraités et actifs, beaucoup plus brutal que la politique suivie actuellement par M. Macron, le patronat et l’U.E. Mais cette dernière va das le même sens.


    • lisca lisca 5 août 2017 11:43

      Un principe de base : sortir de l’euro, de l’UE, de l’ONU. Pour l’OTAN, il faut peut-être y aller progressivement, je ne sais pas.
      Récupérer la souveraineté française, ensuite on verra.
      On peut prendre n’importe quel programme politique et le contester sur un point ou un autre.
      A quoi bon si on n’est qu’une sous-préfecture ?
      Avant tout être libre, c’est à dire virer les imposteurs qui ligotent le pays et se sont arrogés sa gouvernance.
      Il y a des nouvelles donnes qui pourraient rendre cette libération possible.


      • Cateaufoncel 5 août 2017 11:44

        « Le FN crée en outre une  »prime de pouvoir d’achat" de 80 euros par mois pour tous les salariés sans distinction, ainsi que pour les retraités gagnant moins de 1500 euros. C’est fort généreux mais qui financera ce beau geste se traduisant en milliards ?"

        Ca a été expliqué cinquante fois, au moins - vous étiez, à chaque fois sur Youporn ou sur Pornhub  ? -, que je ne suis pas allé plus loin, dans ma découverte de l’amateurisme. C’était amplement suffisant.,


        • mmbbb 5 août 2017 12:41

          «  lex monetae, » Assellineau le proposait avec la sortie de l Euro . Tous les pays sont endettes Les deux pays les plus endettes sont les USA et le JAPON . Ce dernier comme l Allemagne a un probleme demographique , Le dollar n’est plus qu une monnaie papier depuis que Nixon a desindexe le dollar avec l etalon or. D ailleurs cette dette a augmente sous sarko ( crise 2008 ) et n a cesse de croître sous Hollande. Et pour terminer, je suis un beotien nous n avons plus de fric et nous faisons rentre des immigres des migrants . Il parait que cette immigration represente un solde positif pour l economie francaise . A l auteur je ne vais pas m angoisser , je vais prendre la Nationalite ROM et faire pondre a ma femme 6 ou 8 gosses , J ’ai une colonie de Roms en face de chez moi ils n ont pas l air preoccupé par la dette francaise


          • samy Levrai samy Levrai 5 août 2017 18:24

            @mmbbb
            Enlève la sortie de l’UE au FN, chose qu’il ne veut pas du tout d’ailleurs sinon cela serait marquée dans ses programmes, il ne reste qu’un parti d’extrême droite raciste...très très bas de gamme.

            Le FN ne s’adresse qu’à des moitiés finis, faits pour être abusés, un chien avec un chapeau le battrait et c’est ce qui est arrivé avec le Macron.
            Au prochaines elections , le FN se prendra la même tôle, celle d’après encore et celle d’encore après idem, etc... 
            C’est difficile quand son nom fait dresser les cheveux sur la tête de 80% des citoyens... de continuer à rever au grand soir anti émigrés.

          • tinga 5 août 2017 13:17

            Depuis des décennies, le FN n’est qu’un jouet du pouvoir, avec la complicité plus ou moins consciente de ce parti. Que sont programme soit idiot n’est qu’une conséquence de cet état de fait, et les électeurs du FN condamnés à être les éternels dindons de la farce.


            • Olivier Perriet Olivier Perriet 5 août 2017 15:22

              Le programme du FN était idiot... Peut-être.

              Mais celui de Macron l’était avec certitude (d’ailleurs, il a bien pris soin d’en dire le moins possible).

              Et celui de Fillon également :
              comme Fillon, l’auteur souhaite semble-t-il l’émergence d’un grand parti conservateur libéral un peu facho sur les bords, comme ceux qui tiennent les rênes dans les pays d’Europe de l’Est.

              Sauf que pour le cas français c’est inopérant :
              les anciens pays de l’Est, qui ont hérité d’un retard de développement historique, peuvent se permettre d’être libéraux (et pro européens du bout des lèvres), car ils gagnent sur les deux tableaux : ils ont des subventions, reçoivent des investissements (délocalisations), et exportent leurs travailleurs (travailleurs détachés).

              En France, le conservateur libéral pro européen n’est pas crédible, car il est objectivement traître à sa patrie : nous perdons sur tous les tableaux.

              Un grand parti conservateur un peu facho à la française, comme en rêve Robert Ménard, aurait, depuis bien longtemps, rué dans les brancards de l’UE, et ne demanderait pas de « mettre une sourdine sur la sortie de l’euro ».


              • blablablietblabla blablablietblabla 5 août 2017 18:50

                j’aime bien « le programme duF.N était idiot » c’est surtout ses électeurs et autres nervis qui sont idiot , d’ailleurs n’allons bien loin vous avez attirez toute la racailles bas du front du fn ici dont un qui détient le ponpon et qui est déguisé en cioux .

                Ce siècle ça va être le problème de la santé mentale vu le vocabulaire de certains ils ne sont pas mieux que la racaille de cité défoncé au canabis à longueur de journée !


                • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 5 août 2017 18:53

                  @Auteur


                  «  »Le programme du FN était idiot« 

                  Ne froissons pas le jeune auteur et disons-lui : 

                   »Peut-être bien que le programme du FN était idiot" ; fort heureusement alors que le peuple français intelligent avait fait barrage et choisi le programme de Missieu Macron intelligemment préparé et dicté à partir des milieux intelligents au profit des milliardaires qui exploitent intelligemment ceux qui se croient les plus intelligents ! Et l’anaconda se mord la queue !

                  Non, il y a rien en dessous des cartes : Même pas un point d’interrogation tellement les choses sont transparentes !

                  • blablablietblabla blablablietblabla 5 août 2017 18:58

                    @Mohammed MADJOUR

                    Bonjour Mohammed , c’est vous en tof ? punaise vous ressemblez à rien .

                    Moustache et cravate il faut oser !


                  • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 6 août 2017 12:59

                    @blablablietblabla

                    Votre nom « blablablietblabla » en dit plus long que ce que je pense de l’état de votre cervelle !

                  • Coriosolite 5 août 2017 19:32

                    Le programme était idiot ?

                    Je ne sais pas si on peut le qualifier ainsi, peut-être bien.

                     Mais pour l’essentiel il était dans la ligne de la stratégie Phllippot, réunir les patriotes anti-mondialistes de gauche et de droite autour de MLP. Ce qui s’avère être, outre un échec, pire une illusion.

                    Pour attirer les électeurs de gauche, il fallait du miel, retraite à 60 ans, prime de pouvoir d’achat, embauche de fonctionnaires. Ca n’a pas marché car Mélenchon est plus crédible sur le créneau taxons-dépensons et après moi le déluge.

                    Et ça a fait fuir les électeurs de droite - qui devraient naturellement être la cible électorale du FN- vers le vote Macron.

                    Ajoutons-y le catastrophique débat de second tour, et le FN a joué parfaitement son rôle d’épouvantail.

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