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Accueil du site > Tribune Libre > Le Vice et la Vertu
#59 des Tendances

Le Vice et la Vertu

Peut-on définir rigoureusement le Vice malgré ses innombrables facettes ? Pour la Vertu cela semble peut-être illusoirement plus facile tant elle est rare. Il est cependant loisible d'essayer.

Il est impossible de penser sans recourir à l'IA, c'est donc ce que nous avons fait.

Aperçu IA

Le vice et la vertu sont deux notions morales opposées qui qualifient les actions, les penchants et le caractère de l'être humain.

  • La vertu est une disposition constante de l'âme ou de la volonté qui pousse à faire le bien et à respecter la morale. Elle demande un effort et de la force de caractère pour surmonter nos penchants égoïstes.
  • Le vice est une habitude ou une inclinaison pernicieuse qui pousse à faire le mal, souvent par faiblesse.

En philosophie, la vertu est souvent perçue comme un juste milieu entre deux excès (qui constituent les vices) Par exemple,

  • Courage (vertu) se situe entre la témérité (excès) et la lâcheté (défaut).
  • Générosité (vertu) s'oppose à l'avarice et au gaspillage

 etc ... etc...

Il serait possible de consulter la foultitude d'ouvrages savants qui traitent du sujet, il serait même possible d'en faire un livre qui s'ajouterait à la pile déjà écrite mais il ne faut pas espérer trouver un éditeur préoccupé qu'ils sont par les autobiographies et les livres de moeurs. Mais il est possible de poser le problème d'une façon plus aisée.

La caractéristique d'un groupe, quelle que soit sa nature, est de posséder un chef de groupe. Si celui-ci agréé avec le comportement d'un de ses affidés, il donnera son aval et ceci constituera le Bien donc la Vertu. Si l'individu déplaît ou va à l’encontre des intérêts du maître ou de l’instance dirigeante, il s'agira du Vice. Dans ce cadre, une action individuelle donnée n'est ni intrinsèquement mauvaise ou bonne, le tri se fait par une transcendance à définit. Cette approche peut sembler rudimentaire mais elle fonctionne à merveille pour les tribus préhistoriques qui s'étripaient de temps à autre jusqu'aux modernes Chief Executive Officers ou Présidents qui utilisent marchés ou missiles pour arriver à leurs fins en invoquant des Loi incontournables du Commerce ou d'Etat.

Evidemment le Monarque, le Président ou le Despote ne peuvent pas trancher tous les problèmes quotidiens qui se posent même s'ils disposent du temps nécessaire. Il faut également que les décisions soient identiques pour des situations similaires et qu'elles ne dépendent pas trop de l'humeur du jour ou des errements de la nuit. A Babylone, près de deux millénaires avant J.-C., un ensemble de décisions de justice et de lois ont fourni la matière d'un Code. Il s'agit d'une longue inscription, comportant un prologue et un épilogue glorifiant le souverain de l'époque Hammurabi. Les lois formulées prennent pour point de départ un problème précis pour lequel elles proposent une solution. Les anciens Mésopotamiens n'énonçaient jamais de principes généraux ou universels.

Ceux qui subissent mettent leurs forces et une fraction plus ou moins minime de leur intelligence pour faire partie d'un tout, un rouage parmi les rouages. Seuls les artistes, pas ceux qui vivent de leur art mais ceux qui font vivre l'Art ; échappent plus ou moins à cet appauvrissement par la collectivisation. Tous sont conscient de leur assujettissement mais ils peuvent l'accepter si un guide insurpassable chapeaute le tout. Les ors, les dentelles, les soutanes, les édifices prestigieux, la façon non pas d'être, généralement très ordinaire, mais de paraître, tout converge pour que des gens ordinaires apparaissent aux yeux des quidams comme des êtres divins. "On" n'attend pas vraiment de miracles des dieux même si on les prie pour cela, on sait confusément qu'on n'est moins malheureux ensemble que tout seul. On n'attend pas non plus la Justice, mais on ne pardonnerait pas que le dieu que l'on est censé vénéré se révèle impuissant devant un autre dieu différent de substance et de nature.

Le Monde est construit selon deux principes, l'un matériel, l'autre immatériel, l'un que l'on peut peser, décrire par des chiffres, des équations, des théorèmes, l'autre indéfinissable, diffus, fait d'un tout qui ne peut être disséqué, d'un "je ne sais quoi" qui résume tout en laissant perplexe, l'un facilement identifiable à l'argent, l'autre à l'amour même si on ne sait pas définir ce mot avec précision. 

Pendant deux millénaires, une caste dirigeante s'est accaparé les biens matériels en distribuant avec largesse un amour céleste qu'elle s'était proclamée dépositaire. Le partage était possible puisque les uns distribuaient à profusion ce qu'il n'avait pas, si on peut manquer de pain, on peut ne jamais manquer d'amour. Mais les temps changèrent brutalement avec le surgissement d'une énergie abondante qui multiplia considérablement les forces humaines et l'ingéniosité d'une multitude d'ingénieurs et de scientifiques qui surent l'utiliser pour produire davantage de tout à moindre coût. L'abondance pour tous (ou presque) fut possible au sein des pays dits avancés ou occidentaux.

Dans ces conditions la vénération d'un guide divin ou terrestre disparut pour laisser place à une puissance devenue incomparable, l'Argent : les investisseurs (lire les mieux dotés) décident, les autres obéissent ; la vertu est définie par les possédants, le vice c'est de contester ce qu’ils possèdent.

L'important c'est que la stabilité de l'édifice global soit conservée dira-t-on.

Les critères de sélection pour accéder aux responsabilités changent toutefois drastiquement. Si on se tient au domaine de l'immatériel pour opter vers une structure ou une autre, tout peut arriver, à l'image de ce qui se passe dans la Nature où le loup et les abeilles si différents cohabitent. Si par contre on s'en tient à ce qui est pondérable ; c'est forcément une seule espèce qui va survivre, celle qui possède et veut posséder encore plus. L'uniformisation due à la collectivisation est induit par le critère unique qui guide les choix de société. Il n'y a plus des vertus, il n'y en a qu'une seule celle donnée par la possession, la puissance. Si la diversité laisse une chance, quelquefois minime, à l'intelligence, l'uniformité la rend strictement impossible puisque l'intelligence c'est justement de surpasser l'inconnu et l'imprévu.

Le Vice et la Vertu dépendent donc de la définition qu’on en donne et surtout de qui les impose (dans la mesure où il est capable de les imposer). Des principes dits universels ont été posés qui doivent s'imposer à tous, aux puissants comme aux démunis, aux entrepreneurs comme aux paysans. Ces principes devraient se substituer à la seule force susceptible de faire régner l'ordre, celle du plus puissant. Mais qui fera plier le plus puissant lorsqu’il décidera de ne pas se plier aux injonctions de principes qu'il n'a pas édictées ? L’état du Monde permet d’être sceptique.

Le seul principe vraiment naturel, que la plus rudimentaire des plantes au mammifère le plus évolué suit, c'est celui qui impose de se reproduire pour perpétuer l'espèce. Il y a plus de 2000 ans, les fils sardes auraient emmené leurs parents vieillissants pour les battre à mort. Puis ils les auraient jetés dans une fosse. Les vieillards, drogués, éclataient alors d’un rire étrange d'où le fameux « rire sardonique », expression toujours utilisée aujourd’hui pour désigner une grimace ambivalente. Bien entendu une référence aux temps antiques peut être erronée, de plus les temps sauvages n'étaient pas les nôtres, mais leur expression a été reprise durant les temps modernes sous la forme : « Dès qu'il dépasse 60/65 ans, l'homme vit plus longtemps qu'il ne produit et il coûte cher à la société. » Le système économique dans lequel tout n'est qu'intérêt chiffrable et monnayable a ceci de commun avec la Nature c'est qu'il ne songe qu'à se reproduire quoi qu'il arrive à ses constituants, en l'occurrence les Humains. On le dissimule souvent sous la bannière de la Liberté cache sexe sous lequel oeuvre les véritables décideurs que sont les nantis (pour ne pas évoquer le terme de riches trop entaché de l'honnie Lutte des classes qui pourtant existe selon un éminent gestionnaire de fonds spéculatifs). Bien entendu le respect de tous et de chacun doit fournir l'idéal de chacun, encore faut-il que tous en soient empreints. Mais que se passe-t-il lorsqu'on a le choix entre une volonté de puissance enfin accessible et le respect non pas du droit mais de la morale, entre le vice et la vertu ?

Une classe sociale devenue obsessionnellement dominante faute de concurrents divins ou idéologiques eut affaire à l'apparition d'un arbitraire qui aurait pu lui poser problème, voire mettre en cause sa pérennité, la volonté du peuple, c'est à dire de tous normalement, à l'occasion de votations légitimes et sincères. Dès les balbutiements de la Démocratie deux tendances se dessinèrent, ceux qui mettaient en avant l'Ordre (donc l'inégalité puisqu'il faut bien qu'on le fasse respecter) et la Justice (donc en particulier l'accès aux jouissances) ; soit la Droite et la Gauche, une forme du Vice et de la Vertu selon la plupart des commentateurs. Mais les dominants peuvent être accusés de tout sauf d'être stupides et le combat opposa rapidement les louangeurs du capital et les experts en exercices le plus souvent nocturnes et normalement intimes et personnels, soit sommairement le fric pour la Droite, le cul pour la gauche. Cette répartition des rôles permet évidemment de ne pas remettre en cause un système rendu violemment collectivisé par l'entremise de la possession de capitaux d’ailleurs monstrueusement fictifs. Reste à "préparer" les opinions dans un sens convenable. D'innombrables psychologues (des foules), sociologues, communicants vont s'en charger.

Le seul point qui permet de s’écarter de l'inéluctable, c'est la possibilité pour un système d'engendrer des gens biens, malheureusement difficiles à définir clairement et absolument impossibles à cerner par une loi ou une réglementation. Pourtant ils existent chacun en a rencontré, encore faut-il que tous ne soient pas écrasés par une omniprésente bien-pensance liée au désir de se combattre pour faire la même chose que les autres.


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