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Accueil du site > Tribune Libre > Les Aides de Correction Auditive pour malentendants

Les Aides de Correction Auditive pour malentendants

En France, on compte plus de 5 millions de malentendants (plus de 2 millions ont moins de 55 ans) dont les deux tiers renonceraient à s'équiper en raison du coût prohibitif des aides auditives. Avec l'augmentation de la durée de vie, l'écoute de musique à volume excessive, l'exposition à des niveaux de bruit dangereux (travailleurs atteints d'une surdité professionnelle, riverains proches d’un aéroport, d’autoroute, chemins de fer), le nombre de personnes touchées par la perte d’audition ne cesse d’augmenter. Plus de 2 500 000 personnes souffrent acouphènes (bourdonnements, sifflements d'une intensité de quelques dB).

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Les sons ne peuvent être perçus que si leur tonalité (grave- aiguë) et leur intensité se situent dans certaines limites ; de 20 Hz à 20 kHz et la pression acoustique de 20 uPa à 20 Pa (fig 2), pour rappel, la pression atmosphérique vaut 101325 Pa ! L'oreille ne transmet pas des sensations auditives identiques au point de vue de l'intensité sonore pour des pressions acoustiques identiques. Le seuil d'audibilité, 0 dB (pression 0,0002 barye) à 1 kHz, passe à 40 dB (0,02 barye) pour 100 Hz. Pour que l'oreille perçoive par exemple, un même niveau sonore pour un son de 4 kHz à 50 dB avec un son à 100 Hz, ce dernier doit atteindre 55 dB. Le niveau physiologique d'un son s'exprime en phones. Si l'on compare deux sons, l'un à 1 kHz à 32 dB avec un autre à 230 Hz et qu'ils sont ressentis par l'oreille avec la même intensité, on dit que le son de 230 Hz a un niveau de 32 phones. Des courbes de correspondance sont établies entre les niveaux physique et physiologique pour différentes fréquences.

Plus de la moitié des personnes ayant perdu partiellement leur audition ne l’ont pas détecté avant plusieurs années. La surdité débute généralement par les fréquences voisines de 4 kHz, la perte d'abord faible de quelques dB se remarque à peine, car elle ne correspond pas à la zone de la conversation, mais elle joue un rôle important dans la compréhension. Si le spectre de la voix repose à 95 %, sur les graves et les médiums, l'intelligibilité nécessite à 60 %, des sons aigus supérieurs à 4 kHz pour une bonne compréhensibilité de la parole. Le malentendant commence par confondre un mot avec un autre, à parler fort, à augmenter le volume de la radio ou du téléviseur.

Pour localiser les sons dans l'espace, on a besoin de ses deux oreilles (l'écartement entre les deux oreilles favorise le déphasage), et l'audition d'un même son avec les deux oreilles d'égale sensibilité donne une sensation deux fois plus forte qu'avec une seule oreille. Toutefois, 14 % des malentendants appareillent une seule oreille pour des raisons financières (prix moyen d'une ACA 1680 euros). Si la perte auditive est nettement plus accentuée pour une oreille et que le malentendant renonce à privilégier l'audition binaurale, il lui est conseillé d'appareiller la meilleure, mais l'oreille non appareillée et moins sollicitée, va perdre plus rapidement ses capacités : Il est préférable de se rabattre sur 2 ACA d'entrée de gamme qu'une seule haut de gamme. Si la différence est très accentuée, il est impossible de rétablir l'équilibre auditif.

L'audiogramme est l'illustration graphique de l'amplitude d'un son aux fréquences comprises dans le spectre sonore, amplitude mesurée en dB (décibel), unité sans valeur pour exprimer le rapport de deux intensités acoustiques. L'audiométrie tonale (multifréquences) utilise des sons purs en faisant un sondage octave par octave ou demi-octave, de 125 Hz à 8 kHz, et l'audiogramme vocal de 500 Hz à 2 kHz et/ou liste de mots et de chiffres (Les normes pour les mesures et les réglages préconisés varient selon les pays). Voici quelques ordres de grandeurs : seuil d'audibilité 0 dB - bruissement de feuilles 15 dB - habitation calme 30 dB - conversation normale 40 dB - musique douce 50 dB - conversation vive 60 dB - trafic routier intense 80 dB - baladeur à pleine puissance 105 dB - discothèque 115 dB - réacteur 125 dB - pistolet 9 mm 150 dB - fusil d'assaut 170 dB - fusée au décollage 180 dB. Autres ordres de grandeurs : une porte en bois fermée représente une atténuation d'une vingtaine de dB, un mur en brique 40 dB et un mur en parpaings 50 dB.

Il existe cinq degrés de surdité. La déficience auditive légère est une perte moyenne comprise entre 21 et 40 dB ; la parole reste claire avec une voix normale, mais elle ne peut être perçue dans le cas où la voix est basse ou lointaine. La déficience auditive moyenne est une perte tonale délimitée entre 41 et 70 dB ; la parole reste claire si la voix est élevée. La déficience auditive sévère est une perte tonale évaluée entre 71 et 90 dB ; le malentendant n’entend son interlocuteur que s’il se place près de l’oreille et parle fort. Une déficience profonde empêche les malades d’entendre la parole. Seuls les bruits graves et très puissants sont perçus, mais pas toujours identifiés. La déficience totale perte moyenne de plus de 90 dB ; le malentendant n’entend rien.

Les appareils auditifs classés de A (analogique) à D (aide numérique haut de gamme), diffèrent par leur discrétion, leur degré de correction, leur technologie (analogique ou numérique), leur degré de sophistication. Il existe trois types d’appareils : les contours d’oreilles qui s’adaptent à tous les niveaux de perte auditive, leur manipulation est favorisée par leur taille, et leur autonomie augmentée. Certaines marques les proposent dans différentes couleurs de carnation ou teinte de la chevelure. Ce type d'appareil qui apporte le son au plus près du tympan offre la meilleure qualité sonore, l'effet larsen est réduit (le micro éloigné de l'écouteur d'une dizaine de millimètres limite le retour acoustique) et un embout ouvert contribue à une audition proche de l'audition naturelle. Les appareils ayant leur micro logé sur le dessus de la coque risquent la panne en cas de pluie...

Les intra-auriculaires placés dans le conduit auditif sont très discrets et plus faciles à accepter psychologiquement. Ils sont déconseillés chez les malentendants ayant un conduit auditif trop étroit, une surdité trop sévère, de fortes sécrétions de cérumen (changer le filtre toutes les 4 semaines). Si l'embout standard ne convient pas au conduit auditif, il faut une prise d'empreinte de celui-ci afin de l'adapter parfaitement (cette remarque vaut pour certains contours d'oreille. La coque doit épouser l'os au plus près si on ne veut pas perdre l'appareil en ôtant son pull-over). L'embout intra-auriculaire peut donner la sensation d'oreille bouchée, à l'inverse, s'il n'est pas parfaitement ajusté, la proximité du micro et celle de l'écouteur peut entraîner l'apparition d'un larsen ; il suffit parfois d'un bonnet de ski pour qu'il siffle !

Les appareils à conduction osseuse (un vibreur propage les sons à l'os mastoïde) sont spécialement conçus pour tous les malentendants souffrant d’une surdité mixte ou ayant des malformations au niveau de l’oreille. Le système peut être dissimulé dans les branches d'une paire de lunettes ou ancrage osseux (implant).

L’aide auditive alimentée par une pile ou une batterie rechargeable, comprend un microphone qui transforme les sons en signal électrique, un pré-amplificateur, des filtres, un amplificateur, un limiteur de niveau (CAG) et un écouteur qui transmet les vibrations sonores à l'oreille. Les appareils numériques comportent deux convertisseurs analogique/digital et D/A, un microprocesseur et une mémoire. Le contrôle automatique de gain destiné à protéger l'oreille des sons d'intensité élevée (compresseur de dynamique) nivelle le son en amplifiant les sons faibles tout en atténuant les sons forts. Mal réglé, il lisse les crêtes ou exagère les vallées contribuant ainsi à réduire le relief sonore. Cette chaîne d'« étages » est à l'origine de la distorsion totale (rapport S/B environ 6 dB).

Il existe deux types de micros (bande passante 100 Hz à 10 kHz), le micro omnidirectionnel qui capte avec la même sensibilité les sons provenant de toutes les directions, et le micro directionnel qui atténue les sons provenant sur les côtés ou de l'arrière. Les aides auditives à deux ou trois microphones permettent le choix omnidirectionnel pour les ambiances calmes (la courbe réelle se rapproche plus d'un microphone hyper-cardioïde en raison de l'écran que forme la tête et le torse), et le choix directionnel en environnement bruyant. La directivité dépend également de la fréquence, de l'espacement des micros et de leur appariement, le gain est d'environ 5 dB. L'ACA doit rehausser les seuils jusqu'à obtenir la courbe la plus proche de la courbe langagière. Le bruit ambiant peut venir masquer la conversation, pour que celle-ci reste compréhensible, la voix doit conserver un niveau de quelques dB au dessus du bruit (5 dB pour une perte d'audition de 50 dB).

Connaissez-vous la paradéïdolie auditive ? Dites à un Allemand « auxfinesherbes », il comprendra Auf wiedersehen. Cette forme d'hallucination a été avancée pour expliquer l'origine de voix surnaturelles sortant des grésillements d'une bande magnétique, d'un téléviseur, etc., ou des messages sataniques contenus dans des chansons. Si la sélectivité de l'oreille « française » présente une première crête à 250 Hz et une seconde entre 1000-2000 Hz, l'oreille anglaise entre 2 kHz et 12 kHz, l'italienne 2 kHz et 4 kHz, l'allemande 100 Hz à 3 kHz, cela ne signifie pas qu'il y ait une surdité aux fréquences non comprises dans la bande passante, mais une sous exploitation de ces fréquences (professeur Tomatis). La voix ne peut restituer que ce que l'oreille discerne : accents, diction, intonation, prosodie, etc.

Les mélomanes risquent d'être déçus (les ACA n'ayant pas une amplification suffisante au-delà de : 55 dB à 5 kHz - 35 dB à 6 kHz - 20 dB à 7 kHz). Pour palier une perte importante dans les aigus, il faut choisir une aide à transposition de fréquence. Pour faire simple, la bande passante 200 - 6 kHz est comprimée entre 200 - 3 KHz. Certaines ACA disposent d'une douzaine de programmes. La commutation entre les différents modes peut se faire manuellement, à l'aide d'une télécommande, d'un Smartphone, voire automatiquement. Si le lissage est trop accentué, vous ne profiterez pas de l'ambiance d'une brasserie. Vous profiterez de la conversation mais pas du bruit des couverts dans les assiettes. Cette technologie est efficace dans la plupart des situations rencontrées, mais la directivité peut parfois se révéler être un inconvénient, notamment dans le cas de la circulation, et être à l'origine d'un risque d'accident.

Les ACA numériques ont une cadence d'échantillonnage de 8 kHZ ou 16 kHz. Depuis les travaux de Shannon et Nyquist, on sait que la digitalisation du signal sinusoïdal doit avoir une vitesse d'échantillonnage deux fois supérieure à la fréquence la plus élevée. Si on échantillonne à 8 kHz, la voix, cela équivaut à prélever un échantillon toutes les 125 millisecondes (résolution temporelle 1/8000). Plus le nombre de bits est élevé, plus fidèle sera la restitution sonore. Un échantillonnage à 44 kHz donne une résolution fréquentielle de 43 Hz de large (44100/1024 ou 1 kibit = 210), mais nécessite plus de mémoire, de puissance de calcul (transformée de Fourier), de rapidité (over-clocking) et entraine une consommation accrue. Avec une résolution temporelle de 125 ms à 44 kHz, le calcul de Fourier occupe 5512 blocs (125 ms x 44100 Hz, soit une expression binaire de 212 ).

Le nombre de canaux n'est pas un critère absolu pour définir la qualité de l’appareil, surtout si l'on vous propose un appareil à 20 canaux alors que l'audiogramme repose sur 6 fréquences ! Le nombre de canaux tient un rôle capital sur l’ajustement des réglages par l’audioprothésiste, mais uniquement en fonction de l’audiogramme du patient. Certains filtres sont au tiers d'octave dans les basses et les médiums avec une largeur d'environ 14 % de la fréquence centrale (filtre de Bark, Moore, etc.) ! Lorsqu'un son se situe à cheval sur deux canaux mitoyens, l'interférence créée peut perturber le son restitué !

Les appareils numériques traitent les sons de façon sélective et l'aide autorégulée dispense de régler le volume et/ou choisir un programme personnalisé (certains appareils proposent une douzaine de programmes. C'est comme pour l'appareil photo numérique dont vous en utilisez seulement quelques uns), elle s'adapte en continu à l'environnement sonore. Les réglages manuels sont à proscrire pour les personnes atteintes d'une perte de sensibilité, de tremblements, de préhension. Les aides auditives sont « fragiles », en changer la pile ou le nettoyage de l'appareil peut être à l'origine de sa chute (non couvert par la garantie), ne jamais vaporiser de cosmétiques sur les aides auditives qui obturent les microphones, bloquent les commandes manuelles et qui peuvent attaquer la coque.

Plus l’appareil auditif monte en gamme, plus les options proposées sont nombreuses : nombre de canaux, traitement des bruits d’ambiance, des bruits d’impact, transposition de fréquence, gain sur les bas et haut niveaux, les temps d’attaque et de retour, anti-vent, anti-larsen, connexion sans fil pour permettre la connexion avec un téléphone, un téléviseur, un GPS, une montre connectée, etc. L'audioprothésiste oublie de dire au client, captif, que certains anti-larsen sifflent dès que l'on porte un bonnet couvrant les oreilles ou que l'on passe certains systèmes antivols, que l'intra-auriculaire mal adapté au conduit auditif se déplace quand on mâche, et qu'un appareil milieu de gamme bien réglé et bien ajusté peut se révéler plus adapté qu’un appareil auditif haut de gamme. Soixante pour-cent des personnes ne portent pas leur aide auditive ! Il faut s'habituer à sa « nouvelle voix » (on ne récupère jamais sa propre voix), à la perception de certains bruits que l'on ne percevait plus (travaux, klaxon, voisins bruyants, etc.). Si pour certaines personnes il leur suffit de quelques semaines, cela peut prendre plusieurs mois pour d'autres, voire une année pour l'accepter « psychologiquement » !

La plupart des fabricants (chinois) utilisent une même puce déclinée dans toute une gamme d’appareils revendus aux marques qui appliquent un coefficient 5, voire plus sur leur prix de vente. Cela fait chère la sérigraphie... Les appareils standards et premium sont identiques ! La différence repose sur le logiciel utilisé pour les programmer ! La France compte plus de 5.000 audioprothésistes, salaire moyen 46.774 Ӭ /an (sce Indeed). Les prix pour un même appareil diffèrent au sein des magasins d'une même enseigne ! Pour des ACA de qualité sans augmenter les mutuelles et source d'économies pour la CPAM : https://fr.made-in-china.com/tag_search_product/Hearing-Aids_uynunen_1.html&nbsp ;

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6 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 29 novembre 2018 09:26

    Quand on est pauvre on nous taxe de « sans dents » mais jamais de sans oreilles ....


    • Julien S 29 novembre 2018 09:33

      Les acouphènes ne gêneraient personne si leur intensité était de quelques décibels. Elle atteint gaillardement plusieurs bels. 

      Non, la sensation de niveau sonore n’est pas double avec deux oreilles identiques qu’avec une seule.

      Allez, auxfinesherbes ! 


      • Decouz 29 novembre 2018 09:53

        Les audio prothésistes justifient le prix élevé des appareils en disant qu’il inclut l’entretien, c’est comme si on vous facturait une voiture 10 fois plus cher, en incluant les visites futures chez le garagiste, visites aléatoires et non remboursées en cas de décès. Certes l’entretien et les réglages sont importants, mais pourquoi ne pas proposer des remboursements au cas par cas.

        Ces professionnels ont besoin de vivre disent ils, mais ils sont mieux payés que d’autres au même niveau d’études, et il y a un numerus clausus qu’il serait bon de supprimer.

        Des discussions sont en cours avec le gouvernement, dans le cadre du remboursement de tout ce qui est prothèse, mais ce qui sera remboursé sera du matériel de base évidemment sans les options plus couteuses.


        • aimable 29 novembre 2018 13:32

          ces prothèses , si vous êtes en conversation avec plusieurs personnes ou s’il y a des bruits différents autour de vous , elles ne servent a rien puisque vous ne comprenez plus rien , donc pour suivre la conversation vous les enlevez vous les arrêtez . Alors a plus de 1000euro pièce + les piles cela fait cher pour un service moyen .


          • aimable 29 novembre 2018 13:35

            @aimable
            erratum : vous les enlevez ou vous les arrêtez


          • stef 30 novembre 2018 07:43

            Beaucoup trop cher en effet mais c’est bien utile et ça change la vie 

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