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Les ailes de Sophie

Elle s'appelait Sophie. Sophie Scholl.

Avec son frère Hans, elle écrivait le soir, sous la lampe, des mots de liberté, des mots qui disaient le vent dans les cheveux, l'amitié, une belle journée de printemps, une promenade à la plage, le soleil dans l'eau. Des mots de paix aussi en cette période où leur pays était martelé par les bottes nazies.

Ils écrivaient en plein jour des mots plus virulents aussi, des mots qui incitaient les gens à rompre leurs chaînes, à reprendre le contrôle de leur vie, à dévier la destinée de ce pays promis à la mort.

Un matin du mois de février 1943, Hans et Sophie décidèrent de distribuer des tracts à la faculté de Munich. Ils en remplirent deux valises.

Pendant les cours, dans le silence des couloirs, ils les posèrent partout : sur les marches des escaliers, sur les rebords des rampes, sur les rambardes.

Sagement alignés en petits paquets. Un souffle, bien sûr, eût suffi à faire virevolter ces papiers de révolte. Mais Hans et Sophie Scholl s'aperçurent en sortant qu'ils n'avaient pas, dans leur émoi, tout déposé. Il leur restait quelques liasses de feuilles dans leurs valises. Ils auraient pu abandonner, rentrer chez eux. Ils auraient alors été sauvés en ayant accompli un bel acte d'héroïsme.

Pourtant, ils décidèrent de faire demi-tour, de remonter l'escalier et là, dans un geste de panache, Sophie jeta les papiers du haut du deuxième étage. On entendit les tracts vibrer comme un immense feuillage au contact de l'air.

Bientôt, le sol fut tout étoilé de ces papiers, telles des ailes de papillons encore ouvertes.

On rattrapa les jeunes gens ; on les accusa ; on les emprisonna. Dans un procès inique, on les condamna à mort. Trois jours plus tard seulement après le lancer des papiers, Hans et Sophie Scholl ainsi qu'un de leurs camarades, Christophe Probst, furent guillotinés.

Mais leurs écrits ont survécu à la mort. Leurs tracts non seulement seront lus à la BBC par Thomas Mann mais ils seront aussi lancés avec panache par des avions anglais - mots de liberté constellant la terre de leurs ailes encore ouvertes.

Les temps bien sûr ont changé. 
Ce ne sont plus les mêmes circonstances.

Mais il est encore de par la terre, de par le monde
de jeunes gens qui doivent donner une main, un pied, leur corps, leur vie

pour que la liberté prenne corps et vie,

de jeunes gens qui tombent sur le sol

pour que toutes les formes de libertés ouvrent leurs ailes et s'envolent.

Géraldine Andrée

 

PDF - 790.5 ko
La Rose Blanche, d’Inge Scholl, essayiste allemande,
avec extrait de chapitres et de photos présentant la destinée de ce mouvement de Résistance.

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3 réactions à cet article    


  • Ciriaco Ciriaco 25 mai 2018 12:44

    Sophie est maintenant inscrite sur Facebook et commente l’actu dans sa sphère de confort cognitif. Des Hans la bouscule parfois, là-bas ou dans la rue, c’est le même jeu, la règle s’est imposée partout.

    Tous les deux voient maintenant la vie avec des airs de téléphone. Le vieux qui s’était retrouvé au coin de la rue, le vieux, malade, épuisé, c’est comme le corbeau mourant que le groupe attaque. Il faut le voir, essayer de tenir son vol sous les coups de becs qui briseront son crâne.

    Lorsqu’un monde meurt, les corbeaux sont de retour.


    • chantecler chantecler 26 mai 2018 11:35
      Dans l’Allemagne nazie on ne « guillotinait » pas .
      On décapitait à la hache .

      • Géraldine ANDREE Géraldine ANDREE 26 mai 2018 12:49

        Non. Pas pour les Résistants de La Rose Blanche. Renseignez-vous.

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