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Les algorithmes secrets d’instagram

Derrière ce mot qui fait peur se cache une suite d’ordres informatiques automatisés qui pourrait bientôt transformer notre vie en enfer. 

En marge de la presse mainstream et des magazines, Instagram était un réseau social démocratique et méritocratique ou chacun bénéficiait d’une chance égale de montrer ce qu’il faisait. Un moyen de se faire connaître pour les artistes et créateurs dans un monde où l’argent fait loi.

 

Alors que l’accès aux pages éditoriales des magazines de l’establishment industriel et financier ( Vogue, Glamour, Le Figaro, ELLE, Liberation, Le Parisien etc.) est reservé aux riches annonceurs (LVMH, KERING, H&M etc.), Instragram était une vitrine gratuite et accessible à tous les petits créateurs. Un espace de partage et de liberté comme jamais il n’y en avait eu.

 

Simple comme bonjour.
 

Vous postiez une image et tous les utilisateurs qui vous suivaient, « vos amis », voyaient cette image s’afficher instantanément sur leur fil d’actualité (d’ou le insta… de instagram). Ils pouvaient alors l’aimer, la commenter, ou la partager…

 

Mais ça, c’est fini.

Depuis que la célèbre enseigne de Silicon Valley a été racheté par Facebook (passé depuis longtemps du côté obscur de la force), le célèbre réseau social s’est vendu aux puissances de l’argent. Dans le jargon on appelle cela « monétisé ».

Instagram n’est plus libre et des algorithmes aussi secrets qu’efficaces favorisent les publications sponsorisées d’annonceurs puissants au détriment des petits créateurs qui eux se voient privés d’accès à leurs abonnés et forcés de faire de la publicité.

 

On ne prête qu’aux riches.

 

« Nous avons beaucoup investi en contenu photo et vidéo et avons aujourd’hui une base de 65 000 abonnés. Malheureusement Instagram nous empêche désormais d’atteindre nos abonnés afin de nous obliger à faire de la publicité… » déplore Marie, une jeune designer de mode, que nous avons rencontré.

 

Si vous aviez 10 000 abonnés, nous explique-t-elle, et que vous postiez une photo, vos 10 000 abonnés voyaient cette photo s’afficher sur leur fil d’actualité instantanément.

En outre, avec le système du hashtag (mot précédé d’un symbole qui sert a référencer une publication sur le fil de l’ensemble des post instagram du réseau) votre photo pouvait connaître une diffusion plus large que votre base d’abonnés si elle avait du succès, de sorte qu’elle était vue par des utilisateurs qui ne vous connaissaient pas mais pouvaient ainsi découvrir ce que vous faites. 

 

Aujourd’hui une police informatique invisible savemment mis au point par les laboratoires d’instagram, dit « algorithm » (suite d’ordres informatiques programmés) bride les publications de centaine de milliers de petits comptes instagram, de centaines de milliers de créateurs de tous horizons et de toutes disciplines, identifiés comme potentiels source de revenus publicitaires, grace aux développement récents de l’intelligence artificielle.

 

Suite à l’échec de la publication –qui n’atteint plus les abonnés de l’utilisateur, celui-ci se voit proposé par le biais d’une publicité instagram qui apparaît immédiatemet après sur son fil d’actualité, de « sponsoriser sa publication » pour atteindre une audience plus large… celle précisément qui n’a pas été atteinte parce qu’elle a été mise hors de porté par l’algorithm d’instagram… (je te casse une jambe pour te vendre un siège roulant).

 

 Cela ressemble fort à une arnaque ou à de la vente forcée…

 

« J’ai vérifié avec des amis et des connaissances qui sont abonnés à mon compte. En moyenne seuls 20 à 30% de mes abonnés voient les photos que je postent. 70% de mes abonnés ne voient plus mes publications s’afficher sur leur fil d’actualité ou alors mes publications apparaissent sur leur fil d’actualité d’il y a 3 jours -que personne ne regarde le principe du réseau étant l’instantané. Pour les vidéos c’est pire, sur mes 65 000 abonnés seuls 3000 ou 4000 d’entre eux voient les vidéos que je post… ».

Un expert en marketing, nous indique « qu’il s’agit de faire de la place pour laisser passer les post sponsorisés (publicités) de puissants annonceurs tels que les géants LVMH, KERING H&M etc. Le nombre de publicité de Gucci, Vuitton ou H&M sur le réseau est hallucinant.

 

Ces mastodontes du luxe et de la fast fashion se sont rendus compte qu’ils investissaient des milliards en pure perte dans des médias traditionnels de moins en moins fréquentés, et que des centaines de milliers de petits créateurs se multipliaient sur instagram et promouvaient leurs créations gratuitement. Ils se sont retrouvés dépassés. Cela tombait bien pour instagram qui venait d’être racheté par facebook et souhaitait monétiser son « reseau social ».

 

Cette évolution est typique de ces modèles économiques gratuits qui se monétisent après quelques années et changent leurs règles du jeu au risque de déplaire et d’être remplacés par un autre réseau assez rapidement.

 

Une évolution qui se fait au détriment de la libre concurrence et de la création, mais aussi de la liberté d’expression et des utilisateurs qui ne voient plus que ce que l’algorithm veut bien leur montrer.

 

Une censure hyper suptile et invisible rendu possible par les développements très récents de l’intelligence artificielle, capable d’identifier et de classer les utilisateurs, et d’adapter un traitement particulier à chaque type d’utilisateur, voir à chaque utilisateur.

 

Si certains utilisateurs sont restreints pour les contraindre à faire de la publicité (petites entreprises, jeunes créateurs) d’autres privilégiés partagent en effet du contenu librement (mannequins, artistes, utilisateurs lambda), tandis que les puissants annonceurs se voient privilégiés et largement favorisés dans la diffusion de leurs publications.

 

Plus pervers encore, Instagram a mis au point des black lists… On parle de « shadowbanning ». Dans ce cas par exemple les publications accompagnées de hashtag référent à certaine personnes ou marques, n’apparaissent pas dans le « mur » d’actualités instagram. Certaines publications quelle que soit l’influence de celui qui publie - et son privilège dédié, sont bridées dans leur diffusion si elle sont accompagnés du hashtag banni – cet algorithm est en service depuis plusieurs années sur facebook. Il est utilisé dans le domaine de l’influence politique sur tous les sujets d’actualités. Google l’utilise également beaucoup pour faire disparaître les articles ou sites qui véhiculent des informations gênantes…

 

Alors qu’avec la publicité traditionnelle dans les magazines ou à la télévision des puissants annonceurs pouvaient faire croire qu’un produit rencontrait du succès alors qu’en réalité il n’en avait pas, avec Instagram il est désormais possible de faire croire qu’un produit ou création ne remporte aucune adhésion, alors qu’il n’est en réalité pas vu du nombre d’utilisateurs qui sont censés le voir (le public croit que vous avez eu 0 à l’examen, en realité quelqu’un a dérobé votre copie et le professeur ne l’a pas eu)…

 

Se plaignant de ces nouveaux algorithmes, certaines marques, comme la marque de cosmétique bio « Lush » ont quitté le réseau social. « We are switching up social ». On change de réseaux social, peut on lire sur le compte instagram de la marque au 500 000 abonnés qui n’a plus rien posté depuis des mois.

 

Certains députés américains se sont émus récemment que facebook ait pu racheter instagram et whastapp et créer ainsi le plus grand trust d’information de l’Histoire… 

 

Ces pratiques sont le résultat du monopole ainsi constitué. Nous entrons de plein pieds dans un univers orwellien et ce qui est le plus glaçant c’est que personne ne semble l’avoir remarqué.

 

Pour parfaire cette illusion de liberté, les médias du pouvoir critiquent et stigmatisent des régimes totalitaires loin de chez nous comme la Chine et la Russie…

Et Marc Zuckerberg, l’actionnaire milliardaire de facebook, n’est pas en reste. Il donne des conférence dans les universités américaines en déplorant la censure qui règne sur l’internet chinois. « Is that the internet that we want » (Est ce que c’est l’internet qu’on veut ?) demande-t-il dans un article paru il y a peu.

http:// https://www.theverge.com/2019/10/17/20919464/mark-zuckerberg-facebook-china-free-speech-georgetown-tiktok-bytedance

 

On pourrait demander au même Marc Zuckerberg à propos des algorithmes qui bloquent les petits créateurs sur ses réseaux sociaux facebook et instagram pour vendre l’espace aux multinationales » « Hey Marc, is that the social network that we want ? ». Hé, Marc est ce que ce sont les réseaux sociaux qu’on veut ? »

 

Nous avons tenté d’entrer en contact avec facebook et instragram pour poser la question, mais personne n’a souhaité nous répondre. Et comme pour faire écho à leur pratiques obscures leur immense locaux ne comportent pas d’enseigne comme s’était le cas des grands journaux ou entreprises de communication à l’époque (Le Figaro, M6, Publicis).

 

Face à ce nouveau totalitarisme, aussi insensible qu’invisible, il est peut être temps de se rappeler la mise en garde de l’un de nos philosophes les plus illustres « personne n’est plus esclave que ceux qui pensent faussement être libre » (Montesquieu).

 

Annabelle Camus


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9 réactions à cet article    


  • popov 19 octobre 18:16

    On verra arriver des alternatives. En voici déjà une et quelques autres.


    • HELIOS HELIOS 21 octobre 09:38

      @popov
      ... vos 2 exemples sont parait-il, libres mais n’existent qu’en anglais et exigent ... ne serait-ce que pour communiquer d’être inscrit sur un des réseaux ’sociaux’ décriés .

      Sur le fond... cela sert à quoi de faire de la pub pour de la bave d’escargot du Larzac sur les smartphones des vanuatus ?


    • placide21 22 octobre 09:00

      @popov
      Ne pas oublier que la liberté est opacité.


    • Raymond75 20 octobre 08:07

      Toutes les sociétés qui se développent sur Internet et les ’réseaux sociaux’ n’ont qu’un but : se faire racheter par un des trois ou quatre GAFA après une période de pseudo liberté pour se faire une vaste clientèle de gogos.

      La seule solution est de se mutualiser pour développer des application en Open source (certaines ont été citées dans le commentaire précédant) ; à condition que l’Open Source en question soit vraiment international, et hors de contrôle d’un gouvernement ... Pas facile.

      La gratuité de Instagram n’avait qu’un objectif : se construire une base de données importante et solvable, et rendre les utilisateurs dépendants.

      Moi je n’ai pas de smartphone (seulement un téléphone portable) et je m’en porte très bien. Je n’ai pas besoin de devenir un abruti incapable de décrocher de son écran, et qui marche comme un zombi dans la rue. Tout cela, ce ne sont que des conneries. On a pas besoin d’être saturé de messages en permanence.



        • AngryX 20 octobre 17:48

          Un grand merci pour votre article car j’ai enfin eu la réponse que je cherchais depuis plusieurs mois sur Google bien que j’avais identifié le problème avec le rachat de Zuckerberg d’Instagram et l’intégration du fameux algorithme. Vous avez parfaitement décrit la nouvelle problématique avec Insta, bravo car il y a peu de personnes à écrire avec autant de précisions sur le sujet. Les Jaime de mes publications ont chuté vers le mois de mai 2019 alors que ça allait croissant juste avec des hashtags. Et maintenant je constate que le fil d’actualité est un gros bordel puisqu’il n’y a pas forcément d’ordre chronologique. J’avais beaucoup de plaisir à utiliser instagram. Je trouvais justement que cela donnait la liberté et l’ouverture aux autres pays. La liberté ... à nouveau bridée !


          • jymb 21 octobre 13:24

            C’est quoi insta machin ? 


            • Ruut Ruut 21 octobre 22:21

              La France est incapable de développer ses propres applications sociales ?

              Il servent a quoi les ministres de l’industrie et de la culture si ce n’est de nous proposer des versions Françaises (et donc sous loi Française) des trucs utiles.

              Il arrive quand l’Amazone des produits Fabriqués en France ?


              • KingPat KingPat 22 octobre 11:27

                L’une des prochaines étapes après RGPD et compagnie va être de réglementer les régies publicitaires, type AdWords, FB, Criteo...

                Il sera grand temps smiley

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