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Accueil du site > Tribune Libre > Les chiens renifleurs, armes de prévention massive ?

Les chiens renifleurs, armes de prévention massive ?

Les gendarmes font maintenant renifler les cartables des collégiens à leur descente de car scolaire. Cette nouvelle "méthode de prévention" pose question mais pourquoi ne serait-elle pas généralisée ?

Rappels des faits
 
Selon une dépêche AFP, le jeudi 12 février 2009, un chien renifleur a reniflé les cartables d’une centaine de collégiens d’Arthez-de-Béarn, près d’Orthez (Pyrénées-Atlantiques). Les élèves venaient de descendre du car scolaire lorsqu’ils ont été contrôlés par une équipe de cinq gendarmes aidés d’un maître-chien de la police.

L’opération, menée sur réquisition du procureur de la République était officiellement « une opération de prévention qui a pour but de protéger et prévenir les mineurs sur les dangers de la drogue. »
 
Protéger et prévenir les mineurs sur les dangers de la drogue
 
Ainsi donc, cette opération infructueuse (puisqu’il n’y a eu aucune découverte de drogue) sur la centaine de collégiens descendus du car scolaire avait officiellement pour but de prévenir les enfants des dangers de la drogue.
 
Je m’interroge sur la réalité de cette prévention. Quel message utile sur les dangers de la drogue a été transmis aux collégiens ?
 
Celui de craindre les forces de l’ordre, capables de venir avec un chien policier pour vérifier qu’aucune drogue n’est cachée dans les trousses ou les cahiers ?
 
Celui de craindre les forces de l’ordre, capables de traquer les potentiels porteurs de drogue jusqu’au pied des cars scolaires ?
 
Quelles informations sur les dangers de la drogue les enfants ont-ils retenues, face au chien et à l’escouade de gendarmes déployés devant eux ?
 
Qu’était-il prévu en cas de drogue trouvée sur un élève ?
 
Je m’interroge également sur le comportement des gendarmes au cas où ils trouvaient de la drogue dans le cartable d’un collégien.
 
Qu’auraient-ils dit à cet instant, devant la centaine d’enfants, les yeux tournés vers leur camarade ?
 
Auraient-ils passé les menottes ? Auraient-ils fouillé ses vêtements ?
 
Auraient-ils pris à parti le collégien pour expliquer aux autres ce qu’il advient d’un trafiquant de drogue ? Auraient-ils brandi cette prise comme une victoire contre la mafia ?
 
Auraient-ils emmené le contrevenant (mineur) au poste, subissant les regards des autres et peut-être l’humiliation ?
 
Pourquoi des collégiens ?
 
Je m’interroge sur la motivation du procureur de la République de cibler un car de collégiens pour effectuer une recherche de drogue.
 
Nous avons l’habitude maintenant, en France, de voir fleurir des contrôles massifs d’alcoolémie pour lutter contre l’ivresse au volant. De manière analogue, les gendarmes se postent à un endroit stratégique pour contrôler tous les conducteurs et ainsi accroître les chances de dénicher des contrevenants.
 
Cette stratégie est admise par la population car elle est présentée dans le but de soustraire les conducteurs ivres de la circulation routière et de ce fait limiter les risques qu’ils provoquent des accidents.
 
Si on essaie d’élargir la stratégie anti-conduite en état d’ivresse par contrôles massifs inopinés, il me parait étrange de cibler un car scolaire ! Ne serait-il pas potentiellement plus fructueux de cibler les dealers de drogue de la ville d’Orthez plutôt que les enfants d’Arthez-de-Béarn ?
 
Pourquoi ne généraliserait-on pas ces méthodes ?
 
A ceux qui ne voient aucune question à se poser sur la stratégie de prévention qui a été choisie, je leur demanderai ce qu’ils penseraient d’une généralisation de cette méthode de prévention. Imaginons l’arrivée de cinq gendarmes et d’un chien, pour détecter la possession de drogue, d’alcool, d’armes, de fichiers MP3 piratés, de vêtements de contrefaçon ou de médicaments.
 
Ciblons les possesseurs de vêtements contrefaits à l’entrée des entreprises :
Quelle joie de débusquer un possesseur de chemise Lacoste contrefaite devant la porte de l’entreprise qui l’emploie et de l’exposer à la vue de ses collègues et d’en profiter pour leur expliquer les dangers et les méfaits dévastateurs de la contrefaçon.
 
Ciblons les possesseurs de musique piratée à l’entrée des collèges :
Quelle surprise de dénicher un jeune qui possède des centaines de MP3 piratés dans son iPod et de lui confisquer devant ses camarades pour leur expliquer à quel point il est dangereux et illégal de se livrer à la contrefaçon de musique.
 
Ciblons les possesseurs de tabac de contrebande à l’entrée des stades :
Quel bonheur de trouver un footballeur amateur, en possession d’une cartouche de cigarettes de contrebande et de pouvoir le montrer à ses coéquipiers pour expliquer les dangers simultanés du tabac et du trafic illégal.
 
Ciblons les possesseurs de drogue pendant les départs en vacances :
Le pied de trouver un pétard dans la valise de votre adolescent et de pouvoir vous expliquer, sur le quai de la gare, l’inconscience des parents et les dangers du cannabis, avec plein de passagers, ravis de vous voir dans cette galère, avant de monter dans votre train.
 
Ciblons les plus gros consommateurs de drogues : les personnes âgées qui avalent les tranquillisants, les anxiolytiques, les antidouleurs comme d’autres avalent des bonbons. Pourquoi ne pas envoyer une escouade et un chien dans chaque maison de retraite afin de débusquer les drogués et les tancer vertement devant leurs congénères. Favoriser la dépendance aux médicaments et creuser le trou de la sécu, c’est mal.
 
Présentée de cette façon, cette méthode qui est nommée « prévention » et qui ne cible que le dernier maillon de la chaîne ne ressemble-t-elle pas plutôt à de la « répression » ?
 
Objectif, efficacité et impact de l’opération ?
 
L’opération menée à Arthez-de-Béarn pose beaucoup de questions. Son objectif réel était-il vraiment la protection et la prévention des mineurs ? Ne serait-elle pas une tentative de distiller la crainte des autorités par une mise en scène impressionnante ?
 
L’inefficacité de l’opération a-t-elle été volontaire ou pas ? Je penche pour la volonté de ne pas trouver de drogue car dans ce cas il aurait été très délicat de gérer la saisie devant une centaine d’enfants. Ou alors, cela aurait été irresponsable.
 
Quel a été le véritable impact de cette opération ? Les collégiens ont eu la preuve que les gendarmes pouvaient déployer beaucoup de moyens pour chercher de la drogue mais ils ont eu aussi la preuve que ces moyens ont fait chou blanc ! Si jamais un des collégiens était en possession de drogue, les gendarmes se sont ridiculisés devant eux en ne la trouvant pas !
 
Pour les parents, on peut trouver deux positions : l’approbation de la méthode car une démonstration de force, même inutile, peut sembler une bonne chose, ou la désapprobation justement par la disproportion des forces déployées face à des enfants.
 
Pour l’opinion publique, l’impact recherché est peut-être d’apporter une preuve de l’activité des forces de l’ordre face à la drogue. Peu importe le résultat, le but est peut-être que le public retienne l’image de cinq gendarmes et d’un chien au pied d’un car scolaire.
 
Je n’ose imaginer que chaque procureur de la République mandate cinq gendarmes et un chien renifleur pour visiter tous les collèges et lycées de France ! Que d’énergie et de moyens dépensés pour un impact des plus douteux…
 
Avec cette opération ciblée, la France entière sait que les collégiens d’Arthez-de-Béarn ont été dans le collimateur des gendarmes… Les habitants sont sûrement très heureux de cette publicité non désirée pour leur commune. C’est beau la communication événementielle.
 
Pendant ce temps, les dealers de Pyrénées Atlantique n’ont pas été inquiétés par cette opération, et les collégiens de Arthez-de-Béarn n’en savent probablement pas plus sur les méfaits physiques, psychiques et sociaux de la drogue.
 

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14 réactions à cet article    


  • Malossi 17 février 2009 10:31

    c ’est bizarre que dans un pays d ’ivrogne on casse les couilles aux mecs qui fument un peu de beuh, monde de merde !


    • La mouche du coche La mouche du coche 17 février 2009 13:14

      Article AntiSarkosyste Primaire smiley


    • darthbob darthbob 17 février 2009 13:41

      Pardon ?

      Il me semble qu’à aucun moment je ne cite N. Sarkozy dans l’article !

      Vous pouvez argumenter ? Pourquoi devrait-il se sentir visé ?

      Ce serait intéressant à analyser !


    • LaEr LaEr 17 février 2009 14:37

      C’est simple, pour les sarkolatres, tout article qui ne chanterait pas les louanges du gouvernement éclairé sa majesté des mouches vertes est forcement anti-sarkoziste primaire...

      Attention aux présentateurs météo : s’ils annoncent la pluie, c’est uniquement par anti-sarkozisme primaire...


      Plus sérieusement, le fait est qu’il est plus aisé d’impressioner des gamins de collèges que des vrais dealers. Ces même dealers dont le commerce est protégé par les gouverments succéssifs qui refusent tout débat sur les drogues... 

      Hé oui, qu’est-ce qui est le plus néfastes au système économique de la mafia ?

      - un état qui "confisque" une faible pourcentage de la production sans jamais inquiéter les grands chefs ?

      - ou le péquin qui fait pousser 3 plans de beuh sur son balcon afin de consommer indépendant ?

      Maintenant regardez en France qui est le plus inquiété...




    • foufouille foufouille 17 février 2009 11:59

      chose ne pouvant etre cibles
      fraude electorale
      pots de vin aux ploutocrates et haut fonctionnaires
      flics vereux ou nazi
      evasion fiscale
      heure sup non paye
      periode d’essai gratos
      nourriture avariee
      fuite de centrale nucleaires


      • Deneb Deneb 17 février 2009 12:32

        Il n’y a , paradoxalement, qu’une seule parade contre le réflex du "pousse à la délation" et autres joyeusetés de l’État policier : c’est la transparence. Cette transparence (glasnost) , qui a déjà montré son efficacité en faisant tomber la dictature soviétique il y a deux décennies, a transformé le monde par biais du Réseau. Sans Internet, nous n’aurions peut-être jamais entendu parler de cette descente de gendarmerie chez les collégiens.

        La transparence est pourtant une notion difficile à accepter. En effet, notre fonctionnement économique est basé sur le secret. Un vendeur n’a pas intérêt que son client connaisse son fournisseur - c’est le principe même du commerce - le secret. Avec Internet, le monde est devenu plus transparent - et voilà une crise économique. La crise du secret.

        Quand l’État exige plus de transparence pour tout le monde, comme quand il fait fouiller les cartables, les citoyens devraient également exiger de plus de transparence de la part de l’État. La plupart des gens s’offusquent à l’idée de rendre visibles les caméras de surveillance publiques sur le Net. Il serait pourtant préférable que tout le monde puisse y avoir accès, pas seulement une poignée de surveillants, dont finalement on ne connait pas vraiment les motivations.

        Exigeons donc la transparence quant aux vraies motivations de cette fouille collégienne. Es-ce vraiment l’intérêt des éleves ? Ou c’est du spectacle, pour qu’un notable, peut-être mal dans les sondages, puisse exhiber qu’il dépense l’argent public pour la sécurité de nos petits, quitte à les terroriser un peu (faut bien qu’ils apprennent, quoi). Pour calmer quelques excités et gagne ainsi quelques voix pour les prochaines élections ?


        • Emmanuel Aguéra LeManu 17 février 2009 13:24

          Le problème, c’est qu’on les connaît les motivations des "surveillants". Et vous aussi apparemment mon cher Deneb ("Pour calmer quelques excités et gagne ainsi quelques voix pour les prochaines élections").

          je vous renvoie à mon commentaire quant à la triste polémique sur les plaques automobiles.

          Dans tous les cas, vive la police !


        • foufouille foufouille 17 février 2009 14:30

          la motivation est aussi que ca occupe la flicaille, comme ca ils ne sont pas isponible pour les vrais problemes
          en plus ca habitue les momes au "si on a rien a se reprocher, on a rien a craindre"


        • Login Login 17 février 2009 15:39

           Hallucinant .... Ce fume serieux du coté des decideurs !


          • srobyl srobyl 17 février 2009 16:06

            Merci pour votre article. bonne illusttration de la prédominance de la répression sur l’information, de la sanction sur la prévention. Ces démonstrations n’ont d’autre but que de tranquilliser le public : comme toujours, on veut "rassurer" plutôt qu’éduquer, ou informer . 
            Cornegidouille ! Remettons à l’honneur les veilleurs de nuit, comme à Turckheim dans le Haut-Rhin . On pourra entendre : "oyez braves gens, dormez traquilles ! Oncques n’aie vu rue si calme ! Nul dealer à l’horizon !" 


            • darthbob darthbob 17 février 2009 18:33

              Je n’avais pas vu ça sous cet angle !!!

              Mais c’est peut être bien une nouvelle façon d’allumer les réverbères, d’entretenir un sentiment de sécurité, à défaut de combattre effectivement les problèmes



            • Bois-Guisbert 18 février 2009 09:41

              Ces démonstrations n’ont d’autre but que de tranquilliser le public : comme toujours, on veut "rassurer" plutôt qu’éduquer, ou informer .

              C’est vrai ça. Il faut leur dire, aux jeunes, que ça peut être dangereux la drogue, pour la santé... Si personne ne leur dit rien, comment ils pourraient trouver ça tout seuls ?

              En fait, ce qu’il faudrait faire, c’est enfermer les toxicos dans des droguoirs où, temps à autre, on les priverait de leur came pendant un certain temps, avant de les montrer aux enfants des écoles, comme faisaient les Spartiates avec les ilotes alcoolisés...

              Les vieilles recettes, y’a que ça de vrai !


            • Louisiane 17 février 2009 19:00

              Si tout ceci est proprement dégueulasse, ça n’a rien d’étonnant.
              Nous sommes entrés dans la culture du résultat par le chiffre. On chiffre tout : ce que coûte un vieux à l’hôpital, ce que coûte un chômeur, ce que coûte un fonctionnaire...
              Et on récompense ceux qui emprisonnent, expulsent, arrêtent, gardent à vue, parce qu’on peut, en exhibant de bons chiffres (au besoin un peu arrangés) justifier d’une politique de répression.
              Aujourd’hui, on a les bons : ceux qui se lèvent tôt, ceux qui font des heures sup, etc et on a les mauvais : les chômeurs, les délinquants, les drogués, les djeuns.
              Ainsi, tout est clair. On aligne contre un mur 100 collégiens et on les fouille à l’aide d’un chien : ON AGIT !!!
              Et tout se justifie : on fouille parce qu’il y a des drogués et parce qu’il y a des drogués, on fouille. Bon ! Des fois, on trouve pas, mais ça montre qu’on est là. On occupe le terrain médiatique.
              Ca s’appelle "la montée du fascisme" : tout se justifie pour un retour à l’ordre.
              Mais comme toujours, on ne s’attaque pas à la source du problème mais aux éventuelles conséquence.


              • Artius 18 février 2009 09:27

                La criminalisation du citoyen ordinaire (cf. le site de Sylvain Timsit http://www.syti.net/Criminalisation.html et http://www.syti.net/Repression.html) est totalement inepte car comme souligné par plusieurs personnes, on ne s’attaque pas aux causes.

                En conséquence, ces actions sont des prétextes à l’instauration d’une politique sécuritaire, ni plus ni moins.

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