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Les dindons de la farce

La Suisse s’est finalement pliée aux exigences de la vénérable institution parisienne OCDE en mettant sur un pied d’égalité les multinationales, implantées sur son sol, et les sociétés domestiques, en matière d’imposition des bénéfices, en apparence du moins.

Afin de mettre fin à un traitement préférentiel des multinationales, la réforme fiscale « RFFA », plébiscitée par le peuple à 66,4% le 19 mai 2019, fera passer le taux d’imposition moyen des entreprises de 17% à 14% en 2020, après avoir frôlé les 21% il y a une dizaine d’années, sans tenir compte des multiples niches fiscales, ce qui placera la Suisse en bonne compagnie avec des pays comme l’Irlande, la Chypre ou la Bulgarie.

Puisque les jeux sont désormais faits, le quotidien vaudois « 24heures » peut consacrer sereinement une page de son édition du 6 janvier dernier aux effets de cette réforme, tant vantée par la presse helvétique durant la campagne électorale, sur le budget du canton et, surtout, sur celui des municipalités.

Comme le révèle le quotidien, il y a anguille sous roche, car le taux d’imposition cantonal de 13,79%, plébiscité par le peuple vaudois, le premier à se mettre dans la bataille, en 2016 déjà, avec un taux d’approbation stalinien de 87%, en anticipation de la réforme fédérale, est un taux brut, sans la « boîte à outils », offerte aux cantons par la Confédération, les déductions. (24heures)

Curieusement, les autorités vaudoises rechignent encore à communiquer un taux net, certes théorique, mais pas impossible à calculer, taux qui permettrait aux communes de se projeter dans le futur. L’économiste et conseiller national du Parti socialiste, favorable par ailleurs à la nouvelle loi, Samuel Bendahan, s y’est attelé. Il arrive à 10,56%, taux auquel il faut ajouter l’impôt fédéral direct de 8,5%, taux unique, valable pour tous les cantons.

Globalement, le taux d’imposition des entreprises a baissé de 50% en vingt ans et, avec l’arrivée à la Maison Blanche du nouveau président, le mouvement s’est accéléré. Depuis le début de son mandat, le taux fédéral a plongé de 35% à 21% (plus 5% de taxes locales), avec des effets certains sur le budget de l’Etat qui, en 2019, a enregistré un déficit de 1'000 milliards USD.

Constatant une baisse nominale de l’impôt sur les sociétés au niveau international de 32,5% en 2000 à 23,9% en 2018, l’OCDE, encore elle, lance, sous l’impulsion de la France, les Etats Unis et le G7, le projet BEPS 2 (le numéro 1 n’a pas eu l’effet escompté comme le montrent les chiffres ci-dessus ndlr) « Base erosion and profit shifting », ou, comme l’explique pudiquement le site web de la Confédération « un projet qui vise à lutter contre les transferts de bénéfices (à l’intérieur des structures des multinationales ndlr) ainsi que l’optimisation fiscale qui visent l’érosion de la base d’imposition ». La nouvelle loi, serait-elle en train de creuser sa propre tombe ?

Au niveau international la Suisse a réussi donc à devancer la concurrence, pour l’instant. Toutefois, le « race to the bottom » continue allègrement, entre les cantons cette fois-ci. Les voisins genevois chargent 13,99%, mais avec un taux plancher théorique de 13,48 %, tandis que Zurich prélève 18,19% avec un taux plancher de 11,21%.

Cette politique fiscale ruineuse, issue du dogme néolibéral des années 1980, n’a jamais eu d’impact sur les décisions d’investissement des entrepreneurs ni sur leur politique en matière d’emploi, au contraire. Entre 1980 et 2020 la part des bénéfices des entreprises, allouée aux actionnaires, a augmenté de 10% à près de 70%, ce qui a largement contribué à la financiarisation de l’économie et l’alimentation d’une bulle spéculative qui ne tardera pas à se dégonfler, d’une manière ou d’une autre.

En outre, du fait de la part croissante de la rémunération des cadres sous formes d’actions et d’options sur actions, le nombre de programmes de rachat de titres a, pour d’évidentes raisons, littéralement explosé, ce qui met en péril les bilans des entreprises, exposés à un niveau d’endettement sans précédent, s’ajoutant à la dette globale du secteur public et des ménages. 

Depuis la crise financière de 2008, la croissance économique dans les pays industrialisés est donc largement bâtie sur la dette, sauf en Chine, qui, grâce à des investissements conséquents dans les infrastructures et un quadruplement des salaires depuis 2008, agit comme principal moteur de croissance de l’économie mondiale.

Toutefois, la guerre des tarifs, déclenchée par les Etats-Unis, commence à faire de l’effet, sur la croissance chinoise, qui s’est réduit de moitié en 2019, et la plus importante économie européenne, l’Allemagne, dont l’industrie automobile qui, avec ses 800'000 collaborateurs a produit, en 2019, autant de véhicules qu’en 1996, vient d’annoncer un plan de restructuration sans précédent, avec à la clé la suppression de près de 80’000 emplois ou 10% de la main d’œuvre dans le secteur.

Sans doute par coïncidence l’industrie des machines suisse prévoit une baisse des commandes de 27% sur les 15 mois prochains, dont 15% en provenance d’Allemagne.

Le commerce en ligne, mais surtout la perte du pouvoir d’achat, met sous pression la grande distribution, en Suisse et partout ailleurs, dont le dégraissage annoncé récemment par le groupe « Manor » n’est sans doute que le début d’un chamboulement plus important à venir.

Le cigarettier « Philip Morris » annonce, pour 2020, une grande restructuration de ses sites de Neuchâtel et Lausanne, avec le transfert d’une partie des 3'000 emplois vers des destinations plus attractives.

Mis sous pression par l’érosion des marges, due à un niveau des taux d’intérêt proche de zéro depuis la crise financière de 2008, le secteur bancaire européen souhaite se séparer de 60'000 employés. Le nouveau patron de HSBC Noel Quinn le dit à sa manière « On se demande pourquoi nous avons autant d’employés en Europe, alors que nous avons des rendements à deux chiffres dans certaines parties de l’Asie ».

Accorder des baisses d’impôts aux entreprises dans un tel contexte économique et politique frôle l’incompétence.


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10 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 17 janvier 08:41

    Il vaut mieux être un dindon en Suisse qu’au Malawi.

    Ci-dessous, une vingtaine d’exemples de revenus per capita, ajustés de la parité de pouvoir d’achat, évalués par le FMI, en dollar américain :

    Luxembourg : 69 799 $

    Norvège : 42 364 $

    États-Unis d’Amérique : 40 100 $

    Islande : 35 115 $

    Hong Kong : 33 478 $

    Autriche : 33 431 $

    Suisse : 32 570 $

    Belgique : 31 243 $

    Allemagne : 30 579 $

    Royaume-Uni : 30 435 $

    France : 29 187 $

    Italie : 28 533 $

    Espagne : 26 320 $

    Grèce : 22 391 $

    Malte : 19 739 $

    Croatie : 12 324 $

    Russie : 11 041 $

    Ukraine : 7 212 $

    Népal : 1 675 $

    Le revenu par tête le plus faible est celui du Malawi : 596 $

    Le ruissellement ne fait pas tout ; mais quand même, ça finit par déborder.


    • JL JL 17 janvier 08:47

      @Séraphin Lampion
       
      ’’ Le ruissellement ne fait pas tout ; mais quand même, ça finit par déborder ’

       

      le PIB divisé par le nb d’habitants, ça donne le une moyenne.
       
      On peut partager un gâteau de mille manières, ça n’augmente pas la part moyenne.
       
      Plus intéressent est le revenu médian. Mais plus difficile à établir.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 17 janvier 09:07

      @JL

      on est bien d’accord
      on peut aussi mesurer les écarts entre les plus riches et le plus pauvres dans un même pays et faire des moyennes par tranches

      je voulais seulement dire que, pour avoir voyagé en Suisse et aux Etats-Unis, je n’ai pas ressenti en Suisse de sentiment d’inégalités choquantes comme celles que j’ai constatées aux Etats-Uni alors que les chiffres du FMI ne donnent pas cette impression. D’où mon affirmation sur la relativité de l’émoi des dindons suisses.
      Je m’était mal expliqué.


    • Raymond75 17 janvier 09:04

      Ah Ah Ah : la Suisse n’a même pas connu de guerre depuis 1814 !!! Ridicule !

      Nous, Français, nous sommes une grande puissance : révolutions de 1830, 1948, 1871 ; défaire de 1870, quasi défaite de 1914, défaite de 1940, défaite en Indochine, défaite en Algérie, repli la queue entre les jambes d’Afghanistan et bientôt du Sahel ... C’est à cela que l’on reconnait un grand pays avec une forte histoire.

      La Suisse, minable petit pays, n’a fait depuis 1814 que développer ses infrastructures, son économie (qui n’est pas que les banques), l’éducation de la jeunesse, ses transports en commun, son harmonie sociale malgré quatre langues officielles ... Pas de chômage, niveau de vie très élevé : Minable, absence complète d’ambition ...


      • Raymond75 17 janvier 09:05

        @Raymond75

        Pardon : révolution de 1848


      • julius 1ER 17 janvier 10:36

        @Raymond75
        tu devrais ajouter Raymond, pas d’ambition militaires.....
        ce qui nous coûte un max en termes de gaspillage économique .... on ferait bien mieux de développer l’élevage de poissons vu qu’il y a une énorme érosion de la réserve halieutique mondiale, le ratio serait bien plus conséquent, d’autant plus que l’on a la 2ie surface maritime mondiale et finalement on n’en fait pas grand-chose ??????? 
        mais bon, se la jouer ou péter plus haut que son cul, sont des concepts que l’on maîtrise bien en France !!!!
        et cerise sur le « gateu » puisque l’on parle beaucoup des retraites en ce moment j’ajouterai même que l’on a la plus grande réserve mondiale de généraux en retraite quand à ce demander à quoi çà sert au prix que çà coûte un gégène... 
        c’est une autre question ???? 


      • Jamais de la main gauche Jamais de la main gauche 18 janvier 14:22

        @Raymond75

        Nous, Français, nous sommes une grande puissance : révolutions de 1830, 1948, 1871 ; défaire de 1870, quasi défaite de 1914, défaite de 1940, défaite en Indochine, défaite en Algérie, repli la queue entre les jambes d’Afghanistan et bientôt du Sahel ... C’est à cela que l’on reconnait un grand pays avec une forte histoire.

         Ah qu’il était bon le temps sous nos rois finalement !

        Merci de démontrer la farce de la démocratie représentative apportée par notre si chère révolution. Y’a bien un moment où il va falloir couper des t^tes de banquiers.


      • toyet 20 janvier 09:58

        @Raymond75
        minable petit pays, en effet le plus pauvre en 1880, les villages se cotisaient pour payer les affamés à quitter le pays. Puis les étrangers anglais, allemands ont investis en Suisse. La Suisse appartient aux étrangers, c’est un pays colonisé. Il suffit de voir Genève 30% des emplois sont des frontaliers français qui votent Macron, trop drôle.


      • lloreen 19 janvier 19:20

        "Y’a bien un moment où il va falloir couper des t^tes de banquiers.

        "

        Cela finira par arriver...mais avant,il y a un autre grand chantier auquel il faudra s’atteler aussi.

        https://www.youtube.com/watch?v=ArYJMSVRZjY


        • Jamais de la main gauche Jamais de la main gauche 20 janvier 01:07

          @lloreen
          Oh oui, la démocratie représentative n’est qu’un système mis en place pour nous dominer. Beaucoup de défis attendent les peuples du monde. En attendant il faut continuer à informer, débattre et mettre en avant la probité et ceux qui la défendent. Tout ne tient en place que par l’ignorance, le désintérêt ou les coups de matraques.

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