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Les estimations du nombre de combattants et de djihadistes étrangers de Daech



Devant les chiffres contradictoires paraissant dans la presse et souvent basées sur des définitions différentes non précisées, j'ai tenté de faire le point entre le nombre total de combattants de Daech et les estimations de djihadistes étrangers et français ayant rejoint leurs rangs.

1. Le nombre total de combattants :
Le nombre total de combattants de Daech est très fluctuant selon les estimations, allant de 20 000 combattants pour les fourchettes basses à près de 200 000 pour les estimations les plus élevées.
Par ailleurs, les estimations datent souvent de l'année 2014 alors que tout le monde s'accorde pour reconnaitre une explosion des recrutements durant l'année 2015.
 

En Juin 2014, soit il y a à peine 1 an et demi, la presse française évoquait un chiffre compris entre 11 000 et 18 000 combattants de Daech.
Plus généralement, les estimations occidentales avoisinaient les 20 000 à 30 000 hommes. Ainsi en septembre 2014, la CIA faisait une estimation comprise entre 20 000 et 31 500 combattants.
 

En revanche, à la même époque les estimations Syrienne et Irakienne étaient beaucoup plus hautes et se situaient entre 50 000 et 100 000 combattants.
L'OSDH (Organisation Syrienne des droits de l'homme) parlait de 50 000 combattants pour la seule Syrie (mais ses évaluations sont souvent élevées). Un conseiller militaire du gouvernement Irakien évoquait le chiffre de 100 000 combattants et le chef de cabinet du président du gouvernement du kurdistan irakien lançait le chiffre de 200 000 combattants (soit un effectif proche de celui de l'armée française dans sa totalité).
 

Dans un article de mai 2015[1], Romain Caillet, chercheur à l'IFPO (Institut Français du Proche-Orient) après avoir également émis des estimations beaucoup plus basses, évoquait, en tenant compte de l'estimation de l'ONU du nombre de combattants étrangers de février 2015, un nombre de combattants total compris entre 65.000 et 80 000 hommes. Il rajoutait : "Malgré l'afflux de volontaires, ils ont perdu beaucoup d'hommes, notamment en raison des bombardements de la coalition". Le nombre de combattants tués pourrait atteindre 10 000 hommes et les pertes cumulées en Irak et en Syrie, pourraient avoisiner les 20 000 combattants.

2. Les recrutements de djihadistes étrangers
En mai 2014, le journal Britannique "The Economist" faisait l'une des rare estimation par nationalité. A cette date, il comptabilisait sur un total de 15.000 djihadistes autres que Syriens ou Irakiens, 12 000 djihadistes (80%) originaire de pays musulmans dont 3 000 Tunisiens (20%)[2], 2 500 Saoudiens (17%), 2 089 Jordaniens (14%), 1 500 Marocains (10%), 890 Libanais(6%), 550 Libyens (4%), 400 Turcs (3%), 358 Égyptiens (2%), 186 Tchétchènes, 114 Palestiniens et 71 Koweïtiens.
Par ailleurs, sur plus 3 000 combattants provenant de pays occidentaux (20%), il comptabilisait 700 Français (5%), 400 Britanniques (3%), 270 Allemands (2%), 250 Belges (2%), 250 Australiens (2%), 120 Néerlandais (1%), 100 Danois, 70 Américains, 60 Autrichiens, 50 Norvégiens, 30 Irlandais, 30 Suédois et 30 Arabes israéliens.

En octobre 2014, le Washington Post estimait que l'EI comptait environ 16 000 combattants non-Syriens et qu'environ 1 000 volontaires étrangers entraient chaque mois en Syrie pour se joindre aux djihadistes.
A la même période, l'ONU considérait que l'EI comptait 15 000 combattants étrangers originaires de 80 pays.
Cependant, en février 2015, un rapport de l'ONU estimait à 25 000 le nombre de djihadistes étrangers provenant d'une centaine de pays présents sur différents territoires d'opérations dans le monde et dont une majorité avait rejoint l'EI en Irak et en Syrie[3] .

 

Enfin, en juin 2015, le journal Le Monde s'appuyant sur des déclaration du directeur du centre antiterroriste de la communauté des Etats indépendants (CEI) qui réunit la plupart des ex-républiques soviétiques, évoquait le nombre de 2000 citoyens russes dans les rangs de l'EI ; effectif qui ne semble pas avoir été pris en compte dans les calculs précédents.
 

Pour plusieurs commentateurs, la sous-estimation constante par la France du nombre de combattants de l'EI serait une des raisons qui expliquerait l'impression de faible impact des frappes occidentales depuis plus d'un an.

 

3. Les djihadistes français.
En mai 2015, Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur présentait les chiffres des services de renseignement concernant les combattants Français en Syrie ou en Irak et ceux des personnes impliquées dans les filières djihadistes.[4]

Il considérait que parmi eux, 320 personnes étaient en transit pour la Syrie ou l'Irak,
457 étaient sur place et 213 en étaient revenus.
En juillet 2015, soit 2 mois plus tard toujours selon le Ministère de l'Intérieur, le bilan était de 910 Français rendus en Syrie, 494 sur place (soit +8% en 2 mois dont 325 hommes, 158 femmes et 11 mineurs) et 126 avaient été tués, dont 11 dans des attentats-suicides.

Cette nouvelle évaluation des personnes sur place donnait un ratio de 66% d'hommes et de 32% de femmes.
Cependant Daech est réputé comme l'un des groupes se préoccupant le plus du recrutement de femmes et il semble qu'elles soient dévolues à la reproduction.
Elles sont immédiatement mariées à des combattants et si possible mises enceintes. Mais vue l'espérance de vie limitée des combattants, elles sont souvent remariées.

 

[1] "Combien l'Etat Islamique compte t'il réellement de combattants ? " Slate, 12.5.2015 http://www.slate.fr/story/100937/etat-islamique-nombre-combattants

[2] Les % sont réalisés sur le total de 15 000 djihadistes étrangers.


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8 réactions à cet article    


  • leypanou 26 novembre 2015 15:59

    l’impression de faible impact des frappes occidentales depuis plus d’un an  : pourquoi impression ? Les frappes occidentales ont eu un faible impact car elles ne cherchaient pas à écraser EI/Daesh, mais le contenir.

    Sergei Lavrov avait même dit à un moment que même en ayant les informations sur les implantations de l’EI, les Etats-Unis frappaient à côté ou ne faisaient rien. Pire, ils parachutaient des flyers pour dire aux chauffeurs de camion de quitter leurs camions 45mn avant les bombardements (en plus d’armements).

    Déjà, le fait que les Etats-Unis aient attendu plus de 1 an pour commencer à bombarder les convois de camions citernes montrent réellement leur vrai objectif : contenir EI/Daesh et démanteler complètement la Syrie avec un Sunnistan, un Alawistan et un Kurdistan ; les pauvres chrétiens et assyriens ou autres minorités religieuses vont habiter où ?

    Cette prétendue lutte contre l’EI/Daesh n’est que de l’enfumage pour les neuneus : leur vrai but est de donner satisfaction au trio Arabie Saoudite/Qatar/Turquie + Israël, le peuple syrien et nous ; on ne compte pas.


    • njama njama 26 novembre 2015 16:42

      François Hollande a parlé de « près de 300.000 morts » à Washington.
      http://www.ambafrance-us.org/spip.php?article7219

      Large emphase, puisque les chiffres colportés par toute la presse disaient 250.000 morts.

      Ce n’est pas la première fois que les médias rajoutent des 10.000 ou 20.000 morts avec une grande louche sans citer leurs sources.
      Syrian Revolution Martyrs Database (un site de l’opposition très documenté et jamais cité contrairement à l’officine OSDH basée à Londres) en donne un peu plus de la moitié « The number of documented martyrs is 138858 in 1658 days up to 30/9/2015 ». ( 107236 Civilian / 31622 Military )
      mais cette base de données syrienne ne tient pour ainsi dire pas compte des étrangers (Martyrs Counts by Nationality), ce qui voudrait dire, en tenant compte d’un % de morts syriens non documentés (30 % de + admettons) qu’il y aurait eu quelques 70 ou 80.000 morts mercenaires étrangers de cette coalition.
      Je pense personnellement que le chiffre de 250.000 est surévalué, ça fait partie de la propagande de guerre.

      Peut-on parler encore de guerre civile avec une telle coalition internationale ?


      • OMAR 26 novembre 2015 16:54

        Omar9

        Ce ne sera jamais le nombre de combattants qui aura valeur stratégique, mais plutôt :

        -la technologie mise au service de ces combattants : armement, logistique, transport, communication, renseignement, etc....
        -la motivation de ces combattants : volontaires, mercenaires, enrôlés de force, etc...
        -le niveau de combativité de ces djihadistes de merde.

        Et quelque soient les conclusions qui se présentent, cette armée de barbares ne représente qu’une menace tout-à-fait relative à des armées comme celles de la France, la Russie, ou même face à l’armée régulière de B. Assad.

        Alors Gérard, votre comptabilité n’a de valeur que pour ces assassins d’étrangers qui vont par conviction, rejoindre leurs frères bâtards de Daesh.
        Car eux représentent un réel danger s’ils retournent dans leur pays d’origine.


        • njama njama 26 novembre 2015 16:59

          « Ce 1er septembre 2013, l’OSDH a annoncé qu’en 30 mois de conflit, il y aurait eu 110.371 morts. »

          Source : Le bilan de l’OSDH est révélateur : Bachar ne massacre pas son peuple, par Bahar KIMYONGUR 4 septembre 2013

          Comment 2 ans et 2 mois plus tard le chiffre des morts pourrait-il avoir plus que doublé, être de 250.000 alors que l’intensité du conflit n’a pas explosé et qu’elle tendait à diminuer  ?
          voir graphique « Martyr Counts by Month » http://syrianshuhada.com/default.asp?lang=en&a=st&st=8


          • njama njama 26 novembre 2015 19:28

            Sur le bidonnage du nombre de morts en Syrie dans les médias qui ne vérifient rien j’ai retrouvé un de mes anciens commentaires du 01/04/2013 :
            -

            L’OSDH tenait très consciencieusement depuis le début du conflit (mars 2011) le décompte nécrologique précis des victimes (toutes civiles d’après cette Agence londonienne improbable,et toutes bizarrement victimes de la seule l’Armée Arabe Syrienne), et arrivait à environ 45.000 en décembre/ janvier 2012. Après presque 20 mois de conflit.
            « La Syrie est en proie depuis mars 2011 à une révolte populaire devenue conflit armé. En vingt et un mois, les violences y ont fait plus de 44 000 morts, selon l’OSDH. » (Le Monde.fr avec AFP | 24.12.2012)

            A croire que le nombre de morts n’était pas suffisant pour émouvoir les foules sourdes au terrible drame qui se joue dans cet Orient berceau des civilisations ... L’ONU (dont on ignore les sources) imposa le chiffre de 60.000 *, ou la Presse plutôt pour équarrir les 59648 victimes que le Haut commissariat de l’ONU prétendait avoir identifiées ... entre mars 2011 et novembre 2012
            Depuis cette première macabre mise au point comptable de l’ONU + 15.000 d’un coup de baguette magique, arrondie par la Presse, la progression des victimes évolue par quantité de 10.000 toujours « comptabilisées » comme autant de victimes du régime syrien, seul responsable des violences selon leur grille de lecture.
            Le chiffre de 70.000 s’affichait début mars 2013 dans la Presse. C’est à dire pas moins de 25.000 victimes de plus en moins 3 mois, que les dernières estimations OSDH de décembre ???? On peut donc s’attendre à un prochain 80.000 dans les médias ... Quoique déjà , un haut responsable français « s’exprimant sous l’anonymat » - que l’on peut assez très légitimement suspecter d’être de l’entourage de Hollande-Fabius - n’hésitait pas à dire : « on est plus près de 100 000 morts » (Le Point.fr - Publié le 14/03/2013) - Pourquoi sous l’anonymat ? -

            syrianshuhada.com : The number of documented martyrs is 59183 in 735 days up to 21/3/2013

            * Le conflit syrien a fait plus de 60 000 morts, selon l’ONU 3 janvier 2013
            « C’est la première fois que le bilan de l’ONU se fait plus pessimiste que celui de l’opposition au régime syrien, qui estimait jusqu’ici à 45 000 le nombre de morts. »


            • njama njama 27 novembre 2015 10:06

              @ Gérard Dahan
              Pour plusieurs commentateurs, la sous-estimation constante par la France du nombre de combattants de l’EI serait une des raisons qui expliquerait l’impression de faible impact des frappes occidentales depuis plus d’un an.

              Il peut y avoir une autre raison assez simple, et tellement simple qu’on la voit à peine. Le parti pris de la France a toujours été de soutenir depuis mars 2011 ceux que le gouvernement de Sarkozy puis de Hollande appelait les « rebelles » qui avaient manifesté puis qui combattaient pour plus de démocratie. Le discours pendant presque deux ans s’est articulé autour de la « révolution syrienne », celle du Peuple qui se soulève contre le dictateur. Or très vite il était apparu que de nombreux combattants étrangers étaient arrivés en Syrie, particulièrement des tunisiens et des libyens, avec armes et bagages ... mais l’Élysée et le Quai d’Orsay sont restés dans le déni total de cette réalité du terrain, jusqu’au jour où cette position politique n’était plus tenable tant la présence de djihadistes était flagrante et avérée, y compris par l’ONU qui la reconnaissait. La sémantique du discours s’est adapté ensuite en « guerre civile » ... et adieu la « révolution », veaux, vaches, cochons ..., ce qui n’explique pas plus la présence de nombreux étrangers ... car une guerre civile oppose normalement les gens d’une même nation !


              • njama njama 27 novembre 2015 10:17

                suite ... Il fallait donc pour correspondre à ce story-telling que les chiffres annoncés dans les médias des combattants étrangers restent très bas. C’est encore ce qui se passe encore aujourd’hui avec l’EI ... pour faire accroire d’une certaine manière que les « rebelles » dits « modérés » sont majoritaires dans l’affrontement avec l’armée arabe syrienne. La position de la coalition ne reposait que sur le soutien à l’ASL (Armée syrienne libre) qui est aujourd’hui si minoritaire qu’on en parle même plus ou si peu. L’expression « forces démocratiques » (comprenant des djihadistes dits « modérés » https://www.youtube.com/watch?v=puP7nKTNwrg ) s’étant substituée à l’ASL
                On voit le litige avec Moscou qui demande comment reconnaître les terroristes « modérés » des terroristes, ce qui embarrasse beaucoup la coalition qui cherche à sauver ce qui peut être encore sauvé ? faut dire que quand des milliards de dollars (des dizaines peut-être ?) ont été investis dans cette conspiration guerrière, difficile d’admettre l’échec militaire et politique !

                En conclusion, les chiffres varient dans un sens et dans l’autre, suivant le côté duquel on se trouve et les raisons que l’on veut mettre en avant. Comme je le disais + haut François Hollande est dans une flagrante exagération en parlant de « près 300.000 morts », et le nombre de combattants étrangers et de l’EI (daech) est largement minimisé je crois pour tenter de sauver ce qui peut rester de cette révolution pré-fabriquée.


              • Le p’tit Charles 30 novembre 2015 09:33

                Ils sont nombreux c’est certain..mais personne ne connait le chiffre exact..En plus la grande majorité de l"islam soutien ces voyous...ça fait du monde.. ?

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