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Les grenades à main

 

Une Parisienne a déballé une grenade et un obus sur le comptoir du commissariat de police du 17° entraînant l'évacuation du bâtiment, d'une école, de la mairie et l'intervention des services de déminage. Novembre 2018, une habitante de Rabastens-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) découvre 200 grenades offensives rangées soigneusement dans une dizaine de caisses ayant appartenu à feu son mari. Quelques jours plus tôt, un terrassier a découvert quatre grenades US lors d'un chantier dans une ferme à Thirimont, grenades abandonnées sur place par des GIs. En octobre, une femme découvre deux grenades Mills dans la cave de sa maison à Saint-Léonard-de-Noblat (Charentes). Il pourrait s'agir de « munitions de musette » rapportées par un poilu ! Le 31 août, une femme qui utilisait un détecteur de métaux dans son jardin, y déterre une grenade anglaise enfouie à 50 cm de profondeur. Le 28 mars, le service du déminage est intervenu dans une déchetterie pour y désamorcer une grenade. La cuisinière d'un foyer (Paris 18°) découvre une grenade en très mauvais état dans l'éplucheur automatique à pommes de terre !

Le danger que ces engins font courir à la collectivité et aux prospecteurs parcourant les champs de bataille est loin d'être négligeable. Des niches dans lesquelles les stocks étaient entreposés, loin du lieu de vie, ont été recouvertes lors des pilonnages de l'artillerie. Ne pensez surtout qu'il suffit d'en immobiliser la cuillère avec du ruban adhésif pour la transporter... Toutes les goupilles ne ressemblent pas à une « épingle à nourrice », encore faut-il la « deviner » sur une grenade ganguée. En présence d'une goupille fendue méchamment corrodée, ne vous avisez surtout pas de passer un fil de fer dans l'anneau de la goupille pour la ligaturer ou d'en dévisser le bouchon allumeur ! Une seule attitude prévaut : ne pas toucher - noter les coordonnées géographiques et environnementales - si possible dissimuler l'objet sans le toucher - prévenir les autorités.

Une grenade à main est une petite bombe anti-personnel contenant quelques dizaines de grammes (50 à 100 gr) d’explosif brisant, faite pour être utilisée en combat rapproché. L'idée de lancer une petite charge de poudre sur les assaillants remonte au début du XV siècle. Ces grenades primitives faites de verre ou d’argile, étaient bourrées de poudre (mélange de soufre, de charbon et de salpêtre) dont émergeait une mèche soufrée. La grenade à main n’a guère évolué, elle a conservé la taille et la forme sphérique (qui lui permet de rouler...) des grenades utilisées sous Louis XIV pour faciliter son lancer à la main.

Une ordonnance de 1667 créée les compagnies de grenadiers, considérés comme l'élite de l’infanterie, ils ont le privilège de porter le sabre. Les grenadiers seront dotés d'un fusil une dizaine d'années plus tard (l'ancêtre du fantassin grenadier-voltigeur). Au XVIII° siècle, l'usage de la grenade est remisé. L'année 1843 voit l'apparition du premier système de mise à feu à traction. L'usage de la mèche n'est pas sans présenter quelques inconvénients majeurs. Si le temps de combustion de la mèche est trop court, la grenade explose trop tôt et tue le grenadier. A l’inverse, si le temps est trop long, l’ennemi peut la relancer. Les grenades en verre étaient encore en usage en 1850, car elle était plus légère que la grenade en fonte, et ses éclats faisaient des blessures plus difficiles à cicatriser. Cet aspect médical n'a pas disparu, surtout avec l'apparition des grenades en plastique dont les éclats (polycriblage) sont plus difficiles à localiser sur une radiographie ordinaire.

Au début de la Première Guerre mondiale, les poilus disposent de deux modèles de grenades qu'ils utilisent en combat défensif. Le modèle 1882 est une sphère creuse en fonte remplie de poudre noire dont la mise à feu est initiée par un système à friction, (les anarchistes utilisent les boules des rampes d'escaliers, de nos jours les boules de pétanque) principe du frottoir d'allumette. Le corps du modèle 1914 a été conçu pour se fragmenter, il est quadrillé à l'intérieur, et la fusée est vissée sur la sphère. L'année suivante apporte le bouchon allumeur à percussion. La grenade sphérique peut être lancée par une fronde ou l'arbalète d'Imply.

Les stocks en grenades à main sont insuffisants, on fabrique des grenades artisanales avec des bouteilles, boites de conserves remplies d'explosif dans lequel on y mêle des clous ou des morceaux de fonte. La grenade raquette fabriquée à partir d'une cartouche de mélinite (100 gr) placée dans un tube métallique, rainuré, quadrillé ou non, fixé sur une planchette est très répandue. Les grenades fusantes : F1, F2, et OF1 (retard de 4, 5 ou 6 secondes), et les percutantes : P1, P2, P3 (éclats dangereux rayon de 100 mètres), les OP1, OP2 offensives et percutantes qui explosent à l'impact commencent à se répandre en 1915. Les grenades percutantes seront finalement retirées du service en raison de leur manque de fiabilité. Si le poilu ne la percute pas assez fortement sur une surface dure, la sûreté n'est pas ôtée et la grenade lancée n'éclate pas. De nombreuses variantes vont entrer en service : suffocantes, éclairantes, incendiaires, fumigènes.

«  Le lancement est la base de l'instruction du grenadier. La précision dans le lancement a la plus grande importance. Grenade dans la main droite, viser l'objectif avec le bras gauche maintenu tendu dans la direction du but ; ramener la main droite en arrière le bras tendu ; rendre compte que rien ne la heurtera pendant le lancer ; regarder à nouveau l'objectif. Faire décrire au bras droit un arc de cercle dans un plan vertical ; lâcher la grenade, l'épaule droite et le corps suivant le mouvement du bras ; le bras gauche suit l'épaule gauche qui se « refuse ». La grenade ira dans la direction que visait le bras gauche. (...) La grenade ne doit jamais être lancée rasante ni projetée le coude plié. Le tir doit être plongeant. Ce procédé se modifie d'ailleurs suivant les diverses situations dans lesquelles l'homme peut se trouver (à genou, couché, derrière un obstacle)  ».

Les grenades se composent de trois parties principales : un corps en tôle mince (3/10 mm) pour la grenade offensive qui agit par effet de souffle destiné à choquer l’adversaire dans un rayon d’une dizaine de mètres. La grenade défensive, corps aux parois en fonte épaisse pré-fragmentée pour produire des éclats multiples afin de compenser l'imprécision du tir et entraîner le maximum de blessés (l'idée des « Shrapnell » remonte à 1784). Une grenade moderne, dont le corps est en plastique, peut projeter 5.000 éclats d’environ 2 mm ! Une charge explosive contenue dans le corps de la grenade. Un bouchon allumeur ; la chaîne pyrotechnique comporte : la cuillère, le percuteur, l'amorce, la mèche, le détonateur et la charge.

Les Britanniques vont introduire la grenade Mills, modèle beaucoup fiable qui donnera naissance aux grenades de la Seconde Guerre mondiale. Le grenadier tenant la grenade en main, fermement, tire sur l'anneau ce qui a pour effet d'ôter la goupille qui retient la cuillère (invention française). Au lancement, la cuillère est éjectée et libère le percuteur qui vient frapper l'amorce qui enflamme la mèche et initie le détonateur pyrotechnique qui entraîne l'explosion et la rupteur de l'enveloppe. L'usage de la grenade va se généraliser pour : le combat dans les tranchées ou boyaux et l'exécution de coup de mains.

Les Allemands utilisent au début du conflit, la grenade sphérique quadrillée modèle 1913 avec allumeur à traction. Elle est remplacée en 1915 par la grenade « tortue » qui ressemble plutôt à une grosse lentille, et par la grenade à manche directement inspirée des pétards raquette, qui permet d'atteindre un objectif plus éloigné. Pourvue d'une charge de 180 g d'explosif et d'un allumeur à traction (délai de 4,5 secondes), cette grenade offensive efficace dans un rayon d'une quinzaine de mètres par ses éclats, peut être recouverte d'une chemise pré-fragmentée efficace dans un rayon de 75 mètres. Pour souffler un réseau de barbelés, le fantassin allemand confectionne une charge linéaire en ligaturant 3 têtes et une grenade avec son manche pour l'amorçage, chacune espacée d'une dizaine de centimètres sur une planchette. Cette grenade jugée trop encombrante lors de certaines missions, apparaît en 1917 la grenade « œuf ».

Le conflit de la Seconde guerre mondiale va voir apparaitre de nouveaux modèles et les grenades destinées à la lutte contre les véhicules. La grenade Gammon a un sac de drap noir pouvant contenir une charge de 1 kg de plastique. Dès que la grenade est lancée, une tresse lestée se déroule et arrache la goupille, la grenade explose sur l'obstacle rencontré. La diversité des grenades françaises, alliées et allemandes représente plusieurs centaines de modèles !

L'usage de la grenade pour tendre des pièges va se répandre. Sur certaines grenades, on peut supprimer la mèche retard et ainsi confectionner « une retard zéro » (instantané). Il suffit ensuite de glisser celle-ci dans une boite de conserve fixée à une extrémité, et d'en relier le col par un fil de nylon à un point fixe. Gare à l'imprudent qui s'y prendra les pieds ! La grenade peut être glissée dégoupillée dans un verre ou un pot pour en maintenir la cuillère en place, ensuite de la lancer ou de la laisser tomber d'un toit pour qu'elle explose à l'impact. Elle peut être maintenue coincée avec le bec de canne d'une porte, placée dans un « coffret » sur un « ressort » comprimé (relaxation) et expédiée par la poste. Être dissimulée derrière un objet qui va immanquablement attirer la curiosité de la soldatesque... Il suffit d'un levier pour transformer la mise à feu à traction par une mise à feu par pression !

Un chauffeur de personnalité, consciencieux, n'oublie jamais lors de la visite de délaissement du véhicule, de s'assurer que ce genre d'engin n'a pas été glissé entre le bord du siège et la portière ! Le chauffeur d'une personnalité politique a été tué dans l'explosion d'une grenade fixée sous le véhicule, le fil piège de traction planté dans le pneu par un hameçon (Action Directe). Selon le pays dans lequel opère, l'officier de sécurité est appelé à être confronté à différents types de grenades d'origines étrangères. En Europe, le conflit dans les Balkans a contribué à disséminer des grenades de l'ex pacte de l'Est, sans parler des grenades artisanales !

De nouvelles grenades sont apparues : grenades assourdissantes produisant un bruit de 160 décibels à 15 mètres, retard 2 secondes - grenades aveuglantes délivrant un éclair de 5 millions de Candelas, retard 1,5 seconde (armes qui furent testées pour la première fois en opération à Mogadiscio contre des terroristes retranchés). La grenade de dés-encerclement utilisée en RO projette 18 éclats en caoutchouc semi rigide de 9 grammes chacun à 126 km/h. Chaque grenade présente un marquage frappé (modèle, lot, retard) et une couleur de fond et lettrage spécifique au chargement. Grenade explosive : Vert olive et lettres Jaune - lacrymogènes : Gris avec lettres rouges & bande rouge - fumigène : vert clair, lettres rouges & bande rouge - d’exercice renfermant au moins un élément actif : Bleu & Marron - entièrement inerte : orange lettres noir. Abréviations : Grenades Gr - Défensive Df - Lacrymogène Lac - à main Ma - Fumigène Fum - Exercice X - Offensive OF - Tolite T - Inerte INERTE.

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16 réactions à cet article    


  • Arthur S Arthur S 15 mars 08:32

    vous retardez d’un siècle

    ça sert plus à rien les grenades

    on n’envoie plus de marines ni de commandos spéciaux pour exporter un coup d’état

    on prive la population d’électricité

    prochaine étape : on empoisonne l’eau des robinets

    un pays où y a plus personne,, on peut y envoyer des colons, hein ?


    • Clocel Clocel 15 mars 10:00

      @Arthur S

      On envoie encore quelques métèques désœuvrés gonflés au Captagon lorsque la population s’obstine à ne pas vouloir quitter leur foyer.

      Parait que les « colombiens » ont fait du bon boulot à Benghazi, (et au Yémen), ce sont les drones les plus économiques des Saoud qui financent pour le compte de qui vous savez...

      Chez cette engeance, on a été gavé par Hollywood, on ne dédaigne pas les armes rustiques et la terreur ordinaire qui ont quand même fait leurs preuves.


    • JulietFox 15 mars 10:57

      @l’auteur
      Saint Léonard de Noblat est en Haute Vienne
      Charente 16
      Charente Maritime : 17


    • Arogavox 17 mars 17:18

      @Arthur S
      ... et puis l’oubli des cacatov est-il délibéré ? ...


    • Arogavox 17 mars 18:40

       et puis y’a aussi les grenades à mots :
       https://youtu.be/yEtmZKE5jhw


    • Arogavox 17 mars 18:49

       ... voir cette vidéo entre 19:40 et 20:40 « ... indifférents à la question sociale parcce qu’ils vivent des prébendes de l’Etat ... »  ...


    • julius 1ER 15 mars 09:49

      c’est fou l’imagination déployée pour détruire « les autres » alors que simplement avoir de l’empathie ou de la bienveillance c’est tellement connoté !!!


      • Arthur S Arthur S 15 mars 12:02

        @julius 1ER

        ça rapporte rien !


      • Gasty Gasty 15 mars 13:19

        @Arthur S

        Et puis c’est chiant ! On s’emmerde...à la limite y’à rien à dire sur les empathiques.



        • jef88 jef88 15 mars 12:34

          Il y a environ 65 ans mes parents ont fait construire une maison sur une friche située aux toutes premières lignes allemandes de 1914 (30m des lignes françaises) ....

          Dés les premières opérations de défrichage nous avons commencé la récolte des vestiges dangereux !

          Les cartouches étaient mises dans des bocaux stockés dans la cave. Les premières années il en fallait 5 ou 6, 5 ans après 1/2 bocal ....

          Les grenades étaient soigneusement rangées sur un rayon elles aussi dans la cave !

          FORMATION :

          Dés l’age de 8 ans, les « grands » (12 ans et plus) nous apprenaient les précautions à prendre pour la manipulation de ces objets ainsi que celle des fusils qui trainaient :

          Charger le fusil

          l’accrocher dans un arbre, canon vers le bas.

          attacher une ficelle de 15, 20 m à la détente.

          se mettre à plat ventre au bout de la ficelle .

          Tirer .

          Soit le fusil explosait, soit le canon résistait !

           Dans le deuxième cas (si on n’avait pas peur du recul) on se permettait une séance de tir !

          ensuite on traversait le patelin (5000 habitants) l’arme sur l’épaule pour aller à la gendarmerie ...

          un jour ou on avait trouvé 5 mausers, le gendarme nous a dit : "Ah ! C’est vous qui tiriez ! On se disait bien que ce devait être des gosses ! ! !

          LES TEMPS ONT CHANGE ......................


          • Arthur S Arthur S 15 mars 14:33

            @jef88

            les temps ont changé, mais il y a toujours du bois mitraillé dans la forêt


          • zygzornifle zygzornifle 15 mars 12:43

            Elle aurait du mettre un gilet jaune histoire de .....


            • Aimable 15 mars 13:42

              @zygzornifle
              Là ils évacuaient toute la ville smiley


            • ETTORE ETTORE 15 mars 19:33

              j’imagine même pas la scène, si cette dame était vêtue à la mode un peu plus....

              voilée. !


              • generation désenchantée 17 mars 12:06

                finalement , c’est pas rare des découvertes de grenades , d’obus et d’explosifs

                certaines maisons assez vieilles doivent encore avoir un stock ramené par papy qui a fait 14 -18 , ou la seconde guerre mondiale , et a garder quelques souvenirs

                entre le pistolet , le revolver ou le fusil , quoique il peut aussi avoir quelques prises de guerre

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