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Accueil du site > Tribune Libre > Les sociétés savantes, un avenir pour les sciences du XXIe siècle (...)

Les sociétés savantes, un avenir pour les sciences du XXIe siècle ?

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 Depuis le XIXe siècle, l’érudit local, membre d’une respectable société savante, n’a pas été vraiment épargné. Labiche et Flaubert, entre autres, le moquèrent avec plus ou moins de cruauté ou de mépris. Encore aujourd’hui, la représentation du savant amateur, adhérent d’un club plutôt fermé et réservé à une élite locale, est assez partagée par les élus, les citoyens ou les universitaires. Si le terme « société savante » recouvre des réalités diverses (de l’association d’amateurs jusqu’à l’institution composée exclusivement de chercheurs professionnels), il met en avant quelques principes fondamentaux : faire progresser la science ; favoriser la diffusion de ses résultats auprès d’un large public ; permettre l’implication de tous et la confrontation des regards.

 

 Les sociétés savantes locales, au plus près des territoires, incarnent ces principes. Le Comité des travaux historiques et scientifiques (rattaché à l’École nationale des chartes), qui fut créé en 1834 pour fédérer et animer le réseau des sociétés savantes, les accompagne, en organisant des journées d’études ou en les aidant financièrement à travers sa Fondation abritée par l’Académie des sciences morales et politiques, pour qu’elles puissent faire face aux nombreux défis de ce XXIe siècle : la désaffection pour l’engagement associatif, le vieillissement des membres, la révolution numérique, la baisse des financements publics. Notre sommes en effet convaincus que, s’agissant de recherche, de patrimoine, de développement territorial ou d’éducation, ces respectables et anciennes institutions ont un rôle fondamental et grandissant à jouer.

 

 Tordons le coup à un a priori tenace… Les érudits locaux sont bien des savants. Pour reprendre les termes de l’historien Arnaud Dhermy, les sociétés disposent d’atouts qu’il est difficile de leur contester : la commensalité savante, la construction fédérée d’un savoir, l’expertise scientifique, des ressources (des bibliothèques, des outils de référence, des collections…). Elles en mesure de proposer dans toute la profondeur d’un territoire une documentation globale, qu’elles sélectionnent, interprètent, organisent. Elles continuent d’affirmer que le localisme ne signifie pas compartimentage ; l’indépendance, isolement ; l’expertise, autarcie scientifique ou culturelle. Avec leurs quelque 700 000 adhérents, les 3500 sociétés savantes font l’originalité du paysage scientifique français. Et sa force…

 

 Par ailleurs, face à la révolution numérique, nos sociétés savantes ne sont plus des ilots de traditions immuables d’où l’informatique serait bannie. Au-delà de la numérisation des publications ou de la présence sur les réseaux sociaux, alors même que les humanités numériques prennent sans cesse plus de place dans l’écosystème de la recherche, elles tendent à devenir des actrices incontournables de nombreux projets participatifs. En cela, elles renouent avec l’ambition qui a marqué la naissance même du CTHS. Son fondateur, François Guizot, souhaitait en effet associer les érudits locaux aux missions qu’il confiait à la nouvelle institution. Relisons-le : « Tant de richesses enfouies dans les départements ne peuvent être recueillies que sur les lieux et par les soins des hommes qui sont restés, en quelque façon, les seuls dépositaires des anciennes traditions locales. C’est principalement dans cette circonstance que la coopération active des Sociétés savantes et de leurs nombreux correspondants pourra fournir beaucoup de lumières… et concourir puissamment à l’illustration de notre histoire nationale ». Qu’ils s’appellent Testaments de poilus ou Natnum… Qu’il s’agisse d’indexation collaborative ou d’encyclopédies participatives… Tous ces projets reposent sur l’ambition originelle de Guizot et lui redonnent vie.

 

 Si le numérique permet aux érudits locaux de communiquer auprès d’un plus large public, d’être associés à des programmes de recherche collaborative ou de penser de nouveaux projets éditoriaux, il doit aussi leur permettre de questionner (et de réaffirmer) leur rôle social. Dans le cadre d’un partenariat avec la start-up Weekisto, la société historique et archéologique du 15ème arrondissement de Paris et la Fédération des sociétés savantes des Vosges ont, par exemple, construit des itinéraires virtuels de découverte du patrimoine local. Ainsi, ces institutions sont devenues des actrices du développement de leur territoire. Elles peuvent contribuer à élaborer une stratégie de marque territoriale ou à recenser et restaurer le petit patrimoine trop souvent laissé-pour-compte.

 

 Start-up, marque territoriale, numérique, sciences participatives… Nul doute, les sociétés savantes regardent vers l’avenir. Peut-être sont-elles même l’avenir d’une science qui a grand besoin de devenir plus citoyenne.

 

Bruno LAURIOUX, Président du CTHS

Christophe MARION, Délégué général du CTHS


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4 réactions à cet article    


  • ddacoudre ddacoudre 2 mai 20:50

    Bonjour

    C,est toujours une bonne chose quand des Hommes se réunissent pour nourrir leurs savoirs des uns des autres Hello Mann avait créé le Caltech pour que les scientifiques de toutes disciplines viennent y partager leurs connaissances our accéder à la pluridisciplinarité si nécessaire aujourd’hui. J’écris souvent que celui qui demain ne disposera pas des savoirs nécessaires pour vivre dans la complexité d’un monde qui accélère sera de la graine d’esclave. Aujourd’hui déjà la facture la plus grave est celle intellectuelle. Quand des citoyens en viennent à rejeter leur élites, c’est que nous ne sommes pas loin de abîme. Mais au delà de votre société savante qui a sa place et aura certainement toujours une place, demain s’ouvre à économie de la connaissance et nous sommes dramatiquement en retard. Depuis 1980 je milite pour que les ’hommes s’instruire tout au long de l’existence, car les savoirs disponibles et nécessaires ne peuvent être enseignés à tous dans une organisation scolaire qui date de 1887. Dans cebse’s j’ai écrit un essai (Rémunéré les hommes pour apprendre.) Cordialement ddacoudre overblog



      • baldis30 3 mai 10:36

        @JC_Lavau
        bonjour,
        d’accord pour Hal et ArXiv : c’est honteux ....
        Inversement lorsqu’on voit sur le forum astrophysique ( et ce n’est pas le seul) le déversement de conneries d’un seul intervenant on peut se demander si cela ne se prolonge pas vers ces deux entités ... 
        Y-a-t-il une volonté de sabotage qui entraine le blocage ? Saura-t-on un jour ?
        On peut aussi évoquer en corollaire le problème du mandarinat qui n’est pas loin de celui des deux entités sous forme confiscatoire ...
        Un juste milieu est difficile à faire comprendre, tant aux politiciens qu’aux prétentions mandarinesques ou de géniaux petits chercheurs comme celui évoqué ci-dessus ( il n’est pas le seul ... ) !

        Me revient à l’esprit l’intervention de Madame Brechignac, secrétaire perpétuelle de l’Académie des Sciences, il y a dix-huit mois environ devant les élus de tous bords ... dans un ordre d’idées sur le déferlement d’informations fausses ou délétères des irresponsables politiciens !
         Elle n’a pas fait plaisir ! C’est sûr !
        Va y avoir de la réforme dans l’air : en avant le lyssenkisme ... en avant toute !
        Pour la protection au moins morale de l’individu en matière scientifique il existe tout de même le dépôt de pli cacheté ! Eventuellement dépôt chez huissier avec moins ( ou sans) de publicité que pour l’Académie des Sciences.


      • baldis30 3 mai 11:58

        @baldis30

         pour compléter ma réponse voici un extrait de ce que disait en conclusion Madame BRECHIGNAC, secrétaire perpétuelle de l’Académie des Sciences en septembre 2016 devant le président de la République :

        " Enfin, de nos jours la pression exercée sur le politique s’est densifiée avec la médiatisation

        toujours plus poussée des enjeux scientifiques et technologiques. A celle-ci s’ajoute la

        croissance gigantesque des volumes d’informations, souvent non validées, dont la circulation

        en boucle dans les réseaux sociaux engendre des réactions souvent irraisonnées. Le

        politique subit une injonction sociétale de décider au sujet d’enjeux d’un rare degré de

        complexité où l’état de la connaissance reste souvent incertain. Le rôle de conseil des

        Académies des sciences n’a de sens que s’il rétablit le temps long nécessaire à la réflexion.

        Pas de confiance sans une science qui redonne du temps au temps et qui reconnaisse ainsi sa part de méconnaissances. Pas de confiance en la science si celle-ci ne parle pas à tous

        les hommes."


        Comprenne qui voudra, comprenne qui pourra !

        Quel sujet de philosophie cela ferait-il ! 

        Pas de danger d’avoir ce sujet au bac les politiciens veillent ... en toutes matières scientifiques ou de sciences sociales !

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