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Lettre ouverte à Gérard Larcher, Président du Sénat

 par André Bellon, Ancien Président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale

Monsieur le Président,

Vous comprendrez cette interpellation publique dont le seul but est de favoriser le débat le plus large possible sur les évènements inquiétants qui affectent notre vie collective.

Vous avez-vous-même d’ailleurs largement contribué à ce débat à plusieurs reprises. Le 20 juin 2019, vous avez déclaré à propos de la pétition pour demander un référendum sur la privatisation d’ADP : « Très clairement, c’est un détournement de démocratie représentative ». Vous avez condamné, par ailleurs et non sans raison, le 30 juillet, les violences qui se développent, en particulier contre les élus : « Chaque fois qu’on s’attaque à des élus, physiquement ou via leurs permanences, quelle que soit leur couleur politique, c’est la démocratie qu’on veut affaiblir ». Votre collègue Jean-Pierre Raffarin a abondé dans le même sens, considérant que « La politique a justement été inventée pour se substituer à la violence. La démocratie c’est aussi le respect ».

De telles déclarations apparaissent, en elles-mêmes, conformes aux principes républicains qui doivent sans cesse être rappelés, le Président du Sénat étant d’ailleurs tout à fait dans son rôle en s’exprimant sur ces questions. Elles sont néanmoins critiquables par ce qu’elles ne disent pas. Car elles font l’impasse sur la crise actuelle de la représentation qui plonge le citoyen dans le désarroi en le privant des pouvoirs de contrôle qui sont les siens sur les décisions qui s’appliquent à lui. Par ailleurs, elles occultent le contexte de violences policières qui ont conduit à des dizaines de mutilation à vie, violences dont se sont publiquement inquiétés le défenseur des droits Jacques Toubon et le président de la Commission nationale consultative des droits de l’homme Jean-Marie Delarue.

La nécessaire protection des élus, le refus de la violence, ne sauraient se faire dans l’oubli des interrogations aujourd’hui nécessaires sur la nature et le fonctionnement de la représentation nationale. Elles ne sauraient non plus passer sous silence, s’agissant des élus, les initiatives et les questionnements de nombreux maires ruraux qui cherchent à donner leur réponse à la grave crise de la démocratie.

Nous sommes dans une période de grande incertitude quant aux rapports entre les citoyens et les élus. Certes, les élections de 2017 ont désigné des représentants, mais considère-t-on que la question est close lorsque les députés sont élus par moins de 40 % des inscrits ? Une première dans l’histoire démocratique de la France. Considère-t-on comme normal que le Président de la République dispose des pouvoirs que lui octroie la constitution alors même que le fractionnement inédit des votes du premier tour, éclatés en 4 blocs autour de 20 %, voire cinq si on ajoute un bloc votes blancs/abstentions, laissait entendre que les électeurs n’étaient réellement convaincus par personne et que leur vote était, sur un fond de confusion, un mélange d’interrogation et de rejet ? Le score de 43 % des inscrits seulement au deuxième tour ne pose-t-il aucun problème ? A partir de quand la question de la légitimité se pose-t-elle ?

La confiance diminue dans un système qui est de moins en moins perçu comme permettant une représentation juste des citoyens dans leur diversité de pensées et d’opinions. Cette fragilisation atteint tous les élus où qu’ils se trouvent sur l’échiquier politique. Chacun d’entre eux doit en avoir conscience sous peine de cautionner un autoritarisme rampant déjà manifesté d’ailleurs depuis le non-respect du vote des Français exprimé le 29 mai 2005 sur le traité constitutionnel européen.

Il ne s’agit pas, Monsieur le Président, de savoir si la démocratie représentative tend à être renversée par une démocratie dite participative (quelle est-elle d’ailleurs ?). Il s’agit de savoir si les citoyens se sentent représentés, s’ils le sont réellement et, si ce n’est pas le cas comme on peut raisonnablement le penser, d’accepter enfin le débat nécessaire sur le bon fonctionnement des institutions. L’exigence du respect doit s’appliquer à tous, représentants et représentés. C’est cela aussi, les principes démocratiques et républicains.

Rappelons que, suivant l’article 3 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, d’ailleurs inscrite dans le préambule de notre constitution, « Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. » et que, suivant son article 16, « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ».

Il est à craindre que nous ne soyons qu’au début d’un cycle d’affrontements et de violences dont la solution ne peut se trouver que dans un lien renoué entre les citoyens et leurs institutions.

Il est urgent de remettre à plat notre vie publique. Compte tenu de la profondeur de la crise et des menaces qui pèsent sur notre démocratie, la réforme institutionnelle ne saurait se limiter à quelques cénacles. Elle doit émaner de l’ensemble des citoyens. Tout particulièrement, la démocratie communale peut représenter un ancrage fructueux pour la reconstruction du corps politique. L’enchainement des évènements et le déséquilibre des pouvoirs vous confèrent, de ce fait, une place particulière.

Veuillez croire, monsieur le Président, à l’assurance de ma considération distinguée.

Paris, le 17/08/19

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https://www.lecanardrépublicain.net

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9 réactions à cet article    


  • kimonovert 28 août 10:49

    Gérard Larcher, le sergent Garcia des LR...avec un R pour républicains !


    • McGurk McGurk 28 août 11:41

      En fait, LR = Les Racailles. Ca fonctionne aussi avec LREM...

      Un groupe parlementaire qui a également abusé de ses prérogatives pendant de longs et nombreux mandats.

      A moins d’une réelle révolution (qui arrivera lorsque les Français auront trop à perdre, ce qui n’est hélas pour l’instant le cas), il est inutile d’envoyer une lettre que personne n’ouvrira et finira à la poubelle (physique et électronique). De toute manière, ils n’auront pas le temps de la lire si jamais celle-ci arrive jusqu’à eux.

      S’habituer aux privilèges garantis par la loi est comme une drogue et aucun de ces toxicos ne saurait s’en passer...sauf source de substitution comme aller dans le secteur privé pour toucher un salaire indécent.

      Du bas en haut de l’échelle, les hommes politiques sont les mêmes. J’ai connu deux maires deux gangsters et racailles au dernier degrés dans un costume hors de prix.

      Après deux mandats cumulés avec une charge de sénateur parce que le salaire devait être « insuffisant » le pauvre , le premier avait acquis un patrimoine immobilier sans précédent dans l’histoire de la ville probablement avec des ristournes des promoteurs qui ont construit comme des bœufs des immeubles immondes avec l’aval de la mairie.

      Le second va bétonner, contre l’avis des habitants de mon quartier, un terrain vierge d’utilité publique, le dernier où les gens peuvent se défouler et faire des activités hors travail. Ils nous a convoqués en disant que, parce que « c’était lui le chef », « y’avait rien à dire », « Dieu » avait décidé.

      Vive la démocratie.


      • the clone the clone 28 août 12:52

        C’est pas une lettre ouverte qu’il faut lui envoyer mais un panier garni de sauciflards et autres délices avec une bonne bouteille de pinard plus une enveloppe de biftons car je suis sur qu’il se gave d’oseille le bougre ....


        • krik 28 août 13:00

          mais il y a belle lurette que la France n’est plus une démocratie...mais bel et bien un état de droit , autrement dit une SOCIÉTÉ avec un registre du commerce , ouvrez les yeux  !!!!


          • ddacoudre ddacoudre 28 août 16:47

            Bonjour L’on peut toujours écrire à des sourds en pensant qu’ils savent lire un canard fut il républicains, mais ils sont aussi aveugles comme ceux de Bruegel ils suivent l’ornière du capitalisme rien d’autre Certes que ton analyse est juste, mais c’est bien plus grave que les conséquences des résultats électoraux

            C’est que les citoyens ont fuit toutes les instances démocratiques pour leur donner la parole. Ils ont fuit les partis, ils ont fuit les syndicats, ils ont fuit les débats politiques, ils fuient les savoirs. Toutes les places qu’ils ont laissé de libre ont été occupées par ceux qui ne perdent pas leur temps dans les temples de la consommation ou qui se forment leur opinion politique chez le marchand de Coca-Cola TF1et d’autres marchands d’anesthésiant. http://ddacoudre.over-blog.com/2019/08/la-rarete.html http://ddacoudre.over-blog.com/2019/08/supprimer-l-impot-sur-les-societes-que-paient-les-salaries.html Cordialement ddacoudre OverBlog


            • kirios 29 août 09:11

              @ddacoudre
              « Ils ont fuit les partis, ils ont fuit les syndicats, »
              là, ils ont bien fait ! car ce sont les partis et les syndicats qui sont à l’origine du détournement de la démocratie.
              que sont les partis et les syndicats , sinon des groupes de pression pour leurrer l’électeur ?


            • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 28 août 18:57

              Larcher ? Il me fait penser à un Louis XVIII somnolent après de bien lourdes agapes.

              Un Louis XVIII venant de vendre la France pendant le Congrès de Vienne de 1815 aux banques de la City.

              Nous retrouvons chez ce pilier de la République en déconfiture, toute la lourdeur d’appareil.

              Le Canard ! Vous aurez bien du mal à le réveiller de sa sieste sénatoriale.


              • kirios 29 août 08:46

                Le Canard républicain

                 très belle plaidoirie, mais je ne vois pas l’intérêt de l’adresser au président du sénat , dont le rôle initial est de modérer la volonté populaire.

                le président du sénat est élu par des élus , qui sont élus par des élus désignés par des élus ; celui qui a imaginé ce montage et ceux qui l’ont institué n’étaient certainement pas des passionnés de Démocratie .


                • kirios 29 août 08:48

                  Le Canard républicain

                  je suis d’accord avec vous lorsque vous écrivez ;

                  "Il est urgent de remettre à plat notre vie publique. Compte tenu de la profondeur de la crise et des menaces qui pèsent sur notre démocratie, la réforme institutionnelle ne saurait se limiter à quelques cénacles. Elle doit émaner de l’ensemble des citoyens. « 

                  par contre je ne comprends pas la suite  : »Tout particulièrement, la démocratie communale peut représenter un ancrage fructueux pour la reconstruction du corps politique." ?

                  qu’est ce que la démocratie communale ?

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