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Libération (51) : la visite guidée des découvertes

Revenons à notre "fondu" d'U-Boot. L'homme, je vous le disais, est un passionné, américain, très porté sur les sous-marins plutôt allemands de la seconde guerre (la preuve), et ce trimballe une idéologie qui sent fort l'extrémisme de droite (à voir ses adhérents porteurs de croix de fer... dont un commandant d'U-Boot de 18 ans !). Son site, qui parle des sous-marins, s'ouvre par une photo de Reagan, qui lui aurait paraît-il encensé son travail "historique" sur les USA. C'est vrai que son travail d'archives, dans la revue qu'il édite est important : chaque sous-marin est l'objet ou presque d'une monographie très complète. Mais ce n'est pas ça qui nous intéresse aujourd'hui : non ce qui est assez ahurissant, c'est que poussé par sa soif de tout savoir, notre homme s'en entiché de visiter le monde entier... ou presque à savoir là où il peut trouver des éléments sur sa passion... ce qu'il fait durant ses loisirs, qui un jour, l'ont mené... en Argentine, après avoir visité tous les bunkers d'Europe (?). Et à vrai dire, ce qu'il a rapporté comme photos est assez renversant. Place au trekking argentin d'un chasseur de requins, puisque c'est comme ça qu'il a intitulé son groupe de recherches historiques, qui existe depuis 28 ans maintenant !

Le trekking de notre fondu se trouve perdu dans sa page de voyages. Celle où chaque visite commence par l'hôtel où il a descendu, la visite des bunkers à faire dans la journée et le repas du soir au restaurant. Il faut se rendre tout d'abord dans son site à "Argentina Expedition", en 2009, pour tomber sur les photos fort intriguantes. L'homme, précautionneux, a particulièrement bien préparé son voyage et a même inclus dans ses valises un détecteur de métal XMT-300 et même...un compteur Geiger. C'est dire qu'il a déjà une petite idée derrière la tête sur ce qu'il souhaite voir ou trouver... on passe sur l'arrivée du samedi, et on se rend le lendemain au coin de la rue Calle Florida puis dans le quartier de San Telmo à Buenos Aires, ou sur les étals de vendeurs de rue on trouve ça, déjà. Décidément, la présence nazie en Argentine n'est plus à prouver et elle s'étale partout. Les deux jours suivant, l'auteur prend l'avion : décollage pour un endroit qu'il va appeler "stadt", et que l'on découvre à partir du mardi suivant (et demain, logiquement, chez nous). Jour où il va effectuer un peu d'histoire en se rendant sur la tombe de Ludwig Graf von Bülow, qu'il retrouve envahie par un pin argentin.  Ce Von Bulow là, issu d'une grande lignée allemande, dirigeait cette gigantesque "estancia" (un ranch), depuis plusieurs années quand il reçut en fait le futur amiral Canaris, qui s'était échappé de sa prison chilienne après que son croiseur, le Dresden fut coulé, près de l'île de Juan Fernandez. Tout cela après avoir détruit la flotte anglaise du Pacifique en 1914 à la bataille de Coronel. Les anglais étaient alors furieux : c'était la première défaite de la Royal Navy depuis 1812 ! L'auteur du forfait s'appelait l'amiral Von Spee... Wilhelm Canaris, le futur amiral, avait eu le temps, aidé par des espions déjà sur place, de repérer en Terre de Feu les abris possibles pour ces cuirassés, les fameux "U-Plätze" qui seront notés sur des cartes secrètes. Les futurs nazis avaient déjà cartographié une bonne partie des côtes de l'Argentine, au cas où... peut-on déjà noter : or nous n'en sommes qu'à un épisode de la première guerre mondiale et non à la seconde !

C'est le lendemain, après avoir donc fait un voyage en avion qui l'éloigne pas mal de Buenos Aires (nous verrons bientôt de combien exactement), que notre visiteur nous fait découvrir un lac, puis une île. Et là commence le voyage intéressant... Il nous apprend que cette île, qui commence par un ponton gardé par un vestige de borne d'entrée (avec téléphone ?) et une guérite était encore entièrement habitée "à la fin de la guerre" par des allemands qui avaient leurs propres gardes de sécurité armés, selon les autochtones, une île qui possédait une tour de garde à l'entrée et un bunker à l'autre bout. On y apprend aussi qu'elle fut désertée "à la fin des années 50". Un peu plus loin, un bâtiment éventré, avec des impacts visibles d'armes sur les murs. Dedans, des pièces chauffées selon la méthode romaine (par une circulation d'air chaud sous le sol) et un peu plus loin un énorme bâtiment de briques sur piliers de béton, avec à l'intérieur des pièces aux portes de fer. Un peu plus loin, sur une sorte de terrasse, des cylindres de fer, creux, présentant une ouverture sur le dessus, près d'un bunker qui visiblement a été dynamité. A l'intérieur, des supports de fer pour des machines qui ont disparu, ce qui semble être de l'asphalte, calciné, et des inscriptions sur les piliers de béton effondrés. Extérieurement, le bâtiment de briques est de l'autre côté recouvert de béton, mais porte des vestiges de morceaux de bois, dans des alvéoles disposées tous les deux mètres environ (le bâtiment faisant donc une douzaine de mètres d'arête). Sur un bâtiment voisin, des salles faites de béton lissé peint. Un peu plus loin, l'un des plus intriguants bâtiments : des tiges d'acier sortent d'un coffrage en V, support certainement d'une cuve, type cuve à mazout.  Et dans le bâtiment, un bien étrange bloc de béton, enserré dans un autre, séparé par une rigole pleine d'eau "de bonne profondeur" dit notre guide improvisé. A côté, ce qui semble être une salle d'eau. Pour notre visiteur, il s'agît là d'une "station" de puissance, électrique, sans doute... mais qui ne possède aucun raccordement extérieur : ni câbles, ni tubes, ni pipe-line. Durant toute la balade, le compteur Geiger pris par précaution n'indique aucune activité. Intriguant, quand même.

Le lendemain, autre tour du lac, avec l'inévitable restaurant, et le lendemain, vendredi... visite de bunker ! Du bon, du gros, du costaud, mêlant briques et béton armé.. comme ceux de l'organisation Todt... ; ceux que l'on voit ici dans le Nord sur la côte du Détroit du Pas-de-Calais. L'inspiration allemande des constructions est évidente. Les morceaux de béton renversés sont énormes. L'auteur se demande "qui a bien pu construire ça" ?, et nous, plutôt "à quoi cela pouvait-il servir en plein milieu de l'Argentine ?" Le soir, retour... à l'hôtel, mais pas n'importe lequel : il a été ouvert le 9 janvier 1938 et se trouve à 24 heures au moins par bus de Buenos Aires, nous apprend notre U-bootiste. Mais le 26 octobre, hélas, il prenait feu : construit en rondins de bois, il était parti en fumée. Il rouvrait quand même le 26 décembre 1939, trois mois après le début de la guerre, et reçoit après celle-ci la visite d'Eisenhower. Imposant hôtel, très imposant : il est immense !

Or cet hôtel est énorme en effet et "contient des centaines de chambres" dit l'auteur alors qu'il a été construit à une époque où la ville où il est n'avait que 500 âmes à peine ! Le soir, à nouveau restaurant, mais avec un invité surprise. Car ce n'est pas n'importe lequel : c'est en effet Erich Priebke, qui n'a pas le droit d'être là, en fait ! L'ancien Obersturmbannführer chez les SS, en voyage, tranquille, avec son fils, alors qu'il est toujours sous le coup d'une assignation à résidence en Italie ! Bref, à "Stadt", c'est fou ce qu'on trouve comme bâtiments et comme... nostalgiques. Priebke, de la pire espèce, présenté comme un homme "charmant" par notre fanatique d'U-Boot. Priebke, qui a été le second d'Herbert Kappler, rendu responsable du massacre des fosses adréatines à Rome le 24 mars 1944 : il y eût 335 civils de massacrés, dont 75 juifs, ce jour là ! Priebke, Arrêté en 1946 et échappé de prison puis rattrapé en 1995 par la justice italienne à la suite d'un reportage télé sur lui réalisé en Argentine, où il vivait depuis 1948, extradé ensuite en Italie pour y être condamné à 15 ans de prison, une peine réduite scandaleusement à 5... et revenu en 2009 à l'endroit d'où il était parti... et où il s'était réfugié grâce à la célèbre "route des rats" ! Lors de son procès il avait nié avoir participé au massacre ; malgré les témoignages de ceux qui l'avaient vu tenir un pistolet derrière la nuque des personnes arrêtées en représaille d'une attaque contre des soldats allemands ! Or, selon son jugement, et alors qu'il devait purger sa peine, il avait été seulement autorisé, le 12 juin 2007, à travailler dans l'appartement de son avocat à Rome. Une autorisation qui avait été révoquée le même mois car il ne s'était pas présenté aux convocations : que faisait-il donc LIBRE en Argentine en 2009 ? Quelle impunité sur place lui permettait de se rendre au restaurant comme si de rien n'était ? 

Le lendemain, après avoir serré la main au nazi échappé (notre U-bootiste se révélant tel qu'il est), on retraverse le lac pour se rendre à un autre embarcadère, derrière lequel trône une immense maison, faite elle aussi de pierres de béton, de briques et de rondins de bois.  Vide, mais avec des plantes en pot dedans. Etrange impression. Autour, des petits abris de bois, qui lors d'une visite en 2008 étaient couverts d'excréments de rats qui ont disparu, note le visiteur, qui venait donc là pour la deuxième fois (en pélerinage ?) : quelqu'un entretien le lieu... qui est pourtant vide. Et le serait depuis très longtemps, paraît-il : l'auteur cite 1955 comme date de l'abandon, alors que visiblement c'est depuis fort peu : les grandes vitres de la villa sont toujours intactes ; comme son toit. Dans un des petits abris, une génératrice d'électricité dont il manque le moteur. Dans un autre, une chaudière. Autour, des cottages aux immenses baies vitrées. Tous abandonnés. Vides. Complètement vides.  Au bout, l'embarcadère à bateaux et un large ponton. Vraiment large, pour y remonter les bateaux des éventuels visiteurs ou ceux de la maison, qui ont disparu. Le lendemain, changement de décor, avec visite de ranch et promenade à cheval. On est déjà arrivé au lundi suivant, et l'étonnant voyage est déjà terminé. On reste abasourdi par ce qu'on a pu entrevoir.

Que vient donc de redécouvrir notre passionné de sous-marins au beau milieu d'un lac argentin ? Et où donc cela se situait-il exactement, puisque l'auteur du compte-rendu n'a pas voulu donner le nom de l'endroit (en le réservant pour sa revue sur abonnement !) ? Ah, et bien ça, vous l'apprendrez demain si vous le voulez bien. Un peu de patience.



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5 réactions à cet article    


  • alberto alberto 26 juillet 2011 16:25

    Salut morice,

    La suite, la suite !

    Et merci pour tes trouvailles...

    Bien à toi.

    Au fait, ils avaient plein de pognon tous ces nazis en goguettes, non ?


    • zany 26 juillet 2011 21:42

      Et comment c’est dérangeant, les libérateur allié mains dans la mains avec des nazie, tous ceci est très intéressant.

        je déteste le suspence


      • sto sto 26 juillet 2011 22:16

        http://www.sharkhunters.com/09Arg5.htm
        " It was inside the reactor building where ... the Geiger counter « Daddy, why does it show 5.4 ? » ... The counter really indicated zero radiation.« 

        un compteur qui indique »0" est un compteur qui sature ... ils n’ont pas l’air au courant.
        a moins qu’ils ne veulent dire que 5.4 est une valeur negligeable (mais en quelle unite ?)
        donc soit ils n’ont rien detecte, soit leur bouzin saturait....ce qu’ils auraient vu venir...

        peut etre l’installation n’a-t-elle pas ete mise en service, d’ou la non detection.
        Je pense egalement que les 500kg d’uranium a destination du japon n’etaient pas la plus grande quantite dispo aux nazis, la theorie d’une reprise des recherches en argentine est plausible...


        • Dzan 27 juillet 2011 11:32

          « Arrêté en 1946 et échappé de prison puis rattrapé en 1995 par la justice italienne »

          Grace notamment à l’Eglise Italienne


          • Dzan 27 juillet 2011 11:35

            Morice un plus...de plus.

            Dans l’évasion des Nazis, j’ai lu il y .a.....Quelques temps un bouquin sur l’implication de l’Eglise .
            Comme ce « cher » Touvier" planqué chez les Frères.

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