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Loi Blanquer : rien d’extraordinaire au pays de la démagogie syndicale

La nouvelle loi sur l'éducation fait beaucoup parler. Elle fut la cause d'une grève peu suivie mais bien relayée par les médias le mardi 19 mars 2019. Comme d'habitude, analyser les articles du texte original et faire fonctionner sa cervelle permet de rejeter les extrapolations et autres tartufferies des professionnels de la contestation, à savoir nos syndicats enseignants subventionnés. Je l'avoue : Prof depuis vingt-cinq ans, je n'ai aucune sympathie pour ces planqués, paresseux, politisés à l'ultra-gauche tout en vivant comme les bons bourgeois qu'ils sont et spécialisés dans les questions de mutation pour soutirer des côtisations aux jeunes collègues. Puisqu'ils prétendent défendre la liberté de s'exprimer, qu'ils encaissent nos critiques, les acceptent et essaient de se justifier. Comme disait Coluche, être syndiqué n'empêche pas d'être intelligent (Film Le maitre d'école, de Claude Berri).

Car en l'occurrence, c'est l'article n°1 qui prête le plus à discussion. Il est question de l'exemplarité de tous les personnels dans l'exercice de leur fonction. Cela n'a rien de révolutionnaire, et c'est juste du bon sens : quand on enseigne, on ne fait pas de politique en même temps et on ne "dézingue" pas l'institution et la hiérarchie. Appeler à soutenir les migrants illégaux, par exemple, c'est anti-professionnel. En cas de litige, il y a les tribunaux administratifs. En dehors du temps de travail, il faut se comporter en citoyen respectable. Certains abordent la question du haschtag "Pas de vague" : il est déjà, en principe, interdit d'allumer l'institution. Toutefois, la déclaration universelle des droits de l'homme passe avant le muselage éventuel des profs. Par expérience, je peux témoigner qu'un enseignant peut dire ce qu'il veut dans les faits : ce n'est l'intérêt de personne qu'il parte en dépression nerveuse ou en abandon de poste, car il faudrait le remplacer. Le conformisme associé au manque de courage des enseignants, qui se rejettent les problèmes ou tentent de les ignorer sur le terrain, est le véritable problème. A quoi se plaindre de la violence de certains élèves et des incivilités quand on vote pour des gens qui s'affirment anti-sécuritaires ? Comment se plaindre de l'absence de volonté d'intégration des enfants de certaines communautés quand on soutient les sans-papiers hors de son temps de travail (ou pendant) ? L'éternel paradoxe des enseignants hexagonaux, majoritairement très à gauche, mais très droitistes sur leur lieu de travail quand ils sont personnellement touchés par la délinquance.

Il y a quelques années, un rapport des IGEN de l'académie de Créteil décrivait en détail tous ces problèmes insolubles dans le contexte ambiant. Inutile d'en rajouter sur les réseaux sociaux, à moins de proposer des solutions concrètes, et ce ne sont pas nos syndicats-maison tels que le SNES qui le feront.

Concernant les autres articles de la loi, quelques points sont à retenir. L'article 13 bis, par exemple, qui impose une visite médicale annuelle aux profs. Fait incroyable, jusqu'à présent il n'y avait pas de véritable médecine du travail dans l'EN. La question est de savoir si des postes de médecins seront créés, et surtout s'ils seront pourvus. 

La scolarité des enfants de trois ans est désormais obligatoire (articles 2 et 3), et ne font qu'entériner une situation de fait, puisque 97% des enfants de cette tranche d'âge vont déjà à l'école. Pour le recrutement des enseignants (article 6), les EPLE se transforment en EPLEI, ce qui, hélas, laisse craindre que les démagogues sciences de l'éducation resteront à l'honneur. Les pré-recrutements (article 14) sont relancés, mesure déjà essayée il y a une vingtaine d'années à l'époque des IUFM. Il s'agit d'essayer de répondre à la sempiternelle crise des vocations. 

Un rectorat est fondé à Mayotte (article 7). Et rien d'autre à signaler. Bref, pas de quoi envahir les Champs-élysées et casser la baraque. Certes, l'absence de geste pour augmenter les salaires et la mobilité des profs est à noter. Sur cette dernière question, c'est le problème de la gestion informatique des mutations, et non des critères. Partout à l'étranger, un prof possède son diplôme d'état et enseigne au choix dans un établissement public ou privé, recruté par un chef d'établissement élu par un conseil d'administration. Situation impensable en France, car elle engendrerait des déserts éducatifs à l'image des médicaux : qui irait risquer sa santé à tenter d'enseigner dans certains quartiers hors de contrôle ? 

En conclusion, les grèves récentes et les réactions disproportionnées à la loi Blanquer ne sont que de l'intox et du baratin de permanents syndicaux qui craignent surtout de perdre leurs privilèges et leurs prérogatives. Plus de commissions paritaires ? Donc plus de "suivis de dossiers" de collègues et de côtisations encaissables. Par expérience, la présence de "délégués du personnel" n'ont jamais rien changé aux décisions administratives, qu'ils valident la plupart du temps. Quand ils sont directeurs d'école, les syndiqués Snuipp ou Unsa se comportent en "chefs d'établissement" et non en collègues, ils vont souvent au-delà des textes réglementaires. Toujours le même axiome : s'indigner des circulaires, et faire le contraire ou les appliquer à la lettre dans les faits. Dénoncer la violence scolaire, tout en permettant celle-ci en scolarisant toute la misère du monde au nom des pseudo-idéaux de quelques sectes philosophiques. 

Donc rien de nouveau au pays du "vivre-ensemble". Les uns travaillent, d'autres font des lois, d'autres défilent dans les rues. Il faudra trouver d'autres moyens de contester et de discuter sérieusement. Ne comptez-pas sur nos syndicats subventionnés pour cela...

 

Source de l'article : http://www.assemblee-nationale.fr/15/projets/pl1481.asp


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2 réactions à cet article    


  • Alren Alren 21 mars 20:04

    L’auteur semble confondre le devoir professionnel des enseignants et les droits du citoyen que sont les enseignants.

    L’enseignant ne doit pas monter en classe ses opinions politiques ou religieuses.

    Mais sur le trottoir, il est de son droit absolu de citoyen de la République de faire connaître en spécialiste, aux adultes, le caractère nocif ou positif de ces réformes qui s’accumulent. De dénoncer leur objectif qui est de démanteler le système pour livrer les morceaux profitables au privé, le public conservant les difficultés.


    Rendre obligatoire l’école maternelle dès trois ans n’est pas une mesure philanthropique pour scolarisé les 3% d’enfants les plus défavorisés  ! L’arrière-pensée de la clique macronienne est d’obliger les communes à financer à l’égal du public, l’école maternelle privée.

    On n’en parle pas mais comme cette école maternelle privée est facultative, le niveau de compétence exigé du personnel et les diplômes est bien inférieur à celui du public (master) : ce personnel sera-t-il aussi (mal) payé que les Professeurs des écoles du public, une fois qu’autrnt été signés les contrats d’association ?



    • JulietFox 22 mars 18:25

      Rendre obligatoire l’école maternelle dès trois ans n’est pas une mesure philanthropique pour scolarisER les 3% d’enfants les plus défavorisés

      Ni pour les autres. Bientôt dès le berceau ?

      Ces bambins ont besoin de beaucoup de sommeil.

      En campagne, les RPI valsent et les cars passent de très bonne heure.

      Pour les habituer à leur futur peut-être ?

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