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Accueil du site > Tribune Libre > Macron… Récit d’une effraction. Partie 2

Macron… Récit d’une effraction. Partie 2

Le 14/02/2018 au cours d’un échange avec des journalistes de la presse présidentielle, le Président Macron a déclaré :

 « Je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’Histoire.

Une effraction parce que la France était malheureuse et inquiète. »

La partie 1 a décrit la trajectoire de Macron dans l'Histoire des trente dernières années jusqu'aux premières marches du pouvoir. La partie 2 s'interesse au déroulement de l'Effraction.

Le parcours politique du tout jeune Promu entre 2007 et 2012 est un sans-faute digne des plus vieux routiers de la politique. Il doit remercier l’entregent et la perspicacité de ses deux mentors Jouyet et Hermand auxquels aucune péripétie du monde politique parisien ne peut échapper. Il a décliné en 2006 une offre de Laurence Parisot pour la direction générale du Medef. Deux fois il aurait pu entrer dans le gouvernement de Sarkozy, en 2007, dans le cabinet du ministre Woerth, en 2010, dans le cabinet du premier ministre Fillon, mais il a écarté ces deux offres pour ne pas écorner son image d’homme nouveau, au-delà des partis anciens. Il n’en a pas moins soutenu F.Hollande dans la primaire socialiste de 2012 alors que DSK -avant l’affaire du Sofitel- partait grand favori et correspondait mieux à ses options. On peut penser que ses deux anges gardiens, l’avait informé des chausse-trapes que Sarkozy avait monté contre DSK avec la rocambolesque affaire de prostitution du Carlton de Lille et de « Dodo la Saumure » !

 

Sarkozy est donc battu aux élections de 2012, victime de son impopularité personnelle et aussi de la crise de 2008. C’était prévisible et c’est donc Hollande, socialiste mou à la mode Guy Mollet qui lui succède. On remarquera au passage que Henry Hermand a déclaré dans une interview au Figaro avoir soutenu Hollande, y-compris financièrement. Certes, ce n’était pas le Président attendu si longtemps par nos tenants d’un social-libéralisme éclairé et consensuel, réconcilié avec le monde de l’entreprise, tel que l’avaient prôné les clubs Jean Moulin, la Fondation Saint-Simon ou les Gracques, mais faute de mieux, il ferait un bon président de transition. Après la faute de DSK tous leurs espoirs se portaient donc vers Macron pour la présidentielle suivante.

Par soucis de simplification nous désignerons ce groupe de soutien à Macron plus ou moins informel et constitué sous le vocable des gracs car Macron a été rapporteur de l’université des Gracques en 2015 et s’est largement inspiré de leurs programmes. Ces gracs ont-ils un bureau directeur, un comité stratégique ? Il est difficile de penser qu’ils n’ont agi que par collusion d’intérêts ou par opportunisme au gré des circonstances. Jouyet et Hermand ont joué un rôle certain d’entremetteur, d’initiateur et de coordinateur mais je pense que l’équipe dirigeante devait être plus vaste et plus puissante et comporter divers réseaux associés, presse, finance, entreprise. On pourrait assurément en trouver certains parmi les noms cités précédemment dans ce texte. Minc et Attali semblent y avoir joué un rôle et ce dernier aurait même déclaré avec sa modestie habituelle : « Emmanuel Macron ? C’est moi qui l’ai repéré. C’est même moi qui l’ai inventé. Totalement. » (propos rapportés par Anne Fulda dans son ouvrage sur Macron).

 

Ainsi, Hollande n’a été qu’un président de transition, un président tremplin pour le président Macron des gracs. Assurément il était européiste et atlantiste à point, ex Young Leader prêt à soutenir les guerres étatsuniennes de la Libye au Mali, Syrie comprise ; il était proche de leur mouvance comme le montre le choix de sa plume, Paul Bernard, ancien de Normale sup, diplômé d’un DEA sur la littérature napoléonienne, ancien chargé de mission chez Publicis auprès de Maurice Lévy, co-rédacteur avec JP.Jouyet d’un rapport commandé en 2006 à Maurice Lévy par le ministre des Finances Thierry Breton, sur l' « économie de l'immatériel » et membre du Mouvement juif libéral de France (MJLF). Mais Hollande n’était pas le président de rupture que les gracs attendaient, il était encore trop attaché aux valeurs traditionnelles du socialisme républicain pour faire passer en force une vraie purge libérale et néo-conservatrice et mettre à bas les acquis du CNR. On retrouve néanmoins dans son cabinet pas moins de six Young Leaders et, point trop n’en faut, JP.Jouyet devient secrétaire général de l’Elysée en 2014.

Le quinquennat d’Hollande démarre en fanfare pour Macron : Il est choisi sur la liste des 10 Young Leaders de l’année 2012 par la French American Foundation et devient secrétaire général adjoint du cabinet du président Hollande retrouvant ainsi tout un groupe fourni d’anciens Young Leaders. La France est vraiment la bonne élève des USA !

 Cette fonction lui permet d’enrichir encore son carnet d’adresses déjà bien rempli. C’est ainsi qu’en 2013 il sera de bon conseil pour aider M. Lagardère à réussir sa sortie du groupe EADS avec rachat d’actions et plus-value de quelques milliards payés sur la trésorerie du groupe. Il a été assisté sur ce coup par un ancien du cabinet Aubry, David Azéma. Il suivra de très près les négociations de la vente de SFR à Altice ou Bouygues d’autant plus que l’un des entremetteurs financiers est l’un de ses amis, Bernard Mourad, banquier chez Rothschild, devenu par la suite DG de BFM TV puis conseiller spécial du candidat Macron. Les relations du couple Macron avec les milliardaires Niel et Arnault sont au beau fixe et Xavier Niel présente Mimi Marchand aux Macron pour faire taire les rumeurs sur une liaison homosexuelle d’Emmanuel et embellir leur image People. Ils peuvent compter aussi sur le responsable sécurite du groupe LVMH, Bernard Squarcini, ancien directeur des services secrets. Les Macron ont choisi leur camp.

Le quinquennat d’Hollande est à l’image de ses premières sorties publiques, ridicules et catastrophiques sous la pluie ou le crachin breton. Et les médias n’en finissent pas de nous étaler les gourdes et maladresses du président normal. Le Hollande-bashing bat son plein comme l’attestent ces quelques couvertures d’hebdomadaires à l’automne 2012. Tout le monde médiatique y met du sien en un intense tir de barrage destiné à faire avorter toute mesure présentant le moindre soupçon de socialisme un peu trop redistributif.

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C’est ainsi qu’on voit se lever tout un bestiaire de martyres du Fisc, les Pigeons contre les taxes sur les plus-values à la revente de start-up (leur porte-parole, le financier J.D. Chamboredon, recevra la légion d’honneur avec Macron !), les Poussins auto-entrepreneurs, les Dindons frontaliers, les Abeilles de la taxe Marisol, les Moutons des Indépendants, les Tondus des PME, les Dodos des taxis VTC jusqu’aux Cigognes des sages-femmes.

Tout ce concert de volatiles divers est complaisamment repris et commenté sur tous nos médias alimentant ainsi un ras le bol fiscal croissant. A cela vient s’ajouter le mouvement des Bonnets rouges contre l’écotaxe- issue pourtant de la précédente mandature- mouvement radical, très structuré et violent, qui met à mal l’autorité de l’état et entrainera plus d’un milliard de pertes financières pour les caisses de Bercy. Il est pourtant bien vu dans nos médias avec un petit air sympa de Thierry la fronde ou de Robin des Bois. Les patrons bretons proches de l’Institut de Locarn, du Club des Trente ou du Club Bretagne à Paris ont largement contribué à l’organisation de ces actions. Patrick Lelay de TF1, Jean Yves Le Drian sont des membres influents de l’institut Locarn et on rencontre au club Bretagne d’autres patrons de la trempe de Michel Edouard Leclerc ou Vincent Bolloré. Les Bonnets  rouges forment ainsi un singulier mélange  de régionalistes bretons, de catholiques traditionnalistes (parfois proches de l’Opus Dei) et de patrons mondialisés. Globalement ils roulent pour la droite dure version Fillon et pour la Manif pour tous.

Car la seule mesure à laquelle Hollande s’accroche contre vents et marées c’est le Mariage pour tous comme drapeau emblématique d’une gauche Bobo urbaine bien éloignée des contingences du quotidien et creusant un peu plus le fossé qui la sépare de sa majorité sociologique. Il fédère ainsi toute une partie de la droite catholique qui se regroupe derrière La Manif pour tous. Le harcèlement médiatique conjoint des droites et des gracs déstabilise complètement le gouvernement et rompt le fragile équilibre financier de son programme. Le rapport Gallois sur la compétitivité française commandé par Jean-Marc Ayrault, et préconisant l’arrivée du CICE, vient allumer le feu dans les rangs de la gauche elle-même. La situation géopolitique et l’intervention de la France au Mali viennent encore plus fragiliser l’exécutif qui semble alors dépassé et désorienté dans les tourbillons de la tempête.

Le coup de grâce est porté en Janvier 2014 par les bons soins de la reine des paparazi, Mimi Marchand et son agence Bestimage. Elle est à l’origine de la fameuse Photo de Hollande, son scooter et son casque, en flagrant délit de faire le mur de l’Elysée pour aller voir sa blonde Julie. La photo de Closer fera le tour du monde. L’immense Manif pour tous de février 2014 accélèrera la chute du gouvernement Ayrault en mars 2014. Manuel Valls devient Premier Ministre, JP.Jouyet devient secrétaire général de l’Elysée et Macron devient ministre de l’économie. Les loups sont dans la bergerie. La voie de l’Elysée est ouverte pour 2017.

Macron est accueilli dans nos médias tel le Mozart de la Finance ou le génie du siècle, pianiste, philosophe, novateur ou dynamiteur de l’ancien monde. De nombreuses Unes des magazines lui trouvent toutes les qualités comme on peut le voir sur la photo ci-dessous. Tout juste nommé il va, contrairement à son prédécesseur Montebourg, autoriser la vente de SFR à Numéricable. Il s’ensuivra la perte de 5000 emplois en dépit des promesses de P.Drahi. Mais Macron aura ainsi gagné un précieux allié propriétaire de BFM-TV, Libé, l’Express, l’Expansion et RMC.

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Le grand œuvre de Macron à son ministère est sans nul doute la loi pour la croissance dite loi macron, issue en droite ligne de la commission Attali et petit bijou d’érosion feutrée mais très finement ciblée de l’architecture sociale du CNR. La loi macron fait suite à la loi ANI de « sécurisation de l’emploi » de 2013, prototype de l’inversion de langage du libéralisme, forme de schizophrénie habituelle de la publicité vantant les qualités extraordinaires d’un produit dont les minuscules lettres illisibles en bas d’écran dénoncent les dangers objectifs. Ici, en l’occurrence, la sécurisation de l’emploi signifie l’avancée de la flexibilité et le recul des droits du salarié dans les contrats de travail. Même les avancées apparentes en terme de formation peuvent masquer une emprise patronale ou apparaitre comme des alternatives au licenciement ou au chômage partiel. Les compétences des prudhommes et leur pouvoir de sanction sont restreints. Les médias dominants communiquent surtout sur la formation et la mutuelle santé obligatoire. Mais cette mutuelle santé n’est que le résultat d’un recul constant des prestations de la Sécurité sociale lié au manque à gagner du chômage de masse et des exonérations partielles de charges patronales. L’instauration de cette mutuelle revient donc à privatiser une partie de la protection sociale et il y a fort à parier que ce transfert et les cotisations salariales associées grandiront au fur et à mesure que les exonérations de charges patronales pour la SS se poursuivront. C’est ainsi qu’en 2020 les tarifs des mutuelles annoncent une hausse de 6% après la transformation du CICE en exonération de cotisations patronales.

La loi macron complète et durcit la loi ANI. Rien ne lui échappe du champ de l’organisation du travail : dérèglementation partielle des professions du droit permettant plus d’ouverture à des capitaux externes et favorisant les grands cabinets, démantèlement du système taxis G7 au profit des multinationales américaines mode Uber, transport par autocar inter-régional en concurrence avec des lignes SNCF, facilitation du travail de nuit ou du dimanche, restriction discrète du champ du droit du travail au bénéfice du droit civil, limitation du champ d’action et des prérogatives des prudhommes, contrôle strict et quasi mise sous tutelle de leur fonctionnement, forte limitation de l’action et du pouvoir de sanction de l’Inspection du travail, contournement possible de la médecine du travail par l’emploi de médecins généralistes, facilitation des licenciements et des procédures des plans sociaux pouvant conduire dans certains cas à l’absence totale d’indemnisation et enfin dépénalisation de l’entrave au droit syndical. (lire l’étude détaillée de G.Filoche). En bref, une destruction massive du monde salarial sous le velours mortuaire du libéralisme « social ».

Comble de l’hypocrisie cynique et sans doute, conseil d’Hermand ou Jouyet, Macron joue la pédale douce avec les députés socialistes affectant de leur laisser le temps du débat. Il se doute bien que la Fronde va bientôt se lever dans leurs rangs et alimenter les divisions. Une frange socialiste de gauche se dessine conduite par Benoit Hamon. Le premier Ministre Manel Valls se voit obligé de faire passer la loi à coup de 49-3 et se grille auprès de beaucoup d’électeurs socialistes. Cet épisode explique en partie les résultats de la future primaire du PS en 2016. En parallèle, fin 2014, c’est le début de l’affaire Jouyet-Fillon révélée dans l’Obs par référence à des propos de Jouyet à deux journalistes du Monde : Fillon aurait sollicité un entretien pour faire accélérer les procédures d’enquête concernant Sarkozy. Malgré la plainte de Fillon pour diffamation l’affaire s’est terminé en appel en 2016 par une relaxe générale. Il en restera toujours quelques traces pour la future primaire de la droite et les présidentielles !

L’antagonisme Valls-Macron se durcit encore plus à l’approche de l’année 2016 ; Macron ne réussit pas à avoir la main libre sur la loi travail mais insiste pour que les mesures de limitation des pouvoirs des prudhommes soient maintenues et que le montant des indemnités de licenciement soit baissé. Peut-être choisit-il aussi ce moment pour sortir du gouvernement sans que les échos négatifs de la loi El Khomry ne l’atteignent trop personnellement. En avril 2016, il crée son mouvement « En Marche » affichant ainsi ses futures ambitions présidentielles et démissionne du gouvernement en aout. La course à l’Elysée 2017 est maintenant ouverte ! L’effraction est en cours !

La démission de Macron et son entrée en pré-campagne crée une effervescence médiatique à la hauteur de ses réseaux d’influence et de ses multiples mentors ; rien que le jour de son départ il a droit à près de 20 minutes de JT sur chacune des chaines France 2 et TF1 sans compter des éditions spéciales en soirée ; il fait les Unes de la quasi-totalité des journaux papier. Le « matraquage médiatique de la marque Macron » dont parte l’analyste Thomas Guénolé dans Marianne atteint 42% des parts de voix dans les médias lors des 6 derniers mois de 2016 ce qui le conduit à une audience de près de 20% dans les réseaux sociaux. Même Bayrou, avant son ralliement dénonçait en septembre 2016 : « Il y a là une tentative qui a déjà été faite plusieurs fois de très grands intérêts financiers et autres qui ne se contentent plus d’avoir le pouvoir économique. »

 

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Il manque dans cette liste la première fortune de France L’Oréal de Françoise Bettencourt qui n’est pas directement impliquée dans les médias. Mais son budget média, l’un des plus importants au monde, confié à Publicis, en fait un acteur incontournable dans l’équilibre financier des médias et dans le monde politique.

Même le Forum économique mondial de Davos s'empare de la personne de Macron pour la mettre sur un piédestal mondial en le désignant Young Global Leader (YGL), jeune leader mondial. Il fait ainsi partie de la promotion 2016 des 121 « hommes et femmes de moins de 40 ans, scientifiques, chefs de gouvernement, futurs chefs d'entreprise, activistes sociaux qui façonnent la politique, la société et le monde qui les entourent ».

Tout ce beau monde veut donc mettre Macron sur le fauteuil de l’Elysée. Comme on l’a vu ci-dessus, pour le plan média, les soutiens sont là en force. Les réseaux d’influence potentiels sont importants mais il faut maintenant une structure et des équipes mais aussi des sources de financements organisées.

 Macron étant en quelque sorte le successeur de DSK pour porter le projet de libéralisation réformiste dans la lignée de la fondation Saint Simon et des gracs il était évident qu’il puisse bénéficier de l’équipe des Jeunes de l’ancien directeur du FMI. Beaucoup sont encore en poste d’attachés ou conseillers auprès d’élus du PS en Ile de France. Stéphane Séjourné est le premier à entrer officiellement au service de Macron dans son cabinet au ministère de l’économie ; il est chargé précisément des relations avec les élus. Il était auparavant au cabinet de Jean-Paul Huchon après avoir fait partie de l’équipe de DSK. Il avait milité au PS lors de ses années d’étude de droit à Poitiers et avait entrainé plusieurs militants avec lui dans l’équipe de DSK formant ainsi la bande de Poitiers. On trouvait dans cette bande, Guillaume Chiche, Pierre Person, Sacha Houlié, Florian Humez et Jean Gaborit ; ils vont s’illustrer dès 2015 en créant le mouvement « Les Jeunes avec Macron » JAM sensé être né d’un enthousiasme spontané mais discrètement hébergé dans un local prêté par Hermand. Ils créent dans la foulée une association de financement. (Les trois premiers cités deviendront députés LREM, Humez ira au cabinet de Mounir Mahjoubi, le cas Gaborit est intéressant car il succédera au poste de Benalla à l’Elysée).

Le premier secrétaire général d’En Marche est Ludovic Chaker parlant chinois et arabe, proche des forces spéciales et rompu aux méthodes d’organisation ; il est maintenant conseiller auprès du chef d’Etat Major à l’Elysée. Il s’occupe de l’organisation de la Grande Marche en mai 2016. La méthode consiste à faire du porte à porte ciblé afin de sensibiliser les électeurs et de recueillir leurs attentes ; elle s’inspire de la campagne présidentielle d’Obama et elle a été formalisée et adaptée par une startup LMP fondée par Liegey, Muller et Pons en 2013. LMP a ainsi créé un logiciel de ‘campagne électorale’ adapté aux diverses circonscriptions, intégrant les composantes socio-économiques et électorales. Le logiciel, Cinquante plus un, a été développé et affiné lors de diverses élections avec JP Huchon et lors de l’élection de Hollande. Les quelques milliers d’interviews réalisées lors de la Grande Marche ont fait l’objet d’un traitement informatique par la société Proxem en vue d’en extraire des éléments de programme et de com. On peut légitimement s’interroger sur la pertinence de l’image obtenue et en particulier sur l’écho rebond de la forte campagne médiatique en cours sur les sondés. De nombreux militants des JAM participent à cette opération largement médiatisée et viennent ajouter la touche de jeunesse et de nouveauté revendiquée. Le marketing électoral et la com se substituent complètement aux enjeux et aux choix politiques. On retrouve parmi la garde rapprochée de Macron les fidèles jeunes de DSK, B.Griveaux, Stanislas Guerini, Ismaël Emelien, Cedric O, Sibeth Ndiaye ; après la chute de DSK, la plupart avait trouvé des places auprès de grands barons du PS, Moscovici, Cambadélis, JP Huchon, Marisol Touraine, JM.Le Guen ou G. Collomb, Réformateurs ou anciens partisans du patron du FMI. L’effraction du PS était déjà largement avancée ! Le parti n’attendait plus que l’implosion Macron.

Restait à alimenter la caisse officielle : on a choisi la méthode Start-up-comme celle que e2m avait un temps voulu monter avec Emelien (conseiller spécial viré après l’affaire Benalla et recasé chez LVMH) et de Normandie ( devenu ministre du logement) en 2014 avant de devenir Ministre. Le directeur de l’association de financement est à titre bénévole, Christian Dargnat, ancien PDG de BNP Paribas Assets managements au carnet d’adresses bien rempli ; sa fonction consiste à démarcher les poissons pilotes, riches donateurs à 7500 €, parmi les cadres supérieurs, les financiers ou les entrepreneurs ; Un autre bénévole de poids est appelé en renfort pour cette collecte : Bernard Mourad, ex-banquier d’affaires et ex président d’Altice media group , réputé proche de Xavier Niel et Patrick Drahi. Il est assisté pour cela de Cedric O qui va organiser la soirée French Tech à Las Végas en 2016. L’objectif est d’en trouver 1300 pour racler 10 millions d’euros. Un seul déjeuner à Londres au domicile privé de la directrice financière d’un site de vente en ligne a permis de réunir environ 280000 euros pour la collecte de fonds de Macron. C’est un bon placement pour ces gros revenus, gros patrimoines et gros donateurs, même s’ils donnent deux fois, en 2016 et 2017, au parti et au candidat, soit 20000€ maximum, le contribuable leur en rembourse déjà les 2/3 soit environ 13400. Il leur en coute donc 6600€ en tout. Les réformes de Macron sur l’ISF et la Flat tax sur le plan fiscal vont leur rapporter beaucoup plus. Dans l’étude du Comité d’évaluation des réformes fiscales d’octobre 2019, deux des cas-types cités montrent des gains fiscaux annuels de 120000€ et 30000€ correspondant au profil des donateurs recherchés. Sans compter les avantages consentis aux entreprises en matière de libéralisation par la loi travail. Le don Macron est donc un excellent placement pour ces catégories sociales supérieures. Il se révèlera par contre désastreux pour les classes moyennes, plus particulièrement pour les retraités !

Le directeur de campagne est Jean-marie Girier, du serail lyonnais de Collomb et Réformateur apte à discuter avec les Jupéistes. Alexis Kohler, ex chef de cabinet devenu fidèle de Macron est très actif pendant la campagne alors qu’il est directeur financier de MSC, deuxième entreprise mondiale de fret maritime avec laquelle il a des liens familiaux. Il devient après l’élection secrétaire général de l’Elysée. Il a fait l’objet de plusieurs plaintes d’anticor pour d’éventuels conflits d’intérêt relatifs à MSC, les chantiers navals STX et le port du Havre dont le maire était Edouard Philippe. Richard Ferrand, du sérail socialiste breton, directeur des Mutuelles de Bretagne, devient secrétaire général de LREM puis ministre et enfin président de l’Assemblée Nationale après les présidentielles. Le 11 septembre 2019, le parquet de Lille a annoncé la mise en examen de Richard Ferrand pour prise illégale d'intérêts lors de ses fonctions aux Mutuelles de Bretagne en rapport avec les activités de sa compagne. La caisse est bien pleine, l’équipe de campagne est bien rodée mais la concurrence est rude et l’effraction n’est pas certaine.

 

Les deux concurrents principaux donnés favoris par les sondages sont Manuel Valls et Alain Juppé ; Marine Le Pen est bien placée mais depuis plusieurs années elle fait office de repoussoir pour le second tour, l’objectif de tout candidat est donc d’arriver premier ou second du premier tour avec le FN. Mais Ils doivent passer le cap de leur primaire respective.

La première primaire est celle de la droite et du centre. Primaire, ce parangon de la démocratie made un USA tient bien toutes ses promesses même si elle n’atteint pas la démesure grotesque de la politique spectacle à épisodes américaine. Elle nous offre une première surprise avec le choix massif de François Fillon contre Alain Juppé et une forte participation de 4 millions de votants. Plusieurs éléments peuvent cependant justifier ce résultat : le choix de Fillon de durcir sa campagne à droite a été payant chez les électeurs de droite mais il a surtout profité de son image de catholique traditionnel de la France rurale de l’ouest et a pu rallier ainsi les votes des soutiens de la Manif pour tous et des réseaux catholiques. L’influence de Marc Ladreit de Lacharrière a pu jouer pour la mobilisation de ces réseaux. C’est certainement pour cette raison que la candidature à la primaire de Hervé Mariton, grande figure de la Manif pour tous avait été écartée : il ne fallait pas détourner ces voix « catholiques » du vote Fillon. Plusieurs instituts de sondage ont estimé à 15% le nombre d’électeurs de gauche ayant participé à cette primaire ; ces électeurs ont sans doute voté Fillon en le considérant comme candidat virtuel plus facile à battre que Juppé. Les gracs n’ont donc pas joué un rôle direct déterminant dans ce choix de Fillon.

La primaire citoyenne de la gauche se déroule le 22 et 29 janvier 2017 : elle va déboucher sur une deuxième surprise. C’est l’outsider Hamon qui va l’emporter contre Valls. Environ deux millions d’électeurs ont participé au vote mais des polémiques ont surgi après le scrutin ; il y a eu des cafouillages sur le nombre d’électeurs et celui des bureaux de vote, plusieurs journalistes ont affirmé avoir pu voter 2 ou 3 fois. Par ailleurs, le scandale Fillon, révélé par le Canard enchainé, a démarré entre les deux tours de la primaire citoyenne ouvrant une voie royale aux autres candidats et surtout à Macron à condition que Valls ne soit pas choisi. Compte tenu de l’état de délitement et de fracturation du PS on se doit d’envisager différents champs d’action possibles pour interpréter ce résultat. Parmi les électeurs de base socialistes un certain nombre ont choisi l’option la plus à gauche par réaction aux lois régressives et au passage en force du 49-3 ; l’impopularité de Hollande a joué dans le même sens. On mesure ici le poids du conditionnement médiatique et l’habilité de Macron qui a su à la fois arborer le costume de la réforme et de la nouveauté tout en se délestant partiellement du poids de la régression sociale sur Manuel Valls et en quittant le navire au bon moment. Hamon a su miser sur la carte du raidissement à gauche et a bénéficié d’un bilan positif dans ses fonctions ministérielles mais cela n’aurait pas suffi à le hisser à ce niveau-là. D’autres considérations plus tactiques et stratégiques sont intervenues. L’élimination de Fillon semblant acquise, la victoire de Hamon à la primaire citoyenne permettrait non seulement d’éliminer Valls, sérieux concurrent de Macron mais pourrait siphonner des voix à Mélenchon l’empêchant d’accéder au second tour de la présidentielle. Vu la puissance des réseaux macronistes au sein du PS il n’est pas impossible que la victoire de Hamon ait pu être favorisée à l’intérieur même de la structure du parti ; on rappellera à ce propos que l’organisateur de la primaire citoyenne Christophe Borgel avait coordonné la campagne de DSK et était très proche de l’ex-bande de jeunes de DSK récupérée par Macron, les Guerini, Emelien et autre Griveaux. Les thèmes de la campagne Hamon, revenu universel, visa humanitaire, constitutionnalisation des biens communs ou 50% de renouvelables dès 2025, sont un peu surréalistes dans un PS moribond et semblent plus destinés à la pêche des voix Mélenchon qu’à la victoire à la présidentielle. Même le vainqueur de la primaire écologiste, Yannick Jadot s’y est laissé prendre puisqu’il s’est rallié à Benoit Hamon, tout seul de son plein gré !

 

L’effraction est consommée. Les dés sont jetés. La Présidentielle de 2017 va pouvoir se jouer entre les quatre candidats réellement en lice, Macron, Fillon, Mélenchon, Le Pen. Les médias-macron ont joué leur partition. Les affaires Fillon, Le Pen sur les attachés parlementaires fictifs n’ont cessé de prendre de l’ampleur, Fillon s’est même pris dans la tronche les costumes de Bourgi, un fidèle de Sarkozy. Macron a fait quasiment le plein de l’éléctorat socialiste de base et d’une partie de l’électorat de Sarko très remonté contre Fillon après l’affaire Jouyet-Fillon ; Hamon fait un bide car ses électeurs sont partis chez Macron, mais a-t-il pris à Mélenchon les 600 000 et quelques voix qui lui manquent pour être au deuxième tour face à Macron. Peut-être ? Certains pleurent encore sur un accord PS-France insoumise qui aurait pu sauver la gauche mais c’est vraiment de la politique fiction relevant du surréalisme. Peut-on imaginer un seul instant le PS des Hollande, Valls, Le Guen, Collomb, Huchon, Le Drian et d’autres signer un accord avec Mélenchon ?

Macron est massivement élu au second tour suivant une machinerie électorale bien établie.

L’Effraction est réussie. Le Gang est dans la place.

La France a toutes les raisons d’être malheureuse et inquiète.

La brutalité de l’Histoire ne va pas tarder…

 


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6 réactions à cet article    


  • Ruut Ruut 3 mars 12:48

    Bienvenue en Macronie aussi appelée Eurocratie.



      • CLOJAC CLOJAC 4 mars 02:02

        @Eschyle 49

        Cet individu est un sociopathe. 
        Son comportement correspond parfaitement à ce trouble de la personnalité :
        Prédateur sans scrupules, froid comme un serpent au plan émotionnel, incapable de ressentir la moindre empathie à la souffrance des autres.
        Font aussi partie des critères retenus par les psychiatres : l’irritabilité, l’impulsivité, le mépris d’autrui, l’incapacité à reconnaître ses erreurs, et encore plus à éprouver des regrets pour les dommages infligés aux autres. 


      • rhea 1481971 3 mars 19:03

        Enfin BFM la chaine économique, n’ émet plus il doit y avoir un sacré

        problème.


        • Odin Odin 3 mars 20:43

          Bonsoir, Merci à l’auteur pour cette retranscription des différents épisodes pour l’avènement de cette nouvelle marionnette à l’Élysée, encore plus servile que les précédentes pour satisfaire l’appétit insatiable des adeptes du N.O.M. Le plus consternant dans cette saga machiavélique est qu’il était facile aux électeurs de la découvrir en faisant quelques recherches sur la toile. Conclusion, la France a le gouvernement qu’elle mérite et il est même possible qu’elle remette le couvert pour 2022.


          • hgo04 hgo04 4 mars 05:18

            On parle beaucoup de l’escroc macron, de ses manoeuvres, de sa corruption.. Mais bien peu de la crétinerie des français ayant voté pour lui.

            Sans ces crétins, il ne serait pas président. C’est aussi simple que ça.

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