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Accueil du site > Tribune Libre > Make Europe great again !

Make Europe great again !

 « Il y a déjà longtemps [avant le siècle de Louis XIV] qu’on pouvait regarder l’Europe chrétienne comme une espèce de grande république partagée en plusieurs États… tous ayant les mêmes principes de droit public et de politique inconnus dans les autres parties du monde. » 

 Au sortir de la seconde guerre mondiale, les nations européennes sont exsangues économiquement et militairement. Dans le même temps, la période coloniale prend fin. L’usage de la force et de la barbarie, ne peut plus être le principal ressort des sociétés occidentales. L’instinct de domination ne peut plus constituer l’âme des dirigeants et encore moins celle des peuples du vieux continent.

 À la même période de temps, les Etats-Unis n’ont pas cet état d’esprit. La lutte contre le communisme mondial est dans tous les esprits américains : guerre de Corée, débarquement de la baie des cochons, guerre du Vietnam… Le communisme semblant vaincu, il s’en suit des guerres contre le terrorisme musulman au Moyen-Orient et ailleurs : Afghanistan, Philippines, Irak, Syrie… Lors de toutes ces occasions, l’Europe s’est associée avec plus ou moins de conviction aux initiatives militaires américaines. Une foi conquérante et civilisatrice animait les Etats-Unis ; les européens essayaient eux d’exister encore. Une domination ne peut se concevoir que si les peuples ont une foi, ne serait-ce que la foi en eux-mêmes : les dirigeants sauront toujours la mener là où ils souhaitent, toutes les guerres sont faites par des croyants. 

 Mais la foi a fui loin de l’Europe ! La foi en toute espèce de croyances ou d’idéologies qui promettent le bonheur, sur terre ou ailleurs. En France, plus de soixante pour cent des habitants se déclarent athées ou sans religion. Les rangs des militants politiques et syndicaux sont eux aussi de plus en plus clairsemés. Et la France est représentative de la plupart des autres pays européens.

 La perte de toute foi est-elle le signe d’un passage vers un âge adulte qui s’accompagne par une perte de la candeur, de la naïveté, de la capacité de rêves, pour aller vers la Raison qui ne serait en fait qu’une forme de vieillesse  ? Le vieux continent semble devenu trop vieux pour croire en un avenir meilleur, un mieux-être ou un idéal qui permettrait de dépasser les turpitudes quotidiennes  : « La fin des idéologies, c’est le début de la vieillesse ». Mais l’Amour peut exister sans dieux et tous ceux qui se battent pour les gens qui ne sont rien le montrent à chaque instant.

 L’Europe ne croit plus en rien, pas même en elle-même, elle se contente d’emprunter un verbiage venu d’ailleurs pour avoir l’air moderne et les politiciens brassent des mots inutiles avec si peu de talent que personne n’y croit plus. 

 La situation n’a rien de comparable aux Etats-Unis. Se dire athée est difficile dans cette société et croire en Dieu est un gage, sinon le seul, de moralité. Les américains préféreraient un président âgé, ouvertement homosexuel, plutôt qu’un athée. Dans certains États, certains peuvent perdre leur emploi pour cause athéisme. Et la diffusion des influences religieuses au sein des instances politiques dirigeantes atteint le délirant, selon les critères européens. Le candidat George W. Bush a ainsi déclaré « Jésus-Christ a sauvé ma vie ». Son adversaire Albert Gore avant toute décision difficile se demande : « Qu’aurait fait Jésus ? ». La plupart des présidents américains ont eu recours au Pasteur Billy Graham dans des moments clés : Nixon lors de son investiture, Bush lors de la guerre du golfe en 1991, Clinton qui joignit ses prières avec lui dans le bureau ovale, Obama qui présida un « petit-déjeuner de prière de Pâques » en présence de 140 responsables religieux chrétiens, Donald Trump qui prie incessamment avec ses collaborateurs durant les réunions gouvernementales… La grande majorité des Américains et leurs dirigeants sont donc profondément religieux. Il n’est pas nécessaire d’expliciter dans le détail ce qui différencie les baptistes, les méthodistes, les luthériens, les presbytériens, les pentecôtistes, les épiscopaliens, les congrégationalistes, les mennonites, les adventistes et beaucoup d’autres groupes emplis de ferveur, pour savoir ce qu’ils prêchent. Par exemple, le millénarisme prétend que le Christ règnera pendant mille ans, avec 144.000 saints, choisis parmi les douze tribus d’Israël. A l’issue de ce millénaire, le Jugement dernier aura lieu. L'expression « combattre l'axe du mal », mot d'ordre de la politique internationale des USA contre le terrorisme, provient directement des groupes religieux. Un Messie assurera le triomphe de Dieu sur les forces du mal. Ce Dieu dont se pare les dirigeants pour diriger n’a rien à voir avec l’Amour et en conséquence il n’existe pas.

 L’Europe de l’Atlantique à l’Oural se reconnaît-elle dans ces valeurs, ces modes de comportement politique, de façon de faire ? L’Europe ne veut plus (ou n’est plus capable) mettre sous sa férule les peuples d’ailleurs, ni les siens propres. L’Europe ne souhaite pas se référer constamment à un être suprême plus conçu pour attirer les quidams et les électeurs que pour promouvoir paix, solidarité, fraternité, respect. L’Europe ne souhaite pas remplacer la philosophie par des guichets, ne souhaite pas substituer les sentiments par des royalties, ne souhaite pas remplacer l’intelligence par l’inintelligence numérique.

 L’Europe ne souhaite plus imposer la loi du plus fort même si celle-ci est soufflée par des divinités d’occasion. L’Europe ne souhaite pas imposer une culture, des mœurs ou un modèle économique à l’intérieur ou à l’extérieur de ses frontières mais elle souhaite cependant qu’on ne lui en impose pas venues d’ailleurs.

 L’Europe politique fut construite pour tirer ce continent des bains de sang auxquels périodiquement elle s’adonnait. Ce fut une utopie construite pas à pas, habilement, par des politiciens rompus aux exercices de dissimulation, elle fut presque imposée à des peuples sceptiques ou méfiants. L’Europe doit maintenant devenir un refuge contre les pitreries de prédicateurs ou de savants politiciens, un refuge pour préserver des cultures, des arts non asservis aux pouvoirs, un refuge pour conserver une espérance dans les Droits de l’Homme, un refuge pour les vérités souvent gênantes des sciences plutôt que pour les superstitions, les croyances, les gri-gris, les amulettes, un refuge pour tous ceux pour qui la recherche du bonheur prime sur celle de la réussite. L’Europe a toujours fait primer le beau, l’esthétique, le vrai, le rationnel sur le paraître. L’Europe n’est pas un continent où l’on doit avoir honte d’être pauvre.

 L’Amérique nous quitte, c’était la condition pour que l’Europe puisse exister.

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21 réactions à cet article    


  • Cateaufoncel2 17 mai 17:35
    Comment l’Europe pourrait-elle redevenir grande avec des nains politiques et des renégats qui manoeuvrent pour la noyer dans le marigot mondialiste ?

    • Christ Roi Christ Roi 17 mai 18:53

      L’Europe était belle quand elle était chrétienne. Cherchez l’erreur. smiley


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 17 mai 18:58

      @Cateaufoncel2
      Les peuples sont grands, généreux, intelligents.


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 17 mai 19:00

      @Christ Roi
      La citation est de Voltaire pour commenter le siècle de Louis XIV. Non, l’Europe n’était pas belle, elle était grande.


    • Christ Roi Christ Roi 17 mai 19:16

      @Jacques-Robert SIMON
      Si vous voulez. Pour moi, c’est la même chose.


    • Cateaufoncel2 17 mai 19:38

      @Christ Roi


      Moi , je dirais quand elle était catholique à l’ouest : 95 % du patrimoine religieux jusqu’à la Pologne, est de matrice catholique, y compris la musique : Mozart, Bach, Beethoven, Brahms, Chopin, Liszt, Verdi, Bizet étaient tous catholiques

    • Cateaufoncel2 17 mai 19:48
      @Jacques-Robert Simon

      « Les peuples sont grands, généreux, intelligents. »

      Ce ne saute pas aux yeux.

      Mais enfin, le problème, c’est plutôt l’homme en général, irrationnel , soumis à ses sentiments, à ses a priori et à ses partis pris, agissant sous les impulsions de son inconscient, on ne peut rien en espérer.

      Et quand il est guidé par des Merkel, des Juncker, des Macron, des Rajoy et autres Gentiloni, il touche le fond sans même s’en rendre compte.

    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 17 mai 20:04

      @Cateaufoncel2
      Si les peuples sont grands et généreux. C’est eux qui effectuent tout ce qui a un sens.


    • njama njama 17 mai 22:56

      @Christ Roi
      L’Europe était belle quand elle était chrétienne.

      vous vivez sur un passé complétement fantasmé. L’Europe telle qu’on l’entend aujourd’hui est une création politique du XX° siècle.

      Le mot Europe c’est le mouvement romantique allemand qui le premier y fait référence, au mépris de toute analyse historique. Novalis ( Friedrich von Hardenberg 1772 - 1801) écrit L’Europe et la Chrétienté un essai politique publié en 1826 ... dans lequel il réhabilite le Moyen Âge d’avant Luther et rêve d’un retour à l’âge d’or dans une Europe purifiée par la foi retrouvée.

      Hegel fait aussi allusion à l’Europe, médiévale, par rapport à la chrétienté aussi, mais comme un ensemble dépassé.

      Chrétienté et démocratie historiquement hormis notre période contemporaine ça n’a jamais existé. Le christianisme ne portait en lui les germes de la démocratie, le Vatican reste tout de même la dernière monarchie absolue sur cette planète.

      L’Union paneuropéenne internationale a été fondée au lendemain de la Première Guerre mondiale, en 1926 à Vienne, par le comte Richard Coudenhove-Kalergi qui a publié en 1923 son livre-manifeste Paneuropa où il préconise la création d’une union des États européens.



    • Christ Roi Christ Roi 17 mai 23:53

      @njama
      Vous pouvez nous dire ce que vous voulez, mais vous êtes bien obligé de constater que l’Europe chrétienne a produit des choses magnifique quand l’Europe athée ne produit que de la merde.


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 18 mai 07:57

      @njama
      L’Europe politique est une création récente mais l’Europe des arts, de la culture et des modes de pensée est très ancienne.


    • OMAR 19 mai 13:13
      Omar9

      @Jacques-Robert SIMON : « l’Europe des arts, de la culture et des modes de pensée est très ancienne. ».
      .
      Oui, depuis le Renaissance...
      .
      Sinon, l’Europe barbare n’a jamais disparue, même après la renaissance :

    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 21 mai 07:48

      @OMAR
      Le nazisme ne représente pas l’Europe des valeurs et des sciences.


    • l' hermite Cyrus 17 mai 19:33

      Article intéressant .

      Votre tableau est difficile a lire je vous en propose un autre .
      Vous semblez cherchez la racine du mal ...
      Je vous souhaite bon courage c’ est éminemment complexe de la trouver .

      il y a une vielle histoire que je vais vous conter .

      Bien avant le déluge de nôe (ou celui de l’ épopée de gilgamesh, ... )
      Un homme tentât de convoquer le diable , Non pas pour obtenir du « matériel » 
      Mais pour faire le seul vœu altruiste qui pouvait mettre le diable dans l’ embarras.

      Cet homme dont le nom importe peu , 
      souhaitât sans être changé en quoi que ce soit 
      devenir l’ homme le plus malfaisant du monde .

      C’ était bien le vœu altruiste , cet homme était bon pour les autres et pour le monde .
      Le diable , ne fut pas vaincu , tout comme trump il brisa le contrat montrant ainsi sa vrai nature .
      Et il dit a l’ homme , tu fait preuve d’ ego , de suffisance , tu sera maudit pour cela .

      Bonne soirée .




       

      • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 17 mai 20:08

        @Cyrus
        Je ne cherche pas la racine du mal, j’essaie de comprendre.


      • l' hermite Cyrus 17 mai 21:47

        @Jacques-Robert SIMON

        J’ ai grandi dans les verger .... 
        Tirer la racine d’ un arbre , permet parfois de trouver ce dont souffre les feuilles .
        De savoir également comment reconvertir et replanter la terre malade pour qu’ elle nous nourrissent a nouveau .

        Au plaisir de vous lire a nouveau 





      • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 18 mai 07:58

        @Cyrus
        Merci infiniment.


      • Ciriaco Ciriaco 17 mai 21:03

        Mr Mélenchon, dans un de ces discours, parlait du génie qui culminait place de la République. Il entendait par là le peuple, constitué de manière historique et qui donne à une civilisation un tournant fondamental et émancipateur.


        Nous avons tous appris que l’Europe était une garantie de la paix. Pourtant, et ceci sans parler des nombreuses diversités et antagonismes intérieurs, la raison de l’Europe est loin. Je ne sais plus quel homme politique disait, peut-être Delors, que la construction européenne avait échoué avec le choix d’une Europe économique ; qu’il aurait mieux valu commencer par une Europe culturelle.

        C’est-à-dire ce qui est proche du lien. Plusieurs décennies plus tard, avez-vous vu un service civique obligatoire à effectuer dans un pays européen ? Plus d’échanges dans les écoles ? Des programmes télévisés sur les télévisions publiques dans les différentes langues européennes ? Ou bien plutôt des institutions ne pas hésiter à ordonner à la Grèce une politique de précarité radicale ?

        Une telle erreur de la part des dirigeants, tellement grossière, ne peut être le fait que d’une ignorance de classe ; l’Europe n’a pas su créer de tournant parce que ses dirigeants sont des ultra-libéraux engoncés dans une logique de marché pure et dure ; pour eux, la force armée, la circulation des biens, la liberté de consommer et d’entreprendre sont des totalités nécessaires et suffisantes à une civilisation.

        Et quand bien même on trouverait à objecter à cela, qu’on me dise donc ce qu’ils ont créé ! Et je vous ne parle pas des potentats locaux qui, parce qu’ils maîtrisent la technique administrative, s’accaparent les budgets pour arriver à leurs propres fins, et ceci en guise de politique sociale et culturelle.

        A ces messieurs, un modéré ne peut que dire « Oui, bien sûr, l’Europe, et la merde dans laquelle vous nous avez mise ».



        • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 18 mai 08:01

          @Ciriaco
          Il a été construit une Europe politique sans âme et sans projet à sa mesure. En économie, les dirigeants se sont contentés de suivre les airs à la mode venus d’ailleurs.


        • bob14 bob14 18 mai 06:10

          Europe great again ?..vous voulez parler des banques je suppose… ?...Regardez ces couilles molles face aux USA et les sanctions contre l’Iran… smiley

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