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Accueil du site > Tribune Libre > « Maréchal Twitto » prend la présidence de l’Union européenne

« Maréchal Twitto » prend la présidence de l’Union européenne

Le premier ministre slovène Janez Jansa a atteint, en juillet 2021, le niveau des grands dirigeants du Vieux Continent. Au cours des six prochains mois son pays présidera le Conseil de l'UE. 

Il est considéré comme un imitateur de Donald Trump pour avoir copié le slogan de ce dernier "La Slovénie avant tout". Il est surnommé "maréchal Twitto" à cause de sa passion pour les réseaux sociaux et "démocrate antilibéral" pour son opposition à la migration. Aucun de ces surnoms ne se serait accroché au premier ministre slovène de 62 ans, conservateur de droite, s'il n'avait pas pour habitude d'exprimer ses pensées de manière très directe. 

Janez Jansa a commencé la présidence de son pays au Conseil de l'UE par un avertissement contre l'effondrement de l'union qui pourrait se produire si certains pays continuaient d'"imposer" des "valeurs européennes imaginaires" aux autres, tout en mettant en garde contre la considération de la Slovénie comme une "colonie" ou une "Europe de deuxième classe". M. Jansa sait de quoi il parle : sa carrière politique a commencé à l'époque de l'effondrement de la République fédérale de Yougoslavie. Avec le temps, en commençant dans la gauche radicale, il s'est transformé en nationaliste slovène convaincu. 

Parmi les sept organes de l'Union européenne un seul, le Conseil de l'UE (parfois assimilé à la chambre haute du Parlement européen), prévoit la présidence de tous les membres tour à tour. C'est la seule plateforme qui permet aux pays de l'UE qui se trouvent en opposition à sa ligne (dont la Slovénie) de se faire entendre. Toutefois, Bruxelles sait gérer le calendrier bureaucratique. On s'était préalablement préparé à l'apparition de Janez Jansa sur l'olympe politique européenne : cet événement a été précédé par de nombreuses publications critiques dans la presse. 

Le message principal de la plupart d'entre elles était similaire : le Slovène déjà bien connu sur la scène européenne a sérieusement changé au cours de ces dernières années. Quand M. Jansa était à la tête du pays entre 2004 et 2008, il n'avait pas de difficultés avec l'UE. Mais la crise économique mondiale qui a suivi et la migration du Moyen-Orient entre 2015-2016 ont poussé le politique autrefois compatible avec l'Europe à adopter des positions nationalistes. 

Janez Jansa s'est mis à critiquer les idées considérées par l'UE comme des valeurs au-delà des compromis. 

C'est pourquoi personne n'a été surpris par la discorde entre les futurs partenaires dès la première conférence de presse conjointe du dirigeant slovène dans sa nouvelle fonction et de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. "L'UE réunit des pays avec des traditions différentes, des cultures différentes… et toutes ces divergences doivent être prises en compte et respectées", a déclaré M. Jansa avec un sous-entendu. Ce qui n'a pas été apprécié par Mme Leyen : "La liberté d'expression, la diversité et l'égalité [culturelle et raciale], voici les valeurs européennes fondamentales", a-t-elle rétorqué. Les médias européens ont vu dans cet échange le début d'un conflit, ce qui semble plausible car l'adjoint de Mme Leyen, Frans Timmermans, a réagi assez durement en refusant de se prendre en photo avec M. Jansa. 

La situation n'était pas non plus facile pour le Slovène lors de son premier discours au Parlement européen. Les députés des Verts et des libéraux (Renew Europe) lui ont organisé un accueil froid. "Je crains, M. Jansa, que les événements dans votre pays ne nous permettent pas de vous faire confiance", a déclaré le député néerlandais Malik Azmani. Et de poursuivre : "Vous aspirez à entrer dans le cercle vicieux de ceux qui n'apprécient pas la liberté des médias ni l'indépendance des juges ni les droits LGBT. Sans oublier la corruption et les abus." Alors que la coprésidente des Verts au Parlement européen, Ska Keller, a accusé Janez Jansa, ancien journaliste, de "campagne de diabolisation des médias slovènes". 

Le premier ministre slovène compense depuis longtemps les difficultés avec les pays d'Europe occidentale par son rapprochement avec la Hongrie. Tout comme Viktor Orban, Jansa s'est fermement opposé à la participation dans la politique du milliardaire américain George Soros et a même polémiqué avec lui sur les réseaux sociaux : "Restez à l'écart de l'Europe, s'il vous plaît. Votre sale argent et les soi-disant ONG sont devenus les plus grands provocateurs de conflits sur le continent en anéantissant la confiance entre les peuples et la démocratie. Un Brexit suffit. L'Europe a besoin de récupérer", a écrit Janez Jansa indigné. 

Un nouvel acteur a fait parler de lui en matière de confrontation entre l'Europe de l'Est et Bruxelles dans les années 2010, la Chine. Le conflit avec l'UE dans le langage de la politique réelle signifie généralement la disposition à avoir affaire à Pékin. 

Pour la Slovénie en querelle avec Bruxelles il est question de l'obtention de l'argent chinois. Les principaux axes de ces investissements ont été exprimés par l'ambassadeur de Chine : la modernisation du port de Koper, la construction de voies ferroviaires, la participation à la privatisation de compagnies publiques locales. L'avantage des investissements chinois aux yeux des Européens de l'Est réside dans l'absence de conditions politiques et le respect de la culture locale. L'inconvénient potentiel c'est la hausse de la dette qui pourrait s'avérer insurmontable pour un petit Etat. C'est l'une des raisons pour laquelle Budapest et Ljubljana n'oseront pas aller trop loin à l'Est. 

Aussi critique que soit l'Europe de l'Est (dont la Slovénie) envers certaines propositions de la direction européenne, c'est plutôt un partenaire difficile dans les négociations qu'un adversaire. Car la Slovénie est un bénéficiaire direct de l'aide annuelle de l'UE à laquelle elle n'est pas prête à renoncer. Par conséquent, même si l'escalade verbale entre Janez Jansa et l'Europe se poursuivait, le dirigeant slovène ne franchirait pas le seuil critique.

Alexandre Lemoine

Les opinions exprimées par les analystes ne peuvent être considérées comme émanant des éditeurs du portail. Elles n'engagent que la responsabilité des auteurs

 

Source : http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=2934


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Patrice Bravo

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