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Accueil du site > Tribune Libre > Méditerranée, une Mare Turca ?

Méditerranée, une Mare Turca ?

Le sommet MED7 a eu lieu en Corse, à Ajaccio, le 10 septembre de cette année. Ce sommet institutionnalisé a pour objectif la coordination des sept pays du sud de l’Union européenne[1] et traite des sujets d’intérêt commun. Cette année, la situation en Méditerranée orientale à cause du comportement agressif de la Turquie à l’égard de la Grèce de Chypre et de la France notamment, fut au centre des discussions. La Turquie tente par la menace et l’intimidation de faire main basse sur la Méditerranée, notamment sur sa partie orientale et sur la Mer Égée.

Afin de rapporter la teneur des discussions, je mets ci-après un extrait les déclarations du président Macron, lors de la conférence de presse ainsi que des extraits de la déclaration commune des sept chefs d’État :

Déclaration de Monsieur Macron[2] : « Le deuxième grand sujet que nous avons abordé, c'est évidemment celui de la Méditerranée orientale et de la relation avec la Turquie. Nous avons défini, comme nous l'avions fait au cours de l'été avec la chancelière fédérale d'Allemagne, un agenda commun pour faire respecter la souveraineté européenne, le droit international et favoriser la désescalade. Et je crois pouvoir dire que d'abord nous avons eu sans ambiguïté un message de soutien à l'égard de la Grèce et de Chypre, message de solidarité et de soutien face aux provocations unilatérales, aux forages illégaux ou aux mouvements de menace de la souveraineté d'États européens.

Mais nous avons aussi collectivement réaffirmé une volonté, que nous porterons autour de la table du Conseil européen à 27, une volonté de réengager un dialogue responsable et de trouver les voies de l'équilibre dans toute la région. Ce dialogue, nous en savons tous la difficulté, nous n'avons aucune naïveté, mais nous souhaitons le réengager de bonne foi et nous comptons beaucoup sur le rôle du Haut représentant, du président du Conseil, MM. Borrell et Michel, dans la période qui s'ouvre.

Nous avons une déclaration commune qui est en train d'être éditée qui, dans son paragraphe 6, détaille de manière très scrupuleuse exactement notre position commune ainsi négociée. Et au fond, notre objectif c'est véritablement de restaurer des relations normales qui permettent la stabilité dans la région avec la Turquie, d'obtenir la fin des actions unilatérales, de pouvoir obtenir la fin des forages évidemment, un plein respect de l'embargo sur les armes pour l'ensemble des puissances de la région en Libye et d'accepter que sur les désaccords qui existent dans la région la manière de les régler doit être négociée, et devant les enceintes internationales pour ce qui est des débats juridiques qui sont les nôtres. Voilà le cadre de la discussion et, encore une fois, il est très clairement notarié dans ce paragraphe 6 de notre communiqué.

Nous avons la détermination de réengager ce dialogue en coopération, mais l'exigence aussi que nos principes soient respectés dans la durée. Je suis convaincu aussi que l'échange entre l'Union européenne et la Turquie est bénéfique pour les deux parties. Il y a un agenda économique, il y a un agenda d'échanges énergétiques qui peut être retrouvé et c'est notre souhait collectif. Exigence, volonté de désescalade avec des principes simples et clairs que nous avons réaffirmés parce qu'aucun dialogue n'est possible s'il repose sur un abandon de souveraineté ou une faiblesse coupable. Voilà le cadre qui est le nôtre. »

Déclaration d’Ajaccio à l’issue du 7e Sommet des pays du sud de l’Union européenne (Ajaccio, 10 septembre 2020) ; rubrique : Paix et stabilité en Méditerranée : « Nous réitérons notre plein soutien et notre entière solidarité avec Chypre et la Grèce face aux atteintes répétées à leur souveraineté et à leurs droits souverains ainsi qu'aux mesures agressives prises par la Turquie. Nous appelons l'ensemble des pays de la région à respecter le droit international, notamment le droit international de la mer, et nous encourageons toutes les parties prenantes à régler leurs différends par le dialogue et la négociation. À cet égard, nous saluons les efforts de médiation du haut représentant et vice-président et de l'Allemagne visant à permettre une reprise du dialogue entre la Grèce et la Turquie sur la question de la zone maritime. En outre, nous accueillons favorablement l'invitation du gouvernement de Chypre à négocier avec la Turquie, en relevant que la délimitation des zones économiques exclusives et du plateau continental devrait être traitée par le dialogue et la négociation de bonne foi, dans le plein respect du droit international et en accord avec le principe des bonnes relations de voisinage. Nous appelons en outre la Turquie à répondre à l'invitation du gouvernement chypriote afin d'engager des négociations de bonne foi pour délimiter les zones maritimes à l'ouest et au nord de l'île, ainsi qu'à soumettre le problème de la délimitation des frontières maritimes à la Cour internationale de Justice. Dans le prolongement des conclusions récentes du Conseil européen et du Conseil de l'UE, nous regrettons que la Turquie n'ait pas répondu aux appels répétés de l'Union européenne à mettre fin à ses activités unilatérales et illégales en Méditerranée orientale et dans la mer Égée. Nous réaffirmons notre détermination à utiliser tous les moyens adéquats dont dispose l'Union européenne pour répondre à ces actions agressives. À la suite de la dernière réunion informelle des ministres des affaires étrangères de l'UE (Gymnich), nous convenons d'accélérer les travaux concernant les inscriptions supplémentaires sur la liste des sanctions à partir des propositions déjà sur la table, en vue de leur adoption rapide. Nous soutenons que si la Turquie ne progresse pas sur la voie du dialogue et ne met pas un terme à ses activités unilatérales, l'UE est prête à élaborer une liste de mesures restrictives supplémentaires qui pourraient être évoquées lors du Conseil européen des 24 et 25 septembre 2020.

La situation imprévisible en Libye représente une menace pour la stabilité du pays et de l'ensemble de la région, y compris de l'Union européenne, et contribue à l'aggravation de la menace terroriste, de la traite des êtres humains et du trafic illicite de migrants. Nous rappelons la nécessité pour l'UE de faire tout son possible pour contribuer aux efforts de stabilisation de la Libye. Il est essentiel de renforcer les capacités des autorités libyennes pour leur permettre de contrôler les frontières terrestres et maritimes et de lutter contre les activités de transit et de trafic illicite. Nous accueillons avec satisfaction les annonces faites le 21 août dernier par les présidents du Conseil présidentiel et de la Chambre des représentants de l'État libyen, qui ont posé les fondements d'une solution commune à l'impasse actuelle. Il s'agit d'une avancée positive dans la bonne direction et il convient de continuer sur cette voie. Il n'existe aucune solution militaire à l a crise. Nous engageons vivement toutes les parties à convenir d'un cessez-le-feu et à s'engager à nouveau en faveur du dialogue politique facilité par les Nations unies et des paramètres agréés lors de la conférence de Berlin. Nous appelons également à reprendre immédiatement la production de pétrole dans l'ensemble du pays et à travailler en parallèle à la création de mécanismes visant à garantir une répartition équitable et transparente des recettes pétrolières. Nous réaffirmons notre opposition à toutes les ingérences étrangères dans ce conflit, d'où qu'elles proviennent, et nous restons déterminés à faire respecter, notamment au moyen de l'opération Irini, l'embargo sur les armes imposé par les Nations unies dont les violations ont exacerbé l'escalade militaire actuelle en Libye. Nous restons également prêts à adopter des sanctions à l'encontre des acteurs impliqués dans la violation de l'embargo et des droits de l'Homme, ainsi que de ceux qui s'opposent au processus politique.

À Chypre, reconnaissant que le statu quo ne constitue pas une option satisfaisante pour le pays, nous soutenons pleinement la volonté affichée par le secrétaire général des Nations unies de poursuivre ses efforts visant la reprise des négociations là où elles s'étaient arrêtées lors de la conférence de Crans Montana en 2017, afin de trouver une solution viable et globale au problème de Chypre sur la base d'une fédération bicommunale et bizonale avec l'égalité politique, comme le prévoient les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies et conformément à l'acquis, aux valeurs et aux principes de l'UE. Nous exhortons toutes les parties à s'engager en faveur d'une solution de ce type et à y participer, y compris en ce qui concerne ses aspects extérieurs.  »

Les déclarations sont claires et constituent un avertissement à la Turquie, qui, comme à son habitude, a réagi violemment en insultant carrément le président Macron. Maintenant, reste à passer de la parole aux actes, mais ça, c’est une autre affaire…

 

[1] France, Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Malte et Chypre.

[2] Site de la Présidence de la République.


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15 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 12 septembre 11:14

    Avez-vous déjà remarqué l’aberration de l’exiguité des eux territoriales turques ?

    Explication pas la carte qui illustre cet article.


    • Septime Sévère 12 septembre 11:37

      @Séraphin Lampion
      .
      Fallait pas avoir choisi le mauvais cheval en 1914. 


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 12 septembre 11:49

      @Septime Sévère

      On peut aller loin comme ça !
      Les Anglais doivent-ils revendiquer la Normandie et l’Aquitaine ? Ou bien les Normands doivent-ils revendiquer la Grande-Bretagne  ?


    • rogal 12 septembre 12:03

      @Séraphin Lampion
      La reine d’Angleterre se dit « duc de Normandie ».


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 12 septembre 12:42

      @rogal

      honni soit qui mal y pense
      il reste quand même Jersey et Guernesey


    • vraidrapo 12 septembre 18:22

      @Séraphin Lampion
      Hé bien quand les ottomans ont conquis l’Anatolie sur les Grecs... ceux-ci auraient dû aussi concéder les îles avoisinantes sans combattre !
      Évident, mon cher Watson !
      En vertu de ce principe :
      Quand Hitler a envahi la France, les colonies auraient dû se soumettre au Führer..
      Sig Heil ! Un’ fois  smiley


    • L'apostilleur L’apostilleur 12 septembre 19:47

      @Séraphin Lampion

      La cote occidentale turque était peuplée de grecs. 1,5 millions de grecs sont chassés d’Anatolie, trace de leur ancien territoire. La poche de Smyrne (Jamie aujourd’hui ) était laissée au Grecs jusqu’à leur massacre en 1922. La côte et les îles étaient grecques.

      « L’exiguite » des eaux turques s’explique par l’histoire des pays. Il faudra bien arrêter ces frontières un jour


    • L'apostilleur L’apostilleur 13 septembre 09:34

      @L’apostilleur

      La poche de Smyrne (IZMIR aujourd’hui ) ...


    • popov 12 septembre 16:12

      Si Macron montre ses petits poings, tout va très bien madame la marquise.


      • ETTORE ETTORE 12 septembre 16:20

        L’Italie ne revendiqueras jamais le retour de la corse dans son giron maritime .

        Etonnant, non ? Peut être que le saucisson Corse à moins de valeur que les gisement gaziers ?

        Pourtant des associations très actives de l’archipel Toscan, considèrent les 6 iles comme « soeurs de sang commun »

        Corse, Isola d’Elba, Giglio, Gorgone, Capraïa, Gianutri !


        • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 12 septembre 17:49

          @ETTORE

          et personne ne revendique la Belgique !
          Ni les Austrasiens, ni les Francs Saliens...


        • titi 12 septembre 21:25

          @Séraphin Lampion
          « et personne ne revendique la Belgique ! »
          Il parait que c’était un des objectifs de De Gaule à sont retour en 58 : annexer la Wallonie.


        • vraidrapo 12 septembre 18:17

          Curieusement personne n’évoque la fâcheuse posture de la Livre turque aujourd’hui ...

          En 2000, la taux d’inflation de la Livre était de 1000% (Mille !)

          Le Yanki avait tordu le bras de la BM et du FMI pour faire une rallonge de 36Mds $ à Erdogaz qui a distribué au peuple pour attirer ses suffrages.

          On remarquera en passant que la Troïka : FMI, BCE... ont été moins tendres avec les Grecs... Comme quoi, le business ne connait pas de religion. (Les fanatiques islamistes nous prouvent leur reconnaissance régulièrement....)

          Il est inutile que µicron nous fasse son cinéma avec le CdG, il suffit de déprogrammer la future usine Renault en Turquie et de démanteler celles qui existent déjà.

          Pour la Covid, je ne suis sûr de rien mais, pour :

          le 911,

          la politique en méditerranée orientale ou

          en Afrique,

          faut pas m’en raconter !


          • zygzornifle zygzornifle 14 septembre 09:01

            La Grèce achète des Rafales alors qu’une partie de son peuple crève de faim ....


            • zygzornifle zygzornifle 14 septembre 09:05

              un agenda commun pour faire respecter la souveraineté européenne,

              et bla bla bla bla alors que le président Turque prend ses décisions dans la minute même .... 

              L’Europe est a l’image même de la fonction publique , avez vous le formulaire n°12 ,ok alors on va se réunir , ha mince je suis en congé alors on va reculer la date, ha oui mais Mr truc muche n’est pas dispo , alors on organisera une réunion a son retour etc ....

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