Mercosur… Et certain !
… Sûr et certain que ça va être un sacré bousier ! L’élevage bovin en Amérique du Sud se partage entre l'élevage extensif traditionnel sur de vastes pâturages naturels comme en Argentine et Uruguay et les Feedlots,[i] d’élevages intensifs en version gringo du Brésil. Intensifs voulant dire : la déforestation, les préoccupations sanitaires comme la traçabilité et l’utilisation de médocs et surtout la maltraitance animale. Vous allez me demander qu’est-ce donc un Feedlots ? En réponse, je vais vous conter une expérience perso datant des années 80 en Californie.
« Tant que le pis ne traîne pas dans la bouse… Pas bonne pour l’abattoir ! ». Phrase absconse, n’est-ce pas ? Je m’en vais vous en dire plus. Ça devait être autour de 1985, je remontais avec ma Honda CBX 1000 6 cylindres le Highway-Interstate 5 qui trace une ligne droite dans le centre de la Californie entre Los Angeles et San Francisco.[ii] De part et d’autre de la route en surplomb, des fermes agricoles, des élevages et du désert. À peu près à mi-chemin (300km), sur le côté, droit de mon casque intégral, je vois l’horizon bouger, le tout mêlé à une odeur épouvantable, je ralentis pensant à un tremblement de terre lointain et me rends compte que ça bouge toujours. Je m’arrête, enlève mon casque et vois très loin, que ce qui me donnait l’impression d’une terre en mouvement était… Des milliers et des milliers de vaches. Comme dans cette partie de l’état, la terre est uniformément ocre/rouge et que les ruminants sont du même ton, la terre et les animaux se fondaient dans un même ballet d’ocre sous le soleil de plomb. Plus loin à droite, je prenais un chemin de terre et roulais deux bons km. Pour arriver à un ranch, si puant que je me mettais un foulard sur le nez et la bouche, comme lors d’une attaque de diligence. Je mettais ma bécane sur sa béquille et avançait… Vers ?
Des barricades rouges en fer de moins de 1,7 mètre en hauteur, à perte de vue. Construites en carrés d’environ 100 mètres sur 100 et entourées d’auges avec des systèmes d’arrosages. Aussi loin que mon regard porte ces installations se répètent. A l’intérieur, des vaches. Enfermées depuis leur naissance dans cet enclos, sans herbe, sans arbres, sous le cagnard. Pour qu’elles tiennent et profitent en poids, elles sont arrosées régulièrement comme des plantes. Un employé vient me voir et m’interpelle en espagnol. Je sors donc le peu de mes connaissances dans sa langue et lui dis que je ne suis pas un gringo, mais un francès. Apparemment, ça lui convient et il se montre ouvert. Je lui demande de faire un tour. Il se prend au jeu et devient mon guide touristique. En avançant, il m’explique que les vaches vues en premier sont celles « bonnes » pour le départ vers les abattoirs et c’est là qu’il me sort cette phrase : « « Tant que le pis ne traîne pas dans la bouse… Pas bonne pour l’abattoir ! ». En effet, cette odeur épouvantable lors de mon arrivée émanait du fait que ces pauvres animaux pataugeaient dans leurs excréments à hauteur de 30 cm, si bien que leurs mamelles traînaient dans leurs bouses… Ces pauvres bestiaux étaient donc assez bons, lourds pour devenir des hamburgers… En avançant toujours plus profond dans l’exploitation en effet, les vaches étaient plus petites, pataugeant moins dans leurs bouses. Au fond, tout là-bas certainement les veaux… Un énorme hangar sur la gauche, nous y pénétrons.
La station de l’horreur. Plusieurs installations consistant à être deux barrières métalliques en parallèle et un système hydraulique permettant une fois l’animal coincé entre les deux barrières de le compresser et ainsi d’empêcher la vache de se mouvoir. Là, on peut lui faire subir tous les « traitements » possibles sans qu’elle ne puisse bouger. Des tuyaux terminés par d’énormes seringues, des trucs qui ressemblent à des Tasers, des outils pour couper, etc. Elle rentre de force à coups de chocs électriques et en ressort de même. Dans un container, entassées, les mortes du jour dont les sabots pointent vers le ciel telles des implorations. Les quelques Chicanos qui vaquent n’ont pas l’air en meilleur état que ce pourquoi ils officient. Tout cela dans la puanteur, la poussière qui colle comme de la pâte à modeler, et dans un bruit de fond de milliers de meuglements lancinants. Dante a décrit l’enfer, je ne savais pas qu’il puisse être bovidé.
Quelles sont les dérives de l'élevage en parcs d'engraissement ? D’abord[iii] et plus largement des problèmes d’écologie.[iv] Le ruissellement des déchets des élevages intensifs vers les cours d'eau peut nuire aux organismes aquatiques et créer des zones mortes dans les zones côtières. Ces ruissellements sont aussi responsables de la pollution de nappes phréatiques, qui alimentent en eau les cités. Ces élevages sont également responsables de pollution atmosphérique due aux émissions d'ammoniac, de particules fines, d'odeurs, de gaz à effet de serre. Plus concrètement : est maintenu en confinement rapproché et alimenté en groupes jusqu'à ce que les bêtes atteignent un certain poids avant d'être abattus. Ici, les bovins vivent dans des espaces étroitement confinés avec des centaines, voire des milliers d'autres vaches ; ils sont engraissés avec des quantités excessives d'aliments souvent OGM, et reçoivent de grandes quantités de médicaments (antibiotiques - hormones de croissance, etc.) pour les maintenir non contaminés, booster leur croissance et les garder en vie. Bien que l’industrie soit réglementée et affirme qu’elle respecte les normes de sécurité environnementale, dans la plupart des cas, le bien-être des animaux dans les parcs d’engraissement est principalement déterminé par la gestion de l’installation qui souvent ne sont pas contrôlés, « big business talk ! ». Cela laisse un énorme fossé pour les lacunes dans le bien-être animal et les préoccupations environnementales.
Afin de conclure cette histoire vécue, je remontais sur ma bécane et les trois heures qui me séparaient de San Francisco furent pour moi le temps d’un constat : les grands espaces des cow-boys se mouraient, les troupeaux dans les plaines disparaissaient, le Quarter Horse, ce bon canasson américain[v] qui au temps du Pony Express traversait le continent finira en saucisson, et que le vaquero lui, allait etre renvoyé chez lui, derrière le mur (the Wall) qui sépare le Mexique et le « pays de la liberty » … Ça se passait il y a quarante ans, alors aujourd’hui « imagine the people » … Tout ça pour s’empiffrer d’un burger, gras.
Est-ce ainsi que les vaches vivent, leurs meuglements au loin nous suivent… Comme des beefsteaks - Faisandés.
Georges ZETER/ janvier 2026
Video : The LARGEST feedlot in Brazil, housing 350,000 head of cattle and one of the LARGEST in the world.
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