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Mes souris

Ce n'est pas ma faute si je suis la sœur de cœur de tous les pestiférés, les exclus, les mal-aimés, à condition qu'ils soient nobles : je ne supporte pas la bassesse, le mensonge ni la faiblesse qui pousse à tous les extrêmes.

Je n'invite personne ; ma porte est ouverte, vient qui veut. Je m'en réjouis ou m'en accommode ; jusqu'ici, tout va bien.

Ma maison possède quatre murs de pierres plus ou moins bien bâtis, des murs larges à deux faces avec ce qui se trouve, au milieu : du remplissage. Les joints de chaux sont délités depuis longtemps et sur l'un d'entre eux, impossible d'y remédier. C'est le palais des souris.

La souris, par un curieux hasard de notre langue, n'a pas de mâle, aussi je ne vois défiler que des filles ; je suis influencée par la langue.

J'ai très vite compris- après la mort de la maîtresse des lieux, une siamoise, chasseuse dans l'âme, qui en moins d'une minute attrapait, tuait et dévorait une souris, quelquefois, il restait un petit bout de queue- que je ne réussirais pas à conserver quelques victuailles si je ne mettais pas tout sous clef. Mettre tout sous clef est un problème pour moi ; j'ai mis des années à trouver des bocaux, des boîtes métalliques, jamais aux dimensions, pour abriter mes graines. J'ai bouché des trous, colmater des fissures, mis hors d'atteinte ce que je ne pouvais empaqueter si bien que je ne sais jamais ce que j'ai ni où ça se trouve !

J'ai emprunté toutes sortes de cages, aussi ingénieuses les unes que les autres mais je n'ai jamais réussi à en piéger une seule ; vingt fois la souris avait mangé le fromage sans que la porte ne se ferme et si la porte était fermée, la souris n'était pas dedans.

J'ai fini par conclure à des facultés manifestes qui méritaient de ma part un effort de cohabitation et parce que la peine capitale me paraissait très cruelle pour ce qui n'était au fond que de petits larcins, je subis mes hôtes, prends mon mal en patience et n'ose m'en plaindre.

Il faut dire qu'elles sont jolies, petit museau noir, yeux globuleux, mignonnes, fragiles, interchangeables : je n'ai jamais su si je voyais la même souris ! elles ne marchent ni ne trottent, ne galopent ni ne sautent et elles ne rampent pas : elles filent ; au plus tranquille de leur chemin, elle trottinent. Il faut toujours qu'elle fassent quelque chose, aussi les boîtes de lentilles, de haricots subissent-elles le sort de toutes, bien que leur contenu n'ait aucun intérêt. Elles s'étonnent, insistent, sont déçues et pour la peine et de dépit elles y crottent et pissent aussi.

En tout cas, elles mangent bio.

Un soir que nous étions en train de boire une tisane, comme chaque deux mercredi, bien après que minuit avait sonné à l'horloge du village, Rachel me montrant la mère souris qui sortait de son trou et s'avançait sur les marches de mon escalier de pierre, suivie par cinq ou six petits, me dit : « Au fond : Qu'est-ce qui nous dit que c'est la mère ? Pourquoi pas le père ? »

« Un nouveau père ? »

Marchant avec précaution tout en se pressant, l'adulte entraînait sa marmaille vers des lieux féeriques ; nos fêtes foraines en comparaison ne sont rien ! Une planche à pain pleine de miettes, un tiroir bourré de céréales, de riz, de biscuits, ah ! Mes enfants, profitez-en, d'expérience je sais que cela ne dure pas !!

Qui du clan était venu tout à l'heure grimper sur la cuisinière, escalader la casserole de riz cuit, se mettre en équilibre sur le bord et plonger la tête dans un mouvement de balancier régulier jusqu'à plus faim ?

Nous estimions son audace et mesurions ses chances de survie dans ce monde cruel.

« Elle mène sa vie, elle ne nous craint pas et son évidence nous dépasse, crois-tu qu'elle sente notre admiration ? »

« Elle nous sait sans danger, c'est évident ! »

Nous n'avions bu que de la tisane, et dissertions à l'infini sur la merveilleuse vie des souris. Quand elle partait, les souris avaient depuis longtemps disparu, repues, et je restais toute à l'évidence de vivre et de partager ma maison avec elles. Avant de m'endormir, derrière mes yeux clos, la souris mère se dessinait avec une démarche de général menant ses troupes : sûr et néanmoins aux aguets ; le danger était partout, pouvait surgir de nulle part mais c'était dans sa nature d'oser, de risquer et d'y joindre ce petit quelque chose qui abuserait l'autre tout en sécurisant les jeunes. Il y avait dans son attitude cet invisible qui changeait tout. Et ce petit quelque chose, je le sus en rouvrant les yeux, avait sa source dans la conscience. J'avais l'esprit excité comme l'est, j'en suis sûre, le savant qui tient sa formule ou l'alchimiste qui est à deux doigts de réussir la transmutation. La clef de voûte, ce qui éclairera l'avenir... je n'avais plus sommeil, je redescendis me faire un café et mon esprit excité se heurtait à une barrière invisible que le bouillonnement de mes émotions rendait infranchissable. Ma raison, le lendemain, ne retenait rien de la fulgurante intuition.

 

Mais tue-les, me dit-on, c'est dégueulasse !

 

La souris a mauvaise presse et n'a que peu d'aspects symboliques de par les civilisations. La seule que j'ai trouvée est horrible, je ne vous la dis pas.

Oui, c'est vrai, c'est un peu dégueulasse. Elle doit crotter tous les trois pas, fourrage et déchiquette mes torchons où son urine s'imbibe ; ça sent aussi mauvais qu'une cage de hamster, mes manuscrits sont passés à la déchiqueteuse. Grand ménage régulier et pour la décontenancer, je change le contenu de mes placards !

Et puis, il faut dire, je ne suis pas toujours d'humeur mystique. Mais les tuer, non, ça, je ne le peux pas.

Il y a ceux qui me comprennent et qui me proposent encore un modèle de cage piège inédit ; il y a ceux que j'énerve et qui m'envoient sur les roses ; il y a ceux qui me regardent de haut avec un brin de pitié amusée mais qui me font la leçon : les souris sont des nuisibles, elles prolifèrent, elles ne vivent pas ailleurs que dans les maisons, elles font des dégâts. Et qui disent : « je ne te comprends pas ».

 

Alors ? Alors quoi ?

Je m'en remets au destin. Et le destin toujours vient.

Jusque là je pensais à autre chose, j'oubliais que le sac de pain qu'on m'avait donné pour les chevaux était aussi une nourriture pour souris ; j'oubliais qu'elle grimpaient aux rideaux, qu'elles nichaient dans la cuisinière, qu'elles pouvaient ronger les fils électriques des machines.

Puis je me souvenais, nettoyais, mettais de l'ordre. Puis j'oubliais.

Quand l'une faisait trop de bruit dans un placard, lequel ? et qu'elle me dérangeait dans ma lecture ou mes écrits, je me levais, furibonde et ouvrais toutes les portes en grand ; je criais sur un ton méchant « je suis bien gentille mais j'aime pas qu'on se foute de ma gueule ! ». Les chiennes ne savaient pas si c'était du lard ou du cochon, elles me regardaient étonnées, et quand elles comprenaient qu'elles n'y étaient pour rien, elles se demandaient bien après qui j'en avais ; pour elles les souris n'étaient pas des ennemis invisibles et sournois mais l'évidente compagnie de leurs soirées !

À force de vivre avec elles, j'ai fini par bien les connaître ; avant cela j'ignorais que les souris mangeaient de la viande ! On se doute que je l'ai appris à mes dépends ; certes elles ne rongent pas les os des chiennes mais trouent proprement les sachets de pâtée du chat ! Les souris ne sont pas consciencieuses, quand il y a abondance, elle ne s'avisent pas de terminer un sac avant d'en attaquer un autre : tous les sachets donc, étaient troués et un jour, par l'odeur répulsée, j'y trouvais, aussi, toute une armée de vers à l'oeuvre.

Advint le moment où, à force, je n'ai plus oublié un quignon de pain sur la planche, où je n'ai plus laissé un sac de riz entier, debout sur la cheminée, sûre que son emballage résisterait, où je n'ai plus lâché la boîte de levure sur le frigo, où la nourriture des chiens et du chat enfermée n'offrait plus d'interstice à cause d'un couvercle mal posé. Vint le jour où il n'y eut plus rien à manger.

La dernière souris que j'ai vue avait une démarche hésitante, était-elle malade ? Était-elle affamée ? Je la regardais prendre des risques insensés, errer au milieu de la cuisine, aller, revenir comme une âme en peine. Des bruits de papier m'ont fait lever la tête et j'ai eu juste le temps de la voir s'enfiler dans un sac où j'avais des topinambours. Je faisais taire ma pitié naissante.

Je me suis levée doucement, me suis approchée et, d'un coup sec, j'ai fermé le sac. Elle n'a pas dit un mot, n'a fait aucun bruit, le piège sur elle l'incitait à faire la morte. Je suis sortie dans la nuit, j'ai longé la rue jusqu'au terrain de friches et de lilas, j'ai posé le sac à terre et l'ai ouvert. La souris s'est enfuie, tout droit devant elle, dans le froid et le noir, vers un inconnu dont, j'en suis sûre, elle n'avait pas pris la mesure. Je suis rentrée le cœur battant, ma traîtrise me coupait le souffle ; je n'avais pas pris le temps de tergiverser.

 


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24 réactions à cet article    


  • ecolittoral ecolittoral 31 janvier 2013 13:12

    Moralité : « On a toujours besoin d’un plus petit que soi. »

    Je me pose une question.
    Et votre chat ? parce que celui de ma fille n’en a fait qu’une bouchée de la souri.
    Un chat qui dévastait ma cuisine, labourait le divan et les rideaux et ne pissait pas que dans sa litière. Gênant sans doute quelque voisin mal intentionné, il a disparu il y a quelques mois.
    Et une autre s’est installée dans le sac à pain. Plus sociable que l’autre, elle se contente des
    croûtes de fromage que, dans ma grande bonté, je veux bien lui donner.
    Ma fille veut un autre chat. Encore un dilemme existentiel !

    • alinea Alinea 31 janvier 2013 13:23

      C’est compliqué ; la chatte que j’ai actuellement, j’ai« dû » la faire opérer après qu’elle avait abandonné ses chatons ( et que j’en avais marre d’avoir d’innombrables portées de chats depuis... toujours) aussi est-elle moins chasseuse ; et en plus ! j’ai une chienne Irish Woolfhound qui voudrait bien jouer avec elle mais qui lui fout la trouille ; aussi est-elle très peu à la maison, juste pour dormir au premier !! Vous avez dit « vie tranquille » ? smiley


    • Vipère Vipère 31 janvier 2013 13:46

      Alinéa

      Si la chatte ne rentre à la maison que pour dormir sans participer à la vie communautaire, c’est pas gagné !

       il ne vous reste plus qu’à lui diminuer sa ration de croquettes et vous verrez, la donzelle se remettra fissa à se gagner sa croûte au lieu de se la couler douce ! smiley


    • Vipère Vipère 31 janvier 2013 13:34

      Bonjour Alinea

      Et le chat ? Mais que fait donc le chat, c’est son boulot !

      A New York, les rats habitent les appartements, c’est pire que les souris !


      • alinea Alinea 31 janvier 2013 13:52

        Il y a chat et chat ! Les chasseurs hors paire, mais qui attrape aussi les oiseaux, et les autres... quand on a l’autre, eh bien... on fait avec !!!


      • alinea Alinea 31 janvier 2013 13:54

        Un « nt » à attrape, ça n’aurait pas été plus mal !!  smiley


      • Fergus Fergus 31 janvier 2013 14:09

        Bonjour, Alinea.

        Bravo pour ce très joli texte.

        J’adore les souris depuis mon enfance. Gamin dans ma chambre en Auvergne, je les entendais au-dessus de ma tête faire du ski (barefoot) au grenier sur les tas de grain : piste bleue, l’avoine ; piste rouge, l’orge ; piste noire, le froment.

        Ces petites bêtes sont en outre très sociables et facilement apprivoisables. Un jour, j’ai même sauvé une souris engluée dans le sucre qui s’était écoulé derrière un distributeur de boissons : une bonne douche pour laver son poil, un bon essuyage, et la demoiselle est tout de suite devenue une copine.

        Le problème avec ces bestioles, c’est qu’on s’y attache très vite.

        Cordialement.


        • Kookaburra Kookaburra 31 janvier 2013 14:12

          Jeune prof, j’avais la chance de trouver un poste comme assistant d’Anglais au Lycée Mistral à Avignon. J’habitais un village à côté, dans le comble d’une vielle maison. Des souris sortaient des trous du plancher en bois. Je passais le temps à jouer de la guitare et à m’amuser avec les souris. J’attachais un morceau de fromage à un fil pour le suspendre 15 cms au-dessus du plancher. Les souris sautaient et s’amusaient visiblement comme sur une balançoire, en criant joyeusement. J’étais frappé par leur sens de l’humour. Mais bientôt leur nombre se multiplier. La nuit elles dansaient, non pas sur le Pont d’Avignon mais sur mon lit.. Une régulation de l’espèce s’imposait. J’embauchais un des chats qui circulaient dans le village. Les souris, confiantes dans l’amitié de leur hôte, se laissaient facilement attraper, jusqu’à ce que, prenant conscience de la duplicité de l’espèce humaine, elles se réfugiaient dans le plancher. Le calme revenu, je prenais pitié d’elles et, jusque la fin de mon séjour, je les nourrissais à travers le plancher.


          • alinea Alinea 31 janvier 2013 14:36

            Kookaburra et Fergus : bienheureuse de vous lire ! Je me sens moins seule !! C’est vrai que leur nombre peut nous contraindre à une certaine sévérité : les souris n’ont pas le sens de la mesure et semblent ignorer la décence ; néanmoins, ce sont de jolies petites bestioles ; leur innocence devrait faire craquer n’importe lequel des humains « ordonné » !!!


          • foufouille foufouille 31 janvier 2013 15:19

            si la chatte ne chasse plus, faut nourrir les autres qui trainent
            utile en cas de chat faineant


            • Brontau 31 janvier 2013 17:35

               Cette histoire de souris, quelle coïncidence Alinea ! Mais je n’en parlerai pas, ça m’entrainerait trop loin. Par contre je veux vous confier une nouvelle fois mon enchantement, mon plaisir, ma joie.

               Après m’être infligé mon « devoir » de citoyen (toute cette actualité qu’on n’a pas le droit d’ignorer sans abdiquer notre humanité, ces idées (?) qu’on préfèrerait éviter ou auxquelles on aimerait mieux ne pas être confrontés, tous ces textes parfois pleins d’intérêt mais d’un abord rebutant) je me plonge dans un univers où je revis, où je me régénère. Car la beauté des phrases, l’harmonie des mots, la pureté et la simplicité des évocations constituent à mes yeux l’essence de tout combat.

               Ceux que vous aurez émus seront plus déterminés, plus lucides, plus ouverts. Ce n’est pas pour rien que nos medias fuient toute originalité, toute créativité. Le meilleur moyen d’asservir c’est d’abrutir !

                Encore, Alinea ! et bonne soirée.


              • alinea Alinea 31 janvier 2013 18:07

                Merci une fois de plus Brontau pour vos encouragements et compliments ; c’est dommage, moi aussi j’aime qu’on me raconte des histoires, et, en général, me réjouis des coïncidences : cela m’égaye ou m’étonne, comme une gamine !!


              • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 31 janvier 2013 18:13

                Quand les vieux otent leur dentier ,le soir ,la petite souris passe t’elle dans la nuit en famille ?


                • alinea Alinea 31 janvier 2013 18:43

                  Non Aïta : la petite souris ne s’intéresse qu’aux dents de lait ! Un dentier c’est trop lourd ! Et puis, ça ressemble à un piège, ça trempe dans un verre d’eau : vous la prenez pour une imbécile ou quoi ?


                • Shawford42 31 janvier 2013 18:46

                  Ouais ouais mais ça te fait pas partir vraiment dans les étoiles


                • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 31 janvier 2013 18:49

                  Zut ,c’était une piste pour faire un complément aux faibles retraites ,à, disons, un euro la dent ....


                • Shawford42 31 janvier 2013 18:57

                  Ça dépend de l’euro


                  Y’a quelques mois, un gratteux dans le genre Sampireo, qui faisait la manche devant la Cathédrale Saint André à Bx, m’a abordé pour me dire si je voulais pas lui acheter une pièce d’un euro rare, au prix... d’un euro.

                  Je lui ai donné trois euros, et j’ai gagné le fait de savoir où trouver refuge dans la vraie vie si tout ça tourne encore une fois au vilain.


                • Hervé Hum Hervé Hum 31 janvier 2013 19:42

                  Bonsoir Alinea,

                  Votre jolie petite histoire me rappelle les souris qu’il y avait dans la petite maison que j’habitai en Auvergne. Contrairement à vous, je n’ai jamais été dérangé par le bruit, étant à moitié sourd de naissance. En fait, contrairement à vous, c’est moi qui suis parti le premier. Mais comme j’ai jamais fermé le garde mangé, je vous dis pas l’état du meuble que je leur avait abandonné. J’imagine qu’elles m’auraient bien suivi, mais là où j’allais cela leur aurait été difficile.


                  • alinea Alinea 31 janvier 2013 20:34

                    Alors, ce n’était pas vous le joueur de flûte ? Aucune ne s’est cachée dans vos paquets ? Elles ne se doutaient de rien ; si ça se trouve votre successeur les a toutes estourbies ! Les pauvres...


                  • Hervé Hum Hervé Hum 31 janvier 2013 23:30

                    Si j’avais pris le bateau, peut être, mais dans l’avion ? Pas sûr que la douane l’aurait laissé passer sans papiers !


                  • Shawford42 31 janvier 2013 20:40

                    Je décline pour ma part toute responsabilité concernant l’accusation de génocide perpétré contre les souris (quoique pour certaines on se demande) dont parle l’auteure de cet article.




                    • Shawford42 1er février 2013 06:56

                      Alinea, 


                      j’ai le plaisir indicible de vous annoncer que Chaussette, le fidèle greffier de ma maison (5 mois, pelage roux et pattes blanches) a tué cette nuit sa première souris et ne se sent plus pisser ce matin.

                      Je vous jure très solennellement que c’est l’exacte réalité.

                      PS : j’ai bien peur que ce soit le commencement d’un génocide, celui perpétué en toute innocence depuis la nuit des temps.

                      Bonne journée.

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