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Accueil du site > Tribune Libre > Moraliser la politique ?

Moraliser la politique ?

La morale est une réalité intérieure (subjective), qu’on la conçoive comme spontanée (innéisme) ou comme acquise (par l’éducation). On ne peut donc contraindre une personne à être morale, car la moralité n’est pas dans l’action mais dans les motifs de l’action : je ressens, ou non, l’obligation morale d’agir de telle manière, cela se passe entre moi et moi, et personne n’y peut rien. La loi civile est une réalité extérieure (objective), elle ne peut que s’appliquer à ce qui est extérieur (l’action), elle peut donc rendre l’action immorale coûteuse (punition) et ainsi dissuader de l’entreprendre, mais elle ne saurait rendre les sujets auxquels elle s’applique moraux. Si je suis un être moral, ce n’est pas parce que j’ai peur de la sanction que je m’abstiens du crime, c’est parce qu’il me fait horreur ; et si je m’abstiens du crime pour la seule raison que je redoute la punition, je ne suis pas moral pour autant, je n’ai pas été moralisé. Ainsi donc, une « loi de moralisation » est un non-sens, une pure absurdité démagogique. La loi qui sanctionne le meurtre est-elle faite pour rendre les citoyens plus moraux ? Bien sûr que non. De même, une loi qui réprime les abus rendus possibles dans et par une situation de pouvoir ne peut prétendre rendre moraux les acteurs politiques : la question n’est donc pas celle de la moralité, mais celle de la légalité, la fraude de Monsieur Cahuzac est sans doute immorale, mais, du point de vue de l’état, il suffit qu’elle soit illégale. Si l’on veut être sérieux, qu’on nous propose donc l’inéligibilité à vie comme sanction pour ceux qui trahissent la confiance par laquelle ils se retrouvent en charge de la chose publique. Après tout, n’est-ce pas là le plus grand crime concevable dans une république ?

 On pourra sans doute objecter que la loi, à force d’encadrer la vie, change les mentalités et rend les citoyens vertueux en créant ce que l’on nomme un habitus. C’est possible, mais cela ne devient vrai que si la vie est, pour ainsi dire, faite d’un seul bloc, sans contradiction aucune, comme on l’imagine de la vie dans les cités antiques. La vie moderne est bien loin de cette unicité, l’individu est tiraillé d’un intérêt à l’autre, il est individu avant que d’être citoyen, l’intérêt privé vient toujours contrebalancer l’intérêt général. S’agissant de la caste politique, que l’on pense seulement à toutes les trahisons, duplicités, mensonges et autres ruses qu’il faut mettre en œuvre pour arriver, à force de jouer des coudes, à une position en vue dans tel ou tel parti. Et l’on prétendrait qu’une simple loi suffirait pour rendre cette caste morale ? Quelle plaisanterie… A dire vrai, si l’on voulait moraliser la politique au vrai sens du terme, il faudrait que la société entière ne soit plus tournée vers le profit individuel, ce qui reviendrait à rompre avec le capitalisme. Les socialistes ont depuis bien longtemps abandonné ce projet, dans leur bouche, comme cet article voulait le montrer, une moralisation de la politique ne peut donc qu’être parole creuse, confusion des genres (morale et loi civique), rhétorique, bref démagogie. Le discours de la moralisation de la politique est donc, il semble bien, un discours immoral.


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6 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 13 avril 2013 10:09

    Bonjour, Blaise.

    Vus avez raison, mais il ne faut pas prendre le terme « moralisation » au sens philosophique. L’emploi de ce mot permet de donner un écho facilement assimilable par tous aux différentes dispositions visant à tendre vers l’exemplarité des élus en termes de comportement. La « moralisation » est en l’occurrence un terme générique qui n’a pas d’équivalent pour désigner l’ensemble des mesures envisagées. De surcroît, la langue évoluant sans cesse, pourquoi ne pas admettre que ce mot puisse, comme tant d’autres, avoir un sens quelque peu différent de son origine.


    • Blaise Blaise 13 avril 2013 12:55

      Bonjour,

      J’entends bien votre propos, mais je me dis aussi que les mots ont un poids, et qu’à entretenir la confusion sur le plan du sens, on va à la possibilité de la tromperie. En l’occurrence, sur le plan sémantique, tout cela pourrait mener à croire que la loi proposée viserait à faire des politiques rien moins que des saints...
      Par ailleurs, si on veut être honnête, il me semble que le registre adéquat existe déjà dans la langue, et c’est celui de la légalité (pas de la moralité). Tout se passe ici comme si l’emphase du côté de la morale devait dispenser de la rigueur du côté de la loi. Autant dire qu’en parlant de moralisation, les politiques s’évitent d’en venir à la juste sanction légale, ce qui semble bien naturel si on se souvient que cette sanction devrait s’appliquer à personne d’autre qu’à eux-mêmes.


    • bakerstreet bakerstreet 13 avril 2013 13:57

      Il arrive parfois que la force des événements donne un sens aux mots, sans que leur définition ou la rhétorique qui s’y rattache, n’ai besoin de l’aide du dictionnaire !


      • Franckledrapeaurouge Franckledrapeaurouge 13 avril 2013 22:05

        Bonsoir,


        Pas besoin de faire une loi, qu’ils continue leur saloperie et leur trahison tranquillement entre gens du monde, y a le confessionnal, Mme Boutin leur dira comment il faut faire, et ou se trouve le plus proche.

        Cordialement

        Franck

        • Axel de Saint Mauxe Axel de Saint Mauxe 13 avril 2013 22:56

          Moraliser la politique ? Cette question a elle seule prouve l’échec de la démocratie.


          • Pépé le Moco 14 avril 2013 03:26

            @ l’auteur,

            Un article intéressant, effectivement la moral n’a rien avoir dans la réponse à apporter aux délits de Kahusac. Le pouvoir (gouvernement, présidence et même l’opposition) essaie de faire diversion avec ses annonces de « moralisation de la vie politique ».
            Pour une personne respectueuse des lois, aujourd’hui Cahuzac est inculpé de fraude fiscale. Si le juge d’instruction dispose des éléments nécessaires pour confondre l’inculpé, alors ce dernier est susceptible d’être condamné à un maximum 5 ans de prison et une amende de 37 500 €.

            Si Kahusac est reconnu coupable, alors compte tenu de son statut de représentant du peuple (circonstances aggravantes) et en respect des valeurs républicaines, il est indispensable qu’il soit condamné au maximum des peines prévues.
            Dans l’hypothèse où l’inculpé, reconnu coupable, n’est pas contraint de réaliser ces peines alors la loi est bafouée et la république inexistante.

            Concernant la morale, il appartiendra à chacun d’avoir son avis. S’il est disculpé, alors certains, exploités par ce système, trouveront que c’est injuste ; d’autres, nouveaux riches, bobos ou grands bourgeois, trouveront que la décision est justifiée au regard des taux d’imposition inadmissibles pratiqués en France et qui justifient ces démarches illégales.

            En conclusion, doit-on faire appel à la moral ou à la loi pour arbitrer la fraude fiscale ?

            @Fergus semble conquis par la LQR de la « moralisation »  : « un echo assimilable par tous,..., visant à tendre vers l’exemplarité des élus en termes de comportement » - C’est « Oui-Oui » ou « Pine d’huitre » comme dirait A. Decaune ? (je plaisante)

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