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Accueil du site > Tribune Libre > Obéissance et liberté

Obéissance et liberté

 

Obéir : une injonction qui vient de loin.
                   Depuis la nuit des temps, la loi du groupe, large ou/et restreint, a prévalu sur celui des individus, et tend souvent à réapparaître. Le conquête des droits fondamentaux, dans une société indépassable mais toujours à parfaire, est une tâche sans fin et des régressions sont toujours possibles, à différents niveaux.

Toujours d'actualité.

  L'obéissance n'a généralement pas bonne presse et ses connotations courantes sont très souvent négatives.
  Associée à la contrainte illégitime, au pouvoir excessif, à la servitude, à l'absence ou à la réduction de l'autonomie, elle est vue souvent comme ce qu'il faut combattre, contre toutes les formes d'oppression, d'arbitraire, physique, culturel ou intellectuel....
 Savoir dire non, résister, s'éduquer, au cours d'une histoire où des libertés peu à peu se construisent, de manière non linéaire, sur le plan individuel ou institutionnel.
  Une certaine désobéissance a toujours ses vertus, même si l'autonomie totale est un fantasme, si la liberté absolue est un mythe. C'est sur fond de soumission à des règles que l'autonomie (relative) peut se construire. Pour une certaine liberté de penser, l'enfant doit se soumettre au langage et à un minimum de contraintes acceptables.
 Mais résister, s'autonomiser, ne va pas de soi : il est plus "confortable" d'obéir que de se prendre en charge et d'assumer sa liberté, de suivre le troupeau que de travailler à s'émanciper, par la constitution de jugements indépendants.
  La servitude volontaire, telle que l'entendait La Boétie, favorise l'arbitraire et les excès du pouvoir.
 Pour Kant, il est si aisé d’être "mineur" ! Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même.
 Comme le reconnaissait aussi Orwell, à sa manière. Le consentement peut avoir une forme positive, mais aussi souvent négative.
 L'obéissance est une notion pleine d'équivoques, du pire au meilleur. L'obéissance aux lois qu'on s'est prescrites est liberté, dans un contexte de règles légitimes, discutées et volontairement acceptées, disait Rousseau.
  L'obéissance peut donc recouvrir des domaines très différents, de la nécessité légalement reconnue à la pire perversion subie. Il faut savoir de quoi on parle et qui en parle.
  D'un certain point de vue, il est permis d'obéir. D'un autre, il est nécessaire de désobéir.
   L'expérience fameuse de Milgram en dit long sur les pièges du conformisme et le caractère non spontané de la révolte.
  Comme dit Frédéric Gros, Désobéir requiert un certain courage, car ce qui nous retient de désobéir, c'est la peur de nous retrouver seuls
 Une expérience éthique et intime.
  Nos rapports à l'autorité, même nécessaire en son principe, sont toujours ambivalents. La confiance aveugle nous pèse moins que la critique nécessaire.
Si la perte d'autorité parentale éclairée produit les enfants que l'on sait, on sait où mène l'excès d'autorité. Ce qui rend l'éducation réussie une mission (presque) impossible, comme le reconnaissait Freud.
  Par nature l'humanité est fragile, comme la démocratie où elle peut s'épanouir au mieux, et il faut souvent reconstruire des droits bafoués ou abandonnés.
 _________________


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9 réactions à cet article    


  • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 2 février 12:38

    S’il suffisait seulement de choisir, encore faudrait-il une capacité de critique effective à un moment donné, une vigilance accrue. Bref, le mode de fonctionnement mental de tout individu sous diverses influences est « piratable » provocant des comportements déterminés.

    Mettre à jour donc cette forme de consensus, n’est profitable que lorsque nos comprenons les mécanismes motivationnels, ce que certains ont très vite compris ^^


    • ZEN ZEN 2 février 13:15

      @bouffon(s) du roi,


      Bonjour,
      Vous faites allusion sans doute aux diverses formes de conditionnements, souvent inconscients, notamment ceux que décrivait déjà Bernays..

      __NB:Chacun rectifiera les quelques fautes d’orthographe qui ont échappé à une relecture trop rapide.

    • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 4 février 17:34

      @ZEN

      Salut,
      si effectivement on peut penser à Bernays, je pensais plus largement aux sciences comportementales comprenant les pôles social et neural (et tous les champs d’application comme les sciences cognitives, la psychologie, etc.).


    • ZEN ZEN 2 février 13:18

      Ce papier vient, comme prolongement, à la suite d’un autre, plus métaphorique. 


      • JL JL 2 février 13:36

        « Les grands arrêteront de dominer quand les petits arrêteront de ramper »
         
        « L’ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses c’est ainsi que l’on grimpe dans la même posture que l’on rampe ». Opuscules humoristiques (édition 1859) - Jonathan Swift..« 
         
         »Le pervers fabrique du pouvoir autant que le pouvoir fabrique du pervers. Le danger s’installe quand le travail de la culture ne peut plus contrer cette spirale infernale. " Marcel Sanguet


        • ZEN ZEN 2 février 13:53

          Jonathan Swift : un auteur aussi décapant que Desproges...en pire.


          • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 3 février 10:12

            Quand en 2003 j’avais écrit le recueil : SYNTHÈSE DES EVÉNEMENTS HISTORIQUES« , j’avais redéfini ce qu’est la »Démocratie« et j’avais souligné : 


             »« La démocratie est l’obéissance aux lois justes et non pas au responsable politique »".... Inutile donc de reconsidérer toute la philosophie alambiquée pour expliquer où se situe l’échec humain d’aujourd’hui !

            Que tous les journalistes français, que tous les responsables français, que tous ceux qui ont refusé de publier mes écrits et les avaient dissimulés pour mieux les utiliser à leur compte et pour mieux les contourner, SOIENT MAUDITS POUR L’ÉTERNITÉ ! 

            • Taverne Taverne 3 février 11:30

              Bonjour Zen,

              Voilà une bonne synthèse avec des liens appropriés.

              La bonne obéissance est celle qui garantit les conditions de la survie et de l’autonomie de l’individu. Elle passe donc d’abord par l’éducation. L’oisillon qui désobéit à sa mère n’assimilera pas les comportements indispensables à sa survie, il perd ses chances. Celui qui obéit sera parfaitement adapté aux circonstances difficiles de l’existence

              Une fois l’individu autonome, il ne doit obéir que par consentement. S’il reste dans son état antérieur (sous l’autorité d’un tuteur), alors il y a un risque de servitude, qui peut même être « volontaire » comme le dit La Boétie. Qui sait obéir sait aussi désobéir.

              Qui n’a jamais obéi est incapable de désobéir au bon sens du terme.


              • Crab2 5 février 11:08
                Les femmes qui comptent

                Selon M. Onfray, " Brigitte Bardot a beaucoup plus fait pour la femme que Simone de Beauvoir "

                Suite  :

                https://laicite-moderne.blogspot.fr/2018/02/les-femmes-qui-comptent.html

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