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Pas de panique dans les brigades territoriales

Il ne faut pas confondre un grade, qu'il soit universitaire, militaire ou civil, avec un titre de courtoisie ou de complaisance.
 
La nouvelle et microscopique réserve citoyenne, dite de défense voire de sécurité, n'est pas un grand corps constitué de l'Etat. Ce n'est pas le service de défense civile toujours légalement dû par les Français jusqu'à l'âge de cinquante ans et toujours pas constitué par l'Etat quarante ans après son rappel à l'ordre par les députés Raymond Marcellin et Edouard Bonnefous. Ce n'est qu'une visibilité textuelle donnée aux contributions individuelles de collaborateurs bénévoles de l'Etat. Ce fut aussi, à l'origine, une vague promesse de compensation honorifique à la radiation autoritaire massive des cadres militaires (de la vraie réserve) au 1er janvier 2003.
 
Les appellations de courtoisie qui sont temporairement conférées dans ce cadre de la réserve citoyenne n'ont même rien à voir avec les grades militaires honoraires, lesquels sont en quelque sorte une confirmation (non nécessaire) de la possibilité de continuer à jouir, après la radiation des cadres militaires, de l'appellation liée à la détention d'un grade à titre définitif. Ces appellations n'ont rien à voir non plus avec les grades civils du ministère de l'intérieur attribués par analogie avec les grades militaires, comme ceux des pompiers civils à qualifications, responsabilités et prérogatives équivalentes à celles des sapeurs-pompiers militaires portant le même uniforme dans le même corps de sécurité civile, ce qui explique d'ailleurs qu'un lieutenant militaire adressera spontanément un salut règlementaire à un capitaine des pompiers, ce qu'il ne fera pas envers un autre cadre A de la fonction publique civile, comme un inspecteur ou commissaire de police récemment affublé d'un "grade" destiné à éviter la disparition complète des appellations dans une société en voie de démilitarisation totale... à l'exception notable des préfets accoutumés au salut lorsqu'ils sont en uniforme.
 
Ces appellations nouvelles n'ont même pas l'antériorité coutumière ou l'acceptabilité sociale du "maître" sous lequel se présentent, et entendent être appelés, les avocats autrefois juste titulaires d'une licence et aujourd'hui parfois d'un doctorat, la maîtrise elle-même n'étant d'ailleurs plus un grade universitaire (en France) depuis 2002.
 
La réserve citoyenne ayant pour objet officiel de contribuer aux relations entre l'armée et la société civile (et à la diffusion de l'esprit de défense), l'attribution d'appellations de grades à titre temporaire a surtout pour objet d'aider les militaires à situer, par analogie, le niveau général de leurs collaborateurs citoyens, comme c'était autrefois le cas avec l'attribution de vrais grades militaires par assimilation, mais à titre temporaire et sans prérogatives de commandement, à certains spécialistes recrutés directement en milieu civil (sans formation militaire) pour des emplois de réserve ou de complément, par exemple dans le domaine médical ou plus récemment informatique. Il s'agissait alors cependant d'experts et spécialistes appelés à travailler en tenue militaire, et donc sur la poitrine ou l'épaule desquels leurs interlocuteurs cherchaient instinctivement un insigne de niveau... comme pour les aumôniers, assimilés sous-lieutenants ou capitaines selon leur statut.
 
Le réserviste citoyen n'est pas militaire, même lorsqu'il est en "service" bénévole, et ne porte par d'uniforme, sauf dans la marine par une tolérance d'us issue de l'origine militaire de ses réservistes citoyens. Il n'a bien sûr aucune prérogative de commandement ni même hiérarchique, et ne saurait attendre de salut règlementaire de la part d'un cadre militaire, ce qui ne dispense pas ce dernier le cas échéant des marques de respect dues au niveau social ou professionnel du réserviste, que l'attribution d'un "grade" à titre honorifique était, jusqu'en ce mois de juillet 2018, censée aider à déterminer. Ainsi une appellation de grade de sous-officier pouvait-elle laisser entendre que le réserviste citoyen était d'un niveau conventionnel d'agent de maîtrise ou technicien supérieur, équivalent d'un cadre B de la fonction publique, niveau III de qualification nationale et titulaire d'un diplôme Bac+2 du XX° siècle, ou Bac+3 s'il avait passé le baccalauréat après 2000. Une appellation de grade d'officier subalterne pouvait laisser entendre un niveau conventionnel de cadre, équivalent d'un cadre A de la fonction publique, niveau II de qualification nationale (expertise scientifique) et titulaire d'un diplôme Bac+4 du XX° siècle, ou Bac+5 s'il était né après 1980. Et une appellation de grade d'officier supérieur pouvait laisser entendre un niveau conventionnel de cadre supérieur confirmé ou dirigeant, fort d'une quinzaine à une vingtaine d'années d'expérience d'encadrement de services, niveau I de qualification nationale (conception et recherche) aujourd'hui nécessairement titulaire de plusieurs diplômes de troisième cycle dont certains de milieu de carrière, et d'un niveau conceptuel comparable à celui des officiers diplômés ou brevetés de l'enseignement militaire supérieur.
 
Sauf erreur, un docteur ne se verrait pas affubler directement de barrettes de complaisance de commandant sans être au moins habilité à diriger des recherches, et n'obtiendrait celles de lieutenant-colonel avant due reconnaissance de services émérites dans le "grade" antérieur. Les plus hautes autorités qui mettent bénévolement leur expertise au service de l'Etat depuis de nombreuses années ne sauraient imaginer quelle qualification pourrait justifier une assimilation au grade de lieutenant-colonel avant même l'âge et l'ancienneté professionnelle auxquels le lieutenant de gendarmerie de recrutement direct le plus brillant puisse statutairement espérer passer capitaine. Dans le service de santé des armées, la troisième barrette de capitaine est conditionnée à l'obtention du doctorat d'exercice (de médecine ou odontologie par exemple). Cependant, en théorie cognitive, de même qu'il n'est pas interdit à certains génies surdoués de passer le baccalauréat à douze ans, rien n'interdit à un gendarme auxiliaire, confirmé soldat de base après cinq ans d'observation et notation dans la réserve opérationnelle de la gendarmerie, d'acquérir en quelques mois, à l'âge de vingt-six ans, une haute expertise conceptuelle totalement absente du vivier des milliers d'officiers supérieurs de réserve ou en retraite de la gendarmerie, comme vient d'ailleurs de l'expliquer le général d'armée directeur général de la gendarmerie nationale.
 
Quoi qu'il en soit et en l'absence de tout lien sanguin ou séminal, comme vient de l'assurer fort élégamment le titulaire de la magistrature suprême, on ne saurait appeler népotisme la recommandation appuyée d'un exécutant en barbouzerie élémentaire pour l'attribution d'une distinction de doctor honoris causa et guardiæ prætoriæ, pas plus qu'on ne pouvait appeler népotisme la nomination d'un cheval comme sénateur de Rome par un empereur qui ne faisait là que manifester sa vision de la respectabilité des institutions.
 
La gendarmerie française, d'ailleurs, a au moins une option que n'avait pas le sénat sous Caligula, à savoir restaurer la crédibilité et la respectabilité de sa hiérarchie des grades en dégradant immédiatement, avant la rescision unilatérale de contrat, tout collaborateur à une mission de relations publiques et renforcement d'image (raison d'être de la réserve citoyenne) qui aurait non seulement failli volontairement à cette mission, mais aurait de plus par des comportements inappropriés, publics et délictueux nui à la réputation de la gendarmerie nationale, des corps d'officiers, et de l'Etat. De vrais officiers des armes ont été cassés pour bien moins que cela. Evidemment et dans l'esprit de réparation qui préside à toutes les obligations de publication légale jointes aux condamnations pour diffamation, la direction générale de la gendarmerie nationale devra assurer à cette dégradation une publicité au moins équivalente à la mauvaise publicité que lui a occasionnée l'affaire Benalla, et même dans ce cas il n'est pas certain qu'elle puisse restaurer totalement sa crédibilité institutionnelle et la réputation de discernement et sagesse nécessaire à l'accomplissement de ses missions.
 
Pour sa part, à l'âge canonique de soixante ans inégalé par la vingtaine de constitutions qui l'ont précédé en moins de deux siècles, le régime revient au niveau de respectabilité et de légitimité conféré dès sa fondation par les actes séditieux, du 27 au 29 mai 1958, d'un ancien véritable officier usurpateur d'un grade de complaisance auto-attribué.

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2 réactions à cet article    


  • frugeky 28 juillet 2018 09:42
    Soit, ce n’est pas du népotisme à proprement parlé mais, même si sa « spécialisation organisationnelle » était rare et recherchée, sa nomination dans le grade de lieutenant-colonel (j’ai bien compris la nécessité de présenter un grade appelant au respect des autres intervenants dans les réunions de haut niveau) est bien le fait du prince. Ou en tout cas de personnes ayant voulu lui plaire.

    Quant au rétablissement de l’image de la Gendarmerie, qui est le sujet, ça va être dur de rattraper le coup. Un tir de barrage médiatique sur le fautif ne donnera pas une plus grande image de l’arme, bien au contraire.
    Les auditions du général Bio-Farina et du colonel Lavergne donnent une bien meilleure image de la Gendarmerie, quoi qu’ils ne semblent pas dénués d’une rouerie de compétition.

    C’est un plaisir de lire un texte bien écrit.

    • Stratediplo 29 juillet 2018 14:59

      Non, si ce gros bras participait à une réunion de haut niveau il suffisait de lui mettre une cravate pour qu’il soit correctement traité par les vrais serviteurs de l’Etat, fonctionnaires, élus ou arbitrairement appointés. Nous sommes d’accord il y a sur toute la ligne abus de position, de pouvoir, d’immunité et d’irresponsabilité, et malversation de fonds publics. Et nous savons tous que sa spécialisation appréciée par le président et pas utilisée par la gendarmerie était l’exécution de basses œuvres, même pas une responsabilité de chef d’escouade barbouze pour laquelle son ancien grade de brigadier ou caporal (ou pas de faux grade d’assimilation) suffisait.

      Et merci pour votre compliment.

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