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Accueil du site > Tribune Libre > Patron, je suis venu te dire que je m’en vais

Patron, je suis venu te dire que je m’en vais

Le système s’affole : les DRH des entreprises voient avec une stupeur étonnée leurs cadres, leurs ouvriers spécialisés, et même leurs manards, bref leurs « ressources humaines » se présenter dans leur burlingue pour leur dire, comme tonton Gainsbourg : « Je suis venu te dire que je m’en vais... ». Ils ont tous la démissionite ! C’est grave docteur ? Ben, non, pas trop. Et c’est un fainéant robuste, un fainéant de vocation qui vous le dit.

La pandémie a changé le rapport au monde du travail et à la vie ; elle a été un révélateur, amplifiant un malaise présent depuis longtemps et un ressentiment face à certaines habitudes managériales. Ras le bol d’être des variables d’ajustement, des serfs sans voix au chapitre. Les ceux qui vendent leurs temps et leur savoir-faire veulent que leur activité soit source d’épanouissement et pas seulement le moyen de gagner une maigre pâture. En ce sens, tonton Covid aura été positif ! Parce qu’ils semblent y avoir pris goût, les ex-confinés, les thé-lait-travailleurs en pyjama à ce subtil bonheur : glander ! Marcher avec le temps au lieu de se laisser dévorer par lui. Ecouter sa vie. Réfléchir au lieu de s’agiter.

En ex-Indochine, un proverbe dit : « Les Vietnamiens plantent le riz, les Cambodgiens le regardent pousser, les Laotiens l’écoutent pousser ». Toute une philosophie de vie qui désacralise le « travail ». « Travail » (du latin tripalium, instrument de torture). Ils sont bien plus valorisants les termes italien lavorare « labeurer » ou « labourer » plus spécifique et espagnol obrare « œuvrer », accomplir une œuvre.

Le travail implique contrainte, souffrance, malédiction divine. Le sacré l’a imprégné profondément de son odeur fétide de malheur, de mystère, le préservant de toute remise en cause. Le sinistre M. Thiers, dans le sein de la Commission sur l’instruction primaire de 1849, disait : « Je veux rendre toute-puissante l’influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l’homme qu’il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l’homme : "Jouis". » Thiers – fossoyeur de la Commune - formulait la morale de la classe bourgeoise dont il incarna l’égoïsme féroce et l’intelligence étroite.

Mais c'est qu’ils ont appris à glander dans un confinement salutaire. Le COVID tleur a offert cette chance et beaucoup la saisisse au lieu de se morfondre en attendant qu' « on » leur donne de nouveau le droit de se vautrer dans la servitude volontaire. Le chômage partiel, c’est en quelque sorte ce revenu universel qui plane depuis quelques années. Tu te lèves le matin, et tu trouves sous le paillasson assez de thunes pour vivre tout en glandant ! Il n’en faut pas trop car le fric pourri tout ce qu’il touche. Assez pour ne pas avoir la hantise de la rue, la hantise de la faim. Elle est pas belle la vie ?

La paresse, la fainéantise, le glandage sont l’apanage d’une élite. On naît fainéant. C’est une chance immense et une injustice pour les autres. L’art de ne rien faire est difficile et ne semble pas donné à tout le monde. Même les loisirs en prennent un coup : le temps libre est de plus en plus confisqué par la télévision et les industriels des loisirs. Nombreux sont ceux qui redoutent l’inaction et réclament un ordre du jour même pendant leurs vacances. Comme s’ils craignaient de se laisser aller, de se laisser guider par la fantaisie. Peut-être par peur de se retrouver seuls avec eux-mêmes ?

Nous sommes influencés par cette culture où le religieux ("Tu te nourriras à la sueur de ton front !") se mêle à l’économique (travailler plus pour gagner plus) et condamne l’oisif à travailler. Sauf s’il est rentier ou/et actionnaires ! Dans ce cas, c’est son capital qui travaille pour lui, c’est-à-dire vous, moi, les cochons de payants de la France d’en bas. C’est le pognon qui manque, pas le boulot qui n’a rien de sacré. D’ailleurs dès qu’ils sont assez ferrés, qu’est-ce qu’ils font les riches ? Ils arrêtent de travailler !

Après des siècles de christianisme et avec l’esprit du capitalisme, on n’imagine pas passer sa vie dans l’inactivité, à moins de passer pour un marginal ou un illuminé. Et malheur à vous si vous avez la malchance d’être au chômage ou si vous avez choisi de faire passer votre vie personnelle avant le travail. On aura vite fait de vous soupçonner de paresse, fainéantise ou de manque d’ambition. Et vous perdrez votre vie à la gagner. Et pourtant ! Dans une autre vie, j’ai même été « chef d’entreprise ». Et je n’embauchais que des fainéants avoués. Ils sont les plus fiables, les plus efficaces des collaborateurs : un fainéant œuvre vite pour avoir plus vite fini et bien pour ne pas avoir à y revenir !

Il y a dans l’art de ne rien faire le signe d’une conscience vraiment affranchie des multiples contraintes qui, de la naissance à la mort, font de la vie une frénétique production de néant. Niquer ces contraintes est une libération.

Dans le système capitaliste d’exploitation de l’humain, il y a de la malice, assurément, à en faire le moins possible pour un patron, à s’arrêter dès qu’il a le dos tourné, à saboter les cadences et les machines, à pratiquer l’art de l’absence justifiée. La paresse ici sauvegarde la santé et prête à la subversion un caractère plaisant, presque ludique, propice au développement de l’imagination ! Elle rompt l’ennui de la servitude, elle brise le mot d’ordre, elle rend la monnaie de sa pièce à ce temps qui vous ôte huit heures de vie et qu’aucun salaire ne vous laissera récupérer. Elle double avec un sauvage acharnement les minutes volées à l’horloge pointeuse, où le décompte de la journée accroît le profit patronal. Voler ainsi un patron, n’est-ce pas de la récupération ?

Pourtant, il plane sur la paresse une telle culpabilité que peu osent la revendiquer comme un temps d’arrêt salutaire, qui permet de se ressaisir et de ne pas aller plus avant dans l’ornière où le vieux monde s’enlise. Encore que ! Certaines entreprises découvrent les bienfaits de la sieste !

Qui, des allocataires sociaux, proclamera qu’il découvre dans l’existence des richesses que la plupart cherchent où elles ne sont pas ? Ils n’ont nul plaisir à ne rien faire, ils ne songent pas à inventer, à créer, à rêver, à imaginer. Ils ont honte le plus souvent d’être privés d’un abrutissement salarié qui les privait d’une paix dont ils disposent maintenant sans oser s’y installer.

La culpabilité dégrade et pervertit la paresse, elle en interdit l’état de grâce, elle la dépouille de son intelligence. Pourtant ils feraient dans la fainéantise d’étonnantes découvertes : un coucher de soleil, le scintillement de la lumière dans les sous-bois, l’odeur des champignons, le goût du pain qu’il a pétri et cuit, le chant des cigales, la conformation troublante de l’orchidée, les rêveries de la terre à l’heure de la rosée, sans oublier les formidables rêves érotiques !

Ce brave coronavirus nous a donne la possibilité de découvrir tout ça.

« Nous aurons bien mérité la retraite » soupirent les travailleurs. Ce qui se mérite, dans la logique de la rentabilité, a déjà été payé dix fois plutôt qu’une !

Si la paresse s’accommodait de la veulerie, de la servitude, de l’obscurantisme, elle ne tarderait pas à entrer dans les programmes d’État qui, prévoyant la liquidation des droits sociaux, mettent en place des organismes caritatifs privés qui y suppléeront : un système de mendicité où s’effaceront les revendications qui, il est vrai, en prennent docilement le chemin si l’on en juge par les dernières supplications publiques sur le leitmotiv « donnez-nous de l’argent ! ». L’affairisme de type mafieux en quoi se reconvertit l’économie en déclin ne saurait coexister qu’avec une oisiveté vidée de toute signification humaine.

La paresse est jouissance de soi ou elle n’est pas. N’espérez pas qu’elle vous soit accordée par vos maîtres ou par leurs dieux. On y vient comme l’enfant par une naturelle inclination à chercher le plaisir et à tourner ce qui le contrarie. C’est une simplicité que l’âge adulte excelle à compliquer.

Que l’on en finisse donc avec la confusion qui allie à la paresse du corps le ramollissement mental appelé paresse de l’esprit - comme si l’esprit n’était pas la forme aliénée de la conscience du corps.

L’intelligence de soi qu’exige la paresse n’est autre que l’intelligence des désirs dont le microcosme corporel a besoin pour s’affranchir du travail qui l’entrave depuis des siècles.

La paresse est un moment de la jouissance de soi, une création, en somme ! Le fainéant est un créateur naturel. Un créateur de bonheur !

Illustration X - Droits réservés


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22 réactions à cet article    


  • Clark Kent Clark Kent 22 septembre 15:03

    J’ai été surpris, en lisant cet article, de ne pas y rencontrer Paul Lafargue :


    « Pour qu’il parvienne à la conscience de sa force, il faut que le prolétariat foule aux pieds les préjugés de la morale chrétienne, économique, libre penseuse  ; il faut qu’il retourne à ses instincts naturels, qu’il proclame les Droits de la Paresse, mille et mille fois plus sacrés que les phtisiques Droits de l’Homme concoctés par les avocats métaphysiques de la révolution bourgeoise ; qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour, à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit. »


    • VICTOR Ayoli VICTOR Ayoli 22 septembre 15:12

      @Clark Kent
      Paul Lafargue est un Maître Fainéant. Un modèle.


    • Clark Kent Clark Kent 22 septembre 15:32

      @Clark Kent


      Vous écrivez :


      "« Travail » (du latin tripalium, instrument de torture). Ils sont bien plus valorisants les termes italien lavorare « labeurer » ou « labourer » plus spécifique et espagnol obrare « œuvrer », accomplir une œuvre."


      Effectivement, dans chaque langue, les mots ont une connotation, souvent inconsciente pour les locuteurs eux-mêmes, porteurs de l’histoire du mot lui-même et de ce qu’il évoque pour ceux qui le prononcent.


      Pour les Britanniques, le travail est lié à la notion d’énergie. Le mot anglais pour travail est « work », du vieil anglais « weorc » lui-même issu du proto-germanique « werkan » (qui a donné « Werk » en allemand), de l’indo-européen commun « wérǵom » apparenté au grec ancien « ἔργον »(érgon) auquel nous devons le mot « ergonomie » et « erg », l’unité d’énergie.


      Par contre, la langue allemande se réfère à deux réalités pour désigner le travail. Si « Werk » a le même sens que l’anglais « work », « Arbeit » signifiait à l’origine « peiner », souffrir« . »Arbeit, schnell !« et »Arbeit macht frei" marquaient bien cette nuance.



      • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 23 septembre 10:02

        @SilentArrow
         Sauf quand le travail devient un hobby.
         Ce n’est plus un travail. C’est un plaisir
         


      • Tzecoatl Claude Simon 22 septembre 16:11

        Nous avons la chance de vivre dans un pays qui considère, ad minima, autant la rémunération du travail que du temps libre.

        Cela permet de s’esquiver d’emplois que l’on considère nuisible pour soi, autrui ou tout autre considérations.

        Créer, étudier ou changer de méthode est particulièrement chronophage. Et cela s’avère souvent indispensable. Sinon, les crises viennent battre le rappel.


        • OJBA 22 septembre 19:57

          @Claude Simon Esquiver les bullshit jobs ? Le pied, pour en avoir effectuer un, pendant 15 ans. Seuls la paie, mon âge et la sécurité de l’emploi me dissuadaient de partir.


        • tashrin 22 septembre 17:12

          C’est pas tellement que les gens ne veulent pas travailler...

          Contrairement à ce que soutiennent nos politiques qui ne l’ont en réalité bien souvent jamais expérimenté, les gens ne travaillent pas pour le plaisir ni par satisfaction personnelle, mais pour obtenir de quoi subvenir à leurs besoins.

          A partir du moment ou travailler ne permet pas d’atteindre ce but, ya plus vraiment de raison d’y aller.

          Quitte à ce que mon occupation journaliere ne me permette pas de gagner ma vie, je prefere utiliser mon temps comme j’en ai envie, et mon envie c’est pas d’en faire cadeau à quelqu’un qui va en profiter sans m’en accorder le benefice

          Ce qui a changé, c’est qu’à force de tirer sur la corde, elle leur pete à la gueule et c’est une tres bonne chose


          • OJBA 22 septembre 20:08

            @tashrin Ben oui, travailler pour des prunes, autant rester à la maison. Nos têtes dirigeantes et bien pensantes n’arrivent pas à imaginer que le péquin moyen puisse réfléchir et arriver à calculer un ratio pertes/bénéfices. Ya pas besoin d’avoir fait HEC pour calculer ça. Même si le résultat n’est pas exact, il n’en est pas loin. L’EN n’a comme toujours pas fait son boulot correctement, il reste encore quelques non crétins


          • saint louis 22 septembre 18:15

            Perso, à la retraite depuis 3 ans, je continue encore à bosser.

            Bon je suis indépendant et j’aime mon métier.(travail du bois)

            De plus je ne continue pas vraiment par besoin, mais plus par plaisir ;

            Comme quoi, le travail n’est pas forcément une punition.

            Par contre il semblerai qu’elle le soit pour beaucoup surtout du fait des pressions de rendement demandés.

            Ça je peux le comprendre, car ayant été employeur à un moment donné, je sais ce que ça coute, surtout en France.

            Et le problème ne vient pas ni du salarié ni de son patron mais bien de notre modèle social très dispendieux.


            • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 23 septembre 09:58

              @saint louis
               Retraité depuis 16 ans. Intello, Manager pendant 15 ans.
               Je n’ai jamais autant travaillé avec plaisir dans quelque chose que je n’avais jamais pensé : écrire.
               Quand on travaille pour soi, ce n’est plus du travail.
                
               


            • voxa 23 septembre 10:06

              @saint louis

              Je suis aussi de votre avis.
              Le travail est une corvée quand on le prend pour une corvée ou quand on n’a pas choisi ce que l’on veut faire et que c’est une contrainte.

              Une contrainte, ce n’est plus un travail, c’est de l’esclavage, et c’est cela que, maintenant, les gens intelligents fuient avec raison.

              Par contre, concernant notre modèle social, cela devait rester un modèle pour le reste du monde.

              Il a largement fait ses preuves avant que les scélérats que nous avons élus le mettent en pièces le dévoient de sa mission première et le taillent en pièce au profit de salopards mondialistes que pourtant nous connaissons bien.


            • V_Parlier V_Parlier 22 septembre 18:41

              Je suis plutôt déçu par cet article qui entend régler le problème de la taylorisation massive du travail à tous niveaux par... la simple paresse aux crochets de ceux qui la subissent encore, tant que l’Etat compense pour masquer sa politique de sabordage par « l’économie ouverte ».


              • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 23 septembre 10:00

                @V_Parlier
                 Si vous savez ce que j’ai fait pendant 40 ans, il faut être fainéant et laisser le travail répétitifs aux machines.
                 Le reste du temps, c’est chercher l’efficacité en tout.


              • sylvain sylvain 22 septembre 19:29

                la paresse est un moment de la jouissance de soi, une création, en somme ! Le fainéant est un créateur naturel. Un créateur de bonheur !


                surtout quand il a des petits esclaves partout sur la planète pour lui construire sa voiture, ses fringues... enfin tout ce dont le créateur de bonheur a besoin dans son quotidien


                • titi titi 22 septembre 20:44

                  @L’auteur,

                  Il y a en effet pas mal de gens qui pensent pouvoir « changer de vie ».

                  Les cadres parisiens veulent aller dans le Lubéron ouvrir une maison d’hôte.
                  Ou parce qu’ils ont suivi des cours de cuisine par un chef étoilé, ouvrir leur propre restau.

                  Ou même encore vivre en vendant des cours de Yoga...

                  Je demande à voir leur situation dans 2 ans, une fois que les indemnités chômages auront été dépensées.


                  • zygzornifle zygzornifle 23 septembre 08:34

                    Partir avant d’être licencié ....


                    • zygzornifle zygzornifle 23 septembre 08:35

                      Les politiques eux ne s’en vont pas car la soupe est trop bonne .....


                      • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 23 septembre 09:53

                        Salut Victor

                         Bravo. J’aime les gens entrepreneurs smiley 


                        • velosolex velosolex 23 septembre 10:51

                          L’article est sympathique, mais fonctionne un peu trop en off, et passe un peu à coté du sujet. Le travail a bien une éthymologie qui vient du mot « torture », mais l’opposition travail farniente, marquant le clivage qu’il y aurait entre damnation et la confition d’esclave, et l’épanouissement jouissif dans la farniente me semble sujet à caution...Je dis cela, en étant pas un dingue de l’activité obligatoire, le type qui d’instinct cherche l’endroit idéal où il accrochera son hamac quand il arrive dans un lieu. Ne supportant pas que les deux abrutis qui habitent à gauche et à droite de ma barrque mettent pour l’un sa débroussailleurse en marche, et l’autre sa tondeuse, alors que la nature agonise encore sous la sécheresse.....Ces deux gars rentrent de leur travail et semblent addictifs à l’activité incessante. Première constatation ; Difficile d’apprécier le repos dans un univers hostile à une conception tranquille de la vie...Le heros moderne doit faire du bruit pour marquer son territoire et ses valeurs, et ce n’est pas le travail, qui avait dans le temps l’exclusivité de faire du vacarne qui est déterminante. On constate donc que l’emmerdeur dispose d’un attirail de plus en plus volumineux, qu’il travaille ou pas, pour faire chier les autres. Impossible pour lui de se mettre en veille...Ne rien faire sans déprimer demande beaucoup de qualités que de moins en moins de gens possèdent en fait. Il leur faut sans cesse être en représentation dans la société du spectacle. N’est pas Diogène qui veut, un vrai travail en amont


                          • zygzornifle zygzornifle 24 septembre 09:25

                            Avant un vrai directeur s’occupait de tout, maintenant il lui faut un DRH, le niveau a bien baissé ....

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