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P�docriminalit� : inversion du bien et du mal ?

Les mesures du pr�sident Sarkozy pour lutter contre les fauteurs de crimes sexuels rel�vent de la « gesticulation », affirme ce mardi Christophe Regnard, secr�taire national de l’Union syndicale des magistrats (USM). Nicolas Sarkozy a dit lundi que les d�linquants sexuels les plus dangereux ne pourraient plus b�n�ficier de remises de peine automatiques ni sortir de prison sans �tre pass�s devant un comit� d’experts. Nicolas Sarkozy avait re�u � l’Elys�e le p�re d’Enis, un enfant viol�, la semaine pass�e, par Francis Evrard, un p�docriminel multir�cidiviste. En fran�ais, la « gesticulation », rappelons-le, consiste � faire de grands gestes en tous sens. En quoi les d�marches de Sarkozy - recevoir un p�re au cœur meurtri et repenser la loi - ressemblent-elles � de la « gesticulation » ? Fallait-il ne pas recevoir le p�re d’Enis et laisser la loi en l’�tat ?

« C’est assez terrible, on est � nouveau dans le gesticulatoire », d�clare Christophe Regnard. Selon lui, « il n’y a rien de nouveau dans les mesures qui sont annonc�es ». L’hospitalisation d’office de ce type de criminels est pr�vue par le Code de la sant� et l’expertise psychiatrique est d�j� pratiqu�e pour les d�tenus dangereux, selon Regnard. Pour Regnard, le probl�me du suivi des d�linquants sexuels tient surtout au manque de psychiatres, de psychologues et d’�ducateurs en prison. « C’est assez terrible », d�clare le repr�sentant des magistrats. Ce n’est pas de la souffrance d’Enis et de son p�re que parle Regnard. Non, ce qui est « terrible », s’est le paquet de mesures concr�tes envisag� pour les p�docriminels multir�cidivistes.

De son c�t�, l’ancien garde des Sceaux Pascal Cl�ment estime ce mardi que les mesures contre les d�linquants sexuels de Sarkozy pourraient poser des probl�mes d’ordre constitutionnel. « La question pos�e par la proposition du pr�sident de la R�publique, c’est la question de savoir si on peut distinguer le criminel sexuel des autres », d�clare-t-il sur France Inter. Il y a un risque de « rupture d’�galit� » entre deux sortes de d�tenus : ceux qui ont commis des crimes et ceux qui ont commis des crimes sexuels. Int�ressant. Le probl�me, en fait, c’est la « rupture d’�galit� », c’est l’ostracisme, l’exclusion, contre les p�docriminels multir�cidivistes. Ce n’est pas le fait qu’un crime sexuel perp�tr� contre un enfant soit un crime infiniment plus odieux que les autres crimes.

« La deuxi�me difficult� de m�me nature, c’est la cr�ation d’un h�pital psychiatrique : est-ce que l’on peut consid�rer que l’enfermement psychiatrique est une peine ou n’est pas une peine », affirme Pascal Cl�ment. « Si c’est une peine, vous tombez sous l’inconstitutionnalit� de la loi parce que vous ne pouvez pas rajouter � une peine une autre peine. En revanche, si l’enfermement psychiatrique n’est pas une peine, alors l� oui c’est sans doute la solution mais cela fera d�bat parce que certains vont voir une solution, entre guillemets, de facilit� », explique-t-il. Qui sont-ils, ces « certains » qui vont y voir une « solution de facilit� » ? On aurait pu dire, � l’inverse, que la solution de facilit�, c’est de ne pas r�agir, de prendre le temps de r�fl�chir, de prolonger ses vacances.

Pour Dominique de Villepin, « les propositions du pr�sident de la R�publique vont dans le bon sens ». « En revanche pour la mise en place juridique des solutions, je souhaite bien du courage � la Chancellerie. Ce n’est pas fait », souligne-t-il. C’est vraiment trop gentil, venant de Villepin, de souhaiter « bien du courage » � ses successeurs ? Si son propre enfant avait �t� viol�, parlerait-il avec la m�me l�g�ret� ?

Enfin, l’ancienne ministre de la Justice socialiste Marylise Lebranchu estime que les mesures contre les d�linquants sexuels annonc�es lundi par le chef de l’Etat constituent « une forme de retour vers la barbarie ». « L’homme politique doit prendre du recul. La soci�t� doit �tre une soci�t� de justice et non de vengeance », d�clare-t-elle au Parisien. Le p�docriminel Francis Evrard a reconnu une quarantaine d’agressions contre des enfants et n’a �t� poursuivi que pour trois. « Face � l’�chec de la politique psychiatrique, plut�t que de se demander comment d�pister les d�viances, comment d�pister avant le premier acte, nous revenons au syst�me asilaire. C’est une forme de retour vers la barbarie », ajoute-t-elle. En fran�ais, la « barbarie » - s’en souvient-on ? - c’est l’attitude cruelle et la f�rocit�. Le syst�me asilaire pour les p�docriminels multir�cidivistes est donc cruelle et f�roce. Et les crimes sexuels commis sur des enfants, est-ce cruel et f�roce ou est-ce seulement un mal in�vitable de notre temps ? Il y a des jours o� le politiquement correct me fais vomir.


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