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Accueil du site > Tribune Libre > Pégasus : son rôle dans l’assassinat de Jamal Khashoggi

Pégasus : son rôle dans l’assassinat de Jamal Khashoggi

Cet article reprend les minutes du documentaire « The dissident » de Bryan Fogel sorti en 2021 qui décrypte les raisons de l’assassinat de Jamal Khashoggi le 2 octobre 2018 au consulat d’Arabie Saoudite à Istambul où il venait récupérer une attestation de divorce pour épouser sa fiancée turque Hatice Cengiz. Il met en lumière l’utilisation du logiciel israélien « Pégasus » de nouveau dans l’actualité pour ses capacités d’écoute et de piratage des mobiles.

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Jamal Khashoggi, l’un des journalistes saoudiens les plus connu au monde, travaillait à l'époque de son assassinat au Whashington Post après avoir été pendant des années un acteur important du journalisme saoudien. Pendant la période de l’invasion en Afghanistan c’était un proche de Ben Laden et un frère musulman convaincu. Dans les années 90, il fut même chargé par les services secrets saoudiens de le contacter pour le persuader de renoncer à la clandestinité et de rentrer au pays. Plus tard, initialement proche de Mohammed ben Salmane (M.B.S.), en qui il voit au départ un réformateur, il rompt progressivement avec lui du fait de méthodes brutales et une vision de l’information au service de la monarchie. En décembre 2016, Khashoggi est sanctionné pour avoir ouvertement critiqué Donald Trump et il lui est interdit d'exercer son métier de journaliste en Arabie Saoudite.. En septembre 2017, il s'exile aux USA où il commence une chronique au Whashington Post. Il s'oppose alors de plus en plus ouvertement au prince héritier, Mohammed Ben Salmane.

Le documentaire explique en partie son assassinat du fait d’un projet qu’il avait depuis près d’une année avec Omar Abdulaziz, un dissident saoudien réfugié au Canada.
Parlant fréquemment avec lui via Whatsapp, ils échangent fréquemment à propos d’une armée de propagandistes saoudiens payés par le gouvenement (qu’ils appellent « les mouches ») qui interviennent quotidiennenement sur Twitter – un réseau particulièrement utilisé en Arabie Saoudite - pour désinformer la population.

Chaque propagandiste ouvre et contrôle une vingtaine de comptes Twitter différents et leurs interventions coordonnées donnent l’impression de vastes mouvements spontanés. Cette "armée" fut également utilisés contre Jamal Khahoggi pour décrédibiliser sa réputation et tenter de réduire son audience en tant que journaliste en noyant son compte Twitter sous les insultes et les critiques.

Le documentaire soutien et démontre que la mort de Khashoggi a été décidée et coordonnée par le prince héritier Mohammed Ben Salmane (MBS) après que Jamal Khashoggi ait adhéré à la proposition d’Omar Abdulaziz de créer une contre-armée de sympathisants (qu’ils appellent les « abeilles ») chargée de lutter contre la désinformation des propagandistes gouvernementaux (les mouches).

 

Cette stratégie aurait particulièrement bien réussi et l’expression « #que_savez-vous_des_abeilles » allait devenir sur Twitter le premier mot clef associé à l’Arabie Saoudite. Mais c’est véritablement quand Khashoggi commence à financer cette opération qu’il est passé d’un rôle de journaliste critique à celui d’activiste et que la décision de l’assassiner fut prise lors d’une visite de celui-ci au consulat saoudien d’Istambul.
Quelques jours avant son assassinat, le 2 octobre 2018, une équipe d’une quinzaine de personnes chargée de son élimination débarquent au Consulat d’Istambul.

Ce que les saoudiens ignoraient, c’est que les services secrets turcs avaient – avant cela – introduit des micros dans le consulat ce qui leur a permis d’enregistrer et de reconstituer tout ce qui s’est passé ce 2 octobre.
Après avoir été arrêté immédiatement dès son entrée dans le consulat, on déclara à Khashoggi qu’on allait le renvoyer en Arabie Saoudite et on lui demanda d’envoyer un message à son fils pour déclarer qu’il allait s’absenter. Khashoggi refusa. Par la suite, selon les enregistrements des services secrets turcs inclus dans le documentaire, il semble qu’on lui mette un sac plastique sur la tête pour l’étouffer. Plus tard son corps fut démembré et dissous dans de l’acide. Pour donner le change, on chargea un comparse habillé avec les vêtements de Khashoggi, de sortir grimé par l’arrière du consulat pour éviter l’entrée principale ou l’attendait sa fiancée, puis de se faire filmer ostensiblement par des cameras de surveillance dans des endroits fréquentés d’Istambul pour accréditer la thèse de son départ du consulat.
Dès l’annonce par sa fiancée de sa disparition, de nombreux journalistes se mobilisent.

Les cyber-attaques et l’espionnage numériques sont aujourd’hui en pleine expansion.
L’opération dirigée contre Jamal Khashoggi fut possible grace à l’installation sur le mobile d’Omar d’Abdulaziz et sur celui de Jamal Khashoggi d’un logiciel espion israelien nommé « Pegasus » developpé par la société NSO permettant de lire les messages envoyés par whatsapp. Ce logiciel fut installé sur le téléphone d’Omar Abdulaziz à son insu après qu’il eu cliqué sur un faux SMS. A l’aide de ce logiciel, près de 400 messages échangés entre Jamal Khashoggi et Omar Abdulaziz auraient été lus par les saoudiens pendant l’année précédant son assassinat.[1]

Dans ces messages le journaliste se serait montré beaucoup plus critique que dans ses articles au Whashington Post et ces messages piratés pourraient avoir décidé de son assassinat.

Infecté par Pegasus, un téléphone peut révéler des conversations criptés, des messages, des photos, la localisation de la personne. L’utilisateur de pégasus peut même activer le micro du téléphone et transformer celui-ci en véritable espion.

En 2017, Javier Cardenas un journaliste mexicain enquetant sur les cartels de la drogue fut assassiné après avoir reçu des messages piégés avec le même logiciel.
Le documentaire révèle également que 2 semaines après l’assassinat de Jamal Khashoggi, - et en conséquence possible de son assassinat - Jeff Bezos propriétaire d’Amazon et du Whashington Post (pour lequel écrivait Jamal Khashoggi) ne s’est pas rendu au « Davos du désert » une conférence organisée par MBS auquel il devait se rendre en tant qu’invité d’honneur. Quelques semaines plus tard, un journal américain « le National Enquirer  » a affirmé détenir les preuves de l’infidélité conjugale de Bezos. Son équipe de sécurité a soupçonné son mobile d’avoir été été piraté. On s’est alors rendu compte qu’il avait été infecté par « Pégasus » en mai 2018 grace à une vidéo envoyée par MBS à Bezos avec qui il était en contact.
Jeff Bezos a été par la suite victime d’une campagne de dénigrement sur Twitter identique à celle qu’avait vécu Jamal Khashoggi. Le rapport d’enquête de la CIA a conclu à l’implication de MBS dans la programmation et l’organisation de l’assassinat.
« L’armée des mouches » utilisée par le gouvernement Saoudien sur Twitter est le pendant de ce qu’on a appelé il y a quelques années la « water army », une armée de près de 280.000 personnes payées pour éditer en ligne des commentaires et des réactions en accord avec les objectifs du parti communiste Chinois[2].
Ces services de « hacking » et d’attaques informatiques sont de plus en plus développés notamment au sein des dictatures. Mais ils ne sont pas seulement utilisés pour des missions de contrôle de l’opinion, de propagande interne ou de manipulations d’élections étrangère comme a pu le faire à plusieurs reprises « L’internet Intelligence Agency » de Saint Petersbourg. On sait qu’aujourd’hui, le hacking d’Etat se développe également dans le cadre d’escroquerie.
 On a montré ainsi que la Corée du Nord – l’un des pays les plus pauvres au monde - disposait d’un service, « l’unité 180 » spécialisé dans le racket informatique qui contaminait les ordinateurs de particuliers ou d’entreprises dans le monde pour ensuite les menacer moyennant une somme d’argent « raisonnable » de détruire leurs fichiers en cas de non-paiement d’une « rançon ». Ainsi, « le ransomware Wannacry » qui a touché plus de 200.000 ordinateurs dans 150 pays en 2015, contenait des parties de codes utilisés par des hackers nord-Coréens du Lazarus Group. Malgré ses dénégations, les Etats-Unis ont officiellement accusé la Corée du Nord. Selon les témoignages de plusieurs experts en cybersécurité ayant fui le régime nord-coréens, « l’unité 180 » serait à l’origine de plusieurs cyberattaques récentes visant à récolter des fonds par le biais de chantages informatiques.

« [Cette cellule] est dédiée au piratage d’établissements financiers par l’intrusion et le retrait d’argent sur des comptes bancairesLes hackers se rendent à l’étranger pour trouver des lieux dotés d’une meilleure connectivité à Internet qu’en Corée du Nord et pour ne pas laisser de trace ».

Pour beaucoup d’experts en cybersécurité, cette tendance au racket informatique par des mafias ou même des Etats est une tendance lourde d'évolution de nos sociétés.

 

 

[1] Depuis déjà de nombreuses années les israéliens sont passés maître dans les technologies de logiciels espions, de hacking et d’espionnage numérique.

[2] Voir : « La manipulation par les sondages » Gérard Dahan,L’Harmattan, 2014 p.138.


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18 réactions à cet article    


  • Aimable 25 juillet 12:03

    Ce logiciel doit avoir un brevet déposer par Iraël comme cela personne ne peut connaitre le nom de l’espion !


    • Aimable 25 juillet 17:11

      @Aimable
      Pour posséder autant de brevets tous les habitants de se micro état sont des chercheurs .


    • confiture 25 juillet 17:16

      @Aimable
      des chercheurs d’emploi surtout.


    • Docteur Faustroll Lampion 25 juillet 12:12

      La Washington Post appartient à Jeff Bezos.

      Suivez le fil d’Ariane : lien


      • cedricx cedricx 25 juillet 15:09

        Ce logiciel israélien n’a été vendu qu’à de très grandes démocraties comme le Maroc ou le roi dissout ses opposants dans de l’acide et l’arabie saoudite qui les découpe en petits morceaux dans ses consulats, le régime marocain gonflé comme une outre a espionné sans vergogne nos dirigeants les plus importants mais aussi de simples citoyens, les pourchassant jusque dans les toilettes ! L’outre gonflée à bloc par ses sponsors a fini par éclater comme la grenouille de la fable.


        • Docteur Faustroll Lampion 25 juillet 15:44

          @cedricx

          évidemment, la CIA, la NSA et Cambridge files sont au-dessus de tous soupçons...


        • cedricx cedricx 25 juillet 20:38

          @Lampion   

          nous parlons de cette affaire précise où Israel et le Maroc sont concernés et coupables, lorsqu’on parlera des americains je donnerai mon avis.


        • Docteur Faustroll Lampion 26 juillet 08:26

          @cedricx

          Peut-on parler d’Israël sans que les Américains soient concernés ? Vous avez entendu parler du 51ème état ?


        • Docteur Faustroll Lampion 26 juillet 08:27

          @cedricx

          Khashoggi ne travaillait pas pour un journal marocain ou israélien.

        • chantecler chantecler 26 juillet 08:29

          @cedricx
          "lorsqu’on parlera des americains je donnerai mon avis.

          "
          Vous pourrez toujours le donner votre avis , mais il ne m’intéresse pas .
          Vous vous prenez pour qui ?


        • cedricx cedricx 26 juillet 10:45

          @chantecler

          ahahahah ! très juste ! je ne suis que de passage ! pardonnez moi si je vous ai offensé !


        • chantecler chantecler 26 juillet 13:44

          @cedricx
          Non , pas d’offense et passez souvent !


        • troletbuse troletbuse 25 juillet 17:13

          Et pour Charlie, pas de noms des caricaturistes ou de Bernard Maris ?


          • zygzornifle zygzornifle 26 juillet 09:56

            Ils ont tous jaloux de ne pas l’avoir créés ...


            • Aimable 26 juillet 11:51

              R@zygzornifle
              C’est vrai mais dans le mode d’emploi , ils auraient du ajouter , a utilisé avec modération , ils auraient du méditer le dicton que tant va la cruche a l’eau qu’elle fini par se casser .


            • zygzornifle zygzornifle 26 juillet 09:57

              On a pu tracer le chemin des homards allant dans l’assiette de DeRugy ....


              • sylvain sylvain 26 juillet 11:20

                C’est tout de même marrant que tous les médias s’offusquent de ces petites é coutes . Ca en dit long sur leurs compromissions, voir leur appartenance


                • zygzornifle zygzornifle 27 juillet 08:19

                  Espionner Macron, pour savoir qui allait lui faire sa coloscopie du soir ....

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