Petits chaperons dans le rouge...
Tout le monde connaît l'histoire du Petit Chaperon Rouge... Un conte de tradition orale qui a connu de nombreuses versions...
A partir de la méthode développée par Queneau dans ses Exercices de style, mais avec quelques variantes, une équipe d'étudiants de l'université Stendhal, chaperonnée par Pierre Jourde, s'est livrée à cet exercice : écrire des versions contrastées ou humoristiques du Petit Chaperon Rouge : réduit, allongé, vulgarisé, érotisé, psychanalysé, géométrisé...
Lors des Jeudis de Nîmes, la comédienne Pascale Barandon en a présenté une déclinaison mise en théâtre, puis en musique grâce à l'univers du compositeur et poète Marc Simon...
Pascale Barandon dans le rôle de Sidonie et Marc Simon dans le rôle d'Albert jouent avec les variantes de l'histoire...
Une comédienne chanteuse, un musicien comédien... un spectacle haut en couleurs !
Un texte de conte, tout simple, mais raconté chaque fois de manière différente.
Première scène : Marc Simon joue un air léger sur un xylophone, tandis que Pascale Barandon nous raconte l'histoire traditionnelle que nous connaissons tous :
"Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qui soit ; sa mère en était folle, et sa mère-grand plus folle encore. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge, qui lui seyait si bien, que partout on l'appelait le Petit Chaperon Rouge.
Un jour sa mère ayant cuit et fait des galettes, lui dit : va voir comme se porte ta mère-grand, car on m'a dit qu'elle était malade, porte-lui une galette et ce petit pot de beurre. Le Petit Chaperon Rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand, qui demeurait dans un autre village. En passant dans un bois elle rencontra compère le loup, qui eut bien envie de la manger ; mais il n'osa, à cause de quelques bûcherons qui étaient dans la forêt. Il lui demanda où elle allait ; la pauvre enfant, qui ne savait pas qu'il est dangereux de s'arrêter à écouter un loup, lui dit : je vais voir ma mère-grand et lui porter une galette avec un petit pot de beurre que ma mère lui envoie. Demeure-t-elle bien loin ? lui dit le loup. Oh ! oui, dit le Petit Chaperon Rouge, c'est par-delà le moulin que vous voyez tout là-bas, là-bas, à la première maison du village. Eh bien, lui dit le loup, je veux l'aller voir aussi. Je m'y en vais par ce chemin ici, et toi par ce chemin-là, et nous verrons qui plus tôt y sera. Le loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et la petite fille s'en alla par le chemin le plus long, s'amusant à cueillir des noisettes, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu'elle rencontrait. Le loup ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la mère-grand ; il heurte : toc, toc. Qui est là ? C'est votre fille le Petit Chaperon Rouge (dit le loup en contrefaisant sa voix) qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre que ma mère vous envoie. La bonne mère-grand, qui était dans son lit à cause qu'elle se trouvait un peu mal, lui cria : tire la chevillette, la bobinette cherra...
Le loup dévore alors la grand-mère, et alla se mettre dans le lit en attendant le petit Chaperon rouge, qui, quelque temps après, vint heurter à la porte : toc, toc. — Qui est là ? — Le petit Chaperon rouge, qui entendit la grosse voix du Loup, eut peur d’abord, mais, croyant que sa mère-grand était enrhumée, répondit : C’est votre fille, le petit Chaperon rouge, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre, que ma mère vous envoie. — Le Loup lui cria en adoucissant un peu sa voix : Tire la chevillette, la bobinette cherra. — Le petit Chaperon rouge tira la chevillette, et la porte s’ouvrit.
Le petit Chaperon rouge se déshabille, et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment sa mère-grand était faite en son déshabillé. — Elle lui dit : Ma mère-grand, que vous avez de grands bras ! — C’est pour mieux t’embrasser, ma fille ! — Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes ! — C’est pour mieux courir, mon enfant ! — Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles ! — C’est pour mieux écouter, mon enfant ! — Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux ! — C’est pour mieux te voir, mon enfant ! — Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents ! — C’est pour te manger ! Et, en disant ces mots, ce méchant Loup se jeta sur le petit Chaperon rouge, et la mangea..."
Moralité : de belles enfants font très mal d'écouter toutes sortes de gens, il existe des loups doucereux, complaisants, ce sont les plus dangereux...
C'est alors que Marc Simon interprète une chanson amusante et parodique de sa composition : Big Black Wolf :
"Grand méchant loup, prends tes pattes à ton cou, la lune luit sous la forêt profonde, le chemin crisse et les arbres murmurent... Viens par ici mon grand fauve à poils gris, tu t'es perdu, maman va te consoler, viens dans les bras du petit chaperon rouge..."
"Albert, j'adore !" lui dit alors Sidonie... "Mais pouvez-vous me composer un haiku sur le sujet ?"
A la guitare, Albert répond aussitôt à sa demande : "Ouh ouh ouh !
Va chez grand-mère,
Apporte cette galette,
Et te faire dévorer !"
Ouh ouh ouh !"
Puis, c'est la version réaliste et populaire : "Elle a vu le loup, par la môme Sidonie..." avec par exemple, cet extrait :
Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux ! — C’est pour mieux te reluquer, mon enfant ! — Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents ! — C’est pour mieux te mâchouiller ! Et, en disant ces mots, la bête lui fait sa fête et n'en laisse pas une miette !"
Nouveau récit façon film d'horreur : Sidonie revêt un chapeau sombre avec voilette et raconte :
"Le sang de la grand-mère gicle, un geyser de sang se répand... l'animal découpe le visage de la grand-mère et le pose sur sa gueule..."
Long hurlement du loup !
Puis, c'est le récit de science fiction :
"Au 3ème millénaire... Va-t'en visiter dans ta fusée l'hypermémère, vogue vers l'archivieille...
Le loup aspire l'essence de la grand-mère et aspire son apparence..."
Récit sexy :
"Il était une fois une créature surnommée Lolitta, petite culotte rose... la nymphette roule des hanches. A son passage, les fleurs entrouvrent leurs corolles, elle voit une bête :
"Ne me tente pas, à plus tard peut-être..." dit-elle...
Version campagnarde :
"On est contre les écolos qui protègent les loups ! Le bestiau a bouffé la gamine..."
Ce ne sont là que de brefs extraits du spectacle qui était ponctué de chansons, de musiques, d'effets sonores amusants... Un régal !
Merci et bravo aux deux comédiens pour leur humour, leur bonheur de jouer et le plaisir qu'ils ont procuré au public !
Le blog :
https://rosemar.over-blog.com/2026/08/petits-chaperons-dans-le-rouge.html
Vidéo :
26 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON











