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Pis-ça continue...

Un thermomètre en question 
 Tous les trois ans revient le même scénario et parfois le même psychodrame.
 Les discussions et les polémiques autour des données chiffrées d'une organisation de l'OCDE, censée livrer une image comparée et objective du niveau scolaire de notre jeunesse à un moment donné.
 A chaque Program for International Student Assessment , c'est l'effervescence assurée tous les trois ans, de Paris à Pékin et puis ça passe...
 Moment privilégié pour vanter ou déplorer ses investissements en matière scolaire, gage des succès de la société et de l'économie de demain, au sein d'une compétitivité mondialisée exacerbée. Les esprits bien formés d'aujourd'hui feront la richesse de demain. C'est le postulat de base, le non-dit jamais analysé. 
 On ne s'interroge pas sur ce qu'est une vraie formation humaine, en ne retenant que quelques critères, supposés déterminants, à partir d'une batterie de tests où l'ordinateur prend une place de choix.. Têtes bien pleines ou têtes bien faites ? La question ne sera pas posée. Les protocoles uniformisés l'interdisent. Un élève bourré de connaissances aura-t-il pour autant une meilleure faculté d'adaptation et d'intelligence intuitive, d'inventivité ?
 A l'heure de la mondialisation, l'OCDE classe (presque) mondialement
 La concurrence économique est sous-jacente à cette opération, ainsi que le prestige des Etats, par le bais de ces classements discutés et, du moins partiellement, discutables. 
 Même si certaines analyses et commentaires sont parfois pertinents. Mais jusqu'où et à quel fin ? Si en France, la formation des enseignants a été sacrifiée sur l'autel de Bercy, contrairement à la Finlande, qui choisit les meilleurs, on n'entend pas un mot venant de la rue de Grenelle pour inverser la tendance. Si nos facultés sont dans la pénurie, où sont les projets pour en faire des pôles d'excellence pour le plus grand nombre ?.Un "placement" sûr pour notre avenir.
  Comme les classement de presse à l'emporte-pièce sur le niveau des établissements solaires ou la qualité des hôpitaux, ces marronniers...il faut prendre avec des pincettes ces données chiffrées, qui s'inversent parfois curieusement dans un temps très court.
 On peut s'interroger non seulement sur l'intérêt mais aussi sur la pertinence de tels tests.. On note des connaissances, des compétences, pas une culture reçue en évolution, dans sa diversité, ses formes et ses composantes..
  Parfois on enfonce des portes ouvertes, quand on signale par exemple les déterminants sociaux de la "réussite" scolaire. Parfois on est dans l'approximation la plus totale ou l'affirmation gratuite. 
 Une évaluation de la qualité et les performances des institutions ou des administrations, même si elle s'impose parfois, n'est jamais sans principes, sans présupposés, sans arrière-pensées parfois. Surtout quand elle se situe dans l'esprit du New public management... comme à l'hôpital aujourd'hui.
Et les critères peuvent être discutés, de même les résultats et leurs conditions d'obtention, les choix qui les déterminent.
 On a parfois des résultats sans surprise, ou sans nuances ni questionnements sur les causes. .D'après la dernière enquête Pisa, notre système éducatif serait le plus inégalitaire des pays de l'OCDE. « En France, quand on appartient à un milieu défavorisé, on a une chance sur cinq d'avoir de bons résultats, alors que c'est une sur deux à Shanghai où il y a une véritable équité sociale « , commentait Eric Charbonnier, expert à l'OCDE en présentant les résultats classement Pisa 2012 où la France a reculé de deux places.
    Peut-être, même si c'est un peu court, mais tient-on compte du système bicéphale du l'enseignement secondaire allemand, qui sélectionne très tôt, par exemple ? Quel public scolaire est visé, quelles classes d'âge ? Tous les pays intègrent-ils tous les élèves sans discriminations ? 
 De plus en plus, comme le remarque C. Valmour, on entend piloter le ministère de l'EN à l'aune des évaluations internationales, or, la lecture de milliers de pages de rapports officiels, notes et ouvrages, produits par des dizaines d’experts internationaux montrent que ces évaluations sont très réductrices. Si elles demeurent une source d’information intéressante, elles ne prouvent aucunement qu’un système est meilleur qu’un autre en raison des multiples biais (culturels, statistiques, méthodologiques) qui ont été découverts, et jamais relatés dans la presse, avide uniquement de palmarès. On ne peut comparer que ce qui est comparable, or il n’y a rien de tel pour PISA. Pire, les circonstances indéfinies dans lesquelles PISA est né laissent penser qu’il existerait au sein de l’OCDE un réseau qui vise à détruire l’Etat-Nation, les spécificités culturelles et les systèmes éducatifs de chaque pays pour imposer un modèle éducatif et culturel unique, doublé d’un projet commercial...
   PISA donne une impression de transparence, de pluralité et d’universalité. Or, du début à la fin du processus élaboration-correction-analyse d’items, il y a le consortium PISA et son maître d’œuvre. Qui sont-ils ?... 
   Créée en 1930, l’ACER (le maître d’œuvre) est une association australienne qui vend des évaluations, ainsi que des produits et services en matière d’éducation. NIER est un institut japonais qui s’occupe de politique éducative. ETS (Educational Testing Service) est une association américaine qui vend des produits et des services dans le domaine de l’enseignement. Deux de ses produits sont bien connus des français : le TOEFL et le TOEIC. CITO, créée par le gouvernement néerlandais en 1968, est devenue une société privée en 1999. Enfin, Westat Incorporated est une entreprise américaine (employee ownership) omniprésente dans les évaluations : PIRLS, TIMMS, NAEP, etc. 
   Notons que toutes ces organisations sont d’inspiration anglo-saxonne. De même, les experts scientifiques de PISA sont anglo-saxons à l’écrasante majorité. Nathalie Mons représentera pour la première fois la France lors de PISA 2009. Ce qu’il faut retenir à ce stade, c’est qu’une culture se définit aussi par son système éducatif. ...
      PISA prétend comparer et évaluer des compétences et s’abrite derrière l’élimination des biais culturels, c’est-à-dire, pour schématiser, tout ce qui peut avantager les élèves d’un pays. Or, quand on élimine ce qui fait la spécificité des pays, on ne les compare plus que sur la base du plus petit dénominateur commun. Et c’est ce dénominateur que l’on offre comme modèle de vie et de réussite dans le monde moderne, en occultant tout le reste.
 Comme le souligne C. Duboulozau niveau mondial, Singapour rafle l’ensemble des prix : les élèves sont les meilleurs, et de loin, en sciences, en maths, ainsi qu’en compréhension de l’écrit. « Il y a quelques années, les responsables de l’éducation étaient tous envoyés en Finlande pour étudier le système éducatif performant de ce pays. Ensuite, Shanghai est devenue la référence, maintenant c’est Singapour », ironise Stefan Wolter, directeur du Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation. Dans le classement, la Finlande a fortement chuté en sciences et en maths, de même que la Corée du Sud en lecture....
 On peut s'étonner de telles baisses, improbables en si peu de temps.
 Pour Julien Grenet, chercheur à l’Ecole d’économie de Paris, « ces palmarès ont peu de fondements statistiques. Le score moyen de chaque pays est entouré par une incertitude, qui tient au fait que l’enquête porte sur des petits échantillons d’élèves et présente des marges d’erreur. Si bien que des pays dont les rangs sont proches dans le classement peuvent avoir des résultats qui ne sont pas statistiquement différents. »

 En outre, dit cet expert, « il faut comparer ce qui est comparable. PISA ne prend en compte que les jeunes de 15 ans scolarisés ». Alors, si l’on peut comparer entre eux les pays de l’OCDE « qui ont des taux de scolarisation à 15 ans proches de 100%, on ne peut pas en faire autant avec des pays où ce taux est bien plus bas ».
 Un instrument de mesure qu'il ne faut donc surtout pas absolutiser fétichiser, et faire bon usage du classement PISA est la première consigne de méthode et de prudence. Il faut le répéter.
 Les limites intrinsèques à de telles comparaisons sont rarement signalées et comparaison n'est pas raison.
 Si la Corée du Sud caracole en tête cette année, c'est sans doute qu'elle forme des élèves qui travaillent avec acharnement. Mais comment et à quel prix ? Pour former quels types d'adultes ? De bons serviteurs de Samsung ? 
 Et si à l'OCDE on s'interrogeait sur une question largement occultée : qu'est-ce qu'une tête bien faite ? qu'est-ce qu'un esprit cultivé ?...


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5 réactions à cet article    


  • leypanou 9 décembre 2016 12:40

    Ce classement PISA est bidon, et c’est pourquoi les msm en parlent pour pouvoir matraquer leur idéologie.

    Il n’y a qu’à constater que les « pays » qui ont bien réussi sont en général des petits pays comme Singapour, Macao, Hong-Kong, Finlande, etc, etc. Comment peut-on comparer les résultats de la France avec 65 millions d’habitants avec ceux de Macao ou Singapour ou Hong-Kong ?

    Il faut être débile pour comparer les résultats de l’Inde ou de la Chine avec plus de 1 milliard d’habitants avec ceux de Hong-Kong.


    • astus astus 9 décembre 2016 14:47

      Bonjour ZEN

      Et merci pour toutes ces précisions autour des biais statistiques qui finalement écrasent les spécificités de chaque peuple considéré pour se fonder uniquement sur le plus petit dénominateur commun des cultures. J’ai une personne de ma famille qui fait ses études à l’université Mac Gill à Montréal qui me raconte que pour certains partiels il s’agit seulement de répondre à des QCM, alors qu’elle avait l’habitude de rédiger des textes sous forme de dissertations argumentées, ce qui fait une grosse différence. Dans d’autres pays, Japon ou Danemark par exemple, on peut remarquer l’attitude très différente de respect et de confiance réciproque entre l’enseignant d’une part et l’élève et sa famille d’autre part, comparativement à notre pays, mais il ne faut pas oublier que pour le Japon toutes les heures supplémentaires de classe mènent parfois les adolescents au suicide...

      • tf1Groupie 9 décembre 2016 16:11

        Bien sûr que ces études sont à prendre avec un peu de recul.

        Néanmoins ce que vous proposez c’est de casser le thermomètre.

        Pourtant les résultats sont loin d’être une surprise et nous savons tous très bien qu’ils disent une réalité.
        On n’est pas surpris d’entendre que le système Français renforce les inégalités, si on est connait un tout petit peu le terrain.
        On n’est pas surpris que les jeunes élèves français ne sont pas bons en résolutions de problèmes, si on connait un tout petit peu le terrain.
        On sait tous très bien que le système scolaire français est à bout de souffle.

        Bref jeter ces études et se mettre la tête dans le sable n’est pas une attitude très « pédagogique ».


        • ZEN ZEN 9 décembre 2016 18:20

           « casser le thermomètre »

          Je n’ai pas dit cela. Relisez bien.
          Revoir les critères de base, oui
          Pour le système scolaire français, le rapport enfonce des portes ouvertes, de manière plutôt simpliste.


          • tf1Groupie 9 décembre 2016 19:31

            @ZEN

            « le rapport enfonce des portes ouvertes »

            ça veut donc dire que le rapport fait des constats qui sont vrais, c’est déjà pas si mal que ça.

            Et les portes ne sont pas si ouvertes que cela : est-ce que publiquement on reconnait que notre école bat des records d’inégalités ?
            Est-ce qu’on osait le dire aussi clairement avant ces rapports PISA ?

            Et qu’est-ce que la mesure des inégalités a à voir avec la concurrence économique que vous n’arrêtez pas de mettre en exergue ?

            Revoir les critères c’est un peu comme changer les graduations du thermometre ; ça ou le casser quelle différence ?

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