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Plans Com : de Jésus à Manu

 Les dirigeants doivent décider dans le but d’obtenir le meilleur futur possible de tous et de chacun. Comment s’y prennent-ils ?

 

 L’indécision est la règle chez presque tous les individus. Même seul et sans contrainte, un choix n’est pas toujours facile : la décision se fait généralement selon le plaisir immédiat que l’on en tirera. La situation se complique dès que deux personnes ou plus doivent se déterminer : il s’agit de passer de la pensée individuelle guidée par l’intérêt personnel à une action collective où s’entremêle diverses préoccupations d’autrui. L’action collective conduit presque toujours et souvent spontanément à la formation d’une pyramide hiérarchique où l’un fera le choix qui déterminera le comportement du groupe.

 Dans les démocraties, les dirigeants sont souvent conduits à prendre des décisions mi-chèvre mi-chou pour ménager les susceptibilités les plus importantes. Ni la logique, ni la raison ne semblent avoir une importance prépondérante sur les décisions prises noyées qu’elles sont dans les compromissions et les rapports de force.

 Un dirigeant doit nécessairement avoir un fil d’Ariane pour avoir une cohérence dans ses choix. Jamais il ne dévoilera celui-ci mais il fera en sorte de convaincre l’opinion que le seul choix possible est celui qui va dans le sens qu’il souhaite. Ces efforts concernent le temps long de ses activités. La prise en compte des rapports de force de l’instant feront eux l’objet des décisions nécessaires pour gagner du temps sans être toujours visiblement liées aux buts visés.

 Au sein d’un fil de cuivre, un seul électron par atome peut se mouvoir sous l’effet d’un champ externe appliqué. Les électrons ne sont jamais immobiles mais leur mouvement est erratique et ils se déplacent individuellement à une vitesse proche de la lumière (300 000 km/s), leur vitesse moyenne est nulle. Lorsqu’un courant électrique s’établit, les électrons acquièrent un surcroit de vitesse de l’ordre de 1 mm/s, ce qui est presque négligeable comparée à la vitesse individuelle, mais ce supplément de vitesse est dans le même sens pour tous les électrons de conduction. Les dirigeants doivent maîtriser et les rapides mouvements d’opinion qui ne mènent nulle part et forger une espérance dans le lointain. Si il dévoilait les ressorts intimes qui le meuvent, il tomberait rapidement sous les coups de ses adversaires (ou de ses simples concurrents) : trop prévisible, trop facile à déjouer, trop aisé de liguer les inévitables mécontents. C’est pourquoi également que les échanges qui fuitent entre responsables, il ne peut apparaître ni la vérité, ni le bon sens, ni la raison, seulement ce qui permet de prendre le dessus sur les autres. 

 Les décisions prises quotidiennement semblent constituer, et constituent souvent de fait, un embrouillamini qui emplit de confusion, mais si un cadre de pensée existe chez les décideurs, le chaos de l’instant peut se transformer à long terme et imperceptiblement en un futur. L’immédiat des décisions doit être clair et accessible à tous, la direction dans laquelle on va ne se devine qu’à peine tant la part qu’elle occupe au sein des décisions quotidiennes est infinitésimale.

 Mais quels sont ces buts suprêmes pouvant servir d’absolus ?

 Un dominant considère toujours qu’il est le type même de l’Homme idéal, et il s’étonne constamment que les autres se contentent d’être eux-mêmes. Évidemment la superficie de son royaume peut varier énormément selon qu’il est monarque ou sous-chef de bureau, mais la démarche restera la même. Certains éprouvent de la crainte, de la peur ou de la ferveur à l’égard du chef mais en général il trouve une troupe à la hauteur de sa puissance. Ceux qui ne lui ressemblent pas ou pas encore, seront marginalisés, ridiculisés ou éliminés. Chaque dominant, même le plus subalterne de tous, se prend pour un démiurge, un dieu, et si il fait preuve d’une certaine humilité, c’est « celle qui est une feinte soumission dont on se sert pour soumettre les autres. »

 Un parti, un clan ou une caste agira de même : pour en devenir membre il est nécessaire de se fondre dans la masse en abandonnant toute velléité de réflexion autonome. L’autorité, la coercition, le pouvoir de conviction, la propagande sont quelques unes des armes dont dispose l’élite pour arriver finalement à ses fins : se reproduire intacte à travers le temps afin que les mêmes traits continuent à s’imposer au nom des mêmes principes, des mêmes codes vestimentaires, sociaux, culturels. Au delà des différences, les dominants utilisent toujours les mêmes armes pour arriver à leurs fins : le spectacle, les miracles, le rêve. Il faut créer un merveilleux, un merveilleux si attirant que les foules doivent avoir l’espoir de l’atteindre. 

 « Que ne peut l’artifice, et le fard du langage. »

 Les plans communication ont toujours existé. L’histoire de la naissance du Christ est à cet égard un chef d’œuvre. Au sein d’un empire romain occupant tout le pourtours méditerranéen, des personnes se reconnaissant comme chrétiens proposent un changement drastique de civilisation en mettant l’amour au centre de tout. Au lendemain de la mort de Jésus, ses fidèles étaient tout au plus une centaine. Trois siècles plus tard, la nouvelle religion s'est répandue dans les villes et les ports du bassin méditerranéen. Des lettrés narrent une histoire fabuleuse qui a permis d’attirer une multitude de gens en quête d’espoir. Un couple entre une toute jeune fille et un vieillard a un enfant. L’attirance des hommes âgés pour des jouvencelles est banale, mais reste attirante. La virginité conservée de la mère fournit une accroche qui fascine et donne l’envie d’entendre la suite. Le nouveau né devenu jeune homme devint bon et respectait autrui, y compris le menu peuple : c’est rare en ces temps difficiles. Mais il manquait des marqueurs, des images, d’une punchline qui puisse le distinguer du commun des mortels ; il fera donc toutes sortes de miracles : des guérisons, la résurrection de morts, la multiplication de pains, il marchera sur les eaux, … Le rêve d’un présent meilleur s’installait. Une mort atroce et spectaculaire du héros, la crucifixion étant toutefois fort commune en ces temps, achèvera la mise en scène : seul un dieu pouvait connaître un tel destin. Un empereur comprit tout l’intérêt de mettre de son côté des forces divines car du pain et des jeux ne suffisent pas toujours pour régner sans que la multitude ne s’agite. Une très lourde structure de communication se mit en place pour assurer la logistique de la catéchèse afin d’instiller à chaque instant et chez tous l’image de la vie qu’il convenait d’avoir selon les recommandations sacrées. Des édifices d’une beauté sans égale furent construites pour édifier les badauds, des vitraux fabuleux de couleurs et de lumières complétèrent le décorum et permirent l’émerveillement des foules.

 Dans le monde ancien, chaque individu devait ressembler à ce sauveur grâce à la contention des diverses pulsions de jouissance qu’affrontent ou recherchent, tout un chacun. Bien plus tard, un nouveau merveilleux se révéla nécessaire tant les récompenses promises à la suite d’une vie de sainteté semblaient ténues à côtés des orgies terrestres disponibles. Le nouveau merveilleux ne s’adresse pas seulement aux individus mais plutôt aux masses. L’idéal de pureté n’est plus recherché, il n’est plus besoin de rechercher une quelconque élévation d’âme : il suffit que les populations vous acceptent, vous plébiscitent, vous portent aux nues. Ce n’est plus le père qui juge ses fils, c’est la multitude. Si la plupart des interdits disparaissent, il faut encore que la multitude se prête aux efforts : la concurrence se chargera de stimuler les indolents. Cette concurrence permettra surtout de fragmenter toute communauté qui se formerait pour défendre ses intérêts collectifs, séquelle d’une lutte des classes que l’on s’efforce de bannir à jamais. Les individus se transforment en vibrions s’agitant en tous sens mais ne se déplaçant pas.

  Les saints, les évangélistes, les religieux ayant été chassés du présent, quels peuvent être les nouveaux apôtres ?

 Il y avait en France, en 1789, 1% de nobles et à peu près autant de religieux. Aujourd’hui, si on additionne le nombre de conseillers municipaux, communautaires, métropolitains, départementaux, régionaux, les députés, les sénateurs, les députés européens, on arrive à un peu plus de 600.000 élus, soit également de l’ordre de 1% de la population française. Il existe aussi 700 000 employés en communication en France. Les entreprises dans ce domaine représentent un peu plus de 2 % du PIB. Il s’agit de l’un des tous premiers moteurs de l’économie française, avant le secteur aéronautique et spatial, avant également les dépenses en Recherche &Développement des entreprises. Tout ce monde, à divers titres, va constituer le corps social auquel on devra ressembler pour réussir.

 La possession des moyens financiers permet à peu près tout, elle permet d’accrocher de futurs acheteurs, elle permet ensuite de se procurer les crédits pour acheter les talents nécessaires à la production, la conception, la création, elle permet enfin de faire fructifier l’investissement fait à l’origine. Il en est de même pour l’impalpable et l’intangible : il suffit de fixer un tarif aux artistes, aux philosophes, aux scientifiques, pour pouvoir les mettre à son service.

 Les plaisirs ne sont plus source de déboires, du moins si vos moyens vous les permettent, et une nouvelle catéchèse s’est installée : la vie n’est éternelle que grâce aux autres, il faut donc présenter ses meilleurs atours à autrui. La presse, la télévision, la radio, l’affichage, le cinéma, Internet, les livres pour adultes, pour enfants, l’école, les universités, sont en charge de modeler les citoyens à un nouveau cahier des charges. Une démocratie se doit d’être transparente, elle le sera avec une infatigable envie de décrédibiliser les uns par un regard, un sourire, un mot d’esprit blessant, tout en mettant en avant (mais discrètement) les personnes de votre choix. Les démocraties médiatiques utilisent massivement l’affectif, les images de choc, les amalgames, les dénonciations médiatisées pour piéger par les apparences le commun des mortels, comme le faisaient les évangélistes en un autre temps et avec d’autres moyens.

 La prise de décision basée sur la Raison n’est plus nécessaire puisqu’il s’agit de suivre ses penchants naturels. Les masses populaires ne doivent pas s’élever : l’heure est à la seule satisfaction réciproque. Le plan com est donc simple : noyer les individus de biens ou de plaisirs dérisoires, d’informations vraies, fausses ou biaisées, pour éviter qu’ils ne comprennent que le pouvoir est ailleurs.

 


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18 réactions à cet article    


  • gaijin gaijin 18 juillet 13:54
    « Un dominant considère toujours qu’il est le type même de l’Homme idéal, »
    ce qui prouve qu’il y a un problème quelque part : les dirigeants sont simplement des malades ....performants mais néanmoins malades

    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 18 juillet 16:12

      @gaijin
      Il n’est pas forcément performant.


    • gaijin gaijin 18 juillet 16:17

      @Jacques-Robert SIMON
      par performant j’entends dans le fait d’être un dominant ..........


    • Christ Roi Christ Roi 18 juillet 16:30
       smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley 
      Il ne se passe pas une journée sans qu’un athée haineux (pléonasme) nous ponde un article haineux contre la religion et particulièrement la Catholique. si celle-ci doit disparaitre, ce n’est certainement pas dans leur tête, ils ne pensent qu’à elle ! 
      On voit bien que même avec leur esprit complètement dégénéré par la télé et l’Education Nationale, les athées s’aperçoivent que l’effondrement de notre société coïncide avec l’athéisme d’Etat, ( ce que l’Eglise avait prévue depuis 2000 ans dans le Livre en parlant de la construction des tours, l’exaltation de la sodomie, etc.). Alors ils s’affolent et cherchent à se rassurer avec ces articles délirants qui ne les convainc même pas eux-même. Bref, la fin est proche pour les mensonges, tout va super bien !  smiley  smiley  smiley  smiley  smiley  smiley  smiley 

    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 18 juillet 17:50

      @Christ Roi
      Je ne fais qu’écrire ce que je pense.


    • Le421 Le421 19 juillet 08:30

      @Christ Roi

      athée haineux

      Ah ??

      Ce sont les athées qui ont instauré l’Inquisition ?
      Il est vrai que ce n’était plus de la haine mais du délire sadique...
      Nuance.

    • Christ Roi Christ Roi 19 juillet 13:47

      @Le421
      N’étalez pas votre inculture dans vos commentaires, on la voit déjà assez dans votre pict


    • Étirév 18 juillet 14:31

      L’auteur écrit : « La prise de décision basée sur la Raison n’est plus nécessaire puisqu’il s’agit de suivre ses penchants naturels. Les masses populaires ne doivent pas s’élever : l’heure est à la seule satisfaction réciproque. Le plan com est donc simple : noyer les individus de biens ou de plaisirs dérisoires, d’informations vraies, fausses ou biaisées, pour éviter qu’ils ne comprennent que le pouvoir est ailleurs. »

      Cela n’est pas nouveau.

      Il est des gens naïfs qui croient que l’histoire est le récit exact des faits du passé. Ils semblent ignorer que le monde est, depuis longtemps, régi par le mensonge et que le désordre de la société actuelle en est la conséquence.

      De plus, rappelons en quelques mots les « bienfaits » de la démocratie :

      La démocratie avilit en abaissant les bons, c’est une tyrannie qui s’exerce par un mouvement de traction morale, de bas en haut ; elle fait descendre, elle empêche les meilleurs de s’élever, elle abat les têtes qui dépassent le niveau des médiocres, empêchant ainsi l’éclosion des types supérieurs, elle supprime le respect et rend les petits insolents. Toute élévation du type humain demande un régime aristocratique.

      Et pour finir, rappelons également que « Panem et circenses » (du pain et des jeux) n’est pas nouveau non plus.

      Le peuple romain dégénéré tout comme les peuples actuels en voie de l’être ne demandait que ces deux choses.

      Cela permettait à l’Empire de Rome et aujourd’hui à notre gouvernance dit du « monde moderne » de faire oublier à la plèbe les misères auxquelles on la soumet.

      Livres de Femmes…

      PS : la différence entre Jésus et Emmanuel Macron c’est que l’un est vrai.


      • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 18 juillet 16:14

        @Étirév
        La démocratie est indiscutable mais elle devrait être conciliable avec le vrai et l’élévation de tous.


      • pallas 18 juillet 18:00
        Jacques-Robert SIMON

        Bonsoir,

        Que les pseudo humains s’intéressent au football ne m’intéresse pas, juste des objets n’ayant aucunes importance.

        Vous etes un chercheur, votre boulot est de se servir de votre Cerveau, et bon nombres d’individu(e)s, sont emprisonnés dans leurs corps.

        Votre existence meme à la retraitre est de permettre la libération de la « conscience », de ceux qui en ont et sont extremement rare et non faire un article sur les non humains.

        Revenez au fondamentaux, et non au puéril jeu des poupées sans importances.

        Bordel, trouver une solution pour la restauration du Cerveau préfrontale, ainsi que l’interaction du systeme limbique.

        Sa c’est le plus important et primordial, le reste ne compte pas !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!.

        Salut

        • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 18 juillet 19:57

          @pallas
          Incidemment, comme chercheur, j’ai travaillé sur les réseaux de neurones artificiels, mais ceci n’est pas l’objet de mon texte.


        • pallas 18 juillet 20:50

          @Jacques-Robert SIMON


          Peut m’importe,

          Votre rôle est de sauver les gens ou leurs rendre conscience.

          Je m’en tamponne du football et autres stupidités, les non humains ont leurs stades.

          Vous etes dans l’obligation d’aider les gens dont leurs « conscience » est enfermer, car leurs cortex préfrontale est endommager a cause de la génétique ou environnement.

          Vous preferez le foot ?, et fuir le don que vous avez ?.

          Espece de lache, va faire ta priere devant ta télévision et te réjouir des demeurés qui tape dans un ballon.

          Salut


        • bob14 19 juillet 07:57

          Un président qui arcèle son peuple, doit être arrêté jugé condaùmné et exécuté... !


          • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 19 juillet 08:28

            @bob14
            Il faut peut-être quelques précautions.


          • bob14 19 juillet 08:36

            @Jacques-Robert SIMON....Non aucune..votre président et de ceux là..un parasite qui gouverne pour les riches.. !


          • Claude Simon Claude Simon 19 juillet 11:44

            La domination étant l’immanence de toute maladie mentale, et l’étouffoir de la créativité, l’hegemon qui gangrène par la pub, le comportement ou la pensée putassiers, la morale financière exige de limiter la surface financière de tout un chacun, surtout des hegemons NOM.

            Evidemment, Manu, sommet de la déglinguoque pyramidisante, est le veau d’or. Mais, les français sont des veaux, enfin, il n’y en a plus qu’un. Ouf.



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