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Accueil du site > Tribune Libre > Police technique & scientifique ; l’incendie criminel

Police technique & scientifique ; l’incendie criminel

Dans la nuit du jeudi 26 octobre à 03 h 35, un ou plusieurs individus se sont introduits dans la cour la gendarmerie de Meylan (Isère) après en avoir découpé le grillage de protection pour incendier plusieurs véhicules personnels des gendarmes, et en cadenasser le portail d'entrée. L'incendie s’est propagé aux façades de l’immeuble dans lequel résident neuf familles de gendarmes. Selon le Procureur : « Il n’y a eu que des dégâts matériels. Pour autant, si les familles n’avaient pas été réveillées par l’odeur des fumées et si les gendarmes n’avaient pas réagi, nous aurions pu avoir une affaire dramatique avec des morts et des blessés ». Le mode opératoire présente quelques similitudes avec l’incendie volontaire de la gendarmerie de Grenoble survenu il y a un mois.

L’incendie est craint depuis la nuit des temps, il ravage tout sur son passage, il représente des risques sérieux pour la vie humaine, il est toujours très couteux sur le plan économique, écologique, et jette l'effroi. L’incendie peut être dû à une origine : accidentelle - imprudence - naturelle - ou criminelle. L’absence de causes naturelles ou accidentelles doit immédiatement laisser penser à un incendie criminel. L’enquêteur a pour missions de rechercher les auteurs (qui), le modus operandi (comment), et la raison (pourquoi) : fraude à l’assurance - intimidation - jalousie, haine, vengeance - diversion - destruction de pièces - suicide - pyromane - être perçu comme un sauveur - vandalisme, etc.

Le feu est la manifestation visible de la combustion d’un corps combustible avec un corps comburant (apport d'oxygène) en présence d’une énergie d’activation. Autrement dit, le feu est une réaction qui se produit entre deux corps qui entraînent une réaction exothermique (dégagement de chaleur) entre l'oxygène contenu dans l’air et une substance inflammable. Pour que la combustion soit rendue possible, il faut une action capable d’apporter de l'énergie rendant la combustion possible. Énumérer les combustibles serait ennuyeux puisque, sous ce terme, on désigne tout ce qui peut brûler que ce soit sous une forme solide, liquide, ou gazeuse. Les plus classiques sont : le bois, les hydrocarbures, les textiles, les composés organiques ou naturels (pailles, herbes). Certains métaux sont de redoutables agents incendiaires (aluminium, magnésium) et les liquides peuvent être mélangés à un produit gras ou à un épaississant pour « coller » à la cible (napalm), ou solidifiés pour présenter un aspect anodin (sucre, savon, graisse, etc.).

On distingue la combustion lente lorsque qui se produit à une température qui ne dégage pas une lueur visible (feu couvant), et la combustion vive ou feu, puisqu’il y a apparition d’une émission d'une source lumineuse de laquelle il y a lieu de différencier flamme et incandescence. Les flammes dégagent de la lumière et de chaleur rendues possibles par un mélange suffisant de gaz combustible et d'oxygène, tandis que l'incandescence correspond à une forme de combustion des corps solides dans laquelle l'énergie produite est dissipée sous forme de radiations thermiques entraînant une augmentation de la température environnante.

Les divers matériaux ne brûlent qu'après avoir atteint leur température d'ignition. La combustion est une réaction chimique qui va modifier la nature même du combustible. Pour le bois par exemple, il faut une chaleur suffisante pour entraîner sa décomposition chimique et l'émission de gaz qui s'enflamment et attaquent le matériaux. Les flammes et les fumées sont de couleurs différentes selon leur matériaux, le bois et le tissu produisent des flammes rougeâtres et des fumées brun-gris, l'essence des flammes blanc-jaune et une fumée noire, etc. Plus un combustible est divisé finement, plus sa combustion est rapide et complète puisqu’il voit sa surface libre exposée plus étendue. Si une bûche brûle mal, un tas de copeaux brûle mieux et de la sciure encore plus rapidement. A l'extrême, les poussières en suspension dans l’air peuvent entraîner une explosion (grisous). A noter qu'un combustible liquide ne brûle jamais comme un solide, l'élévation de température entraîne l’apparition de vapeurs qui seront brûlées (distillation). Conclusion, un réservoir plein renfermant beaucoup moins de vapeurs inflammables est moins dangereux qu'un réservoir à moitié vide.

Le technicien doit rechercher les indices de la cause du départ de l’incendie car ceux-ci se trouvent sous les décombres détériorés par la chaleur et mélangés avec les gravas bouleversés par les lances et la pression du jet des pompiers (pour les feux en extérieur, le drone peut prendre des clichés que se révéleront utiles à l'enquête). Le premier indice d’un acte criminel est l'accumulation de combustibles, la présence d’un accélérant (liquide volatil et inflammable) utilisé pour bouter le feu, l’aider à se propager dans une direction et accélérer sa progression. L'engin incendiaire, cocktail Molotov, Joliot-Curie, grenade incendiaire, etc., a pu être projeté à distance à la main ou à l'aide d'un propulseur, apporté par un animal (le poids de la charge est en rapport avec la taille de l'animal), introduit par le personnel et à son insu, risque bien connu des officiers de sécurité chargés d'assurer la protection du véhicule d'une personnalité (il suffit de guetter la sortie du véhicule, de le suivre, et d'attendre qu'il soit délaissé par ses occupants pour y dissimuler un engin incendiaire ou explosif qui sera activé le moment venu).

L’enquêteur peut sentir parfois une odeur caractéristique ou avoir son attention attirée par l'irisation (arc-en-ciel facilement identifiable) de l'eau déversée par les sapeurs-pompiers ou la présence de bidons, il doit alors découvrir le point d'épandage et le point d'éclosion (un chien spécialement dressé peut suivre la piste de l'accélérant). L’enquêteur fouille et tamise les cendres (rapatronnage), prélève des échantillons de liquides avec une éponge qu’il place dans un récipient de verre hermétiquement fermé pour éviter toute évaporation du produit volatil, échantillon qui sera analysé par le laboratoire. La chromatographie en phase gazeuse et la spectrographie de masse permettent de découvrir d’infimes traces d’accélérant (10-9 grammes suffisent) et en indiquer la nature exacte, voire le fournisseur !

L’accélérant peut brûler plus intensément que le support sur lequel il a été versé laissant une trainée trahissant l’aspersion. Il est versé parfois en telle quantité, que tout le revêtement est détruit sauf où l’accélérant a été répandu ! Pour en comprendre le phénomène, on peut faire l’expérience suivante, on mélange une part d’éthanol à 0,75 d’eau, et l’on y trempe un papier que l’on enflamme, il brûle sans subir de dommage. La flamme vaporise le mélange et la vapeur d’eau dégagée suffit à maintenir la température du papier en dessous de son point d'inflammabilité. L’incendiaire qui a utilisé un accélérant en portera souvent des traces sur ses vêtements, car lors de l’aspersion, de fines gouttelettes viennent en contact avec ses effets vestimentaires ou la peau. Il peut lui arriver d’avoir certains poils, en particulier ceux des mains, roussis par la flamme de la mise à feu.

Il n’est pas exclu que l’incendiaire ait apporté avec lui ou rassemblé des matériaux inflammables pour amorcer l’incendie et /ou en faciliter la progression. Si de tels matériaux qui n’ont généralement rien à faire là sont découverts, il pourront orienter les enquêteurs vers un lieu ou un individu. Un tas de cendres peut indiquer le point où l'incendiaire a amoncelé des matériaux inflammables avant de les enflammer. Pour donner plus de vigueur aux flammes, l’incendiaire va parfois laisser une porte ouverte ou briser une vitre pour accroître l'apport d’oxygène. Il est donc important de déterminer si la vitre a été brisée de l’extérieur ou de l’intérieur, avant ou pendant l’incendie. Pour répondre à ces questions, le technicien observe les deux côtés de la vitre, en général, le côté extérieur est le plus sale puisque exposé aux intempéries, et les traces de mastic, de peinture permettent de confirmer la constatation. L’examen de la tranche des morceaux de verre permet par les lignes de ruptures présentées, de dire le sens de la cassure, donc de savoir si la vitre a été cassée de l’extérieure ou de l’intérieur. En cas d’incendie, si le bris de verre a eu lieu avant le feu, les morceaux de verre seront noircis sur la face exposée aux fumées, aux suies, et les parties en contact entre-elles ou avec le sol seront épargnées. Cette constatation suffit à dire si la vitre a été brisée avant l’incendie. Lors d’un incendie, les vitres tombent à l’intérieur de la pièce comme lors d'une effraction, l’examen de la tranche permet d’affirmer si la rupture est liée à un choc ou à la chaleur. Les débris de verre ne doivent pas se situer à l’extérieur, sauf en cas d’explosion qui elle souffle les débris vers le dehors.

L'enquêteur doit déterminer si le feu n’a pris que dans un seul et unique endroit ou en plusieurs. L’incendiaire qui craint que le foyer initial s’éteigne, va disposer plusieurs foyers en différents endroits. Devant plusieurs foyers, il faut s’assurer que ceux-ci n’ont pu être le fait d’une communication de fait entre eux : distance, configuration des lieux, matériaux, vecteur de transmission, projections, conduction thermique, vent. Les gaz s'élèvent en hauteur par convection, d’où la présence de traces noires en forme de « V » matérialisant la progression du feu. Si aucun obstacle ne vient contrarier ce phénomène, le feu va se propager par les couloirs, la cage d’escalier, d'ascenseur, fenêtres aux étages supérieurs.

Chaque matériau (bois, textile, plastique, métaux, etc.) ayant un point d’inflammabilité et de fusion connu, il est facile de déterminer la température qui a régné en un endroit, et par la distorsion thermique des objets de connaitre le sens de déplacement du foyer. Les ampoules électriques vont sous la chaleur de l’incendie, se déformer et le gaz emprisonné dans l’ampoule s’écouler par un orifice désignant la direction de la source de chaleur ! L’examen des serrures découvertes dans les décombres permettra de voir si l’une était ouverte ou non. Le pêne sera tout simplement entré ou sorti de la carcasse de la serrure. Une porte qui aurait due être fermée et qui était ouverte, laissera envisager l’incendie criminel et des complicités possibles. L'enquêteur a le souci constant de retracer le chemin emprunté (d'où, pour où, par où, jusqu'où) et de chercher les traces de pas, de pneus, objet perdu, brisé, jeté ou abandonné, et tout autre indice appartenant au champ de la criminalistique : empreintes, ADN, traces d'outils, etc.

L’incendiaire peut vouloir se forger un alibi au moment du déclenchement de l'incendie ou disposer de suffisamment de temps pour quitter les lieux, il va mettre en place une mise à feu retard, le procédé peut-être : une flamme, une réaction chimique exothermique, un principe physique, mécanique, électrique, optique, etc., (le lecteur me pardonnera de ne pas entrer dans les détails). L'ouverture du robinet d'une bombonne de gaz et son inflammation ne font que brûler le gaz qui s'en échappe. Sachant qu’il faut une concentration entre « X » % et « X » % en volume, il suffit à l'incendiaire de provoquer une étincelle ou faire rougir un filament au-delà d'un certain laps de temps pour déclencher la mise à feu ou que la bombonne soit exposée à une forte chaleur capable d'entraîner la dilatation du gaz jusqu'à engendrer une pression supérieure à la résistance de l'enveloppe métallique (explosion pneumatique).

L'incendiaire peut avoir prémédité de saboter l'arrivée d'eau, l'électricité, de piéger un extincteur en le remplissant avec un liquide ou un produit inflammable, provoqué une fuite de gaz, entraver l'arrivée des secours (diversion), neutraliser l'alarme incendie, les sprinklers, bloquer les portes coupe-feu, les caméras, etc., autant d'indices qu'un rondier doit être en mesure de repérer. Les attentats passé nous ont appris à toujours attendre le pire des terroristes qui ne se privent pas d'utiliser toutes les ruses et artifices pour jeter le trouble parmi la population sans défense. Heureusement pour la société et les services de renseignement que les activistes et terroristes actuels privilégient la propagande et la pratique sur la théorie, ce qui explique leur état d'impréparation. Aller récupérer une formule, un mode d'exécution sur Internet sans avoir défini au préalable une doctrine d'emploi reste une technique qui donne souvent des résultats imprévisibles ! En principe, la théorie précède la pratique qui vient renforcer la théorie pour une ligne d'action (Les terroristes des années soixante-dix expérimentaient leur dispositifs avant leur utilisation). Il nous faut rester très prudents et vigilants, les professionnels du renseignement et le personnel en charge de la sûreté doivent se tenir au courant des méthodes utilisées par les criminels de tout acabit afin remarquer toute évolution et se tenir prêts à les contrecarrer, au besoin en utilisant des déclenchements prématurés...

Article 322-6 : La destruction, la dégradation ou la détérioration d'un bien appartenant à autrui par l'effet d'une substance explosive, d'un incendie ou de tout autre moyen de nature à créer un danger pour les personnes est punie de dix ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende. Lorsqu'il s'agit de l'incendie de bois, forêts, landes, maquis, plantations ou reboisements d'autrui intervenu dans des conditions de nature à exposer les personnes à un dommage corporel ou à créer un dommage irréversible à l'environnement, les peines sont portées à quinze ans de réclusion criminelle et à 150 000 euros d'amende.

Article 322-11-1 : La détention ou le transport de substances ou produits incendiaires ou explosifs ainsi que d'éléments ou substances destinés à entrer dans la composition de produits ou engins incendiaires ou explosifs en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, des infractions définies à l'article 322-6 ou d'atteintes aux personnes est puni de sept ans d'emprisonnement et de 100 000 euros d'amende. Les peines sont portées à dix ans d'emprisonnement et à 500 000 euros d'amende lorsque ces faits sont commis en bande organisée.

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6 réactions à cet article    


  • V_Parlier V_Parlier 2 novembre 2017 10:21

    Ca m’étonnerait que les articles de loi cités en annexe aient été appliqués une fois depuis les 20 dernières années...


    • MagicBuster 2 novembre 2017 11:40


      http://www.francetvinfo.fr/faits-divers/l-incendie-a-la-gendarmerie-de-meylan-revendique-par-un-groupe-de-femmes-sur-un-site-libertaire_2448380.html

      ces femmes affirment « lutter contre le sexisme » et « contre le genre » et expliquent leur action par une « envie de revanche ».

      "Nous ne voulons pas rester dans la position de victimes dans laquelle la société voudrait nous placer en nous reconnaissant comme meufs",

       ???!!!! revendications surréalistes ????!!!!


      • Gatling Gatling 2 novembre 2017 17:54

        Merci pour les infos, j’ai des comptes à régler......


        • Gilbert Spagnolo dit P@py Gilbert Spagnolo dit P@py 2 novembre 2017 18:54

          J’ai toujours pensé que souvent les femmes étaient nettement plus courageuses que certains hommes !


          Ceci dis je réprouve totalement cet acte !


          Bon je ne lis et parle anglais « empowerment de praxis » kézako ? .. alors ces dames ; elles demandent, désirent, souhaitent quoi exactement ?


          @+ P@py



          • bob14 bob14 5 novembre 2017 15:15

            3eme attaques en peu de temps il me semble...Monte pas la garde les militaires chez vous ?

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